Qu'est-ce qui nous relie ?
Écrit par Marc Goldstein   
23-09-2007

 Parmi les dix sujets proposés ce jour-là, l’animatrice soumit au vote du public du café des Phares deux d’entre eux. Le nombre de votes étant jugé sensiblement égal bien qu’aucune main levée n’ait été comptée, l’animatrice décida de retenir « Qu’est-ce qui nous relie ? » Il faut croire qu’il y a des sujets plus philosophiques que d’autres. Ceux qui commencent par « Qu’est-ce qui nous … ? » font partie de cette catégorie. Qu’est-ce qui nous motive, rassemble, fait craquer, oblige, tente, stresse, rend heureux ou tristes ou cons ?... Autant d’interrogations qui consistent à éclairer le comportement humain, à mieux comprendre ce qui relève de l’humain, à mieux savoir qui nous sommes.

Si nous sommes tous embarqués sur la même planète, est-on tous frères pour autant ? se demande l’auteur du sujet. Je connais la réponse, tout le monde la connaît, c’est non. Alors, qu’est-ce qui nous relie ? Je dirais d’abord… le besoin de dire des lieux communs ! Il se passe aux Phares exactement la même chose que lorsqu’on rencontre son voisin de palier : on échange d’abord des banalités. Ne me demandez pas pourquoi, ce serait pour le coup une véritable question philosophique. Je n’en sais rien, je constate. À croire que les cerveaux ont besoin de se mettre à température pour fonctionner. S’agissant du sujet du jour, au cours du premier « tour de chauffe » sont évoqués le bien commun de la cité et la nécessité de le préserver, de l’optimiser : éducation, transports, santé, droits de l’homme. L’animatrice fait remarquer que cette gestion d’un bien commun est une conséquence et non une explication de ce qui nous relie, et donc que la question reste entière. On aborde l’aval avant l’amont, on met la charrue avant les beaufs, les tours de chauffe semblent faits pour ça : il s’agit de réaccoutumer le cerveau à penser, ce qui est très différent du besoin de s’exprimer. Les deux exercices sont à l’évidence parfaitement disjoints. J’admire secrètement le courage des premières prises de paroles.

Qu’est-ce qui fonde une communauté ? Un intervenant évoque Internet, et fait remarquer que le sujet contient « qu’est-ce que ? » et non « qui ? » Je me demande si la question « qui nous relie ? » aurait eu un sens. Le présupposé est bien que quelque chose, et non quelqu’un, nous relie, et ce présupposé me semble difficilement contestable. Pour autant, ce qui nous relie, est-ce nécessairement une idée comme celle de partage, de solidarité ou de fraternité ? Un autre intervenant se propose alors de découper le verbe « relier ». C’est un jeu local qui consiste à prendre chaque syllabe d’un des mots du sujet, et à dire à quoi elle nous fait penser, un peu comme chez le psy (j’imagine, car je n’y suis pas encore allé). Dans « relier » il y a « re », apprend-on, donc le verbe relier est nécessairement différent du verbe lier tout court. On posa dès lors que lier concernait les liens de parenté, et que relier concernait les liens d’affinité. Pourquoi pas. À ce point du débat, l’animatrice plaça quelques citations de Kant et de Ricoeur afin, sans doute, de relier ce qui se passait à la philosophie.

En fait, ce serait par l’entremise d’un vecteur que nous serions reliés les uns aux autres : une culture, un langage, des valeurs, une religion, un territoire ; pour certains, ce vecteur se nomme intérêt. Ce qui nous relie, ce sont des intérêts momentanément plus forts que ceux qui nous divisent. Individu, lieu, mémoire, groupe, égrégore,… il m’a semblé que nous étions plus prompts à tisser des liens entre les mots qu’entre les êtres. Un intervenant évoque toutefois un cas concret : qu’est-ce qui nous relie ici, au café des Phares ? Il s’agirait du désir de communiquer. [J’éclate de rire intérieurement. C’est idiot, je sais, mais je n’aurais jamais pensé que les amateurs de café-philo y venaient pour communiquer. Et plus j’y réfléchis, moins j’en suis convaincu.] Avant que le sujet ne s’essouffle, une astuce usuelle aux Phares se fait jour : il s’agit de retourner la question comme on retourne une crêpe : sommes-nous sûrs d’être séparés ? Les éléments d’un corps, par exemple, savent-ils qu’ils sont reliés entre eux ? Ce procédé ne laisse pas de m’étonner : un des prérequis de la question est qu’elle s’adresse à nous, aux êtres humains, autrement dit à des consciences. Les éléments qui constituent mon corps ont-ils une conscience ? La métaphore est-elle donc valable ? Oui, s’il s’agit de montrer que ce qui nous relie est une force inconsciente. Sinon, la recherche de sens de mots reliés entre eux à leur insu a tendance à me faire tourner la tête. Aussi ai-je dû lutter pour la garder froide.

Certains affirmèrent que, faisant partie du tout, nous étions donc automatiquement reliés par l’ensemble. Voilà qui aurait plu à Spinoza. D’autres se demandèrent si ce n’est pas le fait de « vouloir se relier » qui est spécifiquement humain. Mais voulons-nous vraiment nous relier ? J’ai plutôt le sentiment que nous avons du mal à nous départir de notre instinct grégaire, et que cet état de fait dépasse de beaucoup notre simple volonté. Qu’est-ce qui nous relie, alors ? la matière, comme le pensent les épicuriens ? une sorte de solidarité, le fait qu’un groupe se crée toujours contre quelque chose ? une fraternité ou un besoin de communication ? le langage, principal outil qui relie les êtres, et dont on ne sait pas dire s’il est une fin ou un moyen ? l’idée de notre finitude, qui sous-tendrait un besoin essentiel d’un autre de la même espèce pour exister ? une nostalgie du fusionnel, de notre passé intra-utérin ? Le fait est que se lier et se délier fait partie des activités humaines de base. Créer des alliances avec les uns, les rompre pour en recréer avec d’autres. Ce besoin consubstantiel à l’homme de tisser et de détisser des liens m’apparaît plus comme quasi-pathologique que comme le fruit d’une quelconque volonté organisée. Au fait, la qualité de notre communication s’est-elle accrue depuis qu’Internet et les téléphones portables relient les hommes ? Et n’est-ce pas dans les mégalopoles grouillantes d’humains que l’individu se sent le plus seul ?

 

Sujets connexes : Qu'est-ce qui nous humanise ?   Qu'est-ce qui nous fait tenir ?

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Moi d'abord!
Ecrit par Matthieu. 24-09-2007
Salut Marc,
Dans la question "qu'est ce qui nous relie", il me semble que ce qui se cache derrière le "que", c'est plutôt la raison que le moyen. Donc exit le langage et tous les outils de communication.
Ensuite, tu te demandes si la question "qui nous relie a du sens". Perso, je la rapprocherais bien de ce que quelqu'un a dit pendant la séance: l'individualité nous sépare. Or il me semble au contraire que c'est elle qui nous relie. Tout passe par nous, nous sommes le centre de notre univers. Donc si on va vers les autres, c'est parce qu'on le veut bien, parce que ça nous apporte quelque chose. Qui nous pousse à aller vers l'autre? C'est nous.
Et quel est le moteur? L'intérêt, l'envie, le besoin, le désir. Si tu n'as pas besoin/envie de sexe, pas besoin de copine. Si on n'a pas envie d'enfant, pas besoin de femme. Si on n'a pas besoin de se confier et qu'on sait délirer tout seul, pas besoin de potes. Si on sait se débrouiller tout seul finalement et qu'on n'a pas besoin des autres, et on n'ira pas vers eux.
Tu ne vas pas aux toilettes quand t'en n'as pas besoin, n'est ce pas? ;)

2. qu'est ce qui nous relie ? mais tout , voyons !
Ecrit par gtissier. 01-10-2007
D’abord , le besoin de sécurité ontologique. C’est le besoin de vivre des relations où nous pouvons exprimer nos sentiments et nos émotions en toute sécurité et accueillir de manière confiante et ouverte le ressenti de nos partenaires de communication.

C'est la recherche d'une relation pour elle-même en dehors de toute fonction commerciale ou productive. On peut ici parler d'aimer et d’être aimé, de prendre soin; d'être intime, toucher, se sentir proche.

C'est une manière d'incarner des valeurs de justice et d'équilibre, de faire confiance, de ne pas blâmer. Ce sentiment de sécurité dans la relation est celle que nous vivons dans la prime enfance où nous " sommes" notre mère, non encore séparé psychiquement et qui de ce fait, ne pouvait nous faire du mal .

Fondamentalement notre nature humaine nous donne deux expériences d'un rapport ontologique à l'autre. L'une est l'expérience de l'altérité dans l'amour. L'autre est celle de la compassion et de la similitude.

Bien sûr, les liens prennent diverses formes "construites" socialement : la filiation, la fratrie, le lien social. C'est que le moi n'est jamais seul dans la sphère sociale. Il se nourrit d'un rapport au monde qui marque le " nous" et le" ils ". Peut on dire qu'il y un couple pour chaque moi qui le vit ? Il n'en existe qu'un a quoi chacun est relié pour le former.

Enfin, qu'est ce qui se passe dans la douleur de l'arrachement vécue dans un deuil. L’autre était aussi en moi dans un avenir commun. Non ?.

Et puis ce qui nous relie, c'est la même source. Certains diront le même père en Dieu d'où la fraternité. Mieux encore. Toute la tradition mystique et ésotérique postule que nous sommes tous reliés par la fine pointe de l'âme!

la vraie question serait " qui " nous réunit et non "quoi" nous réunit. Dans un cas c'est notre dimension sociale et spirituelle. Dans l'autre c'est la mort. Faut choisir et .. ne pas rester seul !

Gérard

3. Une réponse par la peinture
Ecrit par Nathalie costes. 21-11-2007
Ce qui nous relie

Bénédicte SCHULLER, céramiste et Nathalie COSTES, peintre, présentent leurs créations à Wettolsheim (Haut-Rhin). En 2005 une première exposition sous le titre « L’écriture du Temps » avait permis la découverte de deux expressions cohérentes.

Cette année, sous le titre « Ce qui nous relie », l’exposition nous dévoile l’intimité des relations. Les deux artistes traitent de l’horizontalité, liens entre les êtres, et de la verticalité, ce qui les nourris. Tantôt abstraites, les toiles, laissent deviner l’humain, parfois d’une lecture plus directe, elles nous initient à l’abstraction. Les pièces de Raku, révèlent des personnages habités par le vivant.

Du mercredi 5 au jeudi 13 décembre 2007
En semaine de 14h00 à 19h00 – samedi dimanche de 10h00 à 19h00
Salle d’exposition ST MARC à WETTOLSHEIM (68)

Le Vernissage aura lieu le mercredi 5 décembre à partir de 17h00
en présence des deux artistes.
Quand l’Homme et la Nature ne font plus qu’Un.

La terre, la nature, la fraternité, les éléments…., j’ai choisi de les évoquer par le modelage de l’argile, enrichie par la technique du « raku ». Le « raku » signifie le bonheur dans le hasard.
Chaque rencontre, chaque lecture, chaque promenade m’inspirent et donnent vie à mon bloc de terre. Une idée devient une sculpture qui m’apporte réponse à mes interrogations.
Mon travail est influencé par la force, dans et par la nature. Observer, approcher les arbres pour ensuite les intégrer, comprendre leurs réalités, les façonner….La terre prend vie sous mes mains.
Cet état me fait découvrir les Eléments Forts, que je représente sous la forme de femmes, de feu, d’air, de terre, d’eau...
J’invente des voyages, des rencontres à travers mon art. J’espère que mes sculptures vous feront voyager.

Bénédicte SCHULLER.

Horizontalité – Verticalité.

L’horizontalité témoigne des liens qui relient les hommes entre eux. La verticalité incarne les émotions, les sentiments, les pensées, qui nous traversent. C’est par le choix des formats ou par le graphisme que je l’exprime.
L’inspiration puis la création honorent le fil conducteur de ce thème, telle Ariane et sa pelote de laine dans un labyrinthe initiatique. Suivre ce fil, c’est se mettre en mouvement, faire honneur à nos vies. L’œil entre dans le tableau, il chemine vers un ailleurs, il invite au voyage intérieur, faisant référence à nos propres vécus et rencontres personnelles.
La vie nous entoure, traversée de lumière, elle vibre et circule.
Je peins des sensations, des trames d’émotions, ce sont elles qui nous attirent, nous interpellent, et nous mettent en mouvement.
Ma peinture traduit l’instant présent, celui de l’âme, de la mémoire, de l’empreinte, tissés de sentiments fugitifs ou ancrés.
C’est le corps à l’état d’innocence, brute d’une beauté sauvage, comme s’il venait de naître. Il apparaît à travers la palette de couleur, plus ou moins estompé. Ce corps déchire le voile puis s’impose dans un jeu de tentation, de séduction.
C’est le théâtre d’une vie que je laisse en suspens… prêt à renaître de ses souvenirs, en véritable songe afin de former un tout.

Nathalie COSTES.

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