Je ne me tairai que lorsqu’on m’aura entendu(e) !
Écrit par Marc Goldstein   
14-10-2007

Parmi les douze sujets proposés par les amateurs de café-philo présents au café des Phares en ce dimanche 14 octobre, l’animateur choisit (selon lui) celui qui l’intriguait le plus : « Je ne me tairai que lorsqu’on m’aura entendu(e) ! » L’auteur introduit son sujet en ces termes : « Je suis isolée parce que je dérange, or l’autre est ma raison de vivre. » Il serait donc question de désamour dû ou lié à la prise de parole. Si philosopher consiste, comme le rappelle l’animateur, à prendre de la hauteur sans perdre pied, les premiers envols ne se font pas attendre.  Une des premières interventions expose la problématique suivante : si je dis ce que j’ai à dire, je prends le risque d’être désapprouvé, le risque de désamour ; si je me tais, je prends le risque du néant, de l’indifférence, celui de ne pas exister. La vie étant consubstantielle à la prise de risque, le débat est ainsi lancé.

La question qui se pose n’est peut-être pas « qu’est-ce que j’ai à dire ? », mais « comment le dire pour que mon message soit entendu ? » Des distinctions sont apportées entre écouter, entendre et comprendre, et entre le pouvoir des mots et celui de la parole. Certains rappellent le proverbe arabe : si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi. D’autres proposent de retourner le sujet : « Je me tairai jusqu’à ce que je sois entendu(e) », mais cette proposition, qui n’aurait pas déplu à Pierre Dac, s’avère difficile à argumenter même si quelqu’un fit remarquer peu après que la CIA, qui ne parle jamais, sait cependant se faire entendre. D’autres encore défendent une position plus radicale : « Dans la mesure où je pense avoir quelque chose d’intéressant à dire, je le dis, et on l’écoute ou non. Je revendique le droit à l’indifférence : pourquoi l’autre devrait-il nécessairement m’entendre ? » Après avoir exploré plusieurs pistes de réflexion sur la prise ou la non-prise de parole, il semble qu’une idée maîtresse est de rester fidèle à soi-même.

Mais au fond, le sujet ne fait-il pas penser aux pleurs d’un bébé ? Crier ou parler jusqu’à ce qu’on soit entendu, pour un adulte, n’est-ce pas un signe d’infantilisme, voire un désir égocentrique ? La relation entre « paroles émises » et « être entendu » – entre émetteur et récepteur – est toujours délicate, même si l’osmose existe : a-t-on trouvé mieux que les caresses d’une mère pour apaiser les pleurs du nouveau-né ? Toute prise de parole est un mélange indissociable de raison et d’affectif. Il y a d’un côté ce qu’on a à dire, et de l’autre la façon de le dire, ce que l’on fait passer dans l’intonation, la gestuelle, le regard, l’attitude. Or, la destinée de l’homme est dans le dialogue, que celui-ci soit réussi ou manqué. « Il faut être dans la lanterne magique de la parole. Mais on ne peut pas être entendu complètement, sinon que serait l’autre ? » pouvait-on entendre. Le fait est que nos paroles courent toujours le risque d’être discutées. Et aux Phares ce n’est pas un risque, c’est une habitude.

À quoi nous sert la parole, en fait ? S’agit-il d’inviter au dialogue, d’appeler au secours ou de s’écouter parler ? Doit-on tenir compte des aspects psychologiques dans le traitement du sujet ou ne doit-on considérer que sa portée philosophique ? Peut-on parler de son histoire personnelle, de son vécu ? Où est la frontière ? Un intervenant fait remarquer que le sujet est une affirmation (et non une question) et que de ce fait, il est délicat de le reformuler en une question sans risquer de blesser l’auteur. Dialoguer consisterait justement à parler librement en veillant à ne pas blesser. L’idée se fait jour qu’un dialogue serait une sorte de contrat dont la conversation, la persuasion et la négociation sont trois modes d’expression. Toutefois, l’animateur pointe que la parole ne suffit pas toujours à se faire comprendre ou à résoudre un problème, même si c’est dit « avec des fleurs », comme en témoignent par exemple les propos lénifiants des opérateurs téléphoniques de certains fournisseurs d’accès à Internet. Pourtant, si la parole est militante, n’est-ce pas alors un devoir de ne pas se taire ? Certains explicitent ce que signifie « être entendu », en proposant « être dans l’entente », être en lien avec l’autre, être à son écoute et donc pouvoir aussi se taire.

Un intervenant montre que l’affirmation du sujet a cela d’universel qu’elle peut être dite par tout le monde. Un autre donne à voir que la prise de parole révèle d’une part, un besoin de « reconnaît-sens », c'est-à-dire l’espoir que l’autre comprenne le sens de nos propos et d’autre part, un besoin de reconnaissance « parce que sinon, on n’est pas vraiment sûr d’exister ». Mais la reconnaissance entraîne-t-elle nécessairement la solidarité ? Mieux vaut regarder dans la même direction que de se regarder dans les yeux, dit-on ; est-ce toujours vrai ? Pourquoi les Cassandre sont-elles moins écoutées que les prophètes du bonheur ? La philosophie est-elle faite pour rendre heureux ou pour alerter ? Peut-on écouter ce qu’on ne veut pas entendre ? Ce serait le propre des gens intelligents, affirme l’animateur : savoir écouter ce que dit l’autre qui peut nous surprendre, savoir saisir au vol ce qu’il y a de nouveau chez l’autre, même et surtout si on croit le connaître, même et surtout quand on croit savoir ce qu’il va dire. C’est le moment que choisit l’auteur du sujet pour nous parler de la joie, une de ses marottes. Et l’animateur d’enchaîner aussitôt : « Si vous voulez qu’elle se taise un jour, écoutez-la ! » Et la salle d’éclater de rire, montrant ainsi que l’une et l’autre avaient été entendus.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Nadia
Ecrit par Je me tairai jusquà. 22-10-2007
Il faut communiquer, nous dit on. Les moyens de communication n'ont jamais été aussi nombreux et pourtant, la solitude, l'isolement, l'absence de communication n'ont jamais été aussi tragiquement répandus. Je vais rendre visite à ma mère, comme toujours silencieuse malgré la souffrance, étendue sur son lit d'hôpital, entourée de l'affection de ses enfants, de ses petit-enfants, de ses ami(e)s nombreux. C'est un va et vient incessant! La voisine comme bien d'autres ,à tous les étages, est terriblement seule. Ses deux fils sont au loin ........ l'un est universitaire, il enseigne à Los Angeles; l'autre a fait sciences politiques et travaille à Ankara. Elle m'est étrangère et je lui donne à manger parce qu'elle ne peut pas le faire. Où sont ses enfants, sa famille.....?
Je me tairai jusqu'à ce que je sois entendue et je l'ai été. Le lendemain, elle avait pris le téléphone pour leur donner de ses nouvelles. Ils ont promis de faire le voyage ! Apaisée, elle allait déjà mieux malgré son grand âge. Tout ne passe pas par les mots. Bien souvent, ils sont de trop !
Aujourd'hui, aux tables de "négociations", il faut s'y rendre même lorsque les dés sont jetés ou "pipés".C'est ce que je nomme "la soumission à l'autorité". "Faire silence", des pauses.... c'est une respiration ou la révolution. Le vernis du langage, les "salamalek", la rhétorique, tout le "blabla" institutionnalisé, polissé.... enlèvent sa force au verbe. C'est pourquoi j'accorde davantage de crédit à ce qui se tait et non à ce qui se dit.

2. Je ne me tairai que lorsqu’on m’aura entendu(e) !
Ecrit par elie. 29-10-2007
1. Nadia
C'est pourquoi j'accorde davantage de crédit à ce qui se tait et non à ce qui se dit.
Suite a ta conclusion, dois je avoir du credit à ce que tu viens de dire?!

3. Que peut-on faire pour ces gens?
Ecrit par Ibnadame. 29-10-2007
Bonjour...

Quand on croit à certaines valeurs comme la vérité, la justice , le droit de vivre et d'exister, on ne pas rester les bras croisés quand on trouve des cas comme celui du Palestine… Et d'autres cas...

Je veux bien que vous publier cette lettre pour l'histoire et pour la vérité sacré…Et Merci de votre compréhension…

Une lettre de Amer al-Azem aux politiciens et au peuple américain et a ceux qui se sont concernés!
(Pour la publication)
Je sui Amer al-Azem, un homme ordinaire… Mais je parle au nom de dix mille membres des cerveaux de L'Association internationale de traducteurs et linguistiques arabes,et au noms des Arabes et des millions d'Arabes et de la Free World! Nous avons lancé une campagne en levant l'état de siège sur le peuple palestinien dans la bande de Gaza en dix jours… Nous avons déjà commencé et lancé les discours diplomatiques et ces discours n'a pas jugé entendre!

Maintenant … Nous ne ferons pas de remise. Nous supporterons les pertes éventuelles! Nous savons que vous allez nous combattre clandestinement mais Nous allons vous combattre en public! Vous êtes en mesure de détruire notre site, mais l'Association vivra dans notre dans nos coeurs et nos esprits et dans notre conscience et dans la conscience de ceux qui viendront après nous! Et le monde entier saura cette bataille et se souviendra d'elle! Nous voulons vous combattre légitimement et de porter atteinte aux droits de notre nation est une morale et civilisée que vous êtes libre de l'utilisation des moyens immoraux! Nous n'avons pas employé des mots obscènes ou offensant… Nous vous disant que nous allons vous combattre publiquement!
Nous avons lancé des discours pour discuter, et vous ne voulez pas nous écouter, et passer à la levée injuste du blocus sur Gaza et la reconnaissance des droits du peuple palestinien opprimé,et vous n'avez pas répondu à notre demande!
Nous demandons seulement le droit de discuter équitablement! Le droit d'un peuple! Nous ne votons pas pour la guerre, mais pour une coopération et un dialogue sur un pied d'égalité entre les civilisations et les cultures, et non un dialogue entre les tanks et les idées .Puisque ce qui se passe actuellement n'est pas un dialogue! Vous pouvez dire qu'est ce qu'une Association des intellectuelles,que veulent-ils des politiciens comme nous,mais j'ai bien peur pour vous .Il arrivera un jour,et vous allez nous demander au dialogue,et à ce jour vos pertes seront considérables et nos offres ne seront pas discutables…,

Je suis le seul homme capable de mettre fin à la bataille et d'arrêter le massacre .. Croyez-le ou non! Ce qui nous préoccupe ce n'est pas vos discussions politiques et vos résultats! Cà nous n'obligent pas, ça ne représente pas une contraignante pour nous,les intellectuels et les libres penseurs!

Il faut relire le discours envoyer à l'Assemblée et au Président Bush, qui a été est envoyé à Nancy Pelosi et des dizaines de membres du Sénat …Et ce n'est pas de la bonne diplomatie pour que le Président Bush ne répond pas à l'intervention dit du plus grand chataire intellectuel dans le monde arabe!

Vous parlez la langue des Tanks, mais nous on parle le langage de la pensée et de la logique et la raison!


Amer al-Azem
Président de la Société internationale pour les traducteurs et les linguistes arabes
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Alors pourquoi les dirigeants ne veulent pas entendre?

4. parler vrai
Ecrit par Nadia. 03-11-2007
Au n°3, je n'ai pas compris grand chose et c'est bien dommage! La traduction n'est pas encore au point. Quant à €llie," Dire", ce n'est pas "Ecrire" mais je suis tout de même d'accord avec toi. Ne dit- on pas que "les paroles s'envolent mais les écrits demeurent" ? Faut il, pour autant, leur accorder davantage de crédit ? Je crois sincèrement que toute parole est vaine surtout si elle se fait insistante, persuasive, sauf, peut être, celle qui nous "touche" et trouve un écho en nous. C'est ce que je nomme le "parler vrai". Anne Benveniste, je te salue là où tu es. Ta Parole bouleversante était sans fard et m'a touchée au plus profond de mon être tout comme ton "départ" prématuré. Amitiés et bonne soirée à tous. Nadia

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