Notre identité est-elle nécessairement plurielle ?
04-11-2007

Le sujet choisi parmi les propositions des participants aux Phares en ce dimanche 4 novembre fut : « Notre identité est-elle nécessairement plurielle ? » Pour introduire le sujet, son auteur évoqua l’origine plurielle inévitable de toute identité singulière, et mit en avant les dangers de penser avant tout la singularité, dangers qui peuvent conduire à l’égocentrisme et à l’exclusion de l’autre. S’il y a en nous des désirs différents, souvent contraires ou difficilement compatibles, peut-on dire pour autant que notre identité est multiple ? Et qui est celui qui dit « notre identité » ? s’agit-il de l’identité des êtres humains, des êtres vivants ou de celle de chacun d’entre nous ?

Arturo BrachettiQuelle différence faisons-nous entre le moi et l’identité de ce moi ? proposa l’animateur. L’origine étymologique de l’identité provenant de idem, qui signifie le même, nous n’étions pas plus avancés après une première intervention présentant l’identité comme « ce qui se réplique à l’identique d’elle-même ». En outre, quelque chose ou quelqu’un peut-il être pluriel avant que d’être singulier ? Si ce qui nous constitue sur le plan matériel peut être déterminé (ADN), notre identité ne saurait s’y réduire en raison de l’organisation différente d’un sujet à l’autre. Tout semble se passer comme si chacun disposait de son propre organisateur gastruléen, cet agent mystérieux qui conditionnerait nos choix les plus intimes et partant, notre identité. L’identité, cette forme subsistante et permanente alors que nos cellules unitaires se renouvellent sans cesse, demeure un mystère.

Finalement, qu’est-ce qui est moi et qu’est-ce qui n’est pas moi ? Qui suis-je et que suis-je ? Des éléments de réponse furent apportés en distinguant d’une part, ce qui n’est pas choisi par le sujet (son sexe, son nom, sa famille, ses origines) et d’autre part, ses choix propres (ses engagements, son métier, ses choix de vie). L’animateur fit toutefois remarquer que la frontière entre ce dont on hérite et ce que l’on choisit n’est pas clairement marquée, évoquant la question du choix du sexe, notamment. L’aspect pluriel de l’identité serait-il donc composé d’éléments qui nous rattachent à une lignée ou à une catégorie (espèce, famille) et d’éléments constitutifs de choix personnels (adhésion à un parti, choix personnels) ?

N’y a-t-il pas quelque chose d’irréductible et de tout à fait particulier en chacun de nous, même si nous ne pouvons l’exprimer complètement ? L’identité semble indéfinissable. Pourtant, nous reconnaissons à chaque jumeau sa propre identité ; nous faisons le lien entre une photo d’identité et son propriétaire, même si les années ont marqué son visage ; la perte de mémoire d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer ne lui fait pas perdre son identité, quand bien même celle-ci est profondément altérée. Au cours du débat, Ricoeur a été appelé à la rescousse, mais les concepts autour de la mêmeté et de l’ipséité, censés clarifier le débat, ne m’ont pas apporté grand-chose. Les théories des philosophes peuvent sans doute leur permettre de se faire comprendre d’autres philosophes ; pour ma part, je les prends avant tout pour ce qu’elles sont : des théories. Et, s’agissant d’identité, même la méthode cartésienne montre ses limites : non, il ne suffit pas toujours de découper les grands problèmes (identité) en plus petits (ipséité, mêmeté) pour les mieux comprendre.

Quoi qu’il en soit, la pluralité dans l’identité semble préférable à son unicité dans le sens où cette dernière présente le danger de réduire l’individu, de le scléroser. Un intervenant fit savoir qu’on ne devient quelqu’un qu’en prenant de la distance par rapport à son ego. Cette pensée rejoint celle d’Einstein pour qui « la vraie valeur d’un homme se détermine en examinant dans quelle mesure et dans quel sens il est parvenu à se libérer du Moi ». Peut-on se libérer de son moi sans passer par une pluralité de moi ? On ne construirait son identité que par opposition ou identification aux autres. Pourtant, on entend tous les jours : « Tiens, ça ne lui ressemble pas » ou au contraire « Comme toujours, il s’est montré égal à lui-même... »

Un intervenant avança que ce sont les choix fondamentaux sur le plan éthique qui fondent l’identité d’une personne. Les fonctions, identifications, caractéristiques de l’identité varient tout en constituant une entité stable, reconnaissable et unique. L’identité plurielle, est-ce la somme des rôles que nous jouons dans la vie ? Et jouer un rôle, exercer une fonction, est-ce s’identifier à elle (ou lui) ? On pense au garçon de café de Sartre... Le paradoxe de l’identité n’est donc pas près d’être résolu. Ce ne sont pas les amateurs de café-philo qui s’en plaindront…

 

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LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Qui suis-je ?
Ecrit par Carlos. 08-11-2007
On a toute la vie pour y répondre, sans y parvenir. Puis, une fois inscrit notre nom sur une pierre tombale, ça y est ; c’est fait. Chacun meurt seul et, si j’étais un autre, le monde pour moi serait un autre aussi. Il n’y a pas de doublures ou autres identités dans la vie ; chacun la sienne et point de fuite.
Certes, le principe d’identité suppose une non-identité (entre les causes et les effets, par exemple) mais, celle-ci est basée sur une invariance dans le devenir, tandis que l’autre l’est dans l’être.
Un vieil ami me montra un jour une photo du temps de l’école primaire me demandant : « Où suis-je, là dedans ? » Comme je bloquais, il me dit, montrant un coude troué qui dépassait de l’ensemble : « Je suis là ; c’est mon bras. » Effectivement, je me suis souvenu qu’il avait toujours ses pull-overs percés aux manches ; c’était bien lui. Ignoré de la raison, l’être de notre « je » se conforme comme une empreinte digitale à notre destin, l’histoire silencieuse du nom disponible qui nous accueille le jour de la naissance et la pertinence de l’endroit où elle a eu lieu.

2. Le pluriel est- il vraiment singulier ?
Ecrit par Gérard. 12-11-2007
Dans notre société où chacun peut vivre simultanément et successivement des expériences sociales diverses et parfois contradictoires, chacun est porteur d une pluralité de dispositions ; de façons de voir, de sentir et d’agir.

Est-t-on pour autant différent. ? N’y a-t-il pas un style de vie, une posture, une façon d’être soi qui convoque l’illusion d’une même identité, le "çà c'est tout lui " sans quoi le dialogue intérieur n’aurait pas grand sens pour comprendre sa totalité comme un espace ouvert.

S’interroger sur la manière dont nous avons incorporé nos expériences sur une diversité de scènes est peut être la porte d’entrée par laquelle un Platon disait qu’une vie non examinée ne vaut pas la peine d’être vécue.

La présence de l’absent dans nos vie requiert l’idée d’un regard sur soi hors du champ de l’action, comme si quelque part les choses existeraient qu'à l’aune d’un destin à accomplir d’une chance à saisir.Comme si la vie n'était qu’un théâtre dont les masque sont des figures universelles de notre humanité et les décors, le ressort d’une action qui poursuit ses fins d’un éternel retour.

Et si nous sommes plusieurs, avons-nous autant de destins qu'on se laisse dire ?

3. difference.
Ecrit par gabriel le13.11.07. 13-11-2007
si dans un bar, je dis:"donnez moi un autre cafe"cela veut dire un autre "identique au meme" ou bien,mais cela va necessiter reflexion:"donnez moi autre chose"c'est a dire "un autre different du meme";cette nuance je la retrouve dans la vie.En premiere approche,je reconnais les hommes d'emblée,en tant qu'"identiques à moi".Jesuis un moi parmi d'autres moi.Pourtant je ne sais definir l'identité humaine;seulement la cerner progressivement par différenciation:avec le minéral,le végétal,tel animal,etc.....Puis je lie connaissance avec l'homme,et du fait de ses paroles et actions,je me ressens différent de lui.j'ai conscience,à chaque instant ,que c'est un autre"différent de moi".je suis un moi parmi d'autres non-moi.Bien que je vive, convaincu de mon unicité, je ne peux définir "qui je suis" , que je nommerai mon idendité (tout court). Celle-ci est vécue à tout instant du temps qui passe et au contact du monde du non-moi. Je peux l' approcher par multiplication des "ce queje suis" , établis eux-mêmes par différence avec l'autre ( ex : je me juge assez généreux par rapport à un autre, égoïste ). J' ai donc une idendité de chaque instant, vécue par différence avec le non-moi, et dans le temps qui s' écoule. Puis-je me poser identique à moi-même ? C' est à dire admettre : mon identité d' aujourd' hui est identique à mon identité d' hier. Ce serait envisager , soit que le monde non-moi reste le même (cela est absurde) , soit que le monde non-moi change, mais que cela n' a aucune influence sur moi (absurde, car je serais le seul à ne pas changer) J' en suis réduit à dire : mon identité c' est ma différence avec le non-moi qui se différencie avec le temps.

4. mon identité entre l'être et le néant
Ecrit par Gérard. 15-11-2007
Je trouve cette dernière réflexion tout à fait interessante et assez proche de l'idée sartrienne de la conscience comme capacité à néantiser.Si cette conscience est un pour-soi, c'est-à- dire une rapport de soi à soi dans sa capacité à focaliser et donc à extraire du monde ( à néantir) alors ce qui est constant et hors de tout changement de moi et du monde c'est ce flux de la conscience réflexive en elle meme et qui est consciente, de ce fait, d'exister en qu'identité à soi vivant sans cesse cette réflexivité tout le reste ne cessant pas de changer. Une fois posé, ceci ne dit pas que je suis différent radicalement, que je suis mon propre fondement et que ma vie soit inaugurale en tous points.C'est là où la réalité de la condition humaine pointe son nez et nous ramène à plus d'humilité en rappelant que nos existences nous lient t à des expériences universelles ou que des invariants anthropologues pose la meme dramaturgie.Ceci relativise la sacralité de la différence chez notre contemporain pour la ramener à un niveau socio-historique de la subjectivité. Plutot que de se voir comme un point fixe, notre réalité psychique relève d'un entre-deux. Il y a de l'autre en moi autant que le monde qui me traverse pour fabriquer mon monde à moi. Et si je creuse à l'infini les couches de mon " moi "je trouverais la pure conscience d'avant l'existence incorporée autrement dire rien comme contenu de la consience puisque la conscience est conscience de quelque chose.Ce rien et ce tout à la fois c'est la totale conscience qui a néantisé le monde et qui, par conséquent, à dilué son égo qui en constitue le rapport.Cette conscience qui a cessé de se séparer de sa source dans l'illusion d'une identité est la non-pensée but ultile de la méditation bouddhiste.Une autre maniere de dire en effet c'est de parler de différence. En tant qu'égo, l'instance de la conscience de soi, je suis la différence en tant qu'elle est ni ceci ni cela. Mais la différence est-ce un être ?
Freud parle de topiques.Quelque part, du Moi et le Surmoi émerge l'espace où surgit la conscience du conflit.Ce conflit existe en tant réalité subjective mais peut on dire que le moi existe? Ce n'est qu'une expérience de conscience.

Au lieu de me poser la question du qui je suis, je préfère me poser la question de ce que je fais pour que mon identité ne se résume pas à un opérateur de différenciation. Bref, je préfère faire mon histoire plutôt que de m'en raconter à mon propos.Suis-je pour autant différent ?

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