Essai sur l'hypothèse d'un contact avec une civilisation extra-terrestre
Écrit par Pirmin Lemberger   
01-04-2006

Rencontre du 3e type Ayant découvert le café-philo il y a quelques semaines seulement je me suis dans un premier temps réjoui qu’ait été retenu le sujet que j’ai proposé dimanche dernier « En cas de contact avec une civilisation extra-terrestre, quelle serait notre premier message ou notre première question ? ». La question n’a absolument rien d’original j’en suis bien conscient, elle est à l’origine d’innombrable romans, films (hélas souvent médiocres), mythes et légendes. Toutefois il faut bien me l’avouer ce débat m’a laissé une impression mitigée. Un goût d’occasion manquée pour un débat qui aurait pu être passionnant. Loin de moi l’idée de rejeter la responsabilité sur l’animateur ou sur les intervenants. Je m’attribue plutôt la responsabilité et regrette de n’avoir su mieux formuler cette question qui me trotte dans la tête depuis toujours. Alors voilà, certes un peu tard, quelques tentatives d’éclaircissement, sans doute bien naïves (mais est-ce véritablement un défaut en philosophie ?) de cette question : « Sommes nous seuls dans l’univers ? »  qui me semble-t-il en contient beaucoup (trop même) et recèle peut-être même une définition de la philosophie elle-même : « Réfléchir sur l’essence de ce qu’est notre existence sur cette Terre ».

À mon sens, il aurait été souhaitable de commencer par une formulation claire de l’expérience de pensée. Ce que je n’ai hélas pas fait. Dans mon esprit, cette expérience se veut scientifiquement aussi réaliste que possible. En particulier, je souhaite éviter toute reformulation symbolique (un enfant n’est pas un extra-terrestre, par ex.), non pas que je nie a priori l’intérêt des symboles, mais ce n’est pas la question que je souhaite poser. Prenons simplement au sérieux l’hypothèse d’un contact radio et non d’une visite in situ. Pour des raisons d’ordre statistique et de confinement temporel, l’un et l’autre me semblent d’ailleurs peu probable mais ce n’est pas ici la question. Voici donc l’hypothèse :

« Nous avons détecté sans ambiguïté un signal radio émanant d’entités conscientes extra-terrestres. Par hypothèse, celles-ci sont donc suffisamment intelligentes, nombreuses et organisées pour construire un émetteur et un récepteur radio. Admettons qu’elles aient aussi connaissance de notre existence. Puisqu’elles construisent des émetteurs, c’est forcément qu’elles sont curieuses. Donc, forcément, elles vont s’intéresser à nous, au moins un peu. Au début de la conversation en tout cas. S’il s’agit d’organismes complexes et chimiquement instables (comme nous), vraisemblablement ont-il comme nous une vie finie. Déjà là on a un sujet de conversation ! »

Un préalable indispensable à tout dialogue est naturellement de posséder dans un premier temps un alphabet, puis un vocabulaire commun. Ces prémisses au véritable dialogue soulèvent à elles seules des questions passionnantes à la fois scientifiques et philosophiques. Le sujet a d’ailleurs fait l’objet de quelques recherches que l’on regroupe parfois sous le vocable d’anti-cryptographie (voir par ex. les articles de JP Delahaye dans Pour La Science). En l’absence et pour cause de tout contexte culturel commun, toute tentative de solution repose naturellement sur la physique (pour faire des « dessins » avec une échelle) et l’universalité supposée (mais très étayée) du langage mathématique et de son insurpassable puissante prédictive des phénomènes physiques. En définitive, cette hypothèse d’universalité, pour peu qu’on y réfléchisse 30 secondes, se réduit simplement à l’hypothèse fondatrice de toute science, à savoir l’hypothèse que le monde physique est intelligible. Il n’est pas question ici d’idolâtrie ! Mais de la fascination devant un mystère des plus profond : pourquoi la nature est-elle intelligible ? J’avoue humblement ne pas bien saisir comment il est possible pour un philosophe de ne pas questionner la singularité de ce langage. Des réponses ont été tentées par des neurologues (cf. Matière à pensée de JP Changeux et A. Connes) mais je ne les trouve guère convaincantes. En ce qui me concerne, je choisis d’accepter le mystère puisqu’il est fécond en théories riches et élégantes et me permettra vraisemblablement, le jour venu, de communiquer avec les extra-terrestres.

Bon, alors voilà. Supposons donc ce préalable acquis : nous pouvons entamer une vraie conversation avec Eux. Au café des Phares par exemple. On commence par les présentations incontournables :

« Nous habitons notre planète en tant qu’espèce vivante (Homo Sapiens) depuis 200 000 ans. La lumière émise par notre étoile est très importante pour nous, lorsqu’elle disparaît, nous appelons cela la nuit, et ça nous a toujours fait peur. Une autre source d’angoisse et que nous vivons moins de 100 ans. Pour ces angoisses (la nuit et la mort) calmer, nous avons inventé deux trucs un peu difficiles à vous expliquer : l’art (une sorte de message qui doit émouvoir nos semblables mais sans paroles) et les religions (des histoires qui racontent le monde pour essayer de lui donner un sens). Grâce à ça, on s’est posé plein de bonnes questions, mais comme les différents systèmes n’étaient pas compatibles ça crée des problèmes d’organisation qu’on n’a d’ailleurs toujours pas résolus. Nos plus vieux souvenirs sur ces sujets remontent à 35 000 ans. Nous nous sommes sédentarisé il y 10 000 ans après une période de 15 000 ans où notre climat était beaucoup plus froid que maintenant. Nous avons inventé les villes et l’écriture il y a 6 000 ans. Il y a 3 000 ans, on a inventé des trucs importants comme la philosophie, le théâtre et la littérature. C’est un peu compliqué à vous expliquer, là tout de suite, mais on y reviendra quand on se connaîtra mieux. Il y 2 000 ans, on a inventé beaucoup de lois et de règles qui régissent encore aujourd’hui une bonne partie de notre organisation. Après ça, on a un peu cafouillé pendant 1 300 ans, mais il y a 500 ans on s’est réveillé et il y 300 ans une partie de notre espèce s’est dit que nous devrions nous organiser sur des principes plus rationnels. Il y a 200 ans, on a inventé (en fait juste ici, là, à côté du café des Phares !) un mode d’organisation des sociétés qui a tendance a se généraliser actuellement un peu partout sur la planète. Il y a 150 ans, on a compris les forces électromagnétiques que nous avons utilisé 50 ans plus tard pour construire nos premiers émetteurs radio et avec lesquels nous communiquons avec vous aujourd’hui. Il y a 80 ans, on a compris la structure géométrique de l’univers à grande échelle. On a eu des petits soucis avec les fondements des maths il y a 100 ans, mais il y a 70 ans, on a compris qu’elles ne pouvait être fondées sur la seule logique et maintenant nous savons qu’il y a forcément des propositions indécidables dans tous les systèmes d’axiomes un tant soit peu intéressant. On a compris il y a 60 ans le mécanisme chimique principal de notre forme de vie. Nous terminons actuellement la mise en place d’un système planétaire de communication. On ne vous raconte pas tout sur le dernier siècle car on n’est pas trop fier. Pour les siècles suivants, on a eu des petits soucis car on a un peu déréglé le climat. Si on a les moyens, dans 50 ans on ira faire un saut sur une planète à quelques minutes lumière d’ici. Dans 20 000 ans notre climat changera, dans 1000 000 000 année la vie disparaîtra de la surface de notre planète à cause du réchauffement de notre étoile. Pour l’instant notre principal souci est que, n’ayant pas encore réussis à mettre en place un système d’organisation globale de notre société, celle-ci reste morcelée en petites tribus avec des principes d’organisation différents qui cohabitent mal. »

Voici le moment venu de leur poser la première question. La plus essentielle de toutes est à mon sens celle-ci : 

« À quel niveau de conscience êtes-vous parvenus ? »

Naturellement, obtenir cette information n’est pas chose aisée car nous n’avons aucun socle culturel commun. Mais justement, c’est ce qui fait l’intérêt de cette expérience de pensée. Que reste-t-il de profond et de significatif à dire lorsque l’on enlève entièrement ce socle culturel ? D’aucuns répondront sans doute : rien. Ce n’est pas mon cas. Il reste à mon sens le fait d’être des citoyens de l’univers. Nous sommes tous deux des petits organismes chimiquement instables dans lesquels l’univers se reflète pour quelques dizaines d’années. Un reflet inquiet, curieux, émerveillé et impatient. Un reflet dont l’un des sous-produits est la science. Au premier rang desquels la physique. La physique qui permet d’aborder l’architecture de l’univers à toutes les échelles et de se situer part rapport à lui. Et les mathématiques qui permettent de penser clairement ce que notre trop faible imagination ne peut concevoir. Il reste aussi la finitude (dans le sens physico-chimique) qui nous pose un problème commun, vraisemblablement. Mais pour parler de philosophie, de sentiments, d’art, de poésie, bref de toutes ces choses qui meublent un peu notre finitude, ma conviction profonde est qu’il faudra, dans un premier temps, que cela plaise ou non parler mathématiques. Idolâtrie ?

Donc déterminer leur niveau de conscience, tel est l’objectif respectif de notre dialogue. Je précise qu’à titre personnel si ce contact devait un jour avoir lieu, je le considèrerais sans hésiter une seconde comme l’évènement le plus significatif de toute l’Histoire de l’Humanité. Et c’est avec une fébrilité infinie que je poserais alors les questions suivantes :

« A quoi occupez-vous votre vie ? Combien de temps vivez-vous ? Qu’est ce qui fait que ça en vaut le coup pour vous ? Si vous êtes immortel, est-ce que ce n’est pas un peu ennuyeux après un moment ? Croyez-vous qu’il existe une finalité imposée par un être conscient qui tire les ficelles ? Combien d’autres civilisations avez-vous contactés ? Combien de temps durent-elles en moyenne ? Qu’avez-vous appris d’elles ? Comment êtes-vous organisés socialement (parce que chez nous, franchement, ça a un peu toujours été le bordel) ? Avez-vous une description cohérente et complète de la dynamique et de l’architecture de l’univers ? Etes-vous parfois amoureux ? Savez-vous s’il y a une infinité de nombre premiers consécutifs et si tout nombre pair s’écrit comme somme de deux nombres impairs ? Pourquoi il y a seulement 3 familles de quarks et de leptons ? Dans combien de temps s’éteindra votre étoile ? Une fois que votre étoile s’éteindra, est-ce que vous avez un endroit où aller ? Est-ce que vous connaissez un système d’axiomes pas trop compliqués dans laquelle l’hypothèse du continu soit décidable ? Avez-vous réussi à construire une conscience artificielle ? Savez-vous construire un vaisseau spatial pour visiter votre système planétaire ? une machine à voyager dans le Temps ? » 

Dans l’hypothèse optimiste où leur niveau de conscience est plus élevé que le nôtre, nous ne comprendrons pas toutes leurs réponses. Mais étant plus évolués, peut-être auront-ils le souci de nous donner quelques gages, compréhensibles par nous, de leur évolution. En répondant à quelques unes des énigmes mathématiques qui nous tracassent par exemple. Idolâtrie ?

Certes, il y a deux sujets essentiels que je n’ai pas évoqués ci-dessus et qui occupent 99% du temps et de l’énergie de notre espèce : le sexe et l’argent. Ce n’est pas que je pense qu’il faille en avoir honte, ce serait d’ailleurs assez ridicule face à des extra-terrestres. Simplement je pense qu’ils constituent tous deux le carburant de notre société terrestre humaine. Or ce dont il est question, me semble-t-il, ce n’est pas le carburant de notre civilisation mais sa destination et sa position sur ce chemin. Le 1% restant, c’est ce qui est justement significatif dans notre dialogue imaginaire. Attention, je n’ai pas dit qu’il ne faille pas de carburant !

L’impact de la question religieuse me semble d’un impact colossal et ce quelle que soit la réponse. J’imagine un premier type de réponse possible de leur part : « Voilà 500 millénaires que nous communiquons avec une centaine d’autres civilisations. Toutes ont connu, durant la phase précoce de leur évolution spirituelle, une phase religieuse de 3 à 10 millénaires. Il s’agit d’un phénomène assez banal et bien compris par nous depuis longtemps. » Un second type de réponse : « Oui, nous partageons avec toutes les autres civilisations, une conviction dans une transcendance, qui donne un sens à notre existence ». Ca ne serait pas une preuve de l’existence de Dieu, mais quand même un premier indice significatif et rationnel. Auquel même moi je serais prêt à me rallier !

Dans ces quelques spéculations, j’ai pris délibérément le parti de m'inspirer d’une démarche scientifique que j’étends à la philosophie : extrapoler des connaissances de manière aussi contrôlée que possible. Une autre démarche est certes possible, c’est ce que proposait Daniel (si j’ai bien compris son propos), qui consiste à spéculer sur une altérité absolue. Cela peut être un jeu plaisant et divertissant certes mais en définitive est assez stérile. Je lui préfère en ce qui me concerne une attitude moins spéculative mais, je le crois, pas moins riche : celle qui consiste plutôt à extrapoler aussi raisonnablement que possible à partir de connaissances acquises. Il me semble que la réflexion prudente et contrôlée est plus intéressante que les tentatives gratuites et inévitablement vouées à l’échec de spéculations d’une altérité absolue. Le message de la physique du 20ème siècle est, s’il fallait le résumer d’une phrase : « il y a de la symétrie partout dans l’univers ». Je pense que le philosophe du 21ème siècle doit savoir écouter ce message de la nature s'il veut dire des choses qui soient un peu plus qu’un aimable bavardage. Bon c’est peut être gonflé de dire ça, mais puisque l’on peut dire ce que l’on pense sur ce forum, j’en profite…

Je n’ai pas de conclusion grandiose à formuler. Simplement ce dialogue avec E.T. me semble être l’opportunité de prendre un point de vue « cosmique » de notre aventure humaine. Il possède certes des aspects divertissants. Pourquoi s’en priver ? Mais, au-delà de cet aspect ludique il me semble qu’il y a une véritable utilité à ce point de vue, surtout à notre époque de problèmes qui sont de plus en plus globaux (sociaux, écologiques, éthiques,…). Une part de recul cosmique me semblerait même souhaitable de la part de nos hommes politiques s’ils voulaient être vraiment responsables. Bon, mais là, c’est carrément de la science-fiction…

 

Écouter des extraits du débat : c'est ici .

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. les extra terrestres et l'argent
Ecrit par gtissier. 07-05-2006
radio ici et maintenant 95.2 a des émissions spécialisées sur les extra terrestres le mardi à minuit.beaucoup de réponses peuvent s'y entendre sur les questions posées par Pirmin.

2. ma première question aux extra -terrestres...
Ecrit par gtissier. 21-06-2006
Ce serait :Avez-vous fait bon voyage ? Restons civilisés..

3. qu'on est bête
Ecrit par Invité/Visiteur. 18-07-2007
la preuve qu'il y a des êtres intelligents ailleurs que sur notre planète c'est qu'ils n'ont jamais essayé de nous contacter !

4. l'écosystème le plus fragile du monde est aux pôles
Ecrit par un écologiste. 24-08-2008
Si Pirmin veut accueillir des extra-terrestres un jour, il faudrait qu'il évite de bousiller la planète trop vite : un aller et retour en avion Paris Alaska = 2 tonnes de dioxyde de carbone par personne. Bonjour la pollution. En Arctique le développement du tourisme de masse( x 7 en 10 ans), notamment de la randonnée, représente un grand risque pour la biodiversité. Il est un important facteur de destruction de l'environnement, et des fragiles équilibres sociaux là-bas. Quand la banquise aura fondu, la voie sera libre pour les croisiéristes en mal d'exotisme, mais il n'y aura plus un ours polaire pour regarder passer les bateaux . Je ne sais pas si Pirmin ira construire des barrages sur les cotes africaines avant la montée des eaux, mais en attendant il serait décent qu'il évite d'évoquer ces pauvres gens chassés de chez eux pour raisons de catastrophes climatiques .
Je ne parle pas des commentaires sur Mr Sarkozy en Egypte ... si c'est effectivement très nouveau riche d'étaler ses voyages onéreux, je trouve encore plus déplacé de la part de quelqu'un qui fait des cours de morale aux Phares d'étaler les siens aux yeux des philosophes du dimanche : beaucoup ne quittent pas Paris de tout l'été.

5. Les signes extérieurs de l'éthique.
Ecrit par Un philosophe du dim. 24-08-2008
Monsieur l'écologiste, je trouve vos remarques très pertinentes.

6. Siou plé faitez attention à moi, à moi, à moi...
Ecrit par L'"amie" du caféphil. 18-08-2009
Non, mais il est incroyable le pollueur ! (en 10) : Pendant des mois il a crié à la censure lorsqu’il a été modéré à cause de ses agressions permanentes, maintenant qu’on s’en prend à lui, il voudrait que le webmaster « censure » ceux qui le critiquent ? C’est merveilleux !
Et puis « l’amie d’internautix »… qui donc ? aurait expliqué ("avec des allusions"... genial!) qu’il y aurait une dérive sectaire… où ça ? Au café-philo ? laquelle ? et vous n'êtes pas aller voir la Miviludes? Ah, le désir d’exister à tout prix !

7. à 6, qui se prétend l'amie de je ne sais qui
Ecrit par 4. 01-05-2010
"est-il donné à tout le monde le droit d'exister" ?

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