Spinoza, la belle imagination et la jouissance du monde
Écrit par Marc Goldstein   
05-12-2007

Le 4 décembre 2007, je me suis échappé du bureau pour courir écouter Robert Misrahi, entouré de Carla Van der Werf (sculpteur) et d’Antoine Spire (journaliste), parler de « Spinoza, la belle imagination et la jouissance du monde » à la mairie du 13e, place d’Italie. Et je n’étais pas le seul. Courir à une fête, à un spectacle ou à un rendez-vous galant, ça peut se comprendre, mais courir écouter un philosophe vivant parler d’un philosophe mort, comment l’expliquer ? C’est que les philosophes en question ne sont pas n’importe lesquels et que l’un a passé sa vie à commenter, comprendre et faire vivre la philosophie de l’autre. De plus, on ne parle bien que de ceux qu’on aime. Alors ne soyez pas surpris si je vous dis tout simplement : « Que c’est bon d’écouter Misrahi parler de Spinoza ! »

Le philosophe débute son exposé par une première leçon de spinozisme : interpréter les textes par les textes, et non à partir d’éléments exogènes. Le système spinoziste est un monisme, une unité : il n’y a qu’un monde, le nôtre, que représente la nature dans son infinité, ou Dieu (Deus sive natura). Et ce monisme macroscopique se retrouve également à l’échelle humaine : il n’y a pas de séparation entre le corps et l’esprit chez l’être humain, l’esprit est l’idée du corps. Quel est alors le but de la philosophie ? L’introduction du Traité de la réforme de l’entendement donne la réponse : « L'expérience m'ayant appris à reconnaître que tous les événements ordinaires de la vie commune sont choses vaines et futiles, et que tous les objets de nos craintes n'ont rien en soi de bon ni de mauvais et ne prennent ce caractère qu'autant que l'âme en est touchée, j'ai pris enfin la résolution de rechercher s'il existe un bien véritable et capable de se communiquer aux hommes, un bien qui puisse remplir seul l'âme tout entière, après qu'elle a rejeté tous les autres biens, en un mot, un bien qui donne à l'âme, quand elle le trouve et le possède, l'éternel et suprême bonheur. » La philosophie de Spinoza est la recherche de la félicité, de la béatitude. Elle n’est donc ni une philosophie de l’être (ontologie) ni une philosophie de la connaissance, mais une philosophie ancrée dans la réalité humaine, dont le but est de répondre à la question « comment vivre ? ».

Pour ce faire, l’Éthique nous apprend que l’essence de l’homme réside dans le désir. Si pour Platon le désir est manque, pour Spinoza un désir, ça se comble. Le solitaire d’Amsterdam voit dans le désir le mouvement général de l’être humain vers l’avenir. Et c’est ce mouvement même qui va combler le manque. Ainsi, de même que le désir est l’essence de l’homme, la poursuite de la joie est l’essence de la condition humaine. Le désir est un mouvement vers une plus grande puissance intérieure, vers « plus d’être », un accès à la jouissance d’être, à la plénitude, la béatitude, la felicitas. Et cet effort de l’être à poursuivre la félicité, c’est le conatus. L’individu peut dès lors accéder à la perfection, c’est-à-dire à la plénitude de la réalisation effective – ici et maintenant – de son essence.

Mais comment surmonter les innombrables obstacles à cette réalisation de soi ? Comment agir en luttant contre les passions ? Et qu’est-ce qu’une passion ? Une passion, c’est un désir aliéné, nous dit le philosophe ; et un désir aliéné, c’est un désir qui dépend de l’extérieur et qui n’exprime pas un désir personnel et profond. Aussi, lutter contre la servitude des passions, c’est lutter non pas contre ses désirs, mais contre les affects, contre les illusions, et ce grâce à la raison.

Des illusions à l’imagination, le pas est vite franchi. Quelle est la nature de l’imagination pour Spinoza ? Est-elle mauvaise, trompeuse, condamnable ? En fait, chacun est tenté d’imaginer ce qui, potentiellement, augmentera sa puissance intérieure. Or, si poursuivre un imaginaire, un faux accroissement de puissance (comme la drogue) est préjudiciable, l’imagination n’est pas mauvaise en soi, loin s’en faut (cf. Éthique, II, 17, scolie) : « …l'âme n'est point dans l'erreur en tant qu'elle imagine, mais bien en tant qu'elle est privée d'une idée excluant l'existence des choses qu'elle imagine comme présentes. Car si l'âme, tandis qu'elle imagine comme présentes des choses qui n'ont point de réalité, savait que ces choses n'existent réellement pas, elle attribuerait cette puissance imaginative non point à l'imperfection, mais à la perfection de sa nature… ». L’imagination consciente d’elle-même est donc une vertu. Et c’est notamment elle qui permet à chacun de créer, d’inventer sa propre voie pour accomplir son « accès à l’être ».

L’exposé fut suivi de questions et d’échanges avec le public. Parmi les nombreuses questions soulevées, je retiendrais celle relative à la pertinence du mot « nature » pour désigner « le tout » du système spinoziste. La nature est souvent opposée à la culture, et donc convient mal au monisme spinoziste qui fond matière et intellect, explique Antoine Spire, en proposant le mot « verticalité » à la place. Le problème, répond le philosophe, c’est qu’il n’y a pas de verticalité chez Spinoza car les concepts de mode, attribut et substance ne se présentent pas comme un empilement hiérarchique, contrairement à ce qu'enseignent les thèses traditionnelles, mais s’encastreraient plutôt horizontalement. L’idée d’horizontalité semblerait donc mieux rendre compte de l’immanence du système spinoziste, alors que la verticalité évoque davantage la transcendance. Je retiendrais également la jolie formule de Carla Van der Werf : « La puissance de l’imagination combinée au désir d’agir, n’est-ce pas cela la source de l’art ? » Et j’ai eu la réponse au fait de trouver bizarre de venir en courant assister à ce débat : « Jamais un raisonnement ne pourra contrer un désir ».

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. L'essence...
Ecrit par Saad. 05-12-2007
Bonjour...
Ce n'est pas vrai de dire qu'il n'y a qu'un seul monde…La certitude exige des preuves…Et notre philosophe n'a pas de preuve…Sauf ses idées ou ses sentiment…La logique qui nous entoure chaque jour nous présente la certitude,que chaque chose a une fin,alors pourquoi la nature n'aura pas de fin?
La philosophie de Spinoza alors c'est une recherche du bonheur…En d'autre terme qu'est qui donne le bonheur aux humains? On peut conclure que l'être existe sur terre pour être heureux. Le bien ou le mauvais en soit ne représente pas grand-chose dans la philosophie de Spinoza.
Le désir ne peut être l'essence de l'être humain. Car il existe chez d'autre créature qui n'ont aucune chose de commun avec l'humain. Ne restons pas cloué sur l'idée que l'être humain est un animal, mais un animal qui parle,qui mange et autre chose que même, les plantes le font. Pourquoi Socrate a donné cette définition à l'être humain. Peut être à cause des conditions sociale que vivait l'humain à cette époque, ou peut être, la ressemblance; comme critère des choses est un facteur de comparaison logique, pour expliquer certaines problématiques…
Le désir n'est qu'un facteur de quelques choses plus compliqué; et qui entraîne une satisfaction, qui entraîne après un joie aussi passagère…Mais le besoin c'est quelques chose de fondamental…Le désir tu peux le retarder mais le besoin tu ne peux pas car il est vital. C'est pour cela que l'essence de l'être humain n'est pas le désir.
Revenons a une idée qui dit"l'esprit est l'idée du corps"…Ce n'est pas juste, car le corps ne fait pas les idées, et les idées ne font pas le corps, l'esprit est en relation avec le corps, et le corps est en relation avec l'esprit, et chacun d'eux a ses besoins, qui se manifeste dans des désirs…Quand j'ai besoin de nourrir mon esprit; je ne mange pas les tomates pour lui faire plaisir et le satisfaire, je cherche un bouquin…Et ce bouquin qu'il soit en philosophie ou on poésie, ça c'est suivant mon désir; et non mon estomac..
Pour vous dire la culture explique la nature…Et c'est la non compréhension des choses qui se dresse comme obstacle pour ne pas résoudre les problèmes qui se posent…Ce qui excite l'imagination pour jouer le rôle du remplacent dans le but de la satisfaction de désir…Et le fait que seul l'être humain est capable possède la source de l'art, dans l'imagination et dans la capacité de traduire son imagination en lettres ou symboles qui reflète le désir et le besoin de laisser une trace sur cette terre…C'est l'essence de l'Homme…A mon avis la question qui doit se poser; pourquoi l'Homme cherche –t-il à laisser de traces ?????

2. Une remarque au fond de Spinoza
Ecrit par Saad. 05-12-2007
Bonjour...
Je crois qu'on ne peut pas quitter une religion comme ça, sauf si on ne trouve pas qu'elle se base sur des raisons soit contradictoires ;soit injuste...Surtout pour quelqu'un qui a une faculté de penser différente des autres...Seulement penser différemment ne veut pas dire qu'on touche la vérité des choses, ou on est sur la bonne voie...Par contre "la communauté" croit qu'elle a toujours raison;la chose qui pousse à commettre même le crime; non pour justicier qu'elle a raison; mais pour rester et préserver les même principes...La religion de Moise que la paix soit sur lui ne diffère pas des autres religions; sauf pour ceux a qui Dieux l'a envoyée...Seulement l'homme et ses désirs peut jouer sur toutes choses qui peut lui rendre services et lui donne assez de plaisir et de satisfaction ...C'est pour cela qu'on trouve des différent livres, sans ressemblances,et même contradictoires dans certains chapitres...C'est alors qu'un chercheur de vérité essaye de savoir ce qui est vrai de ce qui est faux; n'hésite pas à se poser la question...Y-t-il quelque choses de meilleurs que cela? Est ce que je peux trouver mieux? On sait bien que la philosophie se base sur les questions, et que la clé du savoir c'est la question qui touche le fond des choses...Pour Spinoza; le fait de trouver que ce n'est pas juste certaines idées , ou certaines actes dans sa lecture de"Talmud Torah" et avec sa profonde maîtrise de la langue "Hébreu" il a pu trouver des choses et des vérité que d'autres ne veulent pas qu'il soit dévoilé...Alors on exclu de la communauté et on essayé de se débarrasser...Mais Dieu a voulu qu'il vit encore, et sin heur n'a pas encore sonner...
On cherchons la vérité, il trouva la philosophie de Descartes qui exerce une grande influence sur son états...Quelqu'un qui doute de sa propre religion trouve refuge pour son âme dans la philosophie du doute qui mène à la certitude...La vague de doutes qui a provoqué Nicolas Copernic, l'auteur célèbre de la théorie selon la quelle le Soleil se trouve au centre de l'Univers... "Au XVIe siècle, on croit fermement que la Terre est immobile, et la théorie du géocentrisme est la règle universelle. Le psaume 96.10 dans la Bible indique à cette époque : « Tu as fixé la terre, ferme et immobile », (cette formulation a aujourd'hui changé : « Oui, le monde reste ferme, inébranlable ») On accepte mal que la terre soit mobile. Les chercheurs et scientifiques du XVIe siècle acceptent certains éléments de la théorie, en revanche la base de l'héliocentrisme est rejetée." Wikipédia…
Cela explique que certains choses reste dans la zone de doute…Et que c'est la raison qui peut trancher;c'est pour cela que Spinoza est devenu athée pour les religions et croyant en un Dieu que la philosophie présente…Et je crois en plus que Spinoza n'a pas étudié autres religions que le judaïsme et le christianisme;puis il est devenu un athée…
On trouve que la pensée de Spinoza renferme trois degrés de connaissances:
À trois reprises dans son œuvre, Spinoza élabore une typologie des modes de connaissance :
• dans le Traité de la réforme de l'entendement, §10-16 ;
• dans le Court Traité, livre II, chapitre 1 ;
• dans l'Éthique, partie II, proposition 40, scolie 2.
Les trois présentations sont différentes : elles ne contiennent pas toujours les mêmes modes de connaissance, et pas toujours dans le même ordre. Mais derrière ces différences, il se présente certaines constantes.
Un mot que je veux dire que le fait de trouver des contradictions n'importe ou explique la présence du désir de l'Homme non la raison…

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