La lettre au père Noël
23-12-2007

Cher père Noël,

Je t’écris du café des Phares. Je te fais ma lettre un peu tard, mais comme je ne crois plus en toi, ce n’est pas grave si elle reste sans écho. Le sujet du jour était « Noël », au café-philo des Phares. On a parlé de toi, entre autres. C’était ennuyeux à mourir.

Les origines du père NoëlAlors voilà, je me suis demandé : c’est quoi Noël, pour toi, Marc ? Et je me suis dit : cette question s’adresse-t-elle à l’adulte que je suis ou au gamin que j’ai été ? À l’enfant, évidemment. Et à l’enfant qui croyait au père Noël, sinon ça ne veut pas dire grand-chose, Noël.

Alors me revoilà à 6 ans. J’ai 6 ans. J’ai 6 ans ici et maintenant, aux Phares. Autour de moi, des vieux parlent de Noël. Ils disent que c’est fait pour les enfants. Je ne comprends pas tout ce qu’ils racontent, mais ça a l’air triste quand ils en parlent. Même de toi, père Noël, ils ont parlé. Ils disent que t’existes pas. Qu’en savent-ils ? Ils sont marrants les vieux : ils ne savent pas si Dieu existe ou non, mais toi, ils savent que tu n’existes pas parce que c’est eux qui t’ont inventé. Je les comprends pas, les vieux.

Ah oui, mon cadeau ! je t'écris pour ça. Je voudrais un cadeau fait de rayons de lune, un cadeau qui brille la nuit, mais doucement, que ça fasse pas mal aux yeux. C’est tout. J’ai pas d’autres idées. Ah, si ! J’ai un autre cadeau pour quand je serai grand, celui-là. Je peux commander à l’avance, dis, père Noël, s’il te plaît ? Je voudrais commander un truc pour quand je serai vieux moi aussi.

Voilà, ce serait un endroit où on pourrait prendre un café et discuter en même temps. Un endroit où les gens ne se connaîtraient pas, mais où ils seraient contents de se retrouver pour partager et parler. Mais pas pour parler dans le vent, non. Pour parler de philosophie. Mieux, pour philosopher. Pour parler de leur vécu, du sens de leur vie, de la façon dont ils la mènent, et pourquoi c’est si difficile. Bref, pour communiquer vraiment.

Ça ressemblerait un peu à ici, mais avec des vrais mots, des mots qui font mal, des mots qui engagent, des mots qui feraient vibrer. Je ne sais pas si je suis clair, père Noël. Tu vas me dire : « Mais Marc, cet endroit, c’est celui où tu te trouves, c’est le café-philo des Phares. » Alors père Noël, pourquoi ai-je le sentiment que les mots gâchent tout, qu’ils sont plus forts que les idées, qu’ils ne viennent pas de ceux qui les disent, qu’ils trahissent ou dépossèdent les personnes qui les prononcent ?

Tu ne me répondras pas. Tu t’en fiches de ça, toi. Tu distribues bêtement tes cadeaux, en sachant qu’il n’y en aura pas pour tout le monde, que certains seront déçus de ceux qu’ils ont reçus, et d’autres de ne pas en avoir. Père Noël, aimes-tu la philosophie, toi ? Moi, je l’aime, et c’est pour ça que je la recherche, et c’est pour ça que je suis triste quand je ne la trouve pas.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Noël la nuit
Ecrit par linda. 23-12-2007
En ce dimanche 23 décembre, veille de la fête de Noël, rien de plus normal (ou banal) que de se poser la question du sens de cette célébration. Les participants du Café des phares ont voté pour ce sujet et des mots forts ont été prononcés pour justifier cette fête. Qu’elle soit paienne ou religieuse, rappel du solstice d’hiver, promesse de lumière, ou avènement de l’enfant divin pour le christianisme. Pour les uns elle consacre le commencement, elle est un message d’espérance, un acte de foi et d’amour, une sacralisation de l’enfant qui donne sens à la vie des parents. Pour d’autres elle est l’occasion de la réunion et de la réconciliation de la famille, échange de cadeaux, don contre-don, etc.
Incapable de prendre part à ce concert de généreuses pensées – même si je me réjouis de la perpétuation de certains rituels, universels ou globalisés, dans nos sociétés matérialistes – je reste éloignée de la sacralisation de l’enfant et de la famille et de l’obligation de jouissance festive. Dans cette période je sens plutôt le froid de l’hiver et de la solitude, non seulement la mienne mais celle aussi de beaucoup d’autres gens. Alors je me donne droit de ne pas participer à cette célébration. Ce peut être aussi, pourquoi pas, un moment pour approfondir le chagrin de nos secrets intimes.

2. NAM CUPIDE CONCULCATUR NIMIS ANTE METUTUM
Ecrit par Père Noël. 24-12-2007
Cher Marc, ta lettre m'a émue, la croyance des enfants est sacrée, tes souhaits seront exaucés mais sache que le silence a une présence et parle. Oui, j'aime la philosophie et l'art et ceux qui tentent de l'exercer n'ont jamais perdu leur âme d'enfant.
Quant à toi, Linda puisque tu ne crois pas en moi, je te trouve rabat-joie, tu n'auras pas de cadeaux. Hé oui le père Noël est aussi une ordure.

3. tous les pères sont morts
Ecrit par Mère Noël. 24-12-2007
fin du paternalisme, le père éternel il n'y a plus grand monde pour y croire, mais les mamans savent toutes que Noël est une fête pour les enfants ! même grands ils sont toujours contents des cadeaux que je leur fais. Et les moments que nous passons ensemble le soir de Noêl vaut toutes les discutailles religieuses, philosophiques ou politiques du monde. Alors je comprends la tristesse des femmes qui n'ont pas d'enfants, et je compatis à la tristesse de Linda si c'est son cas. Passe une nuit sereine Linda, demain est un autre jour.

4. Etymologie
Ecrit par yaccard. 25-12-2007
il subsiste un débat sur l’étymologie même du mot "Noël". Proviendrait-il en effet du gaulois, par la contraction de noio (nouveau) et de hel (soleil), ou du latin natalis (la natalité) ?

5. New / La crèche philosophique
Ecrit par Georges. 26-12-2007
New / La crèche philosophique
par Georges D. Georgescu / Bruxelles, le 25 décembre 2007

Ecrivez votre commentaire ici:

Titre
Écrit par
Code aléatoire
Vérification du code aléatoire
 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté

Il y a actuellement 2 invités en ligne

personnes ont visité ce site.