La Noël
Écrit par Carlos Gravito   
24-12-2007

 Ça nous pendait au nez et ça n’a pas loupé. Le 23 décembre, à la veille du déploiement d’allégresse et de lumière, harmonieusement enroulées autour d’un candide sapin au pied duquel des présents circonstanciels iront prendre la place des requêtes déposées par nos enfants dans leurs souliers, au café des Phares, le père Noël sortit de sa hotte le sujet suivant : « Que fête-t-on, quand on fête Noël, aujourd’hui ? » Bingo ! Heureux de ce petit noël, Gérard Tissier, chargé de l’exhiber, le rendit à Daniel, qui l’avait souhaité et se pressa de le déballer :

- Au Chili, on en a marre de la consommation de cadeaux qui font office de représentation sociale, comme l’a démontré Marcel Mauss. Comment l’occident a-t-il pu exporter cette fête partout ? Qu’est-ce qui se joue dans le « don et contre-don » ?

A partir de là, on a eu du Marcel Mauss à tout bout de champs, alors qu’à Noël on ne se trouve pas dans ce cas de figure qui oblige l’autre ; au-delà de leurs croyances, il s’agit d’une simple histoire des Hommes et à l’animateur de laisser penser que « c’est une célébration assez récente », quand elle remonte à l’année 354, en fait. 

On a ensuite dénoncé la gabegie liée concrètement au solstice d’hiver, « les journées redevenant plus grandes ». « C’est le contraire, prétendit Gérard, on entre dans une période d’hibernation ». « Non, les jours s’allongent, protesta l’autre ».

- Ah !

Puis, nous avons appris que « l’on célèbre l’arrivée de l’enfant » ; « que la nativité est un symbole fort » et « que chez les orthodoxes c’est le « grand `oui´ de Dieu, qui nous envoie le sauveur ». Attention. Toute cette histoire a commencé en Mars, lorsque l’ange Gabriel a annoncé à Marie : « …tu enfanteras d’un fils que tu appelleras Jésus » et c’est beaucoup plus tard que le gamin s’est révélé comme « Messie », au nom de son père, qui avait créé le monde sans jamais toucher une planche de bois ou un rabot. Enfin, on continua suggérant que Noël s’affirme comme « un message d’espérance », « la victoire de la vie », « un événement festif du roi annoncé », « la fête du `nous´ », une « fête de ceux qui croient et de ceux qui ne croient pas, car l’arrivée d’un enfant ça demande de nous dépasser », « une fête où la religion récupère ce qui existait avant » et « qui participe de la thématique de l’exorcisme, le protestantisme en faisant une fête familiale où se joue la fête, le faîte, la faute et le faste ». On a rappelé que « réjouissance vient de se réjouir de ce qu’il y a de bon » et on rapprocha  cette « exaltation de la lumière aussi bien de l’Aïd islamique que de l’Hanouka juive dont une petite goutte d’huile a prodigieusement perduré le temps nécessaire », ce qui laisse préjuger que « ces fêtes, souvent d’un fond archaïque à l’origine », ont comme fonction « de pallier à l’angoisse », « qu’elles se parent d’un sens à la fois matériel et spirituel » (saint Paul jugeant que « plus la lumière est petite plus elle permet de voir ») ce qui pour d’autres représente une « ouverture de dialogue entre cultures » ou « une interrogation sur sa propre réalité, comme le fit Rainer Maria Rilke ».

Finalement, quelqu’un a accusé « le père Noël d’être une ordure, voire même un père fouettard », alors que, pour un autre « il est un dictateur » et, « après un appel au réenchantement du monde », un habitué, au fond de la salle, convia à « nous méfier de père et mère, surtout vieux et barbus. On sait que la solidarité existe, a-t-il dit, mais elle dépend de l’Homme, toutefois il va chercher parmi les humains le pire père Noël, dans la force de l’âge et imberbe, et voilà Nicolas, au sommet de l’Etat, maître de tous les cadeaux » « dans une société sans sacré, à part le Cac 40 ».

Bien entendu, nous sommes aveuglés par la consommation, miroir grossissant tendu au « présent » mais… que savons-nous faire d’autre ? Je suis convaincu qu’à Noël, la réelle théâtralisation culturelle du désir nous apparaît nécessaire, parce que l’instant (dont l’enfant, qui vit dans un présent nébuleux, n’a pas conscience) déborde, pour une fois, dans tous les sens. On se trouve là avec un texte (la lettre au père Noël), un sapin comme décor, les gestes des parties prenantes et la représentation d’un soir pour fil conducteur d’une mise-en-scène qui, discours utile du souvenir, sert de prétexte pour faire des présents, vécus comme une passion d’abord et transformés après en obligation qui se réapproprie le temps dans la succession des générations.

Les enfants ne ressentent pas le passé (l’heure qui passe) ni l’avenir (fait de projets). Ils jouissent de la majesté du moment et c’est leur imagination, d’où le temps se départit, qui les y cloue. Le jouet est une présence et en même temps un simulacre vite oublié, tellement le désir est beaucoup et la possession peu de chose. Joie ou déception ne dessinent pas l’avenir mais insinuent le présent qui abolit la frontière entre le réel et l’illusion (sans que l’on sache ce qu’il y a là de mensonger ou de véritable) et est perçu comme une mélodie, comme un tout : le passé est passé et le futur n’est pas à l’ordre du jour, dans l’insouciance d’un enfant. Il se trouve dans un infini, collé à la loi du cœur et pas aux Droits de l’Homme, de concert avec ceux qui savent toujours jouer.

Avant que le rideau ne tombe, l’animateur a dit combien il « a été frustré un jour de Noël  où, ayant délaissé la mise en scène, il trouva sa chaussure pleine d’épluchures d’oranges », concluant que « si le père Noël n’existe pas, il a au moins de l’humour ».   

A-t-il vraiment de l’humour, le père Noël, ou, en tant qu’existant-inexistant, est-il assigné à un rôle, celui de faire rêver ? On peut dès lors se demander, avec Blaise Cendrars, « quand est-ce que l’homme de chair est homme de théâtre et le cabotin apparaît sous le masque de l’homme de ville ».

Je devrais m’arrêter là mais, puisque nous sommes entre nous, je ne résiste pas au désir de vous faire part de ce dont je fus témoin, au cour d’un dîner d’avent chez des amis. Soudain, leur fille la plus jeune arriva en pleurs et clamant : « Je ne suis plus vierge ». Les parents se sont alors jetés réciproquement à la figure toutes les infidélités ostensibles et leurs attitudes obscènes, à l’origine sans doute de cette tragédie, jusqu’à ce que l’aînée lui demande : « Mais, comment cela s’est-il passé ? Connaît-on le garçon ? » Et la môme de répondre, essuyant ses larmes : « Non, non ; je jouais la Vierge dans la crèche de l’école mais, la maîtresse s’est fâchée après moi, et maintenant je suis la petite vache ».

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. le bachelor ou le père noel à disney world
Ecrit par nadia. 28-12-2007
Le pays de Voltaire, Diderot, Chateaubriand,Hugo, Proust, ........et plus proche de nous Gracq est en déshérence. Le pays des amoureux des Belles Lettes , des passionnés de littérature est en voie de disparition y compris dans le monde politique. On savait que le père noël etait une ordure mais cette année, il a troqué son habit rouge pour un "costard" Cerruti et dans sa hotte les cadeaux sont empoisonnés. Alors dîtes-moi, que fête-t-on , aujourd'hui, à Noël ? l'aventura du milliardaire "the Bachelor" au pays des Smicards, des Rmistes et de ceux qui sont au chômage, en "faim" de droit sur le canal St Martin. Mes amitiés Augustin. Nadia

2. rubrique politique de Nadia
Ecrit par a-politique. 30-12-2007
en Afrique il n'y a ni Rmiste ni smicard, tout le monde meurt de faim ou de guerre ou du sida. Mais à la tête il y toujours un Bokassa de service pour se mettre dans la poche tous les sous envoyés par les pays riches. Maintenant restons-en à la France, toi qui a payé Mazarine pendant si longtemps (bel appartment, fringues, études etc) n'oublie pas qu'elle aussi a voyagé à tes frais en Egypte. Et les voyages de Chirac aux Seychelles avec une nana différente à chaque fois, c'était de ta poche aussi bien sûr. Alors c'est tout du pareil au même. La seule différence c'est que les uns cachaient bien (tu ne savais pas, mais tu payais un maximum) celui-ci est très nouveau riche donc il étale ( pour ton porte-monnaie c'est pareil). C'est aux yeux des pays voisins que ce manque de discrétion est gênant, pour ton porte-monnaie je te rassure, rien de nouveau sous le soleil.

3. Les a-politiques et leur chanson pusillanime
Ecrit par Adèle Blanc sec. 30-12-2007
En effet, c'est ce qui est inquiétant parfois : il n' y a rien de nouveau sous le soleil.
Beaucoup de bruit pour rien.
Mais entonner le refrain "Blanc bonnet et bonnet blanc" et regarder les merveilleux nuages sans s'insurger des affaires terriennes c'est assez pleutre. Aussi "La rubrique politique" de Nadia me fait chaud au coeur.
Je préfère la candeur au cynisme.

4. politique du dimanche sur un site dit philosophique
Ecrit par le n° 7. 30-12-2007
ce n'est pas du cynisme, c'est de la clairvoyance. Il ne faut pas être naïf et prendre des airs de vierges outragées devant la réalité des choses. On a le droit de préfèrer la candeur naïve au constat objectif, mais "s'insurger" c'est faire quoi au juste, philosopher aux Phares ?

5. Vous pouvez toujours aller voir ailleurs Numéro 7
Ecrit par Adèle Blanc Sec. 30-12-2007
Oh du tout, il faut rester lucide, mais ne pas venir ici pour cracher avec un QI de poulet.( Quant à ma virginité, elle ne vous regarde pas, grossier personnage ). S'insurger, c'est tenter ici comme ailleurs de changer la réalité plutôt que de se gargariser vulgairement en disant "Regardez la réalité, je vous l'avais bien dit, tous pourris" à la mode franchouillarde. Philosopher c'est aussi rêver. La philosophie n'est pas déconnectée de la politique. Et même avec de la politique du dimanche, il peut y avoir matière à réflexion.
Quant à tutoyer les personnes ici que l'on ne connait pas c'est incorrect et violent et donne un aperçu de votre "apolitisme".

6. Quoi de neuf docteur ?
Ecrit par Candide. 31-12-2007
Je suis surprise de susciter autant de réactions pusillanimes. Ce qui a été n'excuse en rien ce qui se passe en ce moment. Rien de nouveau sous les cocotiers ? Rien n'est moins sûr! La grande nouveauté, c'est ce manque de bienséance, cette outrecuidance, cette vulgarité ostentatoire et, en cette période misérable, l'étalage indécent de la surabondance. Quant au rôle de Candide, il me convient tout à fait. J'ai toujours eu un faible pour Voltaire. Mes amitiés Nadia

7. question de vocabulaire
Ecrit par ?. 02-01-2008
quel est le rapport entre l'objectivité d'un constat et la pusillanimité ?

8. Doit on se résigner ?
Ecrit par Nadia. 03-01-2008
Le manque de courage, celui de ne pas vouloir regarder en face les travers de celui pour lequel la majorité a voté. Reconnaître ses erreurs, c'est le début du changement qui doit s'imposer pour une vraie "Res publica", une vraie démocratie c'est-à dire le gouvernement du peuple, par le peuple et POUR le PEUPLE et non pour les nantis . C'est d'ailleurs toujours la même chanson dont on nous rebat les oreilles: on ne peut rien faire, c'est la "mondialisation", il faut donc se résigner au nom de la compétitivité, de la rentabilité et bla bla bla et bla bla bla....... Mes amitiés Nadia

Ecrivez votre commentaire ici:

Titre
Écrit par
Code aléatoire
Vérification du code aléatoire
 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté

Il y a actuellement 1 invité en ligne

personnes ont visité ce site.