En démocratie, le peuple a-t-il toujours raison ?
30-12-2007

 C’est un sujet politique et social qui a été choisi par l’animatrice en cette fin d’année 2007 : « En démocratie, le peuple a-t-il toujours raison ? » Le père du sujet nous en dit un peu plus, en apportant un éclairage que la formulation du sujet ne laissait pas deviner : en politique, les réformes donnent l’impression d’avancer par petites touches, par mesurettes ou réformettes, sans doute pour ne pas trop bousculer les acquis, alors que le citoyen est dans l’attente de quelque chose de plus inventif, de plus ambitieux, de nouveau. Deux questions se firent jour spontanément : « est-ce le peuple qui gouverne, en démocratie ? » et « comment définir un champ de réformes ? » Avant d’entrer dans le vif du débat, un participant proposa de bien définir le terme de démocratie, celui-ci revêtant des réalités diverses dans la Grèce antique, aux États-Unis ou encore en France. L’intervenant suivant, s’inspirant de Tocqueville, définit la démocratie comme une divinité à trois têtes : politique, sociale et morale. Il indiqua par ailleurs que le bongarçonnisme, attitude qui relève de la démocratie sociale et qui caractérise un comportement non affecté entre compatriotes américains, n’a pas encore franchit l’Atlantique. Nous avions progressé dans les définitions, mais les concepts de nation, d’État, de république, de citoyen et de peuple restaient à éclaircir.

Le peuple est-il dépositaire de la légitimité du pouvoir ? Il apparut à tous que c’était évident. Est-il également dépositaire de la souveraineté de l’État ? Là, la réponse est plus délicate. La souveraineté de l’État est-elle la souveraineté populaire ? Et dans quelles conditions s’exerce cette souveraineté populaire ? « Qui est le peuple, d’abord ? Personne ? Alors de quoi parlons-nous ? » s’étonne un participant. Si on définit le peuple comme l’ensemble du corps électoral d’une nation, alors il ne représente que 40% de la population. Dans ces conditions, le peuple qui a raison ne peut être que… celui qui descend dans la rue ! La démocratie reflète-t-elle vraiment le libre choix des peuples à disposer d’eux-mêmes ? Si c’était le cas, le choix du peuple servirait toujours ses intérêts, et l’élection d’un despote par son propre peuple serait impossible. L’histoire nous montre qu’il n’en est rien. Donc, le peuple peut se tromper. Et alors ? L’erreur est humaine, et le peuple composé d’humains... Le peuple le mieux informé et le mieux éduqué du monde peut tomber dans l’erreur. Le problème viendrait du fait qu’il détient un pouvoir qu’il est obligé de déléguer. À qui déléguer ce pouvoir ? À un monarque éclairé, censé ne jamais se tromper ? Mais qui voudrait d’une monarchie éclairée aujourd’hui. À un aréopage d’experts, qui par définition ne sont jamais d’accord entre eux ? Est-il besoin d’experts pour défendre des valeurs que chacun possède intuitivement.

D’où l’idée de s’en remettre au vote, système qui a le mérite de la simplicité : la majorité l’emporte. La raison n’y est pour rien, il s’agit d’un jeu. D’ailleurs, une raison ballottée au quotidien par les médias et les sondages peut-elle se distancier de l’opinion ? Seules comptent les urnes. La démocratie est en fait une sorte de dictature particulière, celle de la majorité. Sa légitimité est purement mathématique. Elle se présente comme un régime imparfait, un moindre mal. Depuis mai 68, un lien a été établi entre politique et existence : il s’agit dès lors de « changer le monde pour changer de vie ». Or, en deux générations, on constate une certaine désaffection du citoyen pour la politique. Qu’engendre la société actuelle ? des humains ou des calculateurs ? Selon certains, nous calculerions tout, y compris « qu'une femme pour la vie revient moins chère qu’une prostituée » (sic). Un participant s’étonne qu’un individu consacre plusieurs semaines à choisir sa voiture, alors que le choix de son candidat à la présidence de la République fasse l’objet de moins d’attention. C’est que le réflexe citoyen s’efface devant celui du consommateur. La question devient : quel est le meilleur produit présidentiable ? Alors, comment faire en sorte que la démocratie ne soit pas qu’une affaire de chiffres ? Comment faire en sorte de retendre, de raviver le lien entre l’individu et ses aspirations démocratiques, entre le citoyen et les institutions ? Quid de la participation de chacun à la construction d’une démocratie meilleure ? L’implication du citoyen semble au cœur de l’enjeu d’une démocratie véritable.

La question n'est donc pas de déterminer si le peuple a raison ou tort, mais comment aller vers un « mieux vivre ensemble ». Certes, la démocratie repose sur des principes, comme le respect de la personne humaine ou la séparation des pouvoirs.  Elle repose également sur des obligations, celles de tenir compte des voix qui se sont exprimées. Mais quelle démocratie le fait ? Une démocratie est garante des droits des citoyens. Mais qui aujourd’hui se soucie de conserver ses droits ? Si la démocratie est censée donner des garanties contre les abus de pouvoir, que peut-elle faire contre les abus de liberté ? De quels pouvoirs dispose-t-elle face au désordre, à l’anarchie, à la violence ? Quelle est la légitimité d’une manifestation ? Quid de la banalisation des voitures incendiées ? Les citoyens sont libres et égaux en droit. Mais dans un contexte de mondialisation où le libéralisme est roi, même si les poules et les renards sont libres en droit, dans les faits seuls ceux-ci sont libres de manger celles-là… Une démocratie, c’est d’abord une vision de la société, faite d’individus qui se déterminent en fonction de l’intérêt général. Cette société doit faire face à une crise de la représentativité en partie due à la professionnalisation de la vie politique.

Que faire alors pour aiguiser notre jugement, pour sortir de l’opinion ? L’Éducation nationale focalise son attention sur le fonctionnement institutionnel, mais cela semble insuffisant. Comment s’approprier de nouvelles formes de démocratie ? En faisant converger la compréhension du droit et un projet d’avenir commun. Cela passerait par la formation d’esprits critiques, autonomes, capables de mettre leur entendement au service d’une vision commune et partagée de la démocratie. Pour ce faire, ce début de XXIe siècle met à notre disposition plus de moyens d’information qu’il n’y en a jamais eu. La question est : les utilise-t-on ? Certains sont réticents du fait que ces nouveaux supports représentent en même temps un danger : l’utilisation de Google, d’un GPS, d’un passe Navigo ou d’un téléphone portable laisse des traces qui sont autant de mouchards susceptibles de menacer la vie privée du citoyen, et par là d’être une atteinte à la démocratie. Les questions autour de la vitalisation de la démocratie et de la légitimité du pouvoir au nom du peuple ont donné lieu à un débat riche et bien mené. Un participant a fait remarquer que la conscience de cette légitimité du pouvoir ne peut être qu’individuelle, et qu’il nous appartient autant de critiquer les institutions que de nous appuyer sur elles afin d’améliorer les conditions de vie commune.

 

Sujets connexes :

- Vivons-nous dans un totalitarisme caché ?
- La démocratie a-t-elle besoin de sauveurs ?
par Carlos ; par Marc ; par Pirmin

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. La raison du sujet
Ecrit par Gabriel. 30-12-2007
J'ai posé ce sujet non pour entendre des critiques vis à vis de ce régime, mais plutôt pour écouter les propos d'intervenants dans le domaine politique (griefs ou éloges).
Ce sujet, que j'ai relevé dans une liste de questions du tronc commun du Master de Sciences Po 2005 a permis de faire la différence entre raison et légitimité, d'énumérer les mérites d'une démocratie "sans cesse à conquérir", et de se dire, dans le cas où elle en vient à disparaître : "qu' est-ce qui nous pend au nez ?".

2. Non
Ecrit par Gamin. 01-01-2008
Tout d'abord quel est le sens de ce mot: totalitarisme?
Celui de nier (en Droit ou en fait) l'individu ou la personne comme valeur pour n'en donner qu'au "tout" social que ce "tout" soit l'Allemagne ou la race comme pour le Nazisme ou la révolution socialiste comme pour le bolchevisme ou "la patrie" comme pour le fascisme ou pour la cité antique. Pie XI a condamné l'Action Française pour cette raison. Ce mouvement mettait l'Etat au centre.
L'"Etat de droit" se définit par rapport à lui.Il est son inverse. Il pose la personne humaine au centre.

3. la souveraineté floue
Ecrit par Gérard. 02-01-2008
Tres bon article de Marc;équilibré et bonne restitution.
Le sujet est riche mais, comme souvent, la question clos le sens dans une fausse problématique.Le peuple est une notion archaïsante qui renvoie à l'avénement de la démocratie quant elle n'avait pas encore de nom en France et en Amérique. La formule selon laquelle la Republique est le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple (reprise dans la constitution )est d'ailleurs de Lincoln au temps des intentions et des pétitions de principe. Ce qui est sûr c'est que le peuple fait les lois par ses représentants. Il est législateur et magistrat ( on juge au nom du peuple)
Ceci dit, sa définition est soit une communauté historique en un lieu et en un temps soit un échelon dans une hiérarchie sociale marquée par une élite ou une aristocratie.Rien à voir avec le corps électoral qui est un corps à géométrie variable selon les temps et selon les modes de scrutin.Quant à la souveraineté, elle est souveraineté-principe ou souveraineté-exercice ce qui recouvre une profonde ambiguïté au delà de la lutte contre les privilèges et le despotisme. En tant que totalité, le peuple n'est pas dépositaire du pouvoir, il est au mieux représenté par les institutions de la Nation qui elles, sont légitimes du fait de cette filiation essentuielle. S manisfestation est celle du vote. Personne depuis les débuts n'a jamis imaginé autre chose que cela, la rue étant contestée à bon droit par les gouvernants et les parlementaires auraient-ils tort sur le fond.
j'ai évoqué au cours du débat la poussée de l'"empowerment" citoyen via les formes modernes de la délibération,( les forums-citoyens) l'instauration du débat public et des jury de citoyens, la démocratie de proximité et les expériences de démocratie participative. Il resterait selon moi la question de la passivité des citoyens comme questionnement à actualiser r sur la pertinence de la question
posée dimanche. Existera-t-il demain une démocratie de la volonté?
A distance des simplifications, les formes pertinentes de la souveraineté du peuple ne se trouveront pas dans la confusion du prince et du peuple voulue par Rousseau, mais plutot dans la mutiplication des formes actives de participation.

Pour moi, labsolutisme du vote nous conduit à une forme perverse de tyrannie : celle de la langue de bois, la seuile qui ne dérange personne.Mais peut être que le XXI ème sera celui d'un autre moment de la démocratie. Alors qu'il s'agissait avant que la volonté générale ne soit pas confisquée, c'est l'objet même de la souveraineté qui fait problème. Le peuple est introuvable et la démocratie inachevée nous dit Rosanvallon dans ses ouvrages.Alors autant acquérir quelque lucidité sur la question. On peut bien sûr s'imaginer sur un forum où d'éternité, le peuple inventerait l'utopie de lui-même.C'est une occupation comme une autre un dimanche matin aux phares pour terminer l'année. On peut ainsi se dire que le peuple c'est nous et que les absents on bien tort de ne pas y être !

4. La raison du plus fort est toujours la meilleure
Ecrit par Nadia. 02-01-2008
La démocratie est un "artéfact" dans l'histoire de l'humanité. Sa fragilité est incontestable et la séparation des pouvoirs qui la fondent, souffre de la corruption , source de biens des maux de l'humanité. Qu'est-ce que la démocratie aujourd'hui ? Sous ce vocable, se cache le meilleur comme le pire. On est encore très loin, de cet idéal égalitaire inscrit dans le préambule de la constitution. Dans nos démocraties balbutiantes, le peuple n'a pas toujours raison. D'ailleurs,bien souvent, il a tort mais peu importe, ce qui compte c'est qu'il puisse s'exprimer au risque de se tromper; qu'il puisse remettre en cause l'ordre établi si ses droits et libertés sont menacés. Aujourd'hui, le loup est dans la bergerie car il est sûr d'y trouver de quoi s'alimenter.

5. la démocratouille
Ecrit par germain. 03-01-2008
la démocatie, c'est la dictature de la majorité. Et comme la majorité est mal informée, et que la courbe de Gauss nous montre qu'il y a plus de cons que de gens intelligents, on aboutit à des non à l'Europe par-ci, non à l'adaptation au monde par-là, enfin c'est du n'importe quoi.

6. Essayons court, pour être clairs
Ecrit par Carlos. 03-01-2008
Souveraineté : Article 3 de la Constitution de 1958 (toujours en vigueur) : « La souveraineté nationale appartient au peuple ».
Peuple : Collectivité juridique, à laquelle la Constitution confère l’exercice de la souveraineté, circonscrite au Corps électoral.
Corps électoral : Ensemble des individus inscrits sur une liste électorale.

7. Entre le court et le clair, il y a le précis.
Ecrit par Gérard. 04-01-2008
Selon le petit robert le peuple est un ensemble d'hommes habitant ou non sur un même territoire et constituant une communauté culturelle et sociale.(les juifs et les français par exemple)Si le territoire est le siège d'une nation et que cette nation est démocratique, alors le peuple peut avoir de la souveraineté ce qui lui confère des droits politiques( toujours le Robert 3 eme défintion sur 5 ) Ces droits sont : le droit de vote, le droit d’éligibilité,la liberté d'opinion, liberté de réunion et d'association.Le Critère de délimitation du peuple ne peut donc, pour toute ces raisons, se réduire au seul corps électoral puisque, entre autre, les droits politiques ne sont pas réservés qu'aux électeurs, et que les habitants non électeurs font parti du peuple .
Ce qui est court et simple est ceci:quand deux mots existent c'est qu'ils désignent deux choses et que l'une n'est pas exactement l'autre. Cela s'appelle la nuance.( sourire )

8. précis
Ecrit par germain. 04-01-2008
entre le court et le clair, il y a le coupage des cheveux en 4, le nuancier des complications et les sourires moqueurs. Je me contenterai du court et clair de Carlos.

9. comme cela est bizarre ..
Ecrit par Gérard. 05-01-2008
Germain,comment rajouter quelque chose sur ce que ne disent pas les dictionnaires sans être accusé de les couper en en 8, les cheveux?
Il semble bien, à vous lire,qu'au règne de l'évidence, il faille prendre les mots pour ce qu'ils contiennent de suffisant à votre entendement.C'est une information vous concernant mais je n'y vois aucun contenu auquel répliquer sur ce blog et à propos d'un débat de philosophie politique. Sans vouloir ni vous vexer,ni monter sur des chevaux trop hauts pour moi, je trouve assez bizarre que vous autorisiez à vous poser en arbitre. Avec quel argument au fait? J'ai dit bizarre? Ah oui,vraiment ? Comme c'est bizarre ...

10. the common law ?
Ecrit par Germain. 05-01-2008
le "droit germanique" n'est pas le "droit romain", quand vous faites de la philosophie politique de quel droit parlez-vous ? Il semble que la perspective s'impose , en tout cas se rapproche, d'un ordre international qui échappe à la logique étatique, d'un ordre international véritablement cosmopolique. Je crois que votre dictionnaire n'est pas le mien, et je redoute que votre horizon philosophique ne dépasse pas le périph parisien. Comme c'est dommage . . .

11. qui juge qui ?
Ecrit par invité/visiteur. 06-01-2008
Gérard juge Carlos, c'est bon c'est pas bon. Garges-les-connasses juge Germain c'est bien c'est pas bien, on va où comme ça ?

12. Je passe ..
Ecrit par Gérard. 06-01-2008
Désolé mais je ne me sens pas en situation de juger qui que ce soit.
J'ai écrit (en 3) un commentaire sur l'article de Marc dans l'esprit de ce que j'avais dit lors du débat où NOTRE AMI Carlos tenait absolument à affirmer que le peuple c'est le corps électoral.
NOTRE AMI à cru devoir réaffirmer ici son affirmation en forme de rectificatif.( court et clair dit il ) J'ai donc ouvert mes dictionnaires, j’ai explicité le sens de la notion de sens et contre- argumenté une affirmation.Pour le plaisir de la dicussion et aussi en partie dans mon rôle C’est mal? où est le jugement?
Je crois que le registre de l'interprétation de l'intention de propos n'est pas le but du jeu ici et ne fait en rien avancer l'objet du café-philo et de son prolongement sur ce site.
Argumenter, c'est refuser que son jugement n'ait le statut d'une opinion, en sachant qu'il n'a pas celui d'une preuve irréfutable. Argumenter c'est aussi penser en se mettant à la place de l'autre pour se représenter à l'avance les objections qu'il pourrait formuler. Le débat est ainsi une mise à l'épreuve d'une vérité raisonnable pouvant être partagée. Ce n'est ni un combat d'égo, ni du coupage de cheveux en 4 ( sauf peut être pour ceux qui ne savent que juger ou affirmer et je ne vise personne.
Je fête aujourd'hui le 15 eme quinzième anniversaire de ma rencontre avec les phares. C'est pour l'amour de la discussion que je m'y suis investi et que je fais l’expérience de l’animation de DEBATS en CAFE-PHILO.
L'argument " je n'ai pas le même dictionnaire" me désole.Bien entendu que le dictionnaire Chinois ne parle pas du même peuple.Est-ce que le relativisme est une objection? Peut-on s'éviter cette facilité? bon, je m'arrête ici et ...je passe.

13. Que choisir : le règne de la terreur ou celui de la médiocrité ?
Ecrit par Nadia. 06-01-2008
Courbe de gauss par ci et courbe de gauss par là ..... Que de savantes comparaisons ? Et la courbe des "cons" ???? Tout ceci est affligeant!! Argumenter ne signifie pas railler ou mépriser. La courtoisie devrait s'imposer comme règle absolue. Je vais finir par déserter définitivement ce site. Bon courage Gérard
Nadia

14. peuple = collectivité juridique ? (lu en 6)
Ecrit par germain. 27-10-2008
le jour où Ponce-Pilate, le magistrat du jour, a posé la question au peuple, c'est Barrabas qui a été libéré.

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