Quels chemins...
Écrit par Carlos Gravito   
28-01-2008

 Un léger pincement au cœur, je marchais sur des œufs, lorsque je me suis adressé au café des Phares, le 27 janvier, avec l’intention de proposer pour sujet « Peut-on se passer de l’irrationalité ? » mais, arrivé sur place, je me suis pris les pieds dans le tatami au-dessus duquel Alfred, assis devant une tasse de thé entre un vase à ikebana vide et un bâton d’encens allumé, avait un joli « koan zen » à nous dire : « Le chemin pour monter est le même que pour descendre » (alors que le bouddhiste est bien capable d’emprunter une « voie du milieux » pour le faire), Gunter Gorhan se faisant moine pour, distinguant l’éveil de l’égarement, nous en faire découvrir nous-mêmes les nuances, sans nous croiser les jambes, pour notre plus grand bien-être et confort spirituel. Il ne manquait qu’un petit séisme force cinq pour forcer le déclic mental ; l’atmosphère y était.

Je savais que, chez les moines Shaolin, le phénomène est « ku » (rien) et « ku » c’est « ku », naturellement. Pas étonnant que, comprendre quelque chose de si profond et si peu évident, sans une ascèse zazen préalable, soit devenu un problème pour notre assemblée, car il ne se peut que soit pareil le fait de grimper en moulinette ou de descendre en rappel, les deux directions étant bien distinguées, en occident, par un écriteau : « montée » pour l’ascension et « descente » pour le retour à la plaine, afin d’éviter le côté absurde de ces proverbes, la plupart du temps assez déroutants bien que profonds, du genre « La montagne est plus grande que la montagne elle-même » ou, plus intrigants encore, « Quel est le son d’une seule main qui applaudit ? »

Ce n’est pas une vie de monter et de descendre, ainsi, bien que toutes les pistes mènent à Rome, on n’y alla pas par quatre chemins, l’animateur nous conduisant, « comme lorsque l’on arrive dans une ville étrangère, après les premiers errements, vers des structures plus familières », Michel trouvant, par contre, « que l’on est souvent contraint de prendre un autre chemin pour descendre » puis, quelqu’un ayant attribué la sentence à Héraclite, jugea « que cela ne se vérifie pas dans le cas de l’escalator » et Charles ramena Gide pour « suivre sa pente, en montant », tandis qu’Irène voyait tout « différemment en politique, où personne ne sait jamais si l’on est en haut ou en bas », Georges y décelait « une rigidité intellectuelle dans laquelle il ne se laisserait pas enfermer » et Roscha « une provocation, puisque dans de telles circonstances, on ne descend pas, mais, à l’instar de Sisyphe, on dégringole ».

« Tant que l’on est vivant, on monte », protesta quelqu’un, un autre répliquant que « si on monte, il faut descendre » et Martine rapprocha ensuite la problématique du jeu passionnel « de l’amour et de la haine qui ne dégagent pas les mêmes énergies, bien que l’on dût aimer ceux qui vous haïssent et faire du bien à ceux qui vous persécutent », Gérard optant pour « s’asseoir au bord d’un lac afin de méditer puisque, sans que l’on connaisse le point d’arrivée, le chemin préexiste ; il est spirituel et, comme dirait Kierkegaard ‘ce n’est pas le chemin qui est difficile ; c’est difficile qui est le chemin’, notre viatique étant la somme de nos acquis », Gunter déduisant, avec António Machado, que « Le chemin se construit en marchant ».  

« Il y a un but, mais pas de chemin », dit à son tour Kafka donc, comme si elle s’attendait à aller loin, une dame a demandé « s’il y avait des cartes [certainement orographiques] de la vie, comme il y a des cartes de France, car à un certain moment on ne sait plus ni où l’on est ni où l’on va ; on ne sait pas si on monte ou si on descend », occasion pour l’animateur de clamer que « le café des Phares est le GPS métaphysique et que si on est là, c’est parce que l’on cherche à s’orienter et à penser sans se prendre la tête », alors qu’Olivier percevait rien de moins que « trois questions dans la proposition : l’image de l’escalier, un problème spatial et une sorte de montagne russe sans départ ni arrivée » et Michel 2 évoquait « Luc Ferry, pour qui la transcendance dépendrait de l’immanence humaine », le Maréchal Pétain étant aussi à l’honneur pour avoir déclaré un jour que « quand on hésite sur son devoir, la voie la plus sûre est la plus difficile », Sabine ajoutant que « conception poétique, la route c’est nous qui la traçons et que, dès lors, il faut assurer, selon les âges de la vie et l’opinion d’Oscar Wild ».

On a fait mention de « ‘Crime et châtiment’, pour ce qui est de la sublimation » et Marc de « Judas qui, avec son repentir, rebrousse chemin, une façon de changer de direction, prouvant que rien n’est jamais irréversible ni irrémédiable, l’important étant de rester en mouvement », pendant que Gunter essayait de lui faire comprendre que, « sorti de l’œuf, le poussin ne peut plus y rentrer » et qu’il « vaudrait mieux changer d’orientation et diversifier les chemins », comme observa Nadia, Frank « ne voyant dans tout ça, rien d’autre qu’un Coran de maximes » à propos d’un « sujet exotique, en yo-yo », fit un autre participant. 

Au fond, sans agrandir la surface de la terre, les chemins sont effectivement tous différents, mais la volonté d’arriver suffit aux pieds pour suivre une direction, tandis que la raison piétine aux frontières de l’inconnu et, si rien ne se passe, elle ne va nulle part, essuyant ainsi le goût amer de faire du surplace ou de tourner en rond.

Le but n’est ni en haut ni en bas mais, avec la précision du tir à l’arc, il était là et notre débat finit à l’image d’une vraie leçon de bouddhisme qui, racontée par un disciple ayant pris son repas en compagnie de Maître Chu I, se réduit à ceci :

        - « Maître, qu’est-ce que le Zen ? »
        - « Tu as fini de manger ? », s’enquit le guide spirituel.
        - « Oui, Maître, j’ai terminé ! »
        - « Alors, va laver ton bol ! »

 

Sujet connexe : Le chemin se fait en marchant par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. La Grande Fatigue (à propos du dialogue Zen)
Ecrit par Gunter Gorhan. 30-01-2008
L'incroyable force de séduction du bouddhisme sous toutes ses formes a sa source, selon le Nietzsche ayant rompu avec son maître Schopenhauer, dans une grande fatigue de vivre qui a envahi l'homme occidental. Ce qui pour les Orientaux représentait un grand et méritoire effort de dépassement d'une vitalité débordante, animale, sauvage, n'est pour l'Occidental que le masque (le ressentiment) d'un déclin de la Vie. Autrement dit, ce dernier a fait de vice vertu (définition du ressentiment).
Que reste-t-il, en effet, lorsque tout élan créateur, indomptable, "sauvage" ne pouvant être contenu, obligé donc de se projeter sur l'avenir (ce qui est à venir), comme un fleuve débordant tous les barrages, disparaît ? Que reste-t-il d'autre que de faire d'un vice (« bof, je ne suis plus attaché à rien », car aujourd'hui la plainte n'est plus celle du temps de Freud: "Docteur, j'ai trop de désirs, aidez-moi à me maîtriser", mais "Docteur je ne sens plus rien", appelé aussi syndrome du LSD - lack of sexual desire) vertu (je suis détaché de tout).
Il ne reste que le présent ou mieux la présence comme seul horizon faisant encore écran au désespoir métaphysique du "no future" de beaucoup (trop) de nos jeunes et moins jeunes. Cet horizon fondé sur le ressentiment (un manque de vitalité promu en vertu de sagesse – ce qui n’est absolument pas le cas du bouddhisme originaire et authentique) pourra-t-il tenir longtemps ? Quant à moi, je parierais davantage sur les « méditations réflexives » propres aux différents lieux de « la philosophie dans la cité »…

2. Maître, qu’est-ce que le café-philo ?
Ecrit par Georges. 31-01-2008
- Maître, qu’est-ce que le café-philo ?
- Tu as fini de dire ce que tu a pris par coeur ?
- Oui, Maître, j’ai terminé !
- Alors, va laver ton intellect !

par Georges de Bruxelles

3. Cinq milliards d'euros n'auraient pas trouvé leur chemin
Ecrit par Carlos. 01-02-2008
L’« industrie » de la finance est en émoi, l’OS qui était sur la chaîne de montage a été mis à pied et le directeur de « l’usine SG », dont le stock option de pièces de rechange est au plus bas, a fait faire une perquisition chez le frère de l’ouvrier en cause où l’on a trouvé seulement un ordinateur incapable de débiter les billets manquants. Etant donné qu’un fourgon blindé, censé transporter une grosse réserve de pièces de un centime, est sortit des locaux de la SG et, d’après des témoins, a fait le tour du pâté de maisons pour y retourner sans s’arrêter, l’inspecteur Wattson, expert des questions zen et chargé de l’enquête, a déclaré aux journalistes de « La cause du Peuple » qui l’interrogeaient : « Le fourgon est certes sorti mais, sans faire de halte, il était vide à l’arrivée; il est donc évident que cet argent n’existe pas. C’est une chimère ». Elémentaire, mon cher Wattson !

4. Méditons : il en restera toujours quelque chose..
Ecrit par GERARD. 03-02-2008
Pour revenir aux méditations réflexives de Gunter, j'aiun poeu cogité sur le sens de la phrase donnée en sujet de Débat.

S'agissant d'une affirmation participant d'un enseignement, son sens reste forcément ouvert car aucune exégèse ne peut en clôturer le sens sauf à poser sa représentation comme un dogme et déclarer ensuite que le contenu du dogme est un mystère, par nature, au-delà de notre entendement. (le cas de la Trinité dans le catholicisme.dans ce genre de chose,le sens dévoile sous forme " d'insigth " de flash, lors de prise de conscience
progressive en fonction de la maturation de l'enseignement dans l'esprit du sujet, un sens rejeté un moment pouvant être compris plus tard. Indépendamment du parcours d 'un pélerin spirituel sur le cheminn les divers sens peuvent être connu à l'avance ( comme les mystère des symboles Francs maçons par exemple )
Selon les niveaux et les traditions,je vous propose modestement plusieurs façons de lire et de comprendre le sens de sujet :
1 Le chemin pour monter est le même que le chemin pour descendre car on est toujours sur le chemin et sur ses pieds. Dans l’instant présent, le fait que ce chemin monte ou descende renvoie au passé et au futur ( d’où je viens et où je vais ) Le chemin « est » le chemin au sens que le Graal est le chemin par lequel je découvre cette vérité.
2 Le chemin pour monter est le même que le chemin pour descendre parce que s’il monte et s’il descend c’est qu’il était tel au point de départ du voyage et que je dois accepter ce que je ne peux pas changer ( mes déterminismes sociaux).Vouloir le faire changer de direction serait une réaction éloignée de la pure liberté qui est de vivre selon la voie qui est donnée à vivre comme expérience.( la situation au sens donné par Sartre mais aussi la notion de Karma d'incarnation )

3 Le chemin pour monter est le même que le chemin pour descendre parce que la vie met en relation avec les évènements les plus propices à un éveil spirituel. Tout a un sens et rien n'est là par hasard, tout ce qui se présente est ce peut arriver de mieux dans le moment présent, même si parfois c'est difficile ou douloureux Les expériences les plus dures à vivre sont toujours des occasions de se remettre en question et de regarder en soi même ce qui se passe.( bouddhisme version nombrilo-new age )

4 En tant qu’étant sur le chemin, le chemin pris par chacun est différent, car la fondation de chacun est différente, la caractéristique des vies est différente, etc., ces facteurs déterminent la différence du chemin de chacun., mais souvent d'autres personnes sont prises comme exemple pour faire pareillement. Or cela relève du jugement de la personne qui choisit et le jugement ici, n’a pas de sens en fonction du 3 ci-dessus. Ainsi, du point de vue d’un choix, le chemin qui monte et celui qui descend sont les mêmes ( version CQFD).
Amitiés.Gérard

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