Qu'est-ce qui nous donne des ailes ?
17-02-2008

 Parmi les quinze sujets proposés en ce dimanche ensoleillé du 17 février 2008, l’animateur choisit « Qu’est-ce qui nous donne des ailes ? » L’auteure du sujet l’introduisit en indiquant qu’on peut le voir sous l’angle individuel ou collectif, et qu’il évoque aussi bien l’émancipation que le dépassement de soi ou le fait de briser ses chaînes. Qu’est-ce qui peut nous donner des ailes ? L’époque, l’instinct de survie suggérèrent les uns, la drogue pour le drogué suggérèrent les autres.

« Moi, les ailes, j’essaie de me les faire pousser moi-même, parce que si j’attends qu’on me les donne ! » lança une participante aux visages enjoués de l’assistance. Pour certains, c’est la passion qui donne des ailes, mais cette passion doit être accompagnée de lucidité pour qui ne souhaite pas subir le sort d’Icare. Je ne sais pas vous, mais moi une passion lucide, je ne vois pas trop à quoi ça peut ressembler... Mais non ! enchérit une intervenante, seul l’Amour – avec un grand « A » – peut donner des ailes. Toutefois, si celui-ci est possessif et exclusif, il aura plutôt tendance à couper les ailes qu’à en donner, fit remarquer un participant. Pour d’autres, il s’agit plus d’un élan que d’une émancipation ; et cet élan peut être aussi bien une chimère ou un leurre. Pour d’autres encore, plus terre à terre, se donner des ailes fait nécessairement l’objet d’un projet d’ingénieur, qui s’articule autour d’un désir et de beaucoup d’actions réclamant de la rationalité.

Je pensais à ce moment précis que la perspective d’une balade en deltaplane, loin de me donner des ailes, me flanquerait plutôt la chair de poule. Et à propos de poule, un intervenant fit remarquer que la vie humaine fait davantage penser à une véritable volière de projets personnels, empêtrés dans des envols désordonnés et contradictoires qu’à une patrouille de pilotes de chasse qui savent où ils vont. J’acquiesce intérieurement. Quelqu’un avança que ce qui permet de voler, au sens propre comme au sens figuré, c’est la différence de tension ; c’est donc cette différence de tension qui nous stimulerait. Un autre participant évoqua le fait de « tendre vers » (quelque chose ou quelqu’un), et fit le lien avec l’idée de transcendance qui sous-tend les sentiments amoureux ou religieux. Ainsi des ailes nous poussent, reformula l’animateur, où chacun tend vers son graal.

C’est un sentiment de libération où tout devient possible, continua un participant. Nous avons ainsi l’impression d’échapper à notre conditionnement. Mais n’est-ce pas qu’une illusion ? La recherche de l’ivresse est-elle autre chose qu’un mythe inatteignable en réaction au désenchantement ambiant ? À moins qu’il s’agisse de notre faculté de sublimer ou d’une forme de désinvolture, d’irresponsabilité, d’inconscience. D’ailleurs, un sens des responsabilités trop développé peut-il être compatible avec le fait de se donner des ailes ? Le sujet contient l’idée de prendre de la hauteur, suggéra l’animateur, une aspiration à s’élever et à élargir sa conscience. Mais attention à ne pas se brûler les ailes comme Icare, rappela de nouveau un participant ! Au fait, est-il question de hauteur ou de vitesse ? Un intervenant fit remarquer que les expressions comme « cours, vole et me venge » ou « voler au secours de… » font davantage référence à la vitesse qu’à la hauteur de vue. Elles nous invitent au dépassement de notre condition humaine, d’où notre désir de nous construire les ailes dont la nature ne nous a pas dotées.

Une participante remarqua que dès qu’on est vivant, on a des ailes. Même la peur nous en donne. L’auteure du sujet évoqua Alain Badiou, pour lequel trois sortes d’événement donneraient des ailes : l’état amoureux, la création artistique et la révolution. Par exemple, en mai 68, le fait que le peuple devienne le sens de l’histoire lui a donné des ailes. L’idée de laisser une place à la chance pour élargir le champ des possibles se fit jour. L’animateur indiqua que la faculté de conceptualiser peut également donner des ailes, se référant à Platon et son ciel des Idées. Être libéré d’une angoisse (échapper à un cancer, par exemple) peut aussi donner des ailes, avança un participant. Les papillons furent évoqués tant pour la métamorphose des chenilles que pour signifier qu’à Auschwitz, dans les pires conditions qui soient, les enfants dessinaient quand même des papillons. Nous pensons par métaphore, par images, nous dit l’animateur et cette pensée analogique s’oppose à la pensée rationnelle, qui elle chercherait la nature de ce qui nous donne des ailes du côté des amphétamines.

Je n’ai pas pu écouter la fin du débat, car la sono lâcha à 12h20. Les quarante dernières minutes sont souvent les plus intéressantes. Tant pis. En guise de conclusion, je me demande ce qui me donne des ailes : un challenge. Un défi, un projet, une énigme, quelque chose de nouveau et qu’a priori, je ne sais pas si je vais réussir ou non. Ça, ça me donne des ailes. Par analogie, les réalisations des autres m’en donnent également ; par exemple, leurs livres. Lire Platon, puisqu’on en a parlé, est pour moi un pur plaisir – c’est bête à dire, et encore plus à écrire, mais j’ai l’impression d’être plus intelligent après avoir lu Platon (ce n’est malheureusement qu’une impression). Le mythe d’Er, l’Atlantide, le mythe de l’androgyne, l’anneau de Gygès, l’allégorie de la caverne, le mythe de Prométhée,… sont autant de contes qui stimulent l’imaginaire et nous invitent à décoller. Mais la philosophie est née de l’analyse critique des mythes et des légendes, m'opposerez-vous. Oui, et alors ? La philosophie, comme toute création de l’esprit humain, n’est-elle pas redevable à l’imagination ?

 

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