C koa le pire ?
Écrit par Carlos Gravito   
17-03-2008

Le 16 mars, deuxième tour du scrutin municipal, pour lequel on a vu un têtard plonger dans le marais politique, plus pour un grenouillage sur les deux bords gauche et droit de l’étang que pour y grossir, Charles nous proposa, au café des Phares, la chose suivante : « Tolérer le mal pour éviter le pire », un vœu pieux que Daniel, revenu à nous de son extrême occident, a pris pour thème de notre débat.

Le libéralisme : un moindre mal ?Tiens, c’est quoi, le pire ? La peste ou le choléra ? Le tyran ou le chaos ? Avaler un parapluie ou l’ouvrir dans son ventre ? Se marier pour le meilleur comme pour le pire ? Faire l’autruche ? Le ciel qui risque de nous tomber sur la tête ? Mai 68 ? Appuyer sur un bouton létal ?

Il me semble que c’est encore autre chose et, sachant qu’il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, j’ose affirmer que le pire est un truc qui à aucun moment ne m’est encore arrivé et que cela ne m’arrivera jamais. Pourquoi alors tolérerais-je le mal afin d’éviter le pire ? Le mal n’empire pas, il s’étale, car l’humanité est solidaire dans ce domaine. La maxime est donc réactionnaire, c'est-à-dire, bêtement démobilisatrice ; la nature n’étant pas concernée par aucune sorte d’équité, ne retire aucun bénéfice de la vertu du juste : même le bon pain produit de déplaisantes miettes, le chat chasse la souris, les enfants tapent dans les fourmilières, les grands-mères enferment les oiseaux.

Au Mal ne peut suivre que le Mal ou le meilleur, la faille n’étant pas là où se trouve la mort mais où finit notre propre vie. Si je tends l’autre joue, au lieu d’une claque j’en prends deux ; si cela continue, toute la mâchoire y passe et c’est le dentiste qui se fait des couilles en or. Le « Diable Vauvert », une résidence en ruines, refuge de brigands et lieu maléfique, n’est-il pas devenu un palais, le palais du Luxembourg ?

Mais, revenant au débat, sans se démonter, Charles a « démarré l’analyse de la problématique avec les accords de Munich, une lâcheté intellectuelle à l’origine des horreurs qui se sont suivies, tandis qu’avec la guerre de l’Irak on a voulu éviter le pire et c’est le pire qui est arrivé ».

   - Ce serait une mauvaise idée dans les deux cas, admit l’animateur mais, on n’a pas besoin de partir toujours d’exemples pour s’interroger sur le rapport entre le bien et le mal.
   - Intransigeante, Roscha conseilla « de répondre au Mal par le Mal et cesser de tolérer…, tolérer, croyant améliorer la situation ».
   - Qu’est-ce que le Mal, questionna Daniel.
   - Quelque chose qui nous entoure, répondit l’intervenante.
   - Quelle chose ?

Roscha repartit alors sur des « exemples tirés de la vie professionnelle qui peut mener à la dépression et aux larmes », mais Michel proposa que « l’on parle plutôt des gens qui font le Mal, sans le faire par méchanceté, sinon on tombe dans le religieux » puis, un autre Michel se dit « qu’est-ce qui est pire que le Mal ? Le Mal est l’envers du Bien, OK, mais qu’est-ce qui est pire ? Et celui-ci ne peut-il pas devenir un Bien ? », se demanda-t-il enfin, tandis que Marie-Sylvie s’interrogeait, entre temps, si « la torture endurée pour éviter un attentat ne serait pas un bon exemple du sujet dans le registre des valeurs. »

Marc donna à entendre « qu’il y a des Maux différents, les uns supportables d’autres moins, le plus supportable étant un ‘moindre mal’ », quelqu’un d’autre fit savoir que « le Bien est ce qui nous permet de nous réaliser ; pour le mal ce serait une autre affaire, le bouc émissaire permettant, aux yeux de René Girard, d’arrêter l’escalade de la violence » et Sabine trouvait « dans le terme ‘tolérer’ le retour d’une éthique », l’animateur voyant « souvent dans le terme ‘tolérer’ une façon de dire ‘accepter’ ; faut-il tout tolérer ? » On s’interrogea ensuite sur un « ‘équilibre’ à trouver, ou plutôt une ‘harmonie’ car sans elle, la mort serait préférable à la vie » et Nadia questionna l’assemblée « sur les raisons de tolérer un moindre mal, en espérant quelque chose d’acceptable. »

Une nouvelle venue, Isabelle, s’accrocha « à la notion de relativité et, un mot ne pesant pas plus qu’un autre, le corps de cette réflexion s’égalise, bien que Harmonie, Bonheur ou le Moins Pire Possible soient toujours très personnels. Le Mal, on ne peut pas le définir ; on est mal, c’est tout ». Marlène, à son tour, proposa « que l’on change de trottoir, si on ne tolère pas le mal, préconisant ainsi une pratique de ‘l’évitement’ où chacun resterait libre de ses convictions », et Ahmed, « sentant que l’on se prenait les pieds dans le tapis, prit la défense des ‘marqueurs’ qui, dès la naissance, font en sorte que l’on sait ce qu’on a à faire, le Bien et le Mal étant difficiles à situer ». Gérard le suivit et, voyant « dans le pire un état de non retour (incertitude), dit que le pire serait de ne pas tolérer », alors que Simone se demandait « s’il n’y a pas une transition inévitable entre le mal et le pire, dès que les moyens ont été épuisés ; que reste-t-il de la noble cause, sinon la dégradation de l’âme humaine, au fur et à mesure, dans de telles circonstances ? »

Ne nous voilons pas la face. La substance de l’être exige de se maintenir par des bouffées de violence aussi longtemps que le « lupus » ne deviendra pas un « agnus ». Quant à moi, mettant les choses au pis, je me fais une doctrine simple : « Je tolère le mal, mais pour bénéficier du meilleur » ; je laisse grossir la bêtise pour me placer, derrière elle, à l’abri du vent. C’est de là, que j’observe le monde. Ainsi, craignant le pire pour la réputation de sa fille, j’ai surpris ma voisine qui la réprimandait l’autre jour, au motif que, « dans tout le quartier, on disait qu’elle couchait avec son fiancé ». Pour lui prouver qu’il n’y avait pas de mal, elle a répliqué : « Ne t’inquiète pas, maman ! Les gens sont des mauvaises langues ; parce que l’on sort avec n’importe qui, on considère tout de suite qu’il s’agit d’un ‘fiancé’ ».

Conclusion : « Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny !
J’aime l’amour qui fait…boum ! »

 

Sujet connexe : Doit-on simplifier la profondeur pour éviter le pire ? par Carlos ; par Marc

 

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Ce mal qui nous fait du bien
Ecrit par Adèle B.S.. 18-03-2008
Sorry de faire des jeux de mots lacaniens bas de gamme (une tautologie?), mais c'est plus fort que moi...

Quand on naît avec une blessure peut-on vraiment vouloir se faire du bien sans avoir affaire au mal ?

2. Et si on laissait la possibilité au Monde d'exister ?
Ecrit par Gérard. 28-03-2008
j'ai trouvé une réponse ésotérique à la question pourquoi tolérer le mal. parce qu"'il participe du bien. Tout simplement...En d'autre termes , le pire ce serait de ne pas tolérer comme j'ai essayé de le dire au cours du débat sans avoir semble-t-il impressionné notre preneur de notes.Dommage..

pour éclairer la question voir la citation qui est sur le forum à la question : le moindre mal participe-t-il du bien.

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