Tchoutchouuuuu !!!
Écrit par Carlos Gravito   
31-03-2008

Dans la nuit du dimanche 30 mars, il fallait se mettre à l’heure d’été, ce qui n’était pas sans danger pour notre horloge biologique, comme pour notre équilibre psychique ainsi que pour la traite des vaches, qui à ce moment-là devaient plutôt se plaire à voir passer les trains, une touchante vision bucolique qui inspira à Gabriel, au café des Phares, le sujet de notre causerie : « Les trains se prennent en marche », Gunter Gorhan se chargeant des manœuvres d’aiguillage. Il devrait s’agir certainement de Michelines, qui roulaient autrefois à une vitesse assez modeste pour permettre aux français, éparpillés par l’avancée allemande en 1940, d’y monter en passant, afin de rejoindre le Massif Central, mais, pourquoi pas.

En 1895, gare Montparnasse, un train rate la marche...Billes en tête, en raison peut-être de ces perturbations mentales dues à la différence de soixante minutes, comme des enfants devant leurs chemins de fer miniature, les présents (parmi lesquels se trouvaient les élèves d’un IUT audiovisuel et d’une classe de philo de Saint-Quentin dans l’Aisne), firent joyeusement part, en ce qui concerne « le dur », de leurs remarquables connaissances sur les rails, les aiguilles, les tunnels, ponts, passages à niveaux, signaux d’alarme, horloges, littérature de gare et, comme si j’assistais à une projection du « Jugement des flèches » de Samuel Fuller, je crois même avoir vu passer parmi eux des Sioux, armés d’arcs et de flèches, pour donner l’assaut à un wagon postal.

L’auteur du sujet ayant fait savoir que « son idée se rapportait aux mouvements de pensée dont le monde attend beaucoup et que, comme des trains, il ne fallait pas rater », Irène le prit « dans un sens négatif, car les décideurs décident à notre place, un formatage qui provoque un retard, même si la philo essaie de clarifier la pensée pour que l’on reste maître de notre destin », mais Britt (du café-philo Autrement) rapporta que « c’est ce qu’elle rappelle aux jeunes : ‘la chance ne passe qu’une fois’, il faut la prendre et pour ça, on saute dans le premier train en vue. »

Marc, sentant que « tout s’explique par le fait qu’il y a toujours un commencement duquel on ne participe pas », Christiane revint à l’idée « négative car on s’installe dans le train sans même se demander où il va » et Simone constata qu’il « est difficile, peut-être risqué, de faire démarrer un train (une volonté), et normalement on n’ose pas s’y aventurer. Les chefs de gare, etc. sont un petit groupe ; la masse suit, prenant le train en marche et c’est déjà pas mal de le faire. Il ne faut pas se prendre pour Pégase quand on est un canasson. »

- Le sujet est maître de son destin, jugea Agnès. Son émancipation ce sont les rails et il faut tenir dessus.

- A chacun son petit train, questionna l’animateur, ou comme dit Heidegger, « l’Histoire du monde est le tribunal du monde », c’est-à-dire, les moins aptes y restent ?

L’intervenant suivant, « tout en essayant de ne pas dérailler », s’arrêta sur les deux interprétations déjà avancées : « la négative (suivre les autres) et la positive (se mettre du côté de l’Histoire et de l’action politique) ». Il considérait « le conducteur comme un tyran et ne voyait pas la nécessité de prendre le train en marche puisqu’il s’arrête, alors que l’Histoire ne fait pas de stop et va très vite. Par contre, si l’on reste sur le quai, on devient simple spectateur et on se contente de regarder passer les trains ».

Désirant « quitter la métaphore pour aller au concept, Gunter insista sur le rapport à l’Histoire et ses accélérations », mais Roscha s’appesantit « sur le risque de rater son train ou de tomber, si on le prend en marche », confiant « qu’en Angleterre, ‘rater un bus’, signifie pour une femme ‘perdre une occasion de se trouver un mari’ » et, alors que Michel, « sans faire allusion à la relativité d’Einstein », se heurtait «  à la vitesse excessive des trains actuels, que l’on n’a pas le temps de regarder, ainsi qu’au problème de l’aiguillage réglé du dehors », et qu’un autre participant « attribuait à Laurence d’Arabie et à Jacques London le sabotage des voies de l’ennemi », Alfred pensait aux ‘tortillards’ d’antan que l’on pouvait attraper et prendre en marche pour en descendre après, comme on le fait dans l’aventure de la vie », Nadia conseillait « d’être à l’heure sur le quai », Vincent « d’avoir en vue le signal d’alarme (élections) » et Eric se résignait « à la fatalité d’être enfermé dans un wagon d’où l’on ne sort pas à l’improviste. »

« Sautant pourtant du train métaphorique », Pascal se dit intéressé « à ce qui parle et aux actes qui s’ensuivent », une occasion donnée à Pierre Yves (« qui à dix ans prenait le train pour le quitter et reprendre à nouveau en toute impunité »), pour nous bercer de « son adolescence enrichie par le vertige de la vitesse plutôt que de l’application scolaire, ce qui aurait eu pour corollaire le séjour en hôpital psychiatrique, les cures de sommeil, les électrochocs, etc., transformant son appartenance, comme Léo Ferré, à la ‘race ferroviaire’ qui regarde passer les vaches, en celle commune au monde des bovins », et à Gabriel de remettre « la phrase en discussion dans les bagages d’Althusser ».

Quelqu’un, « faisant de la mort un préalable », a prétendu que « la construction de la voie ferrée entre l’Atlantique et le Pacifique a fait, au Canada, trois morts par mètre de rail », Martine se souvint « qu’étant le septième wagon, elle avait toujours un temps de retard quand dans la famille le train se mettait en marche », puis Pierre observa « que le train n’est pas en marche mais arrêté, son déplacement étant une illusion pareille à celle d’‘Achille et la tortue’, le philosophe devant avoir le courage de s’installer dans l’immobilité ».     

Il y a de ça. On sait que les cheminots n’arrêtent pas de négocier des trains de mesures visant leurs régimes spéciaux de retraite, afin de ne pas réduire leur écart avec les salariés du privé, à l’instar de la distance qui sépare Achille de la tortue. En général, c’est l’opportuniste qui « prend le train en marche », après l’avoir fait ralentir, voire empêché de partir et, pour finir, il semble qu’en effet, de gare d’évitement en gare de triage, la réflexion philosophique participe souvent aussi de ce trivial « caresser dans le sens du poil », se mettant du côté du droit positif, par exemple, et tournant le dos au bon sens qui la fonde.

Enfin, alors que les locomotives les plus modernes des TGV te tirent les rames qui s’y enchâssent à une allure insoupçonnable, proposant un retour au passé, l’aventure du rail fait rêver, au point que l’on a vu des bardes de nos jours chanter ce fichu train : « Remue ton arrière-train, poupée ; remue-le. Fais-le remuer encore », allusion sans doute à la lanterne rouge accrochée au cul du wagon de queue, des convois d’autrefois.

Ces trains (à vapeur) étant déjà embrumés dans ma mémoire, songeur, je me suis préparé à voir dehors les jours s’allonger et quittai le café, sans crier gare.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Les trains se prennent en marche
Ecrit par Britt (du café philo. 02-04-2008
Cher Carlos,
Dans ton compte-rendu tu as manifestement confondu Irène et Britt, car c'est Britt (première prise de parole) qui a dit ce que tu as attribué à Irène. Je ne m'identifie pas avec les paroles que tu m'attribues, désolée. Si tu pouvais rectifier....

2. Désolé
Ecrit par Carlos. 02-04-2008
Désolé, Britt, mais je n'ai connu ton nom qu'à la fin de la scéance, l'ayant demandé à Christian, qui se trouvait à tes côtés. Je n'ai pas les moyens de rectifier l'erreur mais, vu ton commentaire,les participants au débat ne manqueront certainement pas de mettre le train dans les rails. Cordialement, C.

3. Le petit train
Ecrit par Adèle B.S.. 07-04-2008
A dire vrai, le train n'est pas un moyen de transport si aimable.
Sans doute la chanson de Catherine Ringer et du très regretté Fred Chinchin y est pour quelque chose :

"Le petit train
S'en va dans la campagne
Va et vient
Poursuit son chemin".

La galère vogue.
Le train a une destination. Il faut quand même se méfier avant de le prendre. Surtout quand on y est obligé.

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