Que serions-nous sans le secours de ce qui n’existe pas ?
01-06-2008

Cette histoire est vraie parce que je l’ai entièrement inventée (Vian - L'écume des jours)Revenir au café des Phares après une semaine de villégiature, surtout lorsqu’on est confortablement assis sous la verrière offerte au soleil, c’est un peu comme prolonger ses vacances. Troquant la caïpirinha contre un café, j’écoutais les participants énoncer au micro leurs propositions de sujet. Parmi les quinze suggestions, l’animateur choisit : « Que serions-nous sans le secours de ce qui n’existe pas ? » L’auteure du sujet indiqua que la question est de Paul Valéry et figure dans un ouvrage de Régis Debré dans lequel il est question de la défense de la valeur de la vie symbolique.

Les premières interventions pointèrent la notion d’adversité contenue dans le sujet. La phrase fut jugée péjorative « mais pas tant que ça »… Ce qui n’existe pas, les idées abstraites (la liberté, par exemple) n’ont-elles pas été inventées par l’homme pour lutter contre la barbarie ? proposa un participant. Or, peut-on dire que les idées n’existent pas ? La question initiale se révélait d’emblée coriace. Qu’est-ce qui marque la différence entre ce qui est et ce qui n’est pas ? demanda l’animateur. La difficulté évidente de répondre à cette question, loin de rebuter l’assistance, sembla au contraire la stimuler, et le glissement de l’existence à l’être ne fut pas immédiatement relevé tant chacun avait à cœur d’essayer de répondre à la question posée. Qu’est-ce que l’Être ? se demandait déjà Aristote. La différence entre être et non-être ne peut à l’évidence se réduire à celle entre le matériel et le spirituel. Alors, de quoi s’agit-il ?

Pour les uns, ce qui existe c’est ce qui mobilise des énergies : si l’on se bat pour la liberté, c’est qu’elle existe, non ? Pour d’autres, à l’instar de Berkeley, ce qui existe c’est ce que nous voyons, ce que nous percevons. Pour d’autres encore, ce qui existe c’est ce qui advient, ce qui se réalise. Pour d’autres enfin, ce qui existe est ce qui est susceptible de faire l’objet d’un consensus ou d’une représentation partagée « qu’on le veuille ou non » ; c’est-à-dire une notion à laquelle correspond quelque chose de potentiellement réel (comme les trous noirs). La notion d’être n’est pas évidente à saisir, en témoigne cette remarque de l’animateur : « Être, c’est quelque part être là, même si ce n’est pas nécessairement être ici » à propos de la différence entre effectivité (réalité) et objectivité (ce qui est présenté à la conscience d’un sujet).

Mais la difficulté de définir ce qui n’existe pas allait se révéler plus grande encore. Et pour cause… « Le non-être n’existe pas, car s’il existait il ferait partie de l’être » affirma un participant, faisant sienne la pensée de Parménide. « Ce qui n’existe pas, c’est le potentiel de l’imagination ! » lança l’intervenante suivante. « C’est ce dont nous n’avons pas une perception claire », proposa une autre. Pour une troisième personne, c’est ce qui est au-delà du langage : ce qui ne peut être conçu par le langage n’a pas d’existence. Pour autant, cette chose pourra exister un jour, comme l’atteste l’apparition relativement récente (XVIIIe siècle) du mot « responsabilité », fit remarquer l’animateur. Quelqu’un indiqua qu’en japonais, ce qui existe c’est ce qui a été accompli (le passé) et ce qui n’existe pas, c’est ce qui n’est pas encore accompli (le présent et le futur). Mais n’est-ce pas contradictoire avec ce que nous enseigne l’expérience ? observa l’intervenant suivant. Seul le présent existe, le passé et l’avenir ne sont plus ou pas encore. Pourtant, les images du passé et du futur jouent un rôle prépondérant dans notre comportement de tous les jours.

Et la licorne, existe-t-elle ? Non pour les uns, puisque personne n’en a jamais vu. Oui pour les autres, puisqu’elle existe en tant qu’idée humaine, en tant que mot et que chacun en a une représentation. De plus, on sait de quoi l’on parle quand on en parle. À moins qu’on ne parle dans le vide en parlant de licorne… objecta un participant. Les premiers observateurs d’un rhinocéros ne le décrivirent-ils pas comme une sorte de licorne ? fit remarquer une participante. On pense à Platon et à son monde des Idées, tellement plus réelles pour lui que les pâles imitations qui s’incarnent dans le monde sensible… La chose et sa représentation. Qu’est-ce qui existe au fond ? L’homme ne voit-il pas avant tout ce qu’il veut voir ?

Si l’on admet que la réalité est l’ensemble formé de ce qui existe et de ce qui n’existe pas, en quoi ce dernier peut-il être un secours pour nous ? Une piste de réponse apparaît si l’on modifie le dernier terme de la question posée : que serions-nous sans le secours de ce qui n’existe plus ? Les êtres chers qui ne sont plus nous manquent, mais leur souvenir nous aide à vivre. Et si ce secours était le principal apport de la fiction au réel ? Ainsi notre condition de mortel, sujet aux maladies et à la souffrance, rendrait légitime le recours à une « roue de secours ». Et certains participants d’évoquer les bienfaits de l’espoir, pour les malades ou les prisonniers, en tant que possibilité de vivre dans la projection du lendemain. Reformulons autrement la question initiale, proposa l’animateur : ne vivrait-on pas mieux si nous n’avions pas créé ce qui n’existait pas (la bombe atomique, par exemple) ?

Je ne sais pas répondre à ces questions. Je ne suis même plus sûr de savoir ce qui est et ce qui n’est pas. Mais voilà, mon article est bouclé. Existait-il il y a une heure ? Pour vous, peut-être pas. Pour moi, il était déjà là, quelque part dans ma tête. Terminé, il est tout à la fois fidèle et non conforme. Fidèle au style de l’auteur, non conforme à ce qui s’est réellement passé, différent de ce qu’il aurait pu être s’il avait été écrit à un autre moment ou dans d’autres conditions. Peu importe, il est là pour jouer son rôle de support (à défaut de secours) pour ceux et celles qui souhaitent réagir, prolonger le débat ou simplement laisser un commentaire. C’est sa vocation. Mais s’il n’existait pas, pourrait-il jouer ce rôle ? me direz-vous. S’il n’existait pas ? Eh bien, il y aurait celui de Carlos ! Moralité : au lieu de compter sur le secours de ce qui n’existe pas, sachons utiliser ce qui existe.

 

Sujet connexe : Pourquoi rêvons-vous toujours de quelque chose d'inaccessible ?

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Sur le secours, la science ne peut que se taire…
Ecrit par Pirmin. 02-06-2008
… sur la notion d’existence en revanche la situation est particulièrement riche intéressante en mathématiques et non totalement élucidée. Comme toujours le mathématiques sont modestes (pas les mathématiciens…), elles disent peu. Mais ce qu’elles disent elles le disent bien. La notion d’existence dont il est question est celle des objets qu’elles manipulent, les plus rudimentaires étant les nombres. On distingue traditionnellement pour ces objets 4 « degrés » d’existence, que je classe ci-dessous du plus abstrait au plus concret :

1. Existence d’un objet abstrait : Signifie que l’on est en mesure de prouver par un raisonnement qu’un objet existe sans pour autant être en mesure de le caractériser. Pour faire simple, on ne peut pas trouver explicitement d’équation à laquelle l’objet obéirait en question serait le seul à obéir. Les exemples de ce type sont difficiles à rendre intuitif. Beaucoup sont une conséquence de l’axiome dit « du choix » de la théorie des ensembles mais pas tous. Cet axiome stipule qu’à partir d’un ensemble ‘E’ d’ensembles ‘a’ il est possible de construire un ensemble ‘R’ de représentants des ensembles ‘a’.

2. Existence caractérisée : Signifie que l’on est en mesure de construire une équation qui caractérise l’objet. Une équation donc, à laquelle il est le seul à obéir. Pour autant on n’est pas en mesure d’exhiber un algorithme qui permettrait de le construire explicitement.

3. Existence calculable : Signifie que l’on est en mesure de construire un algorithme qui construit l’objet. Un exemple simple dans cette catégorie est l’existence d’un algorithme optimal pour le jeu des échecs. On connait un tel algorithme. Pour autant on ne peu l’appliquer concrètement, la durée de vie de l’univers étant trop courte.

4. Objet calculé : Ahhhh ! Nous voici enfin arrivé au paradis. Un objet calculé est le niveau le plus concret auquel on puisse rêver en mathématiques. Le nombre ‘pi’ par exemple existe et on sait le calculer !

A côté des 4 catégories d’existence brièvement décrites ci-dessus mentionnons encore que depuis 80 ans les mathématiciens savent qu’il faut faire une distinction entre vérité et être démontrable : tout ce qui est démontrable est vrai mais pas l’inverse. C’est ce que dit le très médiatique théorème de Gödel au sujet des systèmes d’axiomes assez riches. Philosophiquement, il y a un prix à payer pour qu’un système d’axiome soit puissant : il faut accepter qu’il est susceptible d’énoncer des vérités improuvables, du moins en son sein.

La principale conclusion philosophique que je tire de ces quelques remarques est que sur cette question d’existence, la question devient intéressante et non triviale à partir du moment où l’on a constaté que le mot « existence » de la langue usuelle était trop grossier. L’acuité du regard a générer de nouvelles questions.

Trop souvent, à mon gout, il en va de l’inverse dans certains de nos débats qui font trop confiance aux mots et à leur gangue sémantique floue. Les poètes sont certes les experts qui savent jouer sur les interstices entre les mots pour leur donner un surcroit de sens. Pourtant, au café philo je suspecte dans bien des digressions et dans bien des recherches étymologiques plus de verbiage que de poésie.

Ne serait-il pas plus sage de nous en tenir à la simple raison et à une certaine rigueur sémantique ? Cette clarification sémantique étant opérée, certaines interprétations devraient être déclarées caduques par l’animateur. On conçoit que la tâche soit délicate, pour autant elle me semble nécessaire.

2. Merci Pirmin !
Ecrit par Gunter. 03-06-2008
Tu me permets de mettre les points sur les i.
Contrairement au langage mathématique, le langage naturel est polysémique, autrement dit, les mots ont plusieurs sens.
Toutes les tentatives de créer un langage artificiel, « monosémique » (sur le modèle des mathématiques) qui remplacerait le langage naturel ont (heureusement) échoué : il n’y a pas de métalangage et il ne peut y en avoir – à moins de liquider la singularité humaine et de nous transformer en machines identiques les unes aux autres.
La polysémie intrinsèque au langage naturel – ce qui a fait dire à Heidegger que « le langage est dans son essence poétique » – n’est pas une infirmité à éliminer par une science qui généralise mais à traduire par des échanges (tels qu’ils se pratiquent aux Phares) qui s’efforcent à universaliser…

3. à l'ami Gunter
Ecrit par Pirmin. 03-06-2008
Je trouve très juste et pertinente ta remarque sur la polysémie qui n'est pas une pauvreté. Ça m'amène à préciser un peu mon propos : mon soucis est simplement qu'il ne faut pas user du procédé trop facile qui consiste à jouer, sans recherche de vérité, sur cette polysémie. De mon vécu scientifique, j'ai nourri une certaine méfiance des mots. Je veux commander les mots et ne pas trop me laisser commander par eux ! C'est pour ça que j'ai pris position durant le débat pour dire que ce qui est plus important que les mots, c'est ce qu'ils désignent : une licorne désigne l'ensemble vide, or je ne pense pas que parler de l'ensemble vide durant 2 heures soit l'objectif de la philosophie. D'autre part, au moyen de l'exemple que je donne (la notion d'existence), je souhaitais illustrer le fait qu'accroitre la précision des mots ne nuit pas forcément à la profondeur du propos. Parfois c'est ce qui justement la permet. Il y a de la profondeur dans la précision aussi, cela peut-être que certains philosophes (du dimanche ou des pros) ont un peu tendance à l'oublier ! Mais il y a bien sûr, et tu as raison de le rappeler, de la profondeur dans la poésie. Selon moi, il y a en philo de la place pour les deux.

4. Indignation fictive
Ecrit par Lili la Licorne. 03-06-2008
Bonjour Monsieur Pirmin,

J'ai lu avec attention vos commentaires, et au nom de la société protectrice des licornes, je ne peux que m'élever contre une telle mauvaise foi et une telle étroitesse d'esprit.

Vous réclamez de la rigueur sémantique ? Commencez donc par l'appliquer !

D'abord, un ensemble vide est un ensemble dépourvu d'éléments. L'ensemble des créatures imaginaires n'est donc pas vide. Qu'entends-je ? Les créatures imaginaires n'existent pas ? Quand bien même ! l'ensemble des créatures qui n'existent pas est-il vide pour autant ? Y a-t-il une propriété qui stipule qu'un ensemble ne peut contenir que des éléments qui existent ? Prenons l'ensemble R des nombres (soi-disant) réels, par exemple. Montrez-m'en un, rien qu'un, pour voir... Y en a-t-il un seul plus réel, plus vrai, plus existant que moi ?

Ensuite, qui désigne quoi ? La représentation de l'ensemble vide est Ø, la représentation d'une licorne est un cheval cornu. Comment celui-ci peut-il désigner celui-là ? La licorne symbolise en effet la sagesse, la pureté, la grâce... quel rapport avec un cercle ventripotent et mal barré ?

Enfin, si les licornes n'existent pas, au moins continuent-elles de faire rêver. L'ensemble vide peut-il en dire autant ?

Je ne vous salue pas, ma corne risquerait de vous blesser,

LLL

5. mes excuses à toutes les licornes !
Ecrit par Pirmin. 03-06-2008
Pour une bestiole qui n'existe pas, LLL ne manque pas de caractère, d'ironie et de finesse. C'est vrai que comparé à LLL, ce pauvre Ø fait pâle figure... Mes plus plates excuses donc à toutes les licornes des univers existants et non-existants. Vous remarquerez que je n'ai pas dis l'ensemble des licornes car effectivement les éléments d'un ensemble doivent exister, désolé pour cette mauvaise nouvelle LiLi. Cela dit, pour la bénéfice de culture générale de notre amie la licorne LiLi, si elle se donne la peine de relire ma petite contribution, elle constatera qu'un objet peut exister sans pour autant être "montrable" ce qui me dispensera donc de lui montrer 'pi'. Les objets de la catégorie 1. s'approchent d'ailleurs furieusement du monde des licornes. Mon souhait le plus cher est que LLL sache se réjouir d'une telle proximité et de la divertissante compagnie d'êtres avec lesquels elle pourra rivaliser d'évanescence.

Q: LLL a-t-elle une grosse voix ?

6. Etre ou ne pas être
Ecrit par Carlos. 04-06-2008
Il me semble que chaque théorie « est quelque chose » et celle des « ensembles », qu’ils soient vides ou débordants, constitue légitimement pour la philosophie un objet de réflexion, au même titre que la question de Hamlet, « être ou ne pas être » de dimanche dernier. L’inverse est moins évident. En effet, tandis que cette discipline s’applique à tous les domaines du savoir, les sciences sont vouées à ne spéculer que dans le champ de leur strict univers. Ainsi, logiques ou concevables, au bout du compte, les créatures mathématiques n’ont pas l’air de se distinguer beaucoup de la licorne ; à première vue.

7. Heidegger ou Wittgenstein ?
Ecrit par Serge MARTY. 05-06-2008
Candide de ce café philo avec une culture philosophique très pauvre je pose néanmoins ce problème :
Faut-il préférer Wittgenstein : " Ce qui s'exprime dans le langage nous ne pouvons l'exprimer par le langage" ou Heidegger dont je viens de découvrir qu'il donne au langage une essence poétique ?
NB je ne peux recadrer écrit et discours qu'avec Gunter je ne connais pas du tout les autres protagonistes de ce site internet.

8. Heidegger ET Wittgenstein
Ecrit par Gunter. 05-06-2008
Si je comprends bien Wittgenstein – c’est un philosophe difficile et quelque peu caméléon, insaisissable –, il dit la même chose que Heidegger : c’est la langue qui nous constitue, et ce qui nous constitue ne peut pas, par définition, être mis à distance, être objectivé sans reste.
C’est pour cela d’ailleurs que ces deux philosophes géants sont à l’origine du fameux « linguistic turn » (tournant linguistique) amorcé par la philosophie au début du siècle dernier et qui a sapé à la base toute réduction de la langue à une simple boîte à outils à notre disposition.
Dit autrement, la langue nous parle autant sinon plus que nous la parlons et qu’est-ce d’autre la poésie que le fait de se laisser inspirer par la langue au lieu de servir seulement à notre auto-conservation Dire, par exemple : « Passe-moi le sel ! » n’est pas, en général (mais pourrait l’être !), un énoncé poétique
Bonne exemple de polysémie (irréductible) : qu’entendez-vous, Serge, par « recadrer » ?

9. réponse à Heidegger, Wittgenstein et Gunter
Ecrit par Pirmin. 05-06-2008
>la langue nous parle autant sinon plus que nous la parlons et qu’est-ce
>d’autre la poésie que le fait de se laisser inspirer par la langue au
>lieu de servir seulement à notre auto-conservation...

Définir et élucider des catégories d'existences pour des objets mathématiques va bien au-delà de notre auto-conservation. La poésie n'a donc nullement le monopole de la gratuité, de la beauté et de la profondeur.

Ensuite il faut quand même voir que toute confusion sémantique n'est pas forcément due ni à des tentatives poétiques, ni à la réelle polysémie du langage mais bel et bien à un usage approximatif, paresseux de ce que permet une langue bien maîtrisée. Par exemple, lorsqu'un participant propose un sujet (comme c'était le cas dimanche passé) sans avoir même réfléchit à quel sens donner à un aphorisme qui "sonne bien", je trouve que ce n'est ni de la philosophie ni de la poésie. C'est simplement de la négligence. On s'attache alors à "inventer" un sens à une question qui peut-être n'existe pas, comme s'il n'y avait pas suffisamment de "vraies questions" à débattre! Et dans la foulée on parle simultanément de licornes et de l'ailleurs en relativité. Il n'y a aucune poésie là dedans mais une grande confusion. Les deux questions ont sans doute, chacune dans leur champ propre un intérêt. La première questionne le rôle des symboles. La seconde, pour peu qu'on la formule avec la précision requise (ce qui n'a pas été fait dimanche) relève, éventuellement, de la philosophie des sciences. Elles n'ont RIEN à faire ensemble. C'est ce méli-mélo que je critique et un certain snobisme qui consiste à voir de la profondeur la où il n'y a en définitive que de la facilité.

La philosophie, me semble-t-il doit intervenir APRES que toute la lumière sémantique ait été faite sur une question. Elle porte alors sur le résidu. Elle a cela de commun avec la science qu'elle doit chercher la clarté et non pas chercher à entretenir la confusion.

10. Réponse (trop brève) à Pirmin
Ecrit par Gunter. 05-06-2008
Cher Pirmin,
Je pars demain pour Marseille, je ne peux te répondre comme tu le mériterais, je le ferai dès mon retour. Seulement ceci pour aujourd'hui.
Tu as raison :Les créateurs en mathématiques ou en physique et dans toutes les sciences ont autant besoin d'être inspirés que les poètes.
Ce n'est pas le cas des amateurs des maths ou des sciences en général, ceux-ci ne peuvent que, tout au plus, apprendre, comprendre, ils ne peuvent certainement pas créer dans ces domaines.
Mais comme la langue, par elle-même, est poétique, les amateurs de philosophie (ceux qui aiment la philosophie) qui PARLENT autour de questions philosophiques peuvent vivre et nous faire vivre des moments authentiquement poético-philosophiques.
Pense aux enfants : en peinture (tout le monde, Picasso en premier, l'a reconnu), en poésie (j'ai assisté à des ateliers de poésie pour enfants) et en philosophie (id., j'ai assisté à plusieurs colloques sur la philosophie avec des enfants) il peut y avoir une véritable création, des moments authentiquement poétiques et/ou philosophiques.
Tout ceci est inimaginable en matière de maths ou de sciences. Pourquoi, à ton avis ?
A cause d'une vision démagogique des enfants et des participants aux cafés philo (« ils sont incapables de toute création ! ») que tu critiquerais ? On en reparlera, mais si tu a l'oreille assez fine, tu peux assister à des moments authentiquement poético-philosophiques, même aux Phares...

11. La métaphysique au café-philo !
Ecrit par Daniel Ramirez. 06-06-2008
Je me réjouis de la teneur de ces échanges, qui prouvent bien que des sujets entièrement philosophiques, voire métaphysiques, sont susceptibles d’être abordés au café-philo. Au-delà de l’existence des êtres mathématiques, qui a toujours été problématique, et des licornes, qui a toujours été poétique, nous avons exploré un terrain qui semble souvent trop abstrait ou trop vaste, celui de ce qui est et ce qui n’est pas. En fait, le sujet aurait pu être abordé d’une façon plus simple, en faisant comme s’il était entendu que l’expression « ce qui n’existe pas » se réfère au royaume symbolique, à la culture, aux valeurs (la liberté, par ex.). Evidemment il faut l’inventer. Mais nous avons pris le temps... ce n’est pas perdu, de dégager le terrain. D’abord parce que les façons de parler (c’était un des sujet proposés) ne sont pas indifférentes, le langage n’est pas un simple outil de communication, il conditionne notre pensée et notre perception des choses ("c'est la langue qui nous constitue"). Nous cherchons des langages plus subtils parce que nous en avons vraiment besoin ! Ainsi, nous avons vu que ce n’est pas la même chose de dire « ce qui n’existe pas » que « ce qui n’existe plus », ou « ce qui n’existe pas encore ». La première expression relève de ce clivage Parménidien ontologique : l’être est, le non-être n’est pas, d’où l'on ne peut sortir. Les deux autres ouvrent sur le monde héraclitéen de ce qui advient à l’être et ce qui cesse d’être. Autrement dit, le monde tel qu’il est vraiment pour nous. Des choses comme les mythes, les légendes (y compris avec des licornes), ou les êtres abstraits, les entités mathématiques, appartiennent à un domaine qui est purement humain, sans lequel, d’ailleurs il est difficile de concevoir l’humain. Tout comme les valeurs, les rêves, les utopies (qui par définition n’ont pas de lieu, mais qui ont une existence). Le souvenir des êtres chers a été mentionné : Existent-ils, tout en ayant « cessé d’exister » ? Nous voyons bien que sans le secours de ce qui n’existe pas (dans un sens) mais qui existe toujours (dans un autre sens) nous serions dans un monde invivable. Très riche aussi a été cette intervention sur le secours « de ce qui existe ». Eh oui ! il fallait y penser : Il y a des choses, des biens, si mal repartis dans le monde, qui pourtant sont bel et bien là, quelque part, mais pas où ils devraient être. Dans ce cas c’est un "état des choses" qui n’existe pas, que nous devons, non pas seulement rêver, mais construire.
Pourquoi donc avons-nous besoin de « secours » ? Eh bien, justement parce que notre monde branle entre l’être et le non-être, parce qu’il est évanescent et parce que nous sommes éphémères et parce que les choses sont précaires. Et parce que la vie est fragile. Nous tissons des continuités entre les abîmes de la vie et de la mort, des ères passées, des cultures disparues et nous. Nous pensons, même s’il est difficile à des mondes futurs et à des royaumes imaginaires, à des amours impossibles, à des théories unifiées ou à une paix mondiale riche d’échanges, à une société de liberté et de justice dont la créativité et l’authenticité des individus soient la source de nouvelles expériences humaines. Tout cela n’existe pas (encore), cependant que persistent des états de choses qui ne sont pas dignes de l’humanité… Mais en vertu de quoi jugeons-nous de ce qui est digne ? La "dignité humaine" existe ou n’existe pas ? En tout cas, telle que nous la pensons, elle n’a pas toujours existé. Nous l’avons inventée à un moment donné. D'où ma question, insistante, vers la fin du débat, qui restera forcement sans réponse : qu’est-ce qui n’existe pas encore, mais que nous ne pouvons pas encore imaginer ? Qu’est-ce qui reste vraiment à advenir à l’être ? Plus passionnant que ce qui reste en dehors du « cône de lumière » relativiste (des choses "qui existent peut-être" dans des endroits si éloignés de l'univers, dont nous n’aurons jamais la moindre information) : ce qui reste en dehors de notre capacité de penser… ça laisse songeur. Et c'est le vrai défi de la philosophie...
Merci à tous ceux qui ont participé à ce débat et à ceux qui le continuent par des échanges savants ou insolites !
Daniel

12. Recadrer donc
Ecrit par Serge MARTY alias Ja. 10-06-2008
Tout simplement je n'ai pu établir de lien entre vos textes "internet" et votre dicours sur place qu'avec
votre personne Mr Gunter. Pour les autres je n'ai pu établir de corrélation à ce jour mon intellect zappe
souvent lors de ces café philo. M Duras disait de J. L Godard : "Il est trop plein" Pour moi c'est pareil
Trop de littérature et philosophie lue broullionnement par attrait et non pas arrivisme culturelou autre apprentissage étudiant!

13. Ai-je bien entendu cette voix ?
Ecrit par Jeanne à P. (5). 22-06-2008
Les préoccupations métaphysiques" de P. sont réjouissantes :
"Q : LLL a-t-elle une grosse voix ?".
Veut-il connaitre aussi le sexe des anges ? Doit-on entendre ce qui n'existe pas ?
Au secours !..

Ecrivez votre commentaire ici:

Titre
Écrit par
Code aléatoire
Vérification du code aléatoire
 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté

Il y a actuellement 1 invité en ligne

personnes ont visité ce site.