Courage, fuyons !
Écrit par Carlos Gravito   
16-06-2008

 M’adressant au café des Phares, le 15 Juin, je me suis trouvé confronté à un message placardé sur le kiosque d’en face par 30millionsdamis.fr : « L’abandon n’est jamais la solution », bien loin d’imaginer qu’avec à peine quelques camarades, on avait la lourde tâche de dénouer la question du jour : « La désunion peut-elle faire la force ? », dans un débat qui, animé par Daniel Ramirez d’après une suggestion d’Irène, ressemblait à un brouillard devant inévitablement se résoudre en pluie, et nous voilà, forçats du mental, au coeur d’un univers impitoyable, celui de l’énergie du poignet, bien contents de se le fouler, en raison de la disparité de nos intérêts respectifs. Sympa l’ambiance.

Comme si je fixais une baleine, à bout de forces, échouée sur la plage pour y avoir été entraînée par la violence conjuguée des courants, après s’être séparée des autres cétacés, tel était mon désarroi me ressassant le sujet à résorber et, la pitié dans l’œil, je compatissais avec le mammifère mais me tournais les pouces d’impuissance, surtout que l’on se les gèle au bord de l’eau. Rien à faire. Quand on est dans la mélasse, le bénéfice d’une force fondée sur la déconfiture, part en vrille dans la tête en compote de chacun, un festin de miettes ne nourrissant pas vraiment son Homme, d’autant plus que, explication d’effets visibles, la force est une notion abstraite, appréhendée simplement par l’expérience (d’un ou de plusieurs), qui figure déjà une représentation du monde. Archimède en connaissait un rayon, avec ses leviers, poulies ou baignoires ; Galilée de même, grâce à ses plans inclinés ou chute des corps, et ce fut le contraire qu’ils ont observé : c’est la force qui est à même de créer un mouvement induisant le déplacement, la déformation, l’éclatement et l’éparpillement d’un objet.

Enfin. Chacun balaye devant sa porte et l’auteur du thème le soutint, « se basant sur une œuvre de Jared Diamond (« De l’inégalité parmi les sociétés »), qui tend à montrer les différences dans la distribution de la richesse, surtout en Chine, mobilisatrice d’un tas de disciplines capables d’entretenir des bureaucraties dédiées à la production d’armement militaire et faisant obstacle au progrès social ». Michel reprit le flambeau et, « se référant à une vieille stratégie gagnante adoptée aussi par Louis XIV, ‘diviser pour régner’, affirma que la désunion a toujours fait la force ».

Le récent rejet Irlandais du Traité de Lisbonne y étant pour quelque chose, l’animateur, se reporta alors à la « Constitution Européenne à laquelle les populations paraissent dire ‘non’, en déduisant que l’on se méfie du peuple et que la question reste posée : ‘Veut-on, vraiment, l’union ?’ Ou veut-on profiter de la désunion ? »

« L’union, répliqua Linda, aboutit souvent à un consensus mou, à une pensée magique telle la Constitution Européenne et le ‘non’ est comme un pavé dans la mare qui force à donner la parole à d’autres ».

- Le « e pluribus unum » des USA s’ouvre à tous, coupa Daniel, alors que l’apologie de l’individualisme donne dans le « chacun pour soi ». Pourquoi le mot « union » devient-il plus dur à entendre que celui de « désunion » ?

Le « E pluribus unum » (un, à partir de plusieurs), cité dans le « Moretum » de Virgile et reprit par saint Augustin dans « Les Confessions », est en effet, devenu la devise nationale des États-Unis, mais c’est Roscha qui se pressa de répondre à la question, disant que « l’Union Européenne est incompréhensible, déjà depuis le Traité de Rome, car il y a un fossé terrible entre l’Est et l’Ouest ; ça va trop vite », tandis que Charles voyait « dans le rapport de forces, de l’Union Amérindienne des États-Unis ou du Canada, une valeur historique », et Alain fit état de « sa gêne devant la propagation de l’idée que l’union serait un épouvantail ou un phantasme alors qu’il s’agit d’une association volontaire ».

Christiane remarqua « que, finalement, par l’union, on ne visait qu’un objectif commun, indépendamment des opinions particulières, à l’exemple de la résistance de royalistes, communistes ou libéraux, au cours de la guerre mondiale, ignorant ce qu’adviendrait après » puis, un autre participant ayant profité pour « ramener la bombe à hydrogène, la fission et la fusion », Étienne trouva le rappel « instructif, car il se rapporte à deux êtres (H²O), dans un seul, toujours régénéré », et Irène rappela que « l’union n’est pas une cause mais un résultat composé de différences ; il s’agit d’un processus téléologique ».

Puisqu’on se référait au téléologique, le moment était venu pour Michel « d’en faire une formule mathématique, c'est-à-dire, une ‘intersection’ », et un intervenant « se plaignit de l’énormité des mots qui venaient d’être employés », alors que la solution de l’équation différentielle, ou courbe d’‘intersection’ entre deux objets, n’est pas très différente de celle du chien qui veut rejoindre son maître, sans faire de maths.

Travaillant à une thèse sur Marx et Sartre, Shûji, avoua « ne pas comprendre ce que l’Europe représente pour les européens », mais était d’avis que « la hiérarchie du pouvoir économique rend les gens de plus en plus pauvres et que, face à une telle interdépendance, il faudrait créer des liens de solidarité », Simone enfin, « pensant que la Diaspora se passe à l’échelle familiale et, donnant comme exemples la famille d’Anne Frank (qui, étant restée unie, périt), et celui rapporté par le film « Va, Vis et Deviens » de Radu Mihaileanu (sur l’exode d’un jeune falasha d’Éthiopie sauveur de tout le groupe), opinait que le sacrifice préserve, alors que l’Union instituée joue la politique du pire ».

« Je me considère européenne, clama Marie-Sylvie, et pourtant j’ai voté ‘non’ au Traité, parce qu’il fige les choses ; j’estime qu’une Constitution donne certes l’élan, mais doit laisser ouverte une possibilité d’alternance politique », Alfred estima « qu’un essaim de guêpes dispersé représente l’aléatoire, raison pour laquelle les légions romaines, bien ordonnées, furent battues par des hordes de barbares désorganisées » et Thierry rappela que « les mots de communion, fusion, union ont un sens poétique, utopique, rêveur », des « illusions que, pour l’animateur, ne pouvaient pas s’unir, logiquement à la problématique traitée », mais que pour Pascal évoquaient « une vision globale, un processus envisagé par Marx à une échelle plus grande ; le gouvernement mondial d’un jour », une globalisation qui a « surprit Daniel, pour ne venir qu’à la fin du débat, puisque le ‘Un’, principe de l’univers, est au-delà de l’état actuel ».

De la discussion jaillit la lumière, pourtant, là où il n’y a pas de trait d’union ou se vérifie tout juste un amalgame de préjugés en débandade, rien ne se passe et alors, la sentence de Cicéron prend son plein sens : « La témérité est la marque de la jeunesse, la prudence celle de l’âge mûr et, courage, fuyons, est la meilleur devise pour tous ». J’ai le sentiment que, la mine chafouine, on ne s’est pas foulé la rate et, le moment venu, nous finîmes donc par reculer uniment, « le mystère de la femme tronc restant entier », dixit « 20 minutes ». Patience et longueur de temps…

 

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