Qu'est-ce qu'une vie bien remplie ?
17-06-2008

C’est une question qui aurait très bien pu être proposée dans un café-philo. Alors, j’imagine qu’elle a été retenue et traitée un dimanche matin au café des Phares. Et qu’elle a donné lieu à un débat imaginaire, débat qui a inspiré à son tour cet article-fiction. Un article sur un sujet qui n’a jamais été discuté en vrai, mais qui peut être débattu à froid ou à chaud, ici. Pourquoi pas ? C'est parti. L’animatrice choisit donc « Qu’est-ce qu’une vie bien remplie ? », non sans faire remarquer à l’auteur du sujet retenu qu’il avait de la suite dans les idées puisqu’il avait déjà proposé par le passé « Apprendre à vivre, ça veut dire quoi au juste ? »

L’auteur du sujet l’introduisit en indiquant qu’il avait récemment visionné un documentaire sur Compay Segundo à la fin duquel le musicien confiait qu’il était satisfait de son parcours en tant qu’homme dans la vie parce qu’il avait accompli les devoirs dont parlait le poète cubain José Marti : planter un arbre, avoir un enfant et écrire un livre. Quelle drôle d’idée de penser qu’une vie bien remplie puisse se réduire à seulement trois actions ! Si l’enfant qu’on a élevé est malheureux et si le livre qu’on a écrit n’a jamais trouvé de lecteurs, peut-on toujours dire qu’on a eu une vie bien remplie ?  Je demeurais perplexe, mais restais attentif à ce qui allait se dire...

Mais alors, c’est quoi une vie bien remplie ? Une intervenante lança qu’il s’agit d’une vie où l’on aurait fait beaucoup de choses, une vie trépidante, une vie « à cent à l’heure » ; bref, une vie aux antipodes de la Vie par procuration chantée par Jean-Jacques Goldman. Mais peut-on dire que la vie d’un mythomane est moins riche que celle d’un aventurier ? objecta l’intervenant suivant. L’animatrice nota que la notion de vie bien remplie était moins évidente qu’il n’y paraissait au départ, et posa la question de « qui juge » ladite vie ? l’intéressé ou un tiers ? Les deux ! répondit un participant, en faisant allusion au film Sans plus attendre où deux hommes condamnés par la maladie décident de faire la liste des choses essentielles qu’ils auraient aimé faire avant de mourir, et de les accomplir. Bien que le film soit bien joué, poursuivit-il, n’est-il pas un peu dommage, voire pitoyable que deux personnes se rendent compte à 70 ans passés qu’elles n’ont pas vécu ce qu’elles auraient voulu vivre ? Peut-être, mais… Finalement, n’est-ce pas notre lot à tous ?

C’est le moment que choisit l’animatrice pour faire le parallèle avec la question que Gilles Deleuze posait dans l’un de ses cours sur Spinoza : qu’est-ce qui est important dans une vie ? « Qu'est-ce que c'est une vie heureuse, au sens où quelqu'un meurt en se disant : "Après tout j'ai fait en gros ce que je voulais. J'ai fait à peu près ce que je voulais, ou ce que j'aurais souhaité. Oui, ça c'est bien." Qu'est-ce que c'est que cette curieuse bénédiction qu'on peut se donner à soi-même et qui est le contraire d'un contentement de soi ? » Une participante avança que ce qui compte au fond, c’est de se créer des souvenirs : « On ne vit que pour se souvenir. Et plus on en a, plus on a l’impression que notre vie est remplie. » Ceux qui sont atteints de la maladie d’Alzheimer ont-il vécu pour rien ? s’indigna alors l’intervenant suivant.

Plus le débat avançait, plus s’épaississait le mystère de la vie bien remplie. Est-ce la mémoire qui se remplit ? Marco Polo a-t-il eu une vie plus riche que celle de Kant ? Si j’avais à choisir une vie, préférerais-je celle d’Épictète à celle d’Hemingway ? Que manque-t-il à la mienne pour qu’elle soit mieux que ce qu’elle est ? Je n’en sais rien. Rien de rien. Et je me demande comment on en vient à se poser des questions qui risquent de nous gâcher la vie au lieu de continuer plus ou moins béatement et consciemment son bonhomme de chemin. Ce serait donc ça, philosopher : se poser des questions dont les réponses nous échappent ? Des questions qui nous font douter de la qualité de la vie que l’on mène, alors même que nous sommes incapables de définir ce qu’est une vie bonne ou bien remplie. Tout ça me semble bien compliqué. Plus compliqué que la fable des gros cailloux, en tout cas.

Les philosophes sont-ils mieux placés que nous pour réfléchir sur la vie ? Peut-être, mais pour réfléchir sur notre vie ? Pas sûr… La seule personne habilitée à juger la qualité de la vie qu’elle mène, c’est elle-même, non ? Pas sûr non plus. Un tueur en série peut-il vraiment estimer que sa vie est bonne et bien remplie ? Quels sont les critères pour juger ? Le taux d’occupation d’une vie, la nature des occupations, la diversité de ces occupations ? Et encore ! ne rien faire, par exemple, comme Alexandre le bienheureux dans le film éponyme, c’est pas la belle vie, ça ? C’est pas une vie bien remplie… à ne rien faire. J’avoue y perdre mon latin… Mais peut-être pourrez-vous m’aider à y voir plus clair : c’est quoi, pour vous, une vie bien remplie ?

 

Sujet connexe : Apprendre à vivre, ça veut dire quoi au juste ? par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Voilà sept recommandations...
Ecrit par Carlos. 17-06-2008
… de Thalès de Milet, le premier des Sept Sages de Grèce, mon cher Marc, pour vivre à plein pot ; c’est tout ce que je peux faire pour toi, mais c’est de bon cœur. Le philosophe a répondu aux sept questions qu’on lui a posées :

1) Qu’est-ce qui est le plus difficile ? Se connaître soi-même ;
2) Qu’est-ce qui est le plus facile ? Donner des conseils à son prochain ;
3) Qu’est-ce qui est le plus agréable ? Avoir ce que l’on désire ;
4) Comment supporter ses revers ? En voyant souffrir ses ennemis ;
5) Comment vivre sagement ? En évitant de faire ce que l’on reproche aux autres ;
6) Qui peut se dire heureux ? Le sain de corps et d’esprit ;
7) Que faire pour être équitable ? Ne pas s’enrichir injustement.

Tu vois comme c’est simple ? A toi de jouer !

2. Essai de réponses
Ecrit par anne. 18-06-2008
Voici ce que j'aurais répondu :
1) Qu'est-ce qui est le plus difficile ? s'accepter soi-même
2 )Qu'est -ce qui est le plus facile ? ne faire aucun effort
3) Qu'est-ce qui est le plus agréable ? l'accomplissement d'un rêve
4) Comment supporter ses revers ? en les transformant en tremplin
5) Comment vivre sagement ? en essayant de suivre ses idéaux
6) Qui peut se dire heureux ? chacun de nous
7) Que faire pour être équitable ? rien , quand on commence ,on ne l'est déjà plus

3. blabla
Ecrit par pascal.b. 21-06-2008
1) Qu' est-ce qui est le plus difficile ? voir, alors qu' on est persuadé du contraire, que la "liberté de penser" n' est pas "liberté".
2) Qu' est-ce qui est le plus facile ? s' imaginer que la jeunesse précède la vieillesse
3) Qu' est-ce qui est le plus agréable ? être convaincu que la providence nous a attribué une mission à accomplir en ce monde
4) Comment supporter ses revers ? même réponse que 3) - ou bien en allant au "café philo ou à une messe" en se disant que là, on sera
5) Comment vivre sagement ? en voyant l' inconsistance des réponses aux deux questions précédentes
6) Qui peut se dire heureux ? celui qui se "sent" heureux (ce qui ne signifie pas qu' il le soit)
7) Que faire pour être équitable ? en rendant d' abord à Dieu ce qui est à Dieu
puis, sans se tromper dans les comptes, le reste à César si reste il y a

4. vie bien remplie à l'intérieur ou à l' extérieur ?
Ecrit par femme d'intérieur. 21-06-2008
Qu'est-ce qu'une vie bien remplie demandait Marc ? Eh bien je pense que la réponse sera différente selon que vous êtes un homme ou une femme. Si vous demandez à un gamin ce qu'il veut faire quand il sera grand, il vous répondra je veux faire ci, je faire ça , plein de métiers . . . et puis après il fera. IL complètera par faire du jardinage, du golf ou de la marche à pieds, dans la campagne française ou au bout du monde selon ses moyens financiers, mais il fera. Et puis en arrivant à l'âge de la retraite, il est impératif qu'il remplisse son agenda avec un emploi du temps d'enfer , cours par-ci bénévolat par-là, continuer à faire faire faire, sinon c'est la déprime. Une femme c'est très différent. Enfin je me souviens qu'à cette question "tu veux faire quoi plus tard", à part me marier et avoir des enfants . . . je voyais pas bien : c'est bête n'est-ce pas, mais pour moi une vie bien remplie est une vie pleine d'affections : celle qu'on donne et celle qu'on reçoit . Je sais que la modernité exalte exclusivement les valeurs extérieures de la vie sociale, lesquelles sont masculines (pouvoir, compétiton, agressivité) mais vous êtes sûrs que pour exister une femme a besoin de ça ? L'univers féminin est celui de la spiritualité intérieure , c'est un peu triste que la démocratie ait tant désacralisé la femme.

5. tropisme féminin vers les valeurs masculines
Ecrit par 5. 21-06-2008
une précision : femme d'intérieur n'est pas synonyme de femme au foyer, finances obligent. Et si le contraire de remplie, c'est vidée , je pense qu'une femme qui a perdu un enfant subit un tel vide affectif qu'il me parait autrement plus grave qu'un emploi du temps vide, ou un porte-monnaie vide. Ceci dit je sais que les femmes dites carriéristes veulent travailler comme les hommes, avoir une retraite comme les hommes, ne pas avoir peur de voir leurs enfants malheureux un jour, et d'ailleurs ne pas "s'abaisser" à s'en occuper ces pauvres "petits", je me demande si ce n'est pas la fin d'une civilisation. D'ailleurs quand je regarde ce monde qui se shoote au "développement personnel", je me demande si ça le rend vraiment meilleur . . .

6. ça vole très haut tout ça !
Ecrit par Thomas. 21-06-2008
Très, très haut ! Surtout, c'est très philosophique...

7. Dieu le Père est très haut lui aussi , il philosophe tout seul.
Ecrit par trèbas. 22-06-2008
Un homme raisonnable est-il vraiment humain ? Si vous pensez que la philo est exclusivement le domaine de la raison, je comprends pourquoi il n'y a pas de meufs au Vatican. Enfin là c'est foi et raison, aux Phares c'est parole et raison. Exemple je parle pendant 2 heures de ce que je vais transmettre, en zappant un détail : je n'ai personne à qui le transmettre. Logique . Si un jeune passe par là, il ne revient pas 2 fois.

8. La vie c'est la préface d'un livre mysterieux...
Ecrit par Un passant. 22-06-2008
Bonjour les Philos

La vie c'est la préface d'un livre mystérieux…

A chaque fois qu'il y a plusieurs questions à résoudre dans un même sujet, et une diversité d'opinions qui peuvent être contradictoires; est toujours le problème de "la vie" de ce qui l'entoure…Et on peut répondre qu'à partir de la mémoire, du cumule qu'on a de connaissance sur la problématique posé…Mais souvent on ne pose pas de questions sur ce stocks de savoir,est ce que c'est la vérité .ou ils nous ont menti, et ils ont falsifiés certaines vérité pour bien protéger leur bien ou leur avantages;sans ce rendre compte des conséquences que leurs mensonges peut tremper toutes des générations…Comme le cas de Galilée est sa vérité qui a changer toute une génération , et toute une "vie"…En fin de compte ce n'est pas la"vie" qui a changé ,c'est notre façon de voir la "vie" qui a changé…Tant de vérité qui est camouflé par la façon de voir les choses…Un héritage qui s'échappe à la logique de la"vérité"; car le poids des institutions pèsent sur le "savoir" des choses, et exerce son influence sans ce rendre compte de la "vrai raison"…
Si vous pouvez répondre à la raison de votre existence, vous trouverez la bonne voie, et vous saurez si votre vie est remplie ou vide comme l'idée qui a régner avant Galilée …
Bonne chance pour savoir le vrai du faux dans le quotidient…

9. Mission accomplie ?
Ecrit par Chezestin. 25-06-2008
Quelques remarques tout d'abord..... comme l'ont souligné Leopardi, Nietzsche et d'autres, à la question de savoir s'il serait d'accord pour revivre sa vie de manière exactement identique, l'homme, en général, se met à réfléchir longuement puis refuse. L'ignorance du futur est-elle nécessaire ? certaines souffrances ne sont-elles pas supportables à revivre ? est-ce la conscience qu'il aurait pu remplir autrement certaines durées ?
D'autre part,la réflexion philosophique pure sur ton propos peut engendrer des curiosités : "....bref par mon clone,je prendrais une revanche sur la vie. le clonage m'offrirait une seconde vie,une seconde chance. En me refusant le clonage, on me refuse cette seconde chance.....". Marcel Conche dans Confession d'un philosophe(2003). Paul Valéry disait : "parfois je pense, parfois je suis" indiquant clairement, pour lui, la dualité entre pensée pure et vie active ; il se partageait entre l'homme des mondanités et celui qui, tous les matins, consacrait quelques heures à ses fameux Cahiers. Ces exemples amènent à se poser ta question, celle-ci ne pouvant se référer qu'à notre propre vie ; comment juger de la saveur du vin contenue dans la bouteille de mon voisin, meme si la couleur est belle et l'étiquette attrayante ? Se poser ta question, c'est appréhender la possibité d'une irréalisation de soi qui surgit à la conscience. "Il faut tenter de vivre.... Ce que j'ai le plus désiré n'était pas hors de moi, était en moi, mais n'y était pas en mon pouvoir..." encore P.Valéry. Cet homme qui symbolise au moins une biographie très bien remplie, envisageait aussi ta question. Si celle ci accroche mon attention, alors je dois en finir avec les faux-semblants, les futilités, les illusions ; il faut que je "digère" le sentiment tragique de l'existence en mangeant à la table de l'artiste. "Il faut tenter de vivre ? Dramatique ! aurait clamé ma mère si elle avait lu ça dans un de mes courriers. Chez nous la vie se remplissait de soi... On confondait le drame et le tragique.... Les vies étaient mal remplies quand on meurt trop jeune. On était loin de Marcel Conche !

10. La passion selon saint Jean
Ecrit par Nadia. 04-08-2008
La passion, toujours la passion et rien que la passion......Quelle chance d'en avoir une qui donne une raison de vivre et nous rend plus vivant!!! J'ai eu la chance très tôt de côtoyer des êtres remarquables,des artistes pour la plupart, des peintres fauchés, des sculpteurs, des graveurs encore plus fauchés qui dépensaient leurs derniers sous pour acheter des fusains, des huiles ou des toiles de qualité....mais quelle flamme! Je ne l'ai jamais vue s'éteindre pendant toutes ces longues années et ce malgré bien des difficultés.

P.S. : "la vocation, c'est avoir pour métier sa passion" stendhal. Bach et bien d'autres ont eu cette chance.

11. version plus terre a terre du quotidien
Ecrit par fab. 10-09-2013
1) garde le cap
2) etre con
3)un moment partagé
4) en les acceptants
5)en trouvant un equilibre entre ses envies, ses pulsions, ses besoins.
6)n importe qui tant qu il le pense
7)vivre seul

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