Voyage, voyage !
Écrit par Carlos Gravito   
23-06-2008

Avec les bottes pleines de musique de tant avoir marché dedans la veille, le 22 juin, au café des Phares j’ai senti qu’il y avait encore de quoi faire, car Charles nous invitait à « Voyager pour comprendre » et, Gunter Gorhan ayant bien voulu le suivre, je m’apprêtai à écouter la chanson de Desireless, « Voyage voyage », dont j’avais eu un avant-goût du côté de la Grande Bibliothèque, au cours de la nuit des « oreilles en fête », m’évitant ainsi d’aller en boîte.

Ça valut le détour. Certes pas de Desireless, mais le désir tout court m’a envahi d’aller cet été à Pékin comprendre les Jeux Olympiques, si jamais, me comprenant, Opodo me cherchait un logement pas cher et me proposait un vol à bas prix. Sinon, le cas échéant, je me résignerais à rester carrément chez moi à assembler mes insomnies, inspiré par Ennio Faiano pour qui « tous [les] voyages en Chine signifient vraiment moins que [ses] promenades à tâtons, dans le noir, pour chercher un verre d’eau dans la cuisine ».

L’auteur du sujet avait l’air de le comprendre et, « en présence d’un monde si divers en affrontements culturels auxquels il s’est confronté par un hasard d’ordre professionnel, il en déduisait que voyager n’est finalement pas si instructif que ça, pour l’individu », à quoi Michel réagit et, « se référant au film ‘La visite de la fanfare’ (une comédie d’Eran Kolirin), expliqua que ces musiciens arabes allés en Israël pour une commémoration, se sont impliqués par la force des choses dans la découverte d’autrui » et, Véronique jugeant « que le cinéma est, certes un moteur, mais ne remplace pas le voyage qui rassemble tous les éléments du puzzle : l’œil, l’odorat, le toucher, le goût », Dessin de Pierre Loti, la maison où il vécut à EyoubSimone considéra que « Proust, ayant peu voyagé a compris ‘le déplacement’ dans la conscience de son quotidien » et Britt (peut-être) entendit « que par le voyage on fait une distinction avec son propre environnement et on rentre avec un autre regard, fait d’apprentissage et émerveillement », alors que, pour Marie « ce n’est pas le déplacement qui compte mais la contemplation, de l’art, par exemple, qui met le corps à l’épreuve » et pour Roscha « la comparaison avec le monde des autres, comme en Inde, où l’on finit par oublier les énormes différences, sauf si on tombe dans des situations teintées d’agressivité ».

Faisant allusion aux « tous premiers voyages dans l’Europe d’après guerre et des ‘auberges de jeunesse’, Monique se dit outrée par la violence des USA, lorsqu’elle y a mis les pieds », ce qui amena Georges à déduire « que ‘com-prendre’ c’est ‘voyager avec’ ce que l’on connaît » et Marie Sylvie à opiner « que l’on a toujours voyagé pour d’autres motifs que comprendre, évoquant l’odyssée d’Ulysse après avoir pillé Troie », ce qui a donné l’occasion à Charles de parler du « peuple Baloué (Ghana) dont la reine fit alliance avec les crocodiles pour que l’on traverse le fleuve sur leur dos », après quoi Michèle rappela que « l’on commence à voyager dès qu’on sort de chez soi et on revient avec plein d’étoiles dans les yeux ».

- Là, on opère un glissement entre ‘comprendre’ et ‘apprendre’, fit l’animateur.

C’est alors que Françoise confessa : « j’ai eu la chance de pouvoir voyager et de me trouver à six heures du matin toute seule dans un Temple ; là, j’ai appris que j’existe et ne suis pas transparente comme à Paris » et Odile dévoila : « pouvoir voyager prenant un livre comme celui de Pierre Loti sur Istanbul, et s’imaginer au café ‘Piyerloti’ (sous les tonnelles de la colline d’Eyüp où il allait se reposer admirant la Corne d’Or et les mosquées impériales), pour ressentir ce qu’il ressentait », avant qu’Alfred ne se plaigne « d’un débat si peu passionnant et pour des claustrophobes ; comprendre restreint les motifs et je pense à Jean-Louis Etienne et ses expéditions aux pôles pour observer la régression de la banquise, ce qui n’est pas très philosophique ».

- Peut-être qu’il sait tout, à ce sujet, sans l’avoir compris, répliqua Gunter, et Bernard a ajouté que, « ayant beaucoup voyagé, son plus beau voyage ce fut une analyse ».

En contrepartie « à ‘Nouvelles Frontières’ et au « Voyage autour de ma chambre » de Xavier de Maistre, Alain préconisait le voyage vers l’autre, pour ne pas rester dans la métaphore », ce que l’animateur contra, disant que « la langue est bien une métaphore et que tant Wittgenstein que Deleuze s’étaient cassés les dents prétendant le contraire ». 

Mireille ayant observé « qu’elle se faisait aider de l’écriture pour comprendre les autres », Nadia émit l’avis que « voyager c’est avoir des ailes, prendre de la hauteur, changer de paradigme et pas ‘piger’ (écriture) mais ‘entendre’ (travail de l’oreille) ».

Pour finir, Charles se dit « déçu avec tous ces spiritualismes et intellectualismes, avouant que s’il avait voyagé, c’est parce qu’on le lui demandait » et l’animateur soutint « qu’entre la chambre de Pascal et la maïeutique de Socrate, la vérité se trouve sur le fil du rasoir ».

Pourquoi pas. D’un côté, rattaché à une racine indo-européenne (« via »), le terme « voyage » veut dire aller, cheminer, désirer et même parcourir ou fourvoyer (détourner du bon chemin, celui qui traîne dans les rues, c’est-à-dire, le voyou, le vagabond). Ainsi, lorsque les gitans, « les gens du voyage » par excellence, arrivent en milieu rural, c’est l’habitant qui essaie de comprendre (ou pas) ceux qui cherchent juste un point d’appui pour se soulever, dans l’univers.

D’un autre côté, « comprendre », du latin « prendere » c’est « saisir par l’esprit » (mais aussi prendre possession, décoder), et synonyme de « captare » qui ramène à la chasse, à la guerre, au prix, à la méprise, au prédateur qui cherche sa proie.

C’est en fonction de ces deux registres qu’en général, c’est plutôt pour se dépayser que l’on voyage. Par curiosité, délassement, oisiveté, affaires, profit, fuite. Tout, sauf pour comprendre, « saisir par l’esprit » ; souvent on n’entrave même que dal à la langue de l’indigène et c’est lui qui se plie en quatre pour être aimable envers l’inconnu, mettre à l’aise l’étranger, amadouer l’importun ; comprendre.

Rien à voir avec ce qui déboussole : le voyage chamanique entrepris à l’aide d’un simple tambour, le parcours intérieur du philosophe en proie à ses doutes dont le sens est la transformation de soi, l’escapade fondante du couple à l’intérieur des cuisses l’un de l’autre, ou l’ivresse dionysiaque du bohème, averti depuis neuf cents ans déjà par  le perse Omar Khayam : « Si tu bois du vin, tu ne sais pas d’où tu viens ; si tu fais la fête, tu ne sais pas où tu dois aller ».

 

Sujet connexe : Il n’est pas de bon vent pour qui ne connaît pas son port par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Un arc en ciel après le déluge
Ecrit par Nadia. 25-06-2008
Philosopher est un art de combat!
C'est un voyage initiatique qui permet d'augmenter"l'espace respirable" et nous donne un autre souffle.

Ecrivez votre commentaire ici:

Titre
Écrit par
Code aléatoire
Vérification du code aléatoire
 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté

Il y a actuellement 1 invité en ligne

personnes ont visité ce site.