Le politique aux Phares : réponse à Gunter
Écrit par Gérard Tissier   
13-09-2008

Depuis 2004, les NTIC sont associées au café des Phares pour permettre une continuation du débat par les participants, et offrir aux internautes un moyen moderne et peu coûteux d’avoir une idée de ce que sont les débats d’un café-philo. Débuté à mon initiative pendant plus d’un an avec un forum sur hotmail, il s’agit  maintenant de consolider son élargissement (près de 200 000 visites). Ainsi le café des Phares et son premier café-philo de France est devenu une quasi-institution. Elle a permis depuis 17 ans, à des dizaines de milliers de gens d’entendre au cours de plus de 600 débats environ 18 000 interventions.

1/ Ceci étant posé, qui aurait la prétention d’avoir une intention effective et efficiente sur ce que peuvent penser des participants sur une valeur aussi intériorisée et socialement valorisée que l’individu et l’individualisme ? Peut-on imaginer qu’un animateur puisse guider, orienter, influencer réellement, donner une norme de ce que doit être le registre et la postures des intervenants et de l’animateur (propos principal de Gunter dans son article).

2/ Dans ce projet d’accession au NTIC et donc du débat au son enregistré, à l’écrit, à la mémoire, nous  avons bénéficié de l’énergie positive de Pirmin, de Cédric, de Carlos et de Marc, notre webmaster, portant en plus un regard « à chaud » sur le débat qu’il aura écouté en prenant moult notes.

Toutes ces énergies et ce temps passé ont fait  beaucoup pour mieux connaître ce que des dizaines d’anonymes et d’habitués pensent de la vie et des hommes (les milliers de visites sur les articles archivés). Nous sommes ici sur ce site dans le miroir de la communication tel qu’étudié par des chercheurs à partir des espaces communicationnels sur le NET (trouver sur Google le site correspondant).

Pour ma part, j’aurais aimé que les animateurs fassent vivre au sein du site un blog où ils auraient chacun exprimé leur lecture du sujet dominical après réflexion et recherches pour sortir des limites du  spontané auquel nous sommes contraints chaque semaine, animateurs et participants. Ce blog eut été une manière, pour les animateurs, de mutualiser entre nous chaque débat et de dépasser la formulation du sujet quand la problématique n’a pas été vraiment trouvée. Il  n’a  pas été possible faute de temps et faute de la participation de deux animateurs sur quatre : Sylvie et Gunter.

Tant pis, c’est le passé, mais ce que je veux dire ici c’est qu’il serait hautement dommageable que cet espace communicationnel – ce site – devienne une arène de plus entre animateurs telles qu’elles se sont formées au fil du temps dans l’infécondité que beaucoup d’acteurs regrettent. Précisément et c’est mon cas, parce que ces arènes se sont nourries de critiques et d’auto-gratifications ou encore de discours normatifs avec des intentions autant variées que décalées par rapport au réel des gens venant dans les cafés ces derniers portant un imaginaire du café-philo encore bien difficile à cerner.

Au delà de ce que Gunter pense et de ce qu’il ne comprend pas de la perception de son propos et de sa démarche, il y a une ambiguïté à vouloir, en usant du mot politique, déplacer les choses, sur le terrain des finalités, contenus et enjeux des cafés-philo, bref de parler « au dessus » des participants comme si l’on pouvait détenir une légitimité à porter un impératif catégorique d’engagement ou d’indignation.

Chaque animateur est libre du sens qu’il donne à son implication (bénévole) et à sa perception du jeu social auquel il contribue. Donc pas de « bataille d’ego » mais la reconnaissance de la différence entre pairs dans un consensus institué sur la place de chacun.

Je regrette sur ce site, de lire d’un pair, précisément, des formules comme « le fond, le noyau intime remonte à la surface : la raison de Marc, si je le comprends bien, est donc fondée sur une bouillie de désirs et d’affects ». 

Pour le reste, je trouve l’article auquel je réponds pas probant dans sa structure argumentative. La formule : « des paranos et des gauchistes tous ces gens » (les intellos qui publient) est certes intéressante d’un point de vue rhétorique mais comme cela a été rappelé dans les commentaires, elle est  infondée dans l’attribution de son auteur. Tout cela  apparaît comme biaisé, et si ce qui est dit ne convainc pas, cela  vient sans doute d’une visée perçue comme à double détente qui affecte beaucoup sa compréhension. On peut par ailleurs, y relever une véritable bizarrerie cognitive comme : « C’est la destruction de la fonction symbolique du père et du grand-père au nom de l’asservissement du « temps de cerveau disponible » (allusion aux propos du président de TFI : « disponible pour la pub pour le client Coca Cola », G.G.) » La plume, parfois, fourche sur la pensée.

Dans l’esprit de ce site et du rôle que l’on peut y jouer entre pairs, j’aurais apprécié une réponse d’animateur sur la question philosophique dans le sujet, savoir la compatibilité coexistentielle entre deux concepts ; les masses et  la massification et l’individu – sujet individué individualisme.

En allant chercher simplement sur Wikipédia, il y avait de la matière compréhensible par tous. Dans la littérature citée, je regrette l’absence de Michel Maffesoli que j’avais cité lors du débat et qui revisite  le société sous l’angle d’un individualisme saturé – c’est sa thèse – en explorant des notions comme le tribalisme contemporain, les phénomènes d’affoulement (la coupe du monde, les grands concerts, la  parade des rollers, etc.) et un imaginaire portant sur l'exaltation des lieux mythiques et la multiplication des lieux festifs.

C’est peut être là que « masse et individualisme » se rejoignent autant que dans ce qu’on peut nommer  la dialectique de la « mêmeté dans  la différence » notion chère à Baudrillard et je crois, aussi,  à Levinas.

Je viens à cette occasion de reprendre cet auteur dans son analyse de la société de consommation pour me rappeler que le système marchand est avant tout un système de signes balisant soit la logique sociale soit la logique du désir. Comme toute société, la nôtre produit du mythe tribal au regard d’une résurgence archétypale de significations (c’est pourquoi peut être, des intervenants comme Pierre-Yves trouve un écho à ses discours sur la mythologie grecque).

Matérialiste, notre société se voue à une utopie de l’abondance qui nourrit sa propre dénonciation car il y a un risque d’aliénation sensible dès que les sujets individués émergent du disons grand public ou si l’on préfère, de la masse.

Un autre levier discriminant d’une analyse « dans le sujet du débat » serait le concept d’envie que j’ai également introduit sans qu’apparemment cela soit repris (dommage).

Ainsi « Jean Pierre Dupuy souligne dans un de ses ouvrages les deux concepts qui délimitent le cadre dans lequel peut se penser le libéralisme : l'attachement à l'unanimité, exprimée dans l'optimum de Pareto, c'est-à-dire un état que tous reconnaissent comme le meilleur possible, l'état efficace qui maximise les utilités. Parallèlement est affirmé un refus de la comparaison de ces utilités entre elles, au nom de l'autonomie des individus, et surtout parce que la comparaison remettrait en cause l'unanimité, alors qu'elle est la source de légitimité de l'état efficace de la société » (copié-collé sur le Net).

S’il convient parfois de reconnaître avec Freud, que la passion envieuse se déguise généralement sous des motifs éthiques, il reste qu’il vaudrait mieux parler de comment la philosophie, je dirais « ouverte sur la rue » peut se réapproprier l’économie politique, le sociologique et la psychologie pour comprendre notre monde, soi et autrui. La question "du politique " est passée depuis bien  longtemps  avec les dicours de Saint Just  à tribune de la Convention et aussi au café des Phares en 17 ans. Il suffit de tendre l’oreille et de vraiment écouter.

Je crois que les personnes investies dans le monde et portées par une saine indignation sont davantage  "sur le terrain" le dimanche matin qu’à la terrasse d’un café. Cela participe de l’inconvénient de ne pas être seul au monde et de ne pas se trouver forcément au bon endroit.

Bref et en synthèse, de mon propos, je crois sincèrement que reprocher à un animateur, Daniel – pourquoi ne pas le nommer ? – d’avoir « coupé le débat de sa racine » est autant une erreur de fond qu'une faute éthique. .

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. ........
Ecrit par Maximilien Robespier. 15-09-2008
Lisez ce que Rousseau a écrit du gouvernement representatif et vous
jugerez si le peuple peut dormir impunément .

2. Reccupération ?
Ecrit par café-philiste. 15-09-2008
Merci pour cette mise au point sur l'origine du site. On n'en savait pas grand chose.
D'accord sur le fond, il est lamentable qu'un animateur se soit donné à la tâche de critiquer un autre et qu'il ait essayé de politiser les débats. Cela peut être vu aussi comme une tentative de récupération. Il me semblait que depuis l'origine des cafe-philos, les animateurs essayent d'éviter que le café-philo soit récupéré par une idéologie, de droite, de gauche, religieuse ou sectaire. Faudrait-il maintenant, d’après Gunter, qu'on soit obligatoirement "anticapitaliste" pour avoir le droit à la philosophie? Sinon, on est forcément manipulés.
Mais, pouvez-vous nous dire qu'est-ce que ça veut dire "les NTIC" ?

3. L'intérêt de cet article
Ecrit par Amateur de soleil. 15-09-2008
Je ne vois vraiment pas l'objectif de cet article.
Je pense qu'un simple coup de fil entre animateurs aurait suffit. Ce genre de réglement de compte me semble minable. D'autant plus, que des avis nombreux se sont exprimés lors du précédent article. C'est mettre de l'huile sur le feu.
Je ne connais pas Gérard Tissier mais croire que le Café des Phares soit une institution, c'est vraiment ridicule. Quant aux personnes qui prennent le soleil aux terasses des cafés, au moins elles se réchauffent et prennent de l'énergie car il en faut. Et rentrer à l'intérieur de ce café, c'est AUJOURD'HUI aller dans un lieu touristique recommandé dans des guides.
Aussi je comprends cet article "La politique au Café des Phares".. Et je n'ai eu ce sentiment qu'il était rédigé à l'encontre d'un autre animateur.
Quant aux nouvelles technologies (NITC pour faire obscur) elles amènent à de nombreux malentendus et une communication brouillée.
De plus, Pour parler de Michel Maffesoli, il faut vraiment ne pas connaitre le personnage, car pour l'avoir eu comme professeur à L'Université de nombreuses années : c'est un anti- bourdieusien primaire qui a presque tout piqué à Baudrillard et qui par-dessus le marché a conduit la thèse de l'astrologue préféré de Mitterand. Bref, . on ressemble à ce qu'on écrit.
Aussi, Monsieur l'auteur de cet article d'une très grande bassesse, je ne vous salue point.

4. Critique et polémique
Ecrit par Gunter. 15-09-2008
Je n’aurais jamais cru que la confusion entre la politique (on n’a pas à en faire dans les cafés philo) et la question du politique pouvait être aussi profonde. Mais la participation au site des Phares est-elle représentative des Français en général et des participants aux échanges philo en particulier ? Je suis sûr que non.
Dans les autres lieux que j’anime, fréquentés par des personnes venant de tout horizon de LA politique, cette confusion existe certes mais elle me semble être bien moins « chevillée au corps ». Une telle phobie d’aborder la question DU politique présage le pire pour la démocratie. Elle caractérisait par exemple la fin de la république de Weimar…
Tout cet échange a été faussé par le ton polémique qu’il a pris. Je pose donc à nouveau la question : en quoi mon article de départ et mes contributions suivantes ont-ils pu induire un tel dérapage ?
N’y a-t-il pas eu, finalement, une autre confusion, liée d’ailleurs à la première et tout aussi inquiétante (il faut être consensuel à tout prix), celle entre critique légitime d’une part, et polémique, agression, dévalorisation de personnes, d’autre part ?
Quant au fond, j’ajoute LE livre qu’il faut lire de toute urgence, à savoir « La dissociété » (Seuil, Folio, Essais) de Jacques Généreux, professeur à Science Po, auquel a fait judicieusement référence une participante lors du débat sur l’individualisme massifié.

5. petite réflexion en passantr sur les NTIC
Ecrit par Gérard Tissier. 15-09-2008
j'ignore naturellement qui est l'Amateur de soleil mais " minable "," ridicule," et les " je ne connais pas je ne vois pas, mais je.." suivi du dénigrement d'un sociologue car il est anti-autre sociologue et a conduit une thése de x ami de X font qu'on le veuille ou non, partie des NTIC (les nouvelles technologie de l'information et de la communication- -voir le lien introduit par Marc)
C'est un peu,je dirais "l'homisme de l'Homme ", avec,un peu tout et son contraire.Comme il y a des jours très gris et d'autres, inondés de lumière..

6. Estelle
Ecrit par Et puis. 17-09-2008
Comme disait Montalembert : " vous avez beau ne pas vous occuper de politique , la politique s'occupe de vous tout de même "

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