La force de nos moyens
Écrit par Carlos Gravito   
29-09-2008

Les fins de mois sont dures par les temps qui courent ; la ménagère a du mal à joindre les deux bouts et pourtant, c’est à cet ardu exercice que, épousant le rôle de Mère Courage, Sylvie Petin s’est appliquée, le 28 septembre au café des Phares, essayant d’atteler de façon désinvolte deux sujets : l’affirmation de François, « C’est plus fort que moi », une posture qui montre la faiblesse du « je » et risque de le laisser KO devant toute autre proposition, en l’occurrence celle de Yves, « Vivons-nous au-dessus ou au-dessous de nos moyens ? », question bateau dont la ligne de flottaison, que le poisson volant franchit allègrement, sépare les œuvres vives (au-dessous) des œuvres mortes (au-dessus).

François présenta son sujet disant qu’il « tenait cette justification de la bouche d’un ami qui s’excusait d’une erreur commise », Yves se référa « à la crise actuelle caractérisée par une richesse matérielle côtoyant une misère spirituelle » pour fonder le sien, et l’animatrice résuma le tout affirmant « que le but des cafés-philo c’est d’aller ensemble on ne sait pas trop où mais que l’on y va », (comme si elle nous disait : pour débattre, le silence ne peut nous être d’aucun secours alors, allons-y donc à fond la caisse). Ce ne fut pas difficile de nous convaincre et c’est ainsi que, accourant au four et au moulin, les présents se mirent à faire de l’économie sans le vouloir, comme Monsieur Jourdain fit de la prose sans le savoir, toutefois la tâche n’était pas facile. En effet, la bonne gestion de la maison est liée au mot grec « oikos », une rationalité collective qui réclame l’exercice de la prudence, vertu cardinale, et, si d’un côté, l’affirmation « C’est plus fort que moi », instaure une distance vis-à-vis de tout, de l’autre, l’interrogation « Vivons-nous au-dessus ou au-dessous de nos moyens ? » s’enrobe de tout préjugé.

Cependant, Roschan y a vu « immédiatement un lien avec le tourbillon financier que nous vivons et qui nous amène à commettre des erreurs plus fortes que nous », Michel s’interrogea sur « le pourquoi du ‘C apostrophe’, ce ‘C’est’, qui serait plus fort que moi, bien que tout le monde ait joué le jeu dans la crise » (ce que Sylvie mit sur « le compte du ‘Traité des Passions’ de Descartes, passion qui serait plus forte que la volonté »), Nadine, après avoir convenu que « plus fort que moi, c’est le caprice d’enfant », avoua « ne pas se contrôler elle-même, admettant par conséquence que beaucoup de vérifications fussent négligés » et Irène confia toute régulation « à la ‘petite main de Dieu’ ou la ‘main invisible’ d’Adam Smith car ‘je n’y suis pour rien’ », Nadia pensant au contraire que “nous sommes dans ‘la pulsion’ plutôt que dans ‘la sublimation’ au sein de la société de consommation et qu’il n’y a pas de ‘main invisible’ », et abordant ensuite « le problème des cleptomanes et des pédophiles qui n’arrivent pas à se maîtriser ».

Jugeant que “ ‘c’est plus fort que moi’ singularise le fait que l’on est plus faible par rapport à quelque chose qui nous est extérieur », Gabriel était d’avis que « l’on a plutôt l’impression de pouvoir tout maîtriser et être plus fort que tout », occasion saisie par l’animatrice pour attribuer « le ‘C’est’ à Dieu ou autre force supérieure à l’Homme», alors que le récit biblique (Genèse, chapitre 32) fait état de la lutte livrée, toute une nuit, par Jacob avec un ange que, ayant refusé de donner son nom, la tradition identifia comme étant Dieu. Enfin.

Simone décela « dans l’‘évaluation’ le besoin de se connaître, ce dont les banques abdiquent, le ‘C’est’ étant la partie de moi que je ne veux pas identifier, une forme en somme de malhonnêteté morale », Alfred rappela « la parabole du Fils Prodigue » pour expliquer « la valorisation ou le gaspillage des ‘talents’ et la prise en considération du ‘changement de paradigme’ aux différentes époques », Alain évoqua « les ‘subprimes’ en philo, dès que l’on lit sans comprendre », Olivier critiqua « la crise, qui nous empêche d’évoluer mais permet le développement du système » et, quelqu’un ayant ajouté « que l’on va de crise en crise », Sylvie y reconnu « un côté salutaire, le 11 septembre et le sac de Rome inclus ».

Catherine considéra que « les achats à crédit, aux USA, font état de ‘deux poids et deux mesures’, puisque les ‘traders’ vivent au-dessus de leurs moyens assis devant la virtualité de leurs ordinateurs mais loin de la réalité, d’où la confusion actuelle entre les deux », Michel II se posa la question de savoir « qu’est-ce qui nous reste comme liberté si l’on doit se soucier de la santé, fils prodigue ou pas », le Quelqu’un, déjà évoqué, poursuivant avec « les exemples d’Hippocrate et Thucydide dont la vision du maintien de la santé est essentiel pour avoir un équilibre, rompu, par exemple, avec le tremblement de terre de Lisbonne, en raison du manque de lucidité des Hommes », Marlène contestant « les moyens que l’on ‘nous donne’ ou que l’‘on se donne’ puisque l’‘on ne peut s’attribuer’ que les moyens d’être que la crise remet toujours en question », et Isabelle observa que « vivre au-dessus de ses moyens c’est normal et que cela s’est toujours pratiqué, il suffit de se souvenir de la colonisation qui nous a permis de vivre aux dépens des plus faibles ».

Accoudé au comptoir, Iks, interpella alors le public, demandant « qui peut donner un exemple d’éducation lorsque des vies humaines sont en jeu et que ces gens (les blessés du siècle) sont poussés à commettre des actes ignobles ? On se tait, mais ils ne vous laisseront pas en paix car vos idées ne sont que les vôtres et je m’oppose à elles », propos que Pierre-Yves essaya ensuite de mitiger, prétendant que « autiste, ce jeune homme parlait pour s’entendre lui-même et que si l’on se sépare de soi, le discours prend une dimension tragique, ‘plus forte que moi’, la question étant ‘qui est l’autre’ de cette proposition ?’ ».

« C’est plus fort que moi », se dit de quelque chose à laquelle on ne peut pas résister. « Vivons-nous au-dessus ou au-dessous de nos moyens ? », se réfère à des besoins plus qu’à des valeurs cependant, en raison de l’actualité, ça paraît faire allusion à des havres de pagaille où se réfugient des pulsions grossières guettant les coups de chance de monnaies rongées par la confiance ou investies dans une intense activité inflationniste. Résumant : afin de satisfaire absolument des besoins, on se trouve en général en présence de moyens qui, paraissant limités, nous forcent à des comportements d’où se dégagent en gros deux façons particulières d’agir : œuvrer à la subsistance quotidienne malgré le coût des biens, ou spéculer sur leur rareté en vue d’un gain, la règle économique étant toujours la poursuite du résultat le plus avantageux avec les dépenses les plus faibles. « C’est plus fort que moi » révèle, néanmoins, une attitude peu courageuse qui a l’inconvénient de voir le sujet s’écrouler tôt ou tard sous le crochet d’une « invisible main » gauche (peut-être gantée), et la question « Vivons-nous au-dessus ou au-dessous de nos moyens ? », dénote une alternative platement binaire qui ne dit rien sur la nature (passable ou  maigre) de nos ressources.

Une chose est certaine : dès que l’on est dans le trente-sixième dessous, même la maxime de Goethe : « Contre vents et marées, savoir se maintenir » ne peut y remédier. Pas besoin d’être grand clerc : si je vis au-dessus de mes moyens, je risque de me ruiner ; si je vis au-dessous, je le suis déjà.

 

Écouter le débat : c'est ici.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Aller on ne sait pas où.
Ecrit par pêcheur à la ligne. 29-09-2008
Mmmmmouais... " que le but des café philo c’est d’aller ensemble on ne sait pas trop où mais que l’on y va". Merveilleux ! Le résultat de cette maxime se perçoit parfaitement dans ce compte-rendu. On va par exemple à cette conclusion magnifique : "« que l’on va de crise en crise », Sylvie y reconnu « un côté salutaire, le 11 septembre et le sac de Rome inclus »".
Fort heureusement, encore une fois, je suis allé à la pêche.

2. Vivons-nous en dessus, ou en dessous, de nos moyens ?
Ecrit par ROCA. 30-09-2008
Vivons-nous en dessus, ou en dessous, de nos moyens ? /
“ C’était plus fort que moi ”, Sylvie,
*
Nous Vivons, forts ou faibles ... de nosdits moyens,
Qu’en’ est’-il de nos fins,

La fin, Au quotidien ?, c’est Le manque ... L’Absence’,
ou, La moindre’ importance ... donnée À La fin
qui nous’ empêche ... d’être’, Au clair, et ...c’est Le Lien,
ou, nous’ entrave ... quant’ À nos moyens, sans fin ...

en’ échec’ est ... notre ... discernement, sur nous,
Le monde ... L’Autre ... Soi,
en’ évidence ... notre’ enfermement’, en nous,
sans fin, sans foi, ni Loi ...

repères, Valeurs, Vision, du monde ... L’Autre ... Soi,
question de foi, en soi,
crise ... de société,
crise ... d’humanité,

individualisme’, exacerbé,

de L’intérêt, particulier’,
Altérité plombée,

comme’...un’

esprit, commun, des’ êtres’ ... À Li-er’,

unique’, un, singulier, multiple ... tout, pluriel,
humain, Le peuple’...y ...est, Arbre’, en ...vie, pluri-Ailes, passerelle ... parcelle ...

de L’ univers ...sel, de La terre ... fidèle’

rebelle ... fraternelle’,
comme’...une’ humanité,
commune, cordialité,
comme’...union, convivialité,
communion, moyens, fin, Actée ...

“ Courage !, L’[ humanité ] ... est’ un risque’ À courir ”,
Le crocodile, Kofi Yamgnane, “ Sers ton courage, Va Vers ton risque’, impose’ ta chance’ !,
À te regarder’, ils s’habitueront ”,
c’est dire’,
René Char,

Accord Avec’ soi-même’,
en conscience’,
en confiance’,

À mettre’ Au monde ... Soi, À-Venir, et À naître’, où co-naît, re-naît ...sens’
Au monde’ Autre ... notre’ être,
*
Cas-fée Philo des Phares, Sylvie,
28. 9. 2008, des moyens, de nos Vies
Aux fins, phares, de notre Vie,
À La fin ... de La Vie, ces-jours de Vendémiaire,
Vent ...d’anges de Lumière, Gilles Roca

3. Concours de médiocrité
Ecrit par Robert. 30-09-2008
Ah, comme la lassitude nous gagne, de temps en temps. Entre ce débat incroyablement médiocre et le commentaire pseudo-poétique de Rocca, on ne sait où donner de la tête. Heureux le pêcheur, qui n'a pas perdu son dimanche.

4. Sujet et objet
Ecrit par Gabriel. 04-10-2008
L'expression "c'était plus fort que moi" recèle une part de mystère, de fatalisme et aussi un peu de dépit. Celui qui la prononce constate, après coup, une action qu'il ne s'explique pas avoir commise, comme s'il avait été asservi, le temps de son acte.
Habituellement sujet maître de ses décisions, au moins dans le cours de la quotidienneté de sa vie, il considère qu'au moment de l'acte, il est objet d'un "c'" sujet du verbe être. C'est pourtant lui l'auteur de l'acte, peut-être en simple exécutant. En écrivant : "ça était plus fort que moi" on devine que l'exécutant a été l'objet du "ça" de la théorie freudienne de l'inconscient. Hégel signalait qu'en cas de détresse il peut y avoir transformation du sujet en objet. Annonçait-il Freud ?

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