Le devoir de mémoire empêche-t-il le futur ?
Écrit par Marc Goldstein   
02-11-2008

Pas de chance, pas de chance. D’habitude, lorsque je trouve le débat à chier, je n’écris pas. Ou plutôt, je n’écris plus. Je ménage ainsi les susceptibilités des uns et des autres et surtout, surtout, Carlos assure de toute façon. Le problème aujourd’hui 2 novembre, c’est que Carlos étant absent (le bienheureux), je me sens plus ou moins obligé d’écrire un article sur le café-philo du jour. Pourquoi ? Parce qu’en tant que webmestre, je dois veiller à ce qu’il se passe toujours quelque chose sur le site des Phares, ni plus ni moins. Aussi me faut-il donner un os à ronger aux visiteurs, aux abonnés comme aux internautes égarés en mal de questionnements métaphysiques.

Alors, s’il vous plaît, ne venez pas râler parce que ce qui est écrit n’est pas fidèle à ce qui s’est passé. Je n’en ai cure. Ou plutôt si, venez râler, puisque c’est l’idée, puisque cet article a justement pour vocation de vous faire réagir, et non pas celle d’être fidèle. Fidèle à quoi, au reste ? De toute façon et en dernier recours, il y a toujours l’enregistrement sonore ; vous pouvez ainsi vous faire votre propre idée. Donc, l’animateur choisit le sujet qui m’inspirait le moins, celui qui ne voulait rien dire, celui qui me fit bâiller à peine prononcé : « Le devoir de mémoire empêche-t-il le futur ? » Imaginez… Qu’est-ce qui pourrait empêcher le futur ? Rien – on est d’accord. Et le devoir moins que toute chose, car tout devoir est contrainte et toute contrainte appelle sa transgression pour être supportable. Mais pas si vite… là, c’est moi qui transgresse.

 La personne qui proposa le sujet l’introduisit en opposant les aspects positifs et négatifs du devoir de mémoire : d’une part, la nécessité de la reconnaissance des souffrances subies par les victimes et d’autre part, le côté sclérosant du statut d’éternelles victimes. Tout était dit, on aurait pu plier bagages là et passer au sujet suivant. Il n’en fut rien. Je souffrais, en silence. « Plus on pense le passé, moins on vit l’instant présent » lança un des premiers intervenants. L’animateur demanda à l’assistance de tenter de définir le concept de devoir de mémoire. Exercice d’accouchement pénible et laborieux, peu de personnes – mais quelques-unes quand même – étant capables de verbaliser une définition : « C’est l’obligation de se souvenir d’un événement marquant. » Hourra ! m’exclamai-je intérieurement.

Une heure fut nécessaire pour mettre en avant le fait que le devoir de mémoire a pour but d’empêcher que des crimes horribles ne se reproduisent, et que ceux qui sont morts ne soient pas morts pour rien. Bien, encore un lieu commun. À l’évidence, le devoir de mémoire n’empêche rien du tout : l’être humain est pathologiquement esquinté de l’intérieur (désolé, j’ignore le terme médical approprié) et seuls les naïfs ou les optimistes invétérés peuvent penser qu’il ne commettra pas de nouvelles atrocités toujours plus sophistiquées. Le fait que les hommes aient pris l’habitude de commémorer leurs victoires d’abord, des actes moins glorieux ensuite ne relève que d’un penchant maladif à justifier leurs agissements, à se reconnaître dans leurs propres exactions. On remarquera au passage que l’homme n’érige des monuments que pour ses guerres (gagnées ou perdues) – guerres exclusivement entre humains – et ses inventions propres, Dieu compris. Il n’y a pas à ma connaissance de statue à la mémoire des espèces animales (par exemple) décimées par sa faute.

La mémoire a-t-elle des vertus cathartiques (nous permet-elle de nous libérer) ou nous enchaîne-t-elle ? demanda l’animateur. Y a-t-il au contraire une nécessité de l’oubli ? Certains évoquèrent la guerre des mémoires entre les partisans du devoir de mémoire et les garants des faits historiques. La distinction entre l’histoire-raison qui se nourrirait de documents et de faits figés (est-ce le cas, d’ailleurs ?) et la mémoire affective qui vit à travers les individus qui la véhiculent, fut faite. D’autres parlèrent de résilience, cette faculté qui permet de surmonter une épreuve traumatique et qui s’appuie encore et toujours sur la mémoire pour tenter de reconstruire l’avenir. D’autres encore affirmèrent que la mémoire est culpabilisante. À un moment, j’eu l’impression d’assister à un match de tennis entre les partisans du devoir de mémoire et ceux du devoir d’oubli.

Les oppositions entre la vie et la mort, la vie et la mémoire (des morts), le présent et le passé scandèrent les prises de parole et personne ou presque ne sembla s’intéresser à la seconde partie du sujet : l’avenir. Le culte des morts nous empêche-t-il d’envisager l’avenir ? Bien sûr que non ! Les deux activités (mémoire du passé et préparation de l’avenir), à la fois séparées dans le temps et soudées par le temps font partie de notre être. Que de banalités ! Que d’évidences ! Ce n’est que ça, la philo ? pensais-je, déçu comme jamais. Créer de toutes pièces des pseudo-paradoxes et les démêler en concluant que finalement, il y a un peu des deux et c’est normal. Non, ce n’est pas ça ; ça, c’est juste un café-philo.

 

Écouter le débat : c'est ici.

Sujet connexe : Faut-il que le vieux meure pour que le nouveau naisse ? par Gunter ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. la mémoire, oubli de l'histoire
Ecrit par Alain. 03-11-2008
Cette fois, je suis d’accord avec Marc, je ne comprends pas pourquoi Daniel a choisi ce sujet, parmi les 13 proposés ! Nous n’avons pas réussi à avoir un débat « philo », la seule question à se mettre sous la dent fut le conflit entre mémoire et histoire, mais ce n’était pas le sujet proposé.
A propos d’histoire, je m’oppose complètement à cette idée que l’écriture de l’histoire, parce qu’elle est intellectuelle, c’est-à-dire soumise à une exigence de rigueur scientifique, serait du savoir « mort » tandis que la mémoire, essentiellement affective, serait une substance « vivante » ! D’abord, ce que peut avoir de mortifère une mémoire instrumentalisée, individuellement ou collectivement, a bien été évoqué. Ensuite, le travail d’historien est un travail de RECHERCHE, le contraire absolu d’une matière figée ! Et ce travail consiste à restituer le passé comme une matière vivante ; certains ouvrages historiques se lisent d’ailleurs « comme des romans ». Un savoir construit crée un rapport créatif et dynamique au réel (y compris à soi), et donne vie à de la réflexion, pour peu qu’on en cherche bien sûr.
Hélas la "mémoire", c’est l'oubli de l'histoire... Quel dommage qu'on s'intéresse si peu à l'histoire dans les cafés philo !

2. LE TRAVAIL SUR LA MEMOIRE GENERATEUR DE FUTUR
Ecrit par BRITT (animatrice du. 03-11-2008
Il ne faut pas oublier qu'en Allemagne p.ex. le travail sur la mémoire, à savoir l'interrogation des pères nazis par les fils et les filles a donné lieu à MAI 68 et au mouvement écologique et pacifiste qui détermine encore la politique d'aujourd'hui et de demain.
Sur le plan indiviuel je dirais que le travail sur l'histoire personnelle est de la plus haute importance pour l'INDIVIDUATION. Cependant le travail des coachs d'aujourd'hui ressemble davantage à un formatage des "coachés" afin de les adaptater aux besoins de l'entreprise et au fonctionnement en société, en évacuant justement cette histoire personnelle. Rentabilité oblige: time is money!

Le présentéisme ambiant - ce qui compte est l'"ici et maintenant" - évacue en même temps tout projet de vie (le long terme n'est plus à la mode) ou de société.

Ca donne la génération "no future" ...

3. Futur ou Avenir ?
Ecrit par PUTAKLI. 03-11-2008
D'abord merci pour ce texte. Enfin quelqu'un qui parle simplement, qui parle personnellement. Enfin quelqu'un qui ose dire qu'il ne comprend pas de quoi on parle quand on se met dans le vide. Enfin quelqu'un à qui j'ai envie de répondre.
Le futur (et l'art: les deux sont liés) sont depuis 15 ans les absents des cafés-philos de Paris, une absence fortement affirmée: le café-philo n'est pas le café du commerce, surtout pas. Il n'est envisagé en aucun cas et sous aucun prétexte d'entreprendre quelque chose ensemble ou à quelques uns. On n'est pas dans l'action, on ne s'y met pas. On reste dans la contemplation, on s'y complait, et le rejet de l'action se manifeste par l'aigreur.
Alors, il faut bien distinguer le futur où l'on met sa vie quand on agit, de l'avenir que l'on subit et que l'on craint. Si on ne met pas sa vie dans le futur, elle croupit dans l'expectative. C'est là qu'elle fermente et produit l'angoisse métaphysique.
Ce n'est pas de la critique mais de l'observation car il serait insensé de reprocher aux êtres vivants d'être ce qu'ils sont. Mais, quand on met sa vie dans le futur, il faut repérer les gens entreprenants avec qui on se met pour travailler ensemble et écarter les autres. C'est réciproque.
Le devoir de mémoire est un indicateur. Il définit un comportement religieux (devoir), bloqué sur ce que les psychologues appellent un "souvenir-écran". Alors que dans l'action l'information est nécessaire pour comprendre ce qui se passe et ce qu'il y a à faire. L'histoire en fournit parfois, par exemple ceci:
M.G. Cellorigo publiait à Villadolid en 1 600 un "Memorial de la politica neceseria y util restauracion de la republica de espana" où on lit :
"S'il n'y a pas en Espagne de monnaie d'or et d'argent, c'est parce qu'elle en possède ; et ce qui fait sa pauvreté, c'est sa richesse : ce qui rend vraies deux contradictoires.
Lorsque le marchand, par illusion du profit assuré que rapporteront les titres, abandonne son négoce, et l'artisan son métier, et le laboureur son champ, et le pasteur ses brebis, lorsque le noble vend ses terres pour échanger les cents qu'elles valent contre cinq cents en titres de rente, ils ne se rendent pas compte que si tout le monde en use de même, le revenu réel des patrimoines s'épuise, et tout l'argent s'en va en fumée. Car voici qu'un seul laboureur doit subvenir, en même temps qu'à ses besoins propres, à ceux du seigneur du domaine, et à ceux du propriétaire de la rente, à ceux du percepteur de la dîme et à ceux du fermier des droits, et de tant d'autres qui ont quelquechose à réclamer sur la terre ; de sorte que de bas en haut, on peut calculer qu'entre gens qui travaillent et de gens qui ne font rien la proportion est de un à trente. D'où les recours judiciaires contre les créanciers, les lettres d'échéance accumulées, le nombre de ceux qui son acculés à emprunter, et qui, s'ils ne le peuvent, doivent manquer leurs propres obligations. Le système des rentes fait subsister un million d'agents d'exécution dont beaucoup de consciences douteuses, et qui ne servent qu'à détruire la noblesse et tout le corps de l'Etat... Il semble vraiment qu'on ait voulu faire de cette république une république d'hommes enchantés, qui vivent hors de l'ordre naturel des choses."
Le blocage du "devoir de mémoire" empêche de regarder ailleurs que ce qu'il ordonne de ne pas perdre de vue.

4. Le devoir de mémoire’ empêche-t-il Le futur ?, Daniel Ramirez
Ecrit par ROCA. 04-11-2008
Le devoir de mémoire’ empêche-t-il Le futur ?, Daniel Ramirez’,
*
mémoire ... souvenir,
est devoir, d’À-Venir ...
“ présent passé ...” Li-és,
ne jamais’ oublier,
(Eugène Ionesco), “ ... passé présent ”, re-Liés,
pour demain, résiliés ...
enracinés,
pas’ enchaînés,
non’ Apeurés,
mais, Libérés ...
“ Qui A peur
n’est pas Libre,
Qui est Libre ...
fait peur ! ”, Jacques Gaillot,
“ Je ne crains rien ...” futur, mémoire,
“ ... parce que ton’ Amour est’ Avec moi ...”
toi, en mémoire,
de notre’ Histoire,
présent, devoir,
“ ... et parce que mon’ Amour est’ Avec toi,
pour L’éternité ”, Vassili Grossmann’,
en’ humanité,
“ Mémoire, du mal,
Tentation, du bien ”, Tzvetan’ Todorov,
devoir, Vital,
risque ... qui revient, À ...prendre ...
comprendre ... recherchée, Aboutie,
compassion, empathie,
La souffrance ...
re-connaît ...sens’,
une’ éthique ... de Vie,
La mémoire ... qui Vit,
co-naît ...sens’,
de L’Histoire ... Le Sens’, mémoire ...
de L’Histoire ;
Histoire,
de La mémoire, mémoire ...
d’À-Venir ;
Le devoir,
d’À-Venir ... Gilles Roca,
*
Cas-fée Philo des Phares,
Le devoir, de mémoire,
2 novembre’ 2008,
en ces-jours de Brumaire’,
en ce jour des morts, suite ...
Le futur, À faire,
G R.

5. ENVOL
Ecrit par Sylvia ailes sur toi. 04-11-2008
c'est l'histoire de bouts de mots qui dans leur course s'envolent HAUT

bon
jour

hasta la vista
Sylvia

6. tristesse du jour
Ecrit par c, padrole. 04-11-2008
Pauvre ROCA , APOE4 ? oubli des reclamations, troubles de la parole, quelle tristesse. Incurable.
ensuite Sylvia cuicui les petizoizos, on fait quoi maintenant ?

7. pour revenir au sujet...
Ecrit par Pirmin. 05-11-2008
Voici le plus bel exemple que je connaisse d'évocation du passé pour préparer l'avenir. Lire les paroles qui feront certainement date dans l'histoire, tout comme celles prophétiques de Martin Luther King il y a 40 ans : Quelle leçon d'optimisme, de courage et de ténacité! Quelle claque pour les esprits chagrins et cyniques qui pensent que rien ne changera jamais, aux anti-"quoi que ce soit". Comme l'a dit Obama dans son magnifique discours de victoire, l'Amérique pour une fois, n'a pas gagné par sa force économique ou militaire mais par la force morale d'un peuple qui, en dépit de défis sans précédent qui menace notre planète, continue de regarder l'avenir comme un destination souhaitable.

Et amicalement à tous les grincheux anti-américains primaires ou anti-"quoi que ce soit" : va maintenant falloir trouver autre chose !

I love America !

8. I love mon son . C'est God qui loves America .
Ecrit par squaw. 05-11-2008
Pirmin va trouver quoi? Ce n'est pas la couleur de peau d'un président américain qui changera grand chose aux problèmes du monde. Voir Wall Street aujourd'hui, la réaction de Poutine bis, etc etc. Et ne pas oublier que les secteurs industriels et militaires sont indissociables.
On vient d'assister à un un vote anti Bush (comme on avait eu droit à un vote anti Le Pen en France il n'y pas longtemps): l'image de marque des States est meilleure peut-être(en Afrique c'est la fête) mais vus les emm.... qui attendent le providentiel Dr Obama, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, arrêtez de rêver . Ni grincheuse ni anti quoi que ce soit, mais réaliste : le rêve américain, c'est fini.
La politique aux Phares aussi ?

9. réponse à squaw
Ecrit par Pirmin. 05-11-2008
Non le rêve n'est pas fini, il renaît. Et c'est peut-être une partie de celui de MLK qui se réalise même si votre esprit trop habitué à fonctionner en mode bougon n'est plus apte à le reconnaître. Mon conseil aux participants grincheux des Phares et aussi à nos hommes politiques poltrons, si soucieux d'identité nationale, est l'inverse du vôtre : prenez en de la graine : Rêvez! C'est ce qui nous manque de ce côté-ci de l'Atlantique et surtout dans notre beau vieux pays. Le rêve de millions de personnes, il n'y a rien de plus fort que ça : ça a permis de renverser le régime féodal il y 2 siècles et d'envoyer des hommes sur la lune il y 50 ans. Qu'est-ce qu'il vous faut ? Seul les faibles s'interdisent de rêver et nomment réalisme ce qui en définitive n'est que couardise et peur du ridicule, d'apparaître du côté des crédules et des naïfs. Je préfère prendre le risque du ridicule que celui du cynisme et de votre bougonnement stérile.

10. réponse d'une grande rêveuse à un grossier personnage
Ecrit par squaw. 05-11-2008
grincheux, poltrons, bougons, faibles, couards, cyniques et stériles ? ouhla, tout ça ! et on doit prendre de la graine de quoi pour devenir comme vous ? Je sais que aux Phares celui qui ne pense pas comme vous est toujours un imbécile. Mais là l'imbécile vous remercie de l'avoir tant fait rire. Go on, you are welcome.

11. A tous les obamanophiles, - dules, voire –maniaques !
Ecrit par Gunter. 06-11-2008
Je vous conseille vivement de lire l’article de Yannis Youlountas « Pourquoi la victoire de Barack Obama ne changera rien ».
J’y ajouterais seulement ceci : Au moment où Jeremy Rifkin (« grand intellectuel » américain, conseiller de Bill Clinton) écrit « Le rêve européen » et où il explique que pour la première fois dans l’histoire les Américains, dans leur majorité, ne rêvent plus le rêve américain du self made man, B.O. ressort cette vieille lune de celui qui veut vraiment peut y arriver : que ce soit un vendeur de lacets qui devient Rockefeller, ou un pauvre Noir qui devient président des E.U. Résultat : celui qui reste pauvre ou sans pouvoir/gloire n’a qu’à se prendre à lui-même.
Le fait que des conditions économiques, sociales et politiques puissent avoir une influence décisive sur les destins individuels semble ignoré outre-Atlantique, obnubilé par le culte de la liberté et des mérites purement individuelles (le psychologisme). Il va de soi qu’il ne faut pas pour autant tomber dans le travers inverse et nier la responsabilité individuelle (le sociologisme).
J’ai par ailleurs l’impression (désagréable) qu’une bonne partie des obamaniaques non-Américains traiterait un politicien français qui aurait le même discours «ultra- patriotique » que O.B., de franchouillard, voire de chauviniste dangereux. Là, les Américains ont réussi un véritable exploit : faire croire à une foule désorientée par la haine soi que « ce qui est bon pour l’Amérique est bon pour le monde ». Bravo, les artistes !
Il faudrait (re) lire – je ne l’ai pas encore fait- un livre de Régis Debray, où il anticipe la demande de la France pour devenir le 53ème ( ?) Etat des E.U. Il me semble que certains commencent à s’impatienter…

12. Sait-on vraiment d'où l'on parle ?
Ecrit par Gérard Tissier. 06-11-2008
Je me souviens d’avoir animé récemment un débat dont Marc n'a pas cru devoir en faire un article- merci Marc pour le débat " à chier"( si je le lis bien).Ce café-philo portait sur la question de" savoir d’où l’on parle" et je pensais cette question pouvait intéresser dans un lieu où le poids de la parole reste quelquefois en suspension, les concept et les références culturelles qui les servent passant, au début d'un débat, un peu au dessus des têtes. Je prétends toujours que la question est d'importance : il faut savoir d'où l'on parle et ne pas confondre pensée , propositions argumentatives et témoignage de soi..
Alors, puis-je aujourd’hui m’étonner de voir Marc, notre Webmaster, s’autoriser à se donner lui même ses propres fondements d’écrivant, s’exonérer de toute responsabilité langagière, et se moquer d’avance des réactions au nom d’un droit à juger qu'il s'arroge tout de go. Franchement je ne comprends pas.La légitimité de l’écrivant à cette place est-elle bien fondée s’il n’est pas, précisément, en distance de ses ressentis, états d’âme et autres filtres personnels ? Ceux-ci s’auto-justifieraient-ils par simple évocation ? Serait-ce non respectueux du temps et du travail fourni que de lui dire que nous ne sommes ici, ni dans l’univers des blogs servant les « me,I,and mylself » ni dans le registre du journal extime mais dans un projet collectif porté par un groupe de gens et sous les yeux de milliers d’autres.( pardon pour l'emphase, la morale: mais bon…)
Le cynisme et la dépression sont le nouveau malaise de la civilisation dit-on. Je souscris et je demande : peut-on au moins, sur ce site et le dimanche matin, sortir de ce tropisme, cesser de glisser sur une pente qui mène à se retrouver au banc des railleurs de tout poil qui viennent jusque dans nos sillons inonder nos villes et nos campagnes …de leur narcissisme ? (silence, si cela vous rappelle la Marseillaise )
Désolé, mais trouver ce sujet d’entrée barbant et bateau c’est ne pas voir, ne pas entendre et rester sur ses ancrages existentiels. Dans la question posée, il y a un condensé des questions que se pose la post-modernité dans son rapport au passé,dans sa préférence pour la mémoire plutôt que pour l’Histoire qui reste," la profondeur du temps" au regard d'une discontinuité mémoire-oubli. largement évoquée.Se fermer à ce réseau de vibrations dans la pensée de notre contemporain c’est se poser à-coté, en deçà mais surtout pas au-dessus ou au-delà.. Pire, c'est risquer de clôturer le sens par ses des raisons (impensées?) d'être là- présent muet avec ses notes- et projeter je ne sais quoi sur les tâtonnements d'une pensée collective et dispersée qui cherche ses repères dans la confusion du temps.
Le passé , le présent et l’avenir et les formules qui s’y rattachent seraient ennuyeux ? Mais c’est précisément parce qu’il y a une dépression de l’avenir, une crise du devenir, un déficit du projet que diable ! C’est l’errance et le nomadisme actuels posés comme idéaux des winners de la mondialisation et des jeunes à l'avenir ouvert qui sont affichés partout C'est, dans les organisations, le passé comme amont du présent et l’avenir comme l’aval d’un temps présent glissant qui figent la dialectique du mouvement et qui enferment la prospective dans l’angoisse du vide ou le déni du long terme et de la catastrophe..
Je pense que faute d’en discuter; c’est tout un appareillage critique de son temps - celui par lequel on devient autonome- qui passerait à coté des cafés-philo. Pour moi, enfourcher le présentéisme comme un centre de gravité naturel et évident, ne pas le mettre en débat et en perspective historique sociale et psychologique, c’est agresser les plus conscients d’une inanité mortifère et priver les autres de penser l'existence de leur projets de vie.
Pour tout te dire clairement, Marc, le passé; l'avenir , le futur, le devenir sont des temporalités différentes qu'il vaut mieux cerner avant d'écrire un article sur le jugements exprimés oralement et sans le recul de l'écrit, par d'autres sur la question. Il s'agit de représentations. Les ramener à de la concrètude pour ridiculiser la formulation d'un sujet, c 'est.. comment dire..de l'humour?. Et puis, pour finir, se replier sur son autosuffisance n'est ni un argument forçant l'intérêt, ni la meilleure voie pour inviter à un échange véritable Les choses bien pesées;- et là je me répète à défaut d'être compris par notre webmaster-, il vaut mieux, avant tout, savoir d’où l’on parle.Gérard

13. pensées de l'Obamadule de service ;-)
Ecrit par Pirmin. 06-11-2008
Merci Günter pour ta contribution, l’Obamadule de service te salue amicalement. Ma première réaction à ton post est que de deux choses l’une. Soit tu as vécu ces dernières semaines en exil sur la planète Mars, pour l’instant non encore connectée au web comme chacun sait, et dans ce cas tu es tout naturellement excusé de croire que BO ignore que les conditions sociales jouent un rôle dans les destins individuels. Ou alors, plus vraisemblablement, tu invoques cet argument (de l’incompréhension, outre-Atlantique, de l’influence sociale) pour retrouver une rhétorique qui t’es familière et qui te permet de faire pleins de citations. Rhétorique qui te dispenses de surcroit de la plus rudimentaire analyse des vraies positions politique de BO (et accessoirement de son épouse Michelle!), qui va justement dans le sens d’une telle prise en compte. En quoi tes propos illustrent assez bien, ce que de manière un peu irrévérencieuse, j’appelais l’esprit bougon, hélas fort répandu sous nos latitudes. L’important c’est de ronchonner, pas de profiter ni de créer des opportunités de dialogue.

On a parfois cette impression, extrêmement déplaisante que, plutôt que d’accepter une bonne nouvelle, une lueur d’espoir, plutôt que de la faire germer, plutôt que créer des opportunités de dialogue, nos déclinologues patentés et nos « anti-tout » préfèrent ressasser leur sempiternelles rengaines désabusées pour se sentir exister. Eh les gars, et si vous manquiez juste d’un peu d’imagination et de souplesse d’esprit ?

A mon sens, le vrai cynisme, c’est celui qui consiste à faire de la misère et du désespoir son fond de commerce et à ne ressentir aucun injonction ni morale et ni intellectuelle à faire preuve de créativité et de proposition crédibles pour sortir de la nasse. On stigmatise le capitalisme financier, l’horreur économique et écologique, on théorise le désespoir mais de propositions réalistes pour en sortir ? Rien. Nada. Notre analyste cité par Günter, hyper-lucide, et certes mieux informé que la horde des obamadules endoctrinés-par-les-médias-à-la-solde-des-multinationales en est l’archétype. Qu’est ce qu’il propose lui ? Rien ! C’est faible. C’est pauvre. C’est ennuyeux. C’est exaspérant.

Ce que propose OM ? A long terme, il a une « destination sociale » qui tente d’opérer la synthèse entre les idéaux fondateurs de l’Amérique, avec tout ce qu’ils comportent de saine rudesse, et certaines valeurs de solidarités attachée à l’état providence auxquelles nous somme attachés en Europe. Ca va être très dur, très long et souvent très décevant, OM l’a reconnu d’emblée dans son premier discours. Ma fois oui, cette destination me plait et j’y adhère. Celle de Besancenot, d’Arlette, de Günter et de notre bloggeur on ne la connaît pas. C’est les mêmes ?

Au passage, je trouve piquant de stigmatiser la pauvreté sémantique du mot, effectivement ultra-galvaudé, de « changement » et tout à la fois de se réclamer de l’ « alter »-mondialisme. Y a-t-il destination plus brouillardeuse que l’ « alter »-monde ?

Je le concède bien volontiers Günter, que ce tu nommes la vieille lune du self-made man, avec tout ce qu’il possède de simplisme, reste pour moi et des centaines de millions d’individus infiniment plus enthousiasmant, plus sain et fédérateur que les aigreurs rances des extrémistes révolutionnaires ou que les rêveries du grand soir aussi crédibles que le retour du Messie à la fin des temps....

La confiance dans ses valeurs fondatrices, le courage du rêve, l’espoir, l’exorcisme des vieux démons, l’imagination de l’avenir, tout cela a aussi existé et rayonné depuis chez nous un jour. Il y a 220 ans. Mais aujourd’hui, alors que nous sommes tétanisé entre peur, nostalgie et désir de commémoration, les américains quand à eux sont dans le présent, dans l’action et dans l’espoir. Je ne trouve pas humiliant d’en prendre de la graine. L’admiration pour un homme ou pour un peuple, qui n’est pas la même chose que l’adulation niaise et l’aveuglement, n’est pas un sentiment vil. Tout imparfaite que soit la démocratie américaine, qu’elles qu’aient été les outrances d’une campagne ultra-markétée, le moment venu, à l’heure du verdict des urnes, l’élégance et l’humilité dans la défaite comme dans la victoire des deux protagonistes ont témoigné de la maturité politique d’une grande démocratie. Chapeaux bas messieurs !

Et pour conclure, Günter, il est pour moi des alternatives plus cauchemardesques pour la France que de devenir le 53ème état américain. Devenir une province russe, chinoise ou iranienne par exemple.

Good luck president Obama !

14. Superman, Superstar, Obama c'est qui déjà ?
Ecrit par la squaw. 06-11-2008
Le lavage de cerveau, ça consiste à s'accrocher à une idéologie en se moquant des faits, et en politique un rêve décalé de la réalité ça s'appelle une utopie.
"Yes we can", "we" c'est les amerloques, pas vous Pirmin! ne soyez pas gamin... laissez les américains nous montrer de quoi ils sont incapables.
En attendant ne souhaitez pas bonne chance au chef, ça porte malheur.

15. Obamadule pour squaw supersticieuse
Ecrit par Pirmin. 07-11-2008
> ne soyez pas gamin...
Tout est là justement: je VEUX être un gamin qui rêve de l'avenir! Ne vous en déplaise naturellement.
> "we" c'est les amerloques, pas vous.
Mais qu'est ce qui vous fait croire que je ne suis pas américain ? Au demeurant, il n'est pas question ici de passeports, ça ne vous avait pas échappé j'espère.
> laissez les américains nous montrer de quoi ils sont incapables.
Souhaiter l'échec des projets d'autrui car on est incapable d'en concevoir un soi-même: vous appelez ça comment vous ? Méchanceté ? Bêtise ? Lâcheté ? Faiblesse ? Manque d'imagination ?
> ...ça porte malheur.
Et cerise sur le gâteau : la squaw est superstitieuse ! C'est à se demander si vous participez à la finale d'un concours d'inepties au côté d'une certaine ex miss Alaska... En dépit de la difficulté de l'entreprise, je crois sincèrement que vous avez toutes vos chances... Encore un petit effort !

16. bravo Pirmin , ça c'est de la philo !
Ecrit par la squaw. 07-11-2008
Si vous voulez rester gamin vous-même, un jour sur le forum vous parlerez comme un Gérard sans-enfants à un Alain sans-enfants de "fibre paternelle" ? Je ne sais pas si c'est avec des mots qu'on peut envisager l'avenir... mais ce n'est qu'un point de vue de femme bien sûr, pas de philosophe de votre pointure.
En attendant je vous trouve bien vieux de radoter déjà : bêtise, lâcheté, faiblesse, manque d'imagination, vous ne vous rappelez pas avoir déjà dit ça ?
Non seulement je ne me sens pas concernée mais surtout votre manque d'humour me désole. Souhaiter good luck ça porte malheur = joke. Enfin je vous rassure, Obama a déjà sa papamobile (re-joke)et je ne souhaite l'échec de personne : j'attends de voir, c'est tout.

17. Os à ronger ?
Ecrit par Internaute égaré mai. 07-11-2008
Monsieur le « webmestre », vous ne trouvez rien de mieux que bailler devant un sujet qui concerne, pour le meilleur et pour le pire, une bonne partie de la culture contemporaine ! Vous n’êtes peut-être pas au courent. Tant pis, mais si c’est juste pour nous donner « un os à ronger », veuillez noter que les internautes ne sont pas des chiens affamés. Sachiez aussi que la philosophie faite dans le café-philo m’intéresse et encore plus quand c’est un sujet d'actualité traité avec hauteur, Ça vous branche pas ? Vous faites un article juste parce que Carlos n’est pas là ? Vous ne percevez donc pas ce qui a de méprisant dans cette déclaration ? Autant vis-à-vis de Carlos (un tâcheron qui fait le boulot lorsque le sujet est indigne de vous ?) que vis-à-vis de nous, les lecteurs. Nous n'avons peut-être rien d’autre à faire que de lire un texte écrit par quelqu’un qui ne voudrait pas le faire et qui ne connaît pas le sujet (!).
Merci pour votre os, vous pouvez le garder. Maintenant, on peut lire l’article que l’animateur a fait lui-même. Quelle différence !

18. Top - down et bottom-up
Ecrit par Gunter. 07-11-2008
"J'ai quitté un zoo et je suis arrivé dans une jungle" (le cinéaste Milos Forman au bout d’un an de séjour aux E.U., après avoir quitté, dans les années 60 du siècle dernier, la Tchécoslovaquie communiste).
N’est-il pas possible de concilier les deux, notre partie sauvage (libre - individuelle et collective) avec la civilisation, la justice, la solidarité, etc. ?
Est-ce à un homme providentiel, à un sauveur de nous fournir la recette, le mode d’emploi (mouvement top - down) ? Ou est-ce à nous tous, citoyens d’une démocratie, d’inventer ensemble la ou les formes concrètes d’une tension féconde entre liberté et solidarité/fraternité (mouvement bottom-up) ?
Pour cela il faudrait des vrais partis et syndicats militants, « idéologiques » et non pas des faux partis et syndicats soi-disant pragmatiques (degré zéro de la politique, rien à voir avec le courant pragmatique en philosophie tout à fait honorable), en réalité des lobbies, comme c’est largement le cas aux E.U…
La politique ne ferait ainsi que suivre le mouvement général de la post-modernité (en poésie, en art, en philosophie) : la chair doit se faire verbe (bootom-up), nous ne croyons plus à une Vérité qui, semblable au père Noël, descendrait du ciel. Nous restons, cependant, -n’en déplaise à un certain hédonisme fatigué - sous l’obligation de nous construire une, des verticalités afin de nous tenir simplement débout.
J’avoue que je ne me rendais pas compte que nous étions menacés par une acculturation iranienne, russe ou chinoise. Je serai désormais vigilants, tant quant aux films, qu’à la TV (les séries entre autre), la mode, l’invasion linguistique, nos rêves, notre imaginaire, nos façons de nous mouvoir dans la vie quotidienne, etc… Existe-t-il des projets pour que nous quittions l’Alliance atlantique et l’OTAN pour intégrer des équivalents asiatiques, russes ou islamiques ? Pirmin a réussi à me faire peur.
Rassurez-moi !

19. internaute égaré, mais quoi ?
Ecrit par madame la marquise. 07-11-2008
Monsieur l'internaute égaré, "un os à ronger" n'est qu'une expression populaire qui signifie quelquechose à discutailler, ou à se mettre sous la dent si vous préférez, mais ne prenez pas tout "au pied de la lettre", les lettres n'ont pas de chaussures non plus.
Maintenant vous croyez vraiment que nos enfants auront un futur très différent si on ne leur dit pas que l'homo sapiens a zigouillé tous ses cousins hommes de néanderthal, que son ancêtre chouan était le seul rescapé d'une razzia de bleus, et que son voisin est un arménien qui survécu à ........ laissez nous faire nos choix, et laissez le webmestre faire les siens.

20. camps de concentration
Ecrit par 19. 07-11-2008
et je termine ma phrase : lisez donc l'indignation d'Arthur de la Borderie à propos du camp de Conlie.
Si ça amuse les philosophes du dimanche de faire la liste des horreurs pratiquées sur cette planète, dans l'espace et dans le temps,ça va être long. Maintenant pitié pour nos enfants.



 
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