Devoir de mémoire, droit à l'oubli ?
Écrit par Daniel Ramirez   
03-11-2008

La philosophie est un art délicat, qui consiste souvent à avancer entre des écueils et des paradoxes, mais aussi c’est l’art de mettre en évidence ces paradoxes, qui à la lumière de la simple opinion, restent cachés. C’est pourquoi lorsqu’on ne s’attarde pas, lorsqu’on ne demeure pas un temps sur les formulations, on peut avoir la sensation qu’il s’agit de simples évidences, d’un enfoncement de portes ouvertes. Mais souvent les portes ne sont qu’apparemment ouvertes et le travail du philosophe est de mettre en évidence ces apparences, pour ouvrir (ou commencer à ouvrir) vraiment les portes d’un questionnement. Ce fut le cas lors de ce débat que j’ai eu l’honneur d’animer, sur un sujet difficile mais qui passionne les philosophes et parfois empoisonne les politiques.

 Une personne demande « si le devoir de mémoire peut empêcher le futur ». Il paraît bien que non, lui rétorquerait le sens commun, puisque comme chacun sait, du futur il y aura de toute façon. Nous avons donc gardé un peu en arrière-plan cet autre sujet proposé : « n’y a-t-il que l’instant présent qui soit réel ? » Du coup on aurait pu reformuler : « le devoir de mémoire empêche-t-il le présent ? ». D’où la nécessité de définir devoir de mémoire. Exercice certes difficile, les gens se méfient des définitions ou n’y sont pas familiarisés : en tout cas, voilà la définition qui a été plus ou mois construite : le devoir de mémoire est l’injonction de ne pas laisser dans l’oubli mais de garder vive la conscience présente des événements passés spécialement marquants donnant lieu à la souffrance d’un grand nombre de personnes ; bref, l’obligation de ne pas tourner la page avant de l’avoir lue[1]. Ceci afin de ne pas retomber dans les mêmes torts et de faciliter la possible résilience ou le travail de deuil des victimes et de ses descendants. Depuis à peu près toujours, cet impératif a existé : « Souviens-toi (zakhor !) des jours passés, repassez les années de génération en génération »[2] Mais alors, quelqu’un de s’en offusquer : pourquoi serait-ce un « devoir » ? Le mot devoir gène ? Et bien, parce que la tentation du refoulement est trop forte, l’oubli trop facile et parce que l’inconscience guette. Primo Lévi, cité à plusieurs reprises, a dit que « l’histoire entière du "Reich millénaire" peut être relue comme une guerre contre la mémoire, une falsification de la mémoire à la Orwell (…) jusqu’à la fuite définitive hors de la réalité »[3].

Le sujet n’était pas donc – tout le monde l’a compris – l’empêchement du futur lui-même, en tant qu’instance temporelle, hypothèse métaphysique parfaitement déplacée, mais l’idée que cela puisse nous maintenir enchaînés à un passé douloureux qui ne passe pas et nous empêcher donc d’envisager le futur avec un regard neuf, avec optimisme et confiance. La question ramène cette vieille théorie de la catharsis, que l’on doit à Aristote[4) : la mémoire est-elle cathartique ? Sert-elle à exorciser  (« purger », disait Aristote) des sentiments et des émotions douloureux ou nous y maintient-elle collés, comme dans une ritournelle obsessionnelle ? Et puis, la mémoire est restreinte et sélective, elle est la mémoire de quelques-uns, qui risquent d’être fixés dans leur statut de victimes[5].  

Une autre difficulté, qui peut nous faire pencher pour le besoin d’oubli : la mémoire peut être culpabilisante. Moment émouvant de notre débat, le témoignage de cette femme allemande : à 10 ans, par souci de pédagogie, peut-être, on l’amène avec sa classe visiter les camps et l’on s’exprime presque dans ces termes : « regardez ce qu’on a fait ! ». C’est la version historiciste du pêché et de la faute héréditaire abusée par des générations de catéchisme culpabilisant et mortifère.  

Des distinctions deviennent encore nécessaires : la mémoire et l’histoire : cette dernière étant caractérisée comme archive, document, compréhension et interprétation, connaissance donc, savoir, mise à distance, tandis que la première est plutôt affect, vécu, elle se maintient lorsque les gens revivent, réactualisent ce vécu dans la sensibilité. Elle est donc nécessairement parcellaire, partielle, et même partiale. L’histoire peut être universelle, pas la mémoire. Un « devoir d’histoire » s’impose par lui-même, pas un devoir de mémoire. La question est donc celle de l’opportunité du passage de l’une vers l’autre, de la mémoire vers l’histoire. Pas si vite, pourtant : rien ne nous prouve que l’histoire est objective ; au contraire, elle est enseignée avec des intentions bien politiques (exemple donné : la guerre d’Algérie et les manuels scolaires). Il n’y a donc pas seulement « guerre des mémoires » mais aussi concurrence des récits, manipulation et fabrication de l’histoire, négationnismes, histoires officielles et même vérités d’État ; « l’histoire est la plus partiale des sciences » (Romain Rolland). Il y a aussi une mémoire de l’histoire (aussi partielle que la mémoire tout court) et une histoire de la mémoire (qui reste en grande partie à faire). Le devoir de mémoire peut être exercé vis-à-vis de l’histoire elle-même et interpeller l’historien[6]. Cette distinction est donc riche mais pas encore suffisante. Le trio mémoire, histoire et oubli, chaque fois qu’il y a récit, mis en évidence par Ricœur est peut-être plus éclairant. Depuis toujours, la mémoire s’accompagne d’oubli[7]. L’histoire elle-même n’est pas toujours pertinente, et surtout elle n’est pas innocente, comme le disait déjà Nietzsche, il y a une « histoire monumentale », celle des héros, avec toute sa part d’illusions, et une « histoire traditionnelle », celle des antiquaires, qui restent collés au passé, pour qui « tout ce qui est restreint, vieilli, prêt à tomber en poussière tient son caractère de dignité… »[8] Si la mémoire mène à une telle histoire, certes elle pourrait être un frein à l’élan de futur, à la volonté, à la création ; une histoire de morts.    

On n’a pas poursuivi longtemps cette voie… Peut-être justement parce que c’était le 2 novembre, fête des morts. Et les morts on les enterre. Depuis toujours l’humain sait qu’il faut « enfouir » les morts ; il faut qu’ils soient mis en terre dans un lieu particulier pour commémorer mais aussi pour être séparés du monde des vivants… On les commémore, certes, mais en tant que morts[9], les rites et les gestes (le kaddish, par ex.) sont à même d’en éloigner leur présence en les maintenant dans le souvenir. Ne dit-on pas (un peu trop, sans doute) que l’absence de corps des disparus empêche le travail du deuil ? L’enterrement ne l’assure pas, mais le rend possible ; cela se joue cependant dans une dialectique présence – absence. N’est-ce pas là un message fort contre un « devoir de mémoire » et sa dramaturgie de la plaie toujours ouverte ? Et plutôt pour un désir d’apaisement dans le souvenir et finalement dans l’oubli ? Une parole encore plus forte : « laissez les morts enterrer les morts ».

Nécessité d’oubli, donc. Mais combien de morts sans sépulture, de disparus, d’histoires sans mémoire ! Elie Wiesel a dit qu’écrire « constitue un tombeau invisible érigé à la mémoire des morts sans sépulture »[10]. Et jusqu’où MA mémoire doit (ou peut) aller ? Quels morts accepter comme les miens et quels autres laisserai-je sombrer dans le néant sans m’en inquiéter ? Quelles souffrances dois-je faire miennes, quelles revendications et aspirations à la reconnaissance ? Ainsi, la question du devoir de mémoire renvoie à la responsabilité de soi, à la définition que l’on donne de soi-même : devoir pour et envers soi-même : je m’impose de m’en souvenir, comme une exigence, mais difficilement peut-on l’imposer aux autres. Ou alors ce serait un impératif hypothétique, aurait dit Kant, et non catégorique : « SI tu veux éviter d’être insensible et de tomber peut-être dans les mêmes torts que d’autres dans le temps, ALORS tu as intérêt à t’en souvenir »[11]. Nous avons la possibilité d’élargir notre conscience à la conscience souffrante d’autrui, par amour, par égard, par compassion, par respect, mais difficilement par devoir ; tenir en vue la fragilité de l’humain, impératif de conscience, recherche de justice, quête, même ardente d’humanité, mais pas impératif catégorique de mémoire. La mémoire, comme l’amour, ne se commande pas, mais l’oubli intéressé, l’ignorance, le négationnisme et l’effacement, comme la haine, se combattent. Comment ? Avec le devoir de mémoire (!). Voilà le paradoxe.

Conclusion : peut-il (le devoir de mémoire) empêcher le futur ? Certainement pas. Empêcher les horreurs de se reproduire dans le futur ? Toujours (malheureusement) pas. Empêcher d’avancer ? Parfois, lorsqu’il y a névrose, victimisation. Empêcher le travail de l’histoire ? Souvent, lorsqu’il y a abus, « guerre des mémoires », lorsqu’elle est utilisée à des fins partisanes. Empêcher l’apaisement, bloquer dans le ressentiment, attiser les haines ? Oui, lorsqu’elle n’est pas accompagnée de réflexion, de compréhension, de passage à l’histoire, voire de pardon. Pouvons-nous nous passer de devoir de mémoire ? Sensiblement non, sous peine de retomber bien vite dans la barbarie. Voilà encore le paradoxe.         

Y a-t-il des issues ? Oui, parfois la justice, le « travail de mémoire » et d’histoire, la recherche d’une mémoire juste, plus dans le sens de la justesse que de la justice, la philosophie, l’écriture, la parole (commissions « vérité et réconciliation » en Afrique du Sud[12]) lorsqu’elle est libre, libérée du politiquement correct et courageuse, ou encore le pardon, difficile, sans doute, d’où la question de l’imprescriptible[13]. Mais ce sont là bien d’autres sujets, qui se glissent dans l’entrebâillement de la porte de celui qu’on a parcouru ensemble ce dimanche, jour des morts.

 

  1. Pas bien différente de celle-ci : « La commémoration de certains événements –les guerres, les génocides, les crimes contre l’humanité – a pour but de nous rendre sensibles aux "messages" dont le passé est porteur et aux   "leçons" qu’il comporte pour notre présent ». E. Kattan, dans Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, M. Canto-Sperber (Dir.), Paris PUF, 2001.

  2. Deutéronome, 32. 7.

  3. Primo Lévi, Les naufragés et les rescapés. Quarante ans après Auschwitz, Paris, Gallimard, 1989, p. 31. 

  4. « La tragédie (…) imitation (mimésis) qui est faite par des personnages en action et non au moyen d’un récit, et qui, suscitant pitié et crainte (éléou kaï phébou) opère la purgation (katharsin) propre à pareilles émotions (pathématon) », Aristote : Poétique, 1449b, 27-28, Ed. bilingue, Les Belles Lettres, 1969, pp. 37 – 39.

  5. Ricœur exprime ceci dans une formule ramassée : le devoir de mémoire présente le danger de « refermer telle mémoire de telle communauté historique sur son malheur singulier, de la figer dans l’humeur de la victimisation, de la déraciner du sens de la justice et de l’équité ». Paul Ricœur, L’écriture de l’histoire et la représentation du passé, Annales HSS, juillet – août, 2000, p. 736.

  6. « L’historiographie est rappelée à sa relation de dette à l’égard des hommes du passé. En certaines circonstances, lorsque l’historien est confronté à l’horrible, figure limite de l’histoire des victimes, la relation de dette se transforme en devoir de ne pas oublier », Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990, p. 194.

  7. « C’est plus précisément la fonction sélective du récit qui offre à la manipulation l’occasion et les moyens d’une stratégie rusée qui consiste d’emblée en une stratégie de l’oubli autant que de la remémoration » Paul Ricœur, L’histoire, la mémoire et l’oubli, Paris, Seuil, 2000, p. 103. Il s’agit là d’un livre capital pour tous les problèmes qui nous ont occupé.

  8. « … du fait que l’âme conservatrice et  vénératrice de l’homme antiquaire s’y transporte et y élit domicile ». Nietzsche, Seconde considération intempestive. De l’utilité et inconvénient des études historiques pour la vie. Tr. H. Albert, Paris, GF Flammarion N° 483, 1988, p. 95. 

  9. Voir à ce titre, Philippe Ariès, Essais sur l’histoire de la mort en occident du moyen âge à nos jours, Paris, Seuil, 1975.

  10. Elie Wiesel, Legends of Our Time, New York, Schocken, 1982, p. 8. 

  11. Bien que le souvenir de la « Shoah » est évoqué parfois comme un « impératif catégorique ». Voir : Jean-François Forges, « Pédagogie et morale », Le Débat, sept. – oct. 1997, N° 9, p. 146.

  12. Voir à ce sujet l’important travail Sous la direction de Barbara Cassin, « Vérité, réconciliation, réparation » Le genre humain 43, 2004.

  13. Voir : V. Jankélévitch : Pardonner ?, Paris, Le Pavillon, Roger Maria, 1971; réédité sous le titre L'imprescriptible, Paris, Le Seuil, 1986. Paradoxalement, mais les philosophes sont comme ça, le même Jankélévitch à produit un des plus profonds livres sur… Le pardon, Paris, Aubier, 1957.

    Autres livres importants sur le thème :

    Tzvetan Todorof, Mémoire du mal, tentation du bien. Enquête sur le siècle, Paris, Robert Laffon, 2000.

    Alain Finkielkraut, La mémoire vaine. Du crime contre l’humanité, Paris, Gallimard (Folio/Essais), 1989.

    Emmanuel Kattan, Penser le devoir de mémoire, Paris, PUF, 2002.

 

Écouter le débat : c'est ici.

Sujet connexe : Faut-il que le vieux meure pour que le nouveau naisse ? par Gunter ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Du Droit à l'oubli aux tabous de l'histoire
Ecrit par BRITT (animatrice du. 05-11-2008
Prenons le cas d'ARGENTINE: Il a fallu l'arrivée au pouvoir de Nestor Kirchner en 2001 pour qu'enfin on commence à réécrire l'histoire dans les manuels. Beaucoup de jeunes ne savent pas vraiment ce qui s'est passé pendant la dictature militaire de 1976 à 1984: d'autres jeunes de leur âge ont été enlevés et torturés avec des méthodes copiées aux tortionnaires de la Guerre d'Algérie, puis jetés vivants par avion dans le Rio del Plata. Et pourquoi? Leur seul tort était d'avoir voulu alphabétiser les pauvres dans les favelas! On a pris prétexte de cet élan de générosité pour déclarer la guerre civile sous prétexte de sauver "une civilisation" face aux idées "subversives". Lesquelles? celles d'un Che Guévera, celles de MAI 68 et d'une gauche en effervescence dans ces années-là.

Résultat de ce tabou de l'histoire: les tortionnaires vivent leur belle vie dans leurs villas, les jeunes ne savent à peine ce qui s'est passé, car les adultes vivent toujours paralysés par la peur ou croient ce qu'on leur a raconté, à savoir que les victimes étaient des "terroristes"! Les procès ne commencent que maintenant et toujours avec la peur des témoins de se faire tuer ou enlever en plein procès, car cela est arrivé. Alors le droit à l'oubli, non merci!

2. Oubli, mais lequel...
Ecrit par Daniel Ramirez. 06-11-2008
En effet, les procès arrivent bien tard. Au Chili, Pinochet est mort en ayant évité le sien ; mais pas tous les autres. L'histoire est souvent l'histoire des nations, des États, des puissances (armé, église, partis et autres) qui s'arrangent, qui s'accommodant, ce qui peut être malheureusement aussi nécessaire, mais qui passe souvent par broyer les individus, avec leurs souffrances. Mais on fait ce que l'on peut en Amérique du Sud, en Afrique du Sud, peu à peu, au Rwanda, au Cambodge... Cependant, la souffrance n'est pas tout. Ou alors ce serait Schopenhauer qui aurait raison. C'est en cela qu'un droit, ou une certaine nécessité d'oubli (ou de distance) a été évoqué lors de ce débat y compris pour les victimes, surtout pour les victimes, qui voudraient tôt ou tard passer à autre chose et ne plus s'identifier "en tant que victimes". J'espère qu'une lecture un peu rapide n'aura pas conclu qu'il y avait dans ce débat une quelconque apologie de l'oubli tout court... Ce que l'on peut faire dans un débat philosophique est de mettre en relation les attitudes, les pensées, les sentiments moraux, les peser, essayer de les comprendre, plus que prendre position pour ou contre, chose extrême difficile, comme on a pu constater. On peut dire aussi qu'il n'ya pas d'obli sans travail de mémoire mais que toute mémoire implique aussi l'oubli.

3. la mort est -ce l'oubli de l'oubli ou la fin du futur ?
Ecrit par gérard tissier. 06-11-2008
Je me souviens d'un stage de leadership où nous devions passer une épreuve "limite". Et l'animateur de dire " vous pourrez vous souvenir d'oublier ou oublier de vous souvenir mais, quoi que vous fassiez, tout, un jour,;( à la mort) vous sera restitué. Cela m'a marqué. Depuis je me fais une image du passage vers la mort -l'oubli de l'oubli ?- pas très éloigné du jugement dernier où les critères du jugement ne nous sont pas connus avant ( cf St Mathieu )
Dans notre travail de " néantisation " du temps, faire comme si Dieu, lui se souvenait de tout et savait qui nos étions vraiment dans les actes fondateurs de notre vie. Enfin, je veux dire, faire comme si ce qui revient au même ( cf l'œil de Caïn de Victor Hugo)

La mémoire est un sujet passionnant.A l'échelle des générations peut-on se souvenir du patriotisme ? de la fraternité des hommes dans la boue, sous les obus, la fureur, le bruit, la mort ? Nous les représenter? Avons-nous le souvenir de la souffrance que nous n'avons pas vécue et qui pourtant nous a forgés dans notre lignée? Plus loin de nous, comment pouvons-nous comprendre l'angoisse du salut ? Bref que savons-nous de l'Homme en nous et de l'Histoire qui nous traverse ? mais au fait,l'enfer ce ne serait pas la mort du futur? Est-ce le jugement des autres sans rédemption possible( par la réparation, le changement, la pardon ,l'oubli ? C'est les autres disait Sartre et c'est ce qu'il voulait dire.Peut -être, mais au moins on n'y est pas seul !
Ceci dit,je n'étais pas au débat animé par Daniel et je trouve l'article de Marc à son sujet à coté de la plaque ( voir mon commentaire). Celui de Daniel ? zéro défaut. Comme toujours avec lui, j'apprends et cela,j'aime çà !

4. défaut zéro, fantasme ringard ou brosse à reluire de Narcisse ?
Ecrit par invité / visiteur. 06-11-2008
"Depuis toujours l'humain sait qu'il faut enfouir ses morts", vous êtes sûr de ce que vous avancez ?
Parce que dans les pays où le sol est si gelé qu'on ne peut pas le creuser (Sibérie, Chine du nord etc) il existe des coutumes étonnantes.
Chez les nomades de Mongolie par exemple, quand quelqu'un meurt on commence par promener son corps chez tous ceux qui l'ont aimé, et quand famille et amis lui ont dit au revoir, on l'emmène très haut dans la montagne. Là on le laisse dans un arbre, et on sait que les vautours viendront le manger.
Je ne connais pas les liens avec le panthéisme ou le bouddhisme local mais manifestement personne là-bas ne ressent cet impératif besoin d' "enfouir" ses morts. (= rite observé récemment, en 2007)

5. "Memento homo..."
Ecrit par Carlos. 06-11-2008
Deux fois par an (le lendemain du mardi gras et le jour commémoratif des fidèles défunts), les Hommes sont invités par ce verset biblique (« Rappelle-toi, Homme, que tu es poussière et poussière reviendras » – Genèse 3 : 19), à réfléchir sur leur propre existence ; depuis la première sépulture ils ont pris, en effet, conscience de la dimension eschatologique de leur destin. Rien de plus raisonnable donc, motif pour lequel le sujet des Phares du dernier dimanche : « le devoir de mémoire empêche-t-il le futur ? » me rague. Le devoir de mémoire y est pris comme indiscutable, le doute ne se portant que sur son effet sur le futur ce que, dans sa dissertation, très bien structurée au demeurant et abondamment documentée, Daniel essaie d’accréditer.
Il paraît qu’il y avait là, dans « l’art délicat de la philosophie, des écueils et des paradoxes ». Commençons par admettre, déjà, que « le futur » n’existe pas, tant que l’avenir ne nous l’a pas dit ; c’est un présent qui traîne la savate, instant après instant, heure après heure, jour après jour, fait de ce que nous faisons de lui. Puis, le « devoir de mémoire » ! Une camisole morale, raide, sévère, pénible, qui m’apparaît comme l’outrancière exigence d’un pense-bête ou d’un post-it. De par son étymologie, le terme « devoir » nous donne le sentiment d’avoir contracté une dette, alors que l’on n’a pas emprunté ; de s’évertuer à vivre au présent un passé qui nous est étranger ; d’évoquer des fautes de toute évidence perpétrées, mais que l’on n’a pas commises ; de se charger, tout compte fait, d’un sentiment de culpabilité qui ne se justifie pas. Il évoque l’idée d’être redevable envers quelqu’un et soumis à une obligation inéluctable conduisant à la demande d’excuses (pardon à l’Afrique, par exemple, pour un commerce communément pratiqué et réglé, il y a 500 ans), alors que la faute préexiste donc au devoir. Jusqu’où faut-il fouiller pour être assuré d’avoir bien accompli le devoir de mémoire ? Jusqu’au « Big-bang » ? La quête de la mémoire est vaine. Jusqu’à l’agonie, nous sommes tous des survivants de quelque malentendu. Aucune de nos tragédies n’est un drame universel, car l’univers n’a pas d’autre affectation que celle qui est liée au temps et à l’espace ; il n’y a de terre promise pour personne. La mémoire est, certes, la mère de la culture, mais la culture n’est pas un devoir ; elle se transfigure par l’art, le verbe, l’écrit, le récit, une fiction inondant des pages et des pages de douleur et de désir, toujours teintes d’une part d’ombre, domaine de l’intime, à jamais impénétrable ; la mémoire est un passé palimpseste ; le futur, un grimoire.

6. Ethique, métaphysique et indifférence
Ecrit par Daniel Ramirez. 06-11-2008
Le visiteur, c'est drôle, semble m'attribuer une phrase que fait partie de l'intervention d'un participant, qui a insisté, lui, sur l'expression "enfouissement". On fait semblant d'oublier qu'il s'agit d'un débat et non pas d'un exposé de mes idées. C'est un questionnement collectif qui s'appelle café-philo, même si cela ne passionne pas tout le monde. Je ne fais qu'ajouter des références et un peu d'ordre. Evidement, ni l'intervenant ni moi n'ignorons que les Indoues et autres Zikhs brûlent les morts, tout comme beaucoup d'Européens aujourd'hui. Un geste comme l'autre marquent leur passage à un autre monde, séparé de celui des vivants, et c'était ça l'idée.
Mais c'est à Carlos que je voudrais répondre.
Tu sais, nous faisons des Cafés-philo pour discuter, pour confronter des idées, non pas pour approuver, établir, ou renforcer telle ou telle idée, croyance ou mode, encore moins pour justifier telle ou telle croyance religieuse, comme la Mécréante le suggère (vas savoir pourquoi elle croit que je serais catholique). Lorsque tu dis que le sujet prend le devoir de mémoire comme indiscutable c'est parce que tu n'étais pas là. Tu devrais te rappeler que quelqu'elle soit la phrase, nous questionnons l'énoncé, ses termes, la proposition et ses conséquences. Et c'est bien le cas, elle a été longuement discutée.
Il semblerait que tu confonds devoir de mémoire et actes de repentance ainsi que le devoir et la dette. On peut avoir des devoirs qui ne découlent d'aucune dette, comme le devoir de respecter la vie d'autrui. Et le devoir de mémoire peut n'avoir rien à voir avec des actes de repentance, comme lorsqu'il s'applique à se souvenir de ses propres morts, disparus ou persécutés par quelqu'un qui n'est plus là non plus. Une "outrancière exigence" ne peut nous apparaître que si nous ne tempérons pas cette réalité psychologique et symbolique qu'est la lutte contre l'oubli délibéré ou contre l'omission et le refoulement avec le droit d'oubli, de distance et le désir de vérité, d'apaisement, de vie.
Comme tu peux voir le langage est fort insuffisant, autant le terme "devoir" que celui de "droit" n'expriment qu'à moitié ce qu'ils nomment et ils ne sont ni exacts ni exhaustifs. Une question en philosophie ne se répond pas d'emblée, elle se déploie dans des questions composantes à la recherche de sa "question directive" (le terme est de Heidegger, mais on peut l'utiliser pour autre chose que l'être de l'étant) qui reste souvent cachée derrière les préjugés et les convictions. Pourquoi ferait-on de la philosophie sinon ?
Lorsque j'affirme donc que celle-ci est un art délicat, c'est justement parce qu'à chaque instant on peut faire ce genre de confusions et parce que ce genre de sujet est difficile. Les mélanges peuvent conduire à des positions tranchées qui devienent vite agressives pour une partie des gens ou semblent cyniques et désinvoltes.
Par exemple le mélange d'un sujet d'éthique et de politique grave comme celui-ci avec la métaphysique n'est pas très digeste et encore moins quand on n'est pas près d'entrer dans la voie longue de cette métaphysique. Tu sais pertinemment que l'énigme du temps est une des choses qui me fascinent, depuis Aristote, en passant évidemment par Saint-Augustin qui ne s'est pas arrêté comme toi à la simple affirmation que le futur n'est pas encore et que le passé n'est plus (donc il n'y a que le présent que soit réel, sujet qui avait été proposé, d'ailleurs). Il a ajouté que nous avons cette capacité étonnante, qu'il nommait "distensio animi" (Confessions, XI) de nous projeter dans le futur et de nous remémorer le passé (dans le présent, bien sûr). Ce qui change tout, car dans le présent, traînant ou pas la savate, nous pouvons nous souvenir de ce qui n'est plus. Et de ceux qui ne sont plus. C'est justement parce que le passé n'est plus présent à la façon du présent qu'il doit, qu'il peut, qu'il pourrait devoir être sujet de mémoire.
Ce qui nous ramène à la question du débat : le devoir de mémoire ! Et c'est parce que le futur n'est pas encore qu'il pourrait être, d'une certaine façon empêché, entravé (dans son anticipation pour un sujet, dans sa capacité de projet, dans sa liberté).
Discutable, tout ça, bien sûr, comme le "principe de précaution" ou autres expressions dont on abuse. Mais les problèmes sont réels et ce n'est pas parce qu'il y a abus qu'il n'est pas pertinent de s'interroger, y compris sur les abus. Le refus de penser, de questionner, l'indifférence, l'écartement d'un revers de la main des choses qui sont essentielles pour d'autres ce sont les vraies "camisoles morales". On ne s'aperçois pas simplement parce que ce geste procure un certain plaisir à celui qui l'exécute.

7. chacun son métier
Ecrit par invité/visiteur. 06-11-2008
je n'ai pas "fait semblant" : d'habitude les rédacteurs s'expriment si bien que le lecteur comprend tout de suite qui dit quoi dans le débat. Là votre texte c'était pas clair, désolé si j'ai mal compris.
Et si les coutumes des nomades mongols ne vous intéressent pas, tant pis. Je vais m'informer ailleurs.

8. Il était temps !
Ecrit par Chercheur lointan. 07-11-2008
Ça fait plaisir, c'est rare un article profond et si documenté ici. Mais surtout, on ressent, malgré la dialectique, l’émotion que cet échange a dû susciter chez les participants. Malheureusement je n’étais pas là, mais ça m’a beaucoup étonné la désinvolture de l’article du Webmaster Marc, qui se permet de mépriser un sujet si brûlant, même douloureux. Merci pour les indications bibliographiques précises, et merci à tous ceux qui font des cafés-philos de la sorte. C’est une chance pour la philosophie dans la cité.

9. Bruckner
Ecrit par Chercheur lointain.. 07-11-2008
A propos de Bruckner, ex-copain de Finkielkraut, essayiste de vulgarisation, il est spécialiste de la dénontiation facile : il avait déjà commis une "tyranie du plaisir" ou quelque chose de cet ordre.

10. a ça ira ça ira ça ira
Ecrit par café-philiste. 07-11-2008
titre "plus jamais ça": D. Ramirez n'a pas trouvé une photo plus crue ? les hommes sont cruels depuis la nuit des temps mais la mort n'est pas un spectacle.
Et le chercheur lointain a trouvé quelquechose de moins cruel pour l'avenir ? c'est ça qui "serait une chance pour la philosophie dans la cité".

11. Réponse à invité/visiteur, sur 9. et éclaircissement
Ecrit par Daniel Ramirez. 08-11-2008
Avant tout, je m'excuse de ne pouvoir répondre à tous ceux qui interviennent dans ces blogs, par manque de temps. Par ailleurs, j'avais déjà dit que je ne m'intéresse pas à des agressions et à des critiques rapides, phrases pseudo percutant et autres habitudes de l'Internet, parfaitement incompatibles avec la philosophie.

La confusion entre un compte-rendu et un article est possible, bien que nullement pour ceux qui étaient présents lors du débat ou pour qui écouteraient la bande enregistrée. Cette confusion est possible parce que j'omets les "un participant dit ceci", "une autre rétorqua cela","Michelle répliqua", "Paul suggère alors que"... tout ça rallongerait beaucoup le compte-rendu, vu que j'essaye de rendre un maximum d'idées. Je les mets donc les unes à la suite des autres, comme si c’était une méditation en haute voix, plus des citations (il faut bien que le passage à l’écrit apporte quelque chose) qui semblent pertinentes pour lesquelles nous n’avons pas le temps pendant le débat. si elles semblent très organisées, c’est juste un peu plus que lors du débat lui-même.

Lorsque j'anime, tout comme lorsque je rends par écrit un débat (ce qui est assez difficile, c'est pourquoi j'ai souvent admiré le travail de Marc et de Carlos), je me force d'accompagner un parcours d'idées qui ne sont pas les miennes, ce sont celles des participants aux café-philo. Je me suis longuement expliqué sur ce point dans l'article "pour une éthique de l'animation", trouvable dans les pages plus anciennes de la liste d’articles. En fait, un débat ainsi conçu n’est pas radicalement différent d’une dissertation dans la forme, surtout pour une qui garderait la force dialectique de tout raisonnement, c'est-à-dire les oppositions, les thèses, antithèses, dépassements et changements de niveau de réflexion. Sauf que pour le café-philo cela est construit collectivement. C’est l’aspect dialogique du café-philo ; même s’il n’est pas exactement « socratique », il y a de cela quand même.

Je j’avait voulu développer MES idées sur la question du devoir de mémoire et du futur, je me serait pris autrement, car c’est une question qui me touche, par mon histoire personnelle et qui engage le destin de mon pays d’origine. Aussi parce que je la trouve particulièrement importante dans les temps présents et dans une bonne mesure une question piège. Cela aurait pris bien plus que trois pages. La réflexion philosophique demande une grande prudence (« Caute », disait Spinoza), du respect, de l’égard pour la sensibilités d’autrui, mais aussi du courage et de la liberté, ce qui peut justement blesser la sensibilité d’autrui. Seulement la rigueur et le sérieux d’un travail et l’honnêteté intellectuelle peuvent parfois amoindrir ces effets. Il faudrait en fait pouvoir combiner le « caute de Spinoza avec le « sapere aude » (ose le savoir) de Kant. Je le ferais peut-être un jour, lorsque je me sentirai capable.
Daniel Ramirez

12. Erratum
Ecrit par Daniel Ramirez. 08-11-2008
Rectification du dernier paragraphe : où il est dit « J’avais voulu développer... » il doit être dit, évidemment : « Si j’avais voulu développer… ».
Je profite pour dire à Café-philiste (13) que ce n’est pas moi qui ai choisi la photo mais Marc, le webmaster (moi, je ne sais même pas comment mettre une photo dans un article). Aurais-je choisi une autre ? Je ne sais pas ; il est vrai qu’elle est dure, mais il me semble qu’il s’agit d’une affiche historique, faite par des gens qui savaient de quoi ils parlaient. Qu’elle puisse choquer, illustre aussi le fait que le document historique est soumis à une historicité de la mémoire ; cela a été un des thèmes du débat ; son esthétique nous paraît maintenant choquante ou déplacée, mais elle paraissait efficace à ses auteurs de l’époque. Tout ceci est fort intéressant, mais a très peu à avoir avec une mise en spectacle de la mort, la seule chose que vous avez vue.

13. ah ça ira ça ira ça ira, les aristoctates on les pendra .....
Ecrit par café-philiste. 08-11-2008
9 et 13 remercie (et non pas remercient ) Daniel Ramirez d'avoir pris le temps d'éclaircir tout ça :
je n'avais pas encore entendu l'enregistrement du "débat" .
Si je mets débat entre guillemets c'est parce que ces 2 heures morbides ne correspondent pas du tout à l'idée que je me faisais d'un débat-philo. D'ailleurs j'ai remarqué que l'un décrochait ("c'était quoi le sujet déjà ?), l'autre se disait vaguement ému d'avoir senti la terre trembler sous ses pieds (ah bon , évidemment c'est moins triste que d'entendre le traumatisme de l'allemande culpabilisée de façon aussi violente) vous espériez quoi de tout ce déballage ?
Ne répondez pas bien sûr, je comprends que vous ayiez un emploi du temps surchargé. C'est une question que je me pose, c'est tout. Mais si l'enregistrment fait double emploi avec votre papier, la doc que vous ajoutez est peut-être suffisante ? très intéressante d'ailleurs, donc merci encore.
Et j'ajoute un dernier merci pour la photo, on a maintenant des choses à lire autour ... on regarde moins l'image ! C'est un merci à transmettre à Marc si j'ai bien compris.

14. questions à Daniel [partie 1]
Ecrit par Pirmin. 09-11-2008
Merci pour cet article dense.

Mon commentaire, un peu long, est en deux parties.

Une première point sur lequel je souhaite de réagir concerne l’art du questionnement philosophique auquel tu fais allusion en préambule de ton article. Tu invites les philosophes du dimanche, que nous sommes tous, à ne pas s’arrêter devant l’apparente évidence de certaines formulations. Soit. Quant à moi, je serais plutôt enclin, à suggérer ce que l’on fixe comme critère de « bonne question philosophique » le même critère que pour les bonnes questions mathématiques. A savoir : poser clairement et simplement une question d’un intérêt raisonnablement universel dont la résolution ou la discussion qui en découle soit riche de sens. C’est plus facile à dire qu’à faire et quiconque a jamais participé à un débat sait bien que son intérêt se révèle souvent à posteriori. A titre d’exemple l’un des meilleurs débat auquel j’ai participé et je crois que c’est toi qui l’a animé (en espérant ne pas être soupçonné de flagornerie… ;-) ) était concernait avait paradoxalement comme sujet le bavardage., sujet que je considérais à tord, comme futil et inintéressant. Ca n’empêcherait pas toutefois d’avoir ce critère de qualité à l’esprit, du moins comme un objectif souhaitable, que ce soit pour les participants proposant une sujet (dans lesquels, faut-il le préciser, je m’inclus) ou pour l’animateur qui opère la sélection. D’un tel critère de questionnement, j’ai la naïveté d’espérer qu’il permettrait de diminuer la proportion des sujets qui ne recèle aucun questionnement sérieux et qui en définitive sont source de frustration. Des exemples ? « Le vent et le port », le désuet « savoir d’où l’on parle », « signal d’alarme », j’en passe et des meilleures…

Le deuxième point concerne la relation entre les sujets philosophique et l’actualité sociale ou politique. Pour cela, le sujet retenu la semaine passée, me paraît idéal pour illustrer mon propos. Ce sujet, que même le vermisseau de la philosophie que je suis, range parmi les sujets sérieux et intéressants ! Ca formulation originale « le devoir de mémoire empêche-t-il le futur » est un peu saugrenue mais enfin, avec un peu de bonne volonté, on comprend. J’aurais plutôt formulé quelque chose comme « le devoir de mémoire empêche-t-il le progrès? ». Le titre que tu donnes Daniel « Devoir de mémoire, droit à l'oubli ? » est quant à lui plus clair mais sensiblement différent.

Je me permet de copier-coller ce qui m’apparaît comme le cœur de ton propos :

>Nous avons la possibilité d’élargir notre conscience à la conscience souffrante d’autrui, par amour, par égard,
>par compassion, par respect, mais difficilement par devoir ; tenir en vue la fragilité de l’humain, impératif de conscience,
>recherche de justice, quête, même ardente d’humanité, mais pas impératif catégorique de mémoire.

A cette liste, j’ai envie d’ajouter au nom d’une certaine idée du progrès. Il me semble donc que les notions de justice et de progrès peuvent légitimer une lecture plus politique de ce sujet et c’est là que je veux en venir. Tu écris encore :

>[…] un passé douloureux qui ne passe pas et nous empêcher donc
>d’envisager le futur avec un regard neuf, avec optimisme et confiance.
Ou encore
>[…] la mémoire peut être culpabilisante.
Ou encore
>[…] la mémoire de quelques-uns, qui risquent d’être fixés dans leur statut de victimes…

15. questions à Daniel [partie 2]
Ecrit par Pirmin. 09-11-2008
Et la je te pose la question : mais n’y a-t-il donc rien dans l’actualité de la semaine écoulée qui entre en résonance avec tes propos ? Qui permettrait de les illustrer et même d’entrevoir des réponses concrètes à certains d'entre eux? Voici qu’un métisse parvient démocratiquement à la tête de l’état du plus puissant état du monde. Après deux siècles de lutte contre l’un des pires obscurantisme dans lequel l’humanité se soit enfoncé : le racisme qui incorpore toutes les problématiques que tu mentionnes. Est-ce là, selon toi, une chose banale et nsignifiante ? Un détail de l'histoire en quelque sorte?

N’y a-t-il pas la matière à réflexion ? A interroger notre propre société et en particulier les pannes de notre mécanisme d’intégration dont nous nous acharnons à croire qu’il est le meilleur de tous ? N’y a-t-il pas matière à apprendre d’une autre expérience que la nôtre ? C’est pas de la philosophie assez digne pour le Café des Phares ça ?

Pourquoi découpler nos discussions des enjeux politiques et sociétaux ? La philosophie est-elle plus noble quand elle est théorique ? La philosophie a-t-elle moins de valeur lorsqu’on l’illustre avec l’actualité ? A-t-on peur de froisser des susceptibilités ? De créer de la polémique ? Ou alors est-ce de l’inadvertance ? Je ne peux m’imaginer que l’anti-américanisme primaire dont Günter se revendique ouvertement n’est pas répandu au point qu’on considère qu’une sorte d’exemple vient d’être donné par l’Amérique (ce qui n’empêche pas bien entendu de dénoncer les collusions avec les Pinochet et autres salopards). Mais, pour dire les choses que je les pense, éviter de rapprocher le symbole de rédemption que représente l’accession de B.O. à la Maison Blanche du sujet traité aux Phares m’apparaît un peu incongru et presque invraisemblable. En pensant qu’avec 200'000 lecteurs au compteur on nous lit peut-être à l’étranger cela me fait presque honte.

Enfin, Daniel, tu écris :

>Si j’avais voulu développer MES idées sur la question du devoir de mémoire et du futur, je me serait pris autrement,
>car c’est une question qui me touche, par mon histoire personnelle et qui engage le destin de mon pays d’origine.

Personnellement un texte engagé ou tu présentes TES idées m’intéresserait davantage que des discours abstrait présentant les idées d’autres philosophes. La philosophie n’est elle pas aussi et avant tout une forme combat ? Crois-tu sincèrement qu’on puisse combattre sans blesser ? Le vrai ennemi de la philosophie n’est il pas plutôt l’insipidité du politiquement correct que le danger de blesser ? Pour le dire autrement la philo ne devrait pas, le semble-t-il ressembler à la neutralité un peu artificielle d’un article dans Wikipédia.

16. à propos des critiques adressées au webmaster
Ecrit par Pirmin. 09-11-2008
Sans relation aucune avec mes propos précédents, je voudrais encore exprimer ici ma surprise à la lecture des critiques récemment adressées au webmaster bénévole de ce site particulièrement bien tenu. Assurément, elles ne peuvent qu’émaner de deux catégories d’individus. La première regroupe ceux qui n’ont, de toute leur existence, jamais consacré de leur temps libre à autrui. Le seconde est celle de ceux qui n’ont jamais fais l’expérience d’une activité nécessitant un minimum de compétence technique et de discipline. L’intersection de ces deux catégories est non-vide.

17. Les "bonnes questions" de Pirmin [partie 1]
Ecrit par Daniel Ramirez. 11-11-2008
Ma réponse tient aussi en plusieurs parties :

1 ) Sur les bonnes questions, tu l’as dis toi-même : plus facile à dire qu’à faire. Il est évident que nous cherchons les bonnes questions philosophiques, universelles, mais avec 52 semaines par an (52 débats) il est certain que l’on ne peut pas rester sur des grands classiques. Forcement, et c’est aussi l’intérêt de l’exercice, on devra choisir parfois dans l’insolite, tout au moins l’inédit. De là à choisir exprès le bizarre ou le ridicule, sous prétexte d’audace ou va savoir sous quel prétexte, il y a une différence. Mais je dois te rappeler que Marc Sautet aimait bien (et nous aussi) les sujets insolites, ceux qui ne seraient jamais proposés dans un séminaire ou un colloque. Je reste convaincu que c’est possible, que ce qui fait les mauvais débats n’est pas seulement le mauvais sujet mais le traitement qu’on lui réserve. Si c’est une longue collection d’opinions, des jeux de mots et des associations d’idées, c’est presque sûr que l’on va vers un ennui certain.
Bref, il ne faut pas seulement chercher la bonne question philosophique mais chercher ce qu’il y a de philosophique dans toute question (ou affirmation).

2) D’accord que l’idée de progrès aurait pu avoir été mentionnée. Mais pour argumenter quoi ? En quelque sorte elle a été évoquée, car pour Nietzsche, par exemple, c’est cette passion pour le nouveau, pour la création, qui justement se voit empêché par un excès d’étude historique d’antiquaire. Tu n’est pas sans savoir, d’ailleurs, que l’idée de progrès est une de celles qui est de bon ton de décrier au Café des Phares : le progrès a échoué, la dérive l’esprit prométhéen, la toute-puissance, etc. Moi, j’aurais été d’accord, il y a un progrès à réaliser un véritable « travail de mémoire » qui nous fais avancer dans un état de résolution de nos conflits et douleurs.

3) sur la pertinence d’inclure une discussion sur l’élection d’Obama dans les commentaires, sans doute, mas encore une fois vers quoi (en rapport avec le sujet) ? Pour moi cela aurait été, et je suis en cela d’accord avec toi, le formidable symbole et élan d’espoir qui implique avoir élu un métis à la tête d’un État gigantesque que cela fait seulement quelques décennies n’accordait pas les droits civiques aux noirs. Ca c’est du progrès ! (Mais le progrès est mal vu). Comme le fût l’abolition de l’esclavage, la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud. La chute du mur.
Cependant, le ton de la discussion à la suite de l’article de Marc, entre antiaméricains primaires et les autres, les émus (à juste titre) ne m’attirait pas vraiment. Il viendra le temps des discussions apaisées sur les vrais sujets de philosophie politique. Je suis un lecteur de la philosophie américaine ; cela me passionne. Mais je ne peux pas débattre avec des gens qui regrettent que Barak Obama ne soit pas le Ché Guevara. Ça n’a aucun sens. En fait, j’ai l’impression que ce n’est pas qu’ils pensent et qu’ils regrettent que rien ne va changer, mais qu’ILS SOUHAITENT que rien ne change (!), pour pouvoir continuer à avoir comme bouc émissaire le grand méchant Oncle Sam. Au fond, ils voudraient que BO se casse la figure au plus vite pour revenir aux bons vieux clivages faciles. Cela s’appelle la politique du pire. Un exemple : protester parce qu’il ne retirera pas tout de suite les troupes de l’Afghanistan (en laissant le pays aux Talibans, bien sûr) montre l’absence de pensée politique. Rien n’est plus complexe que cette guerre-là, ce pays-là, cette situation-là. Protester parce qu’il a dépensé beaucoup d’argent dans la campagne : voudraient-ils qui eut dépensé moins, et qu’il eut vaillamment perdu, pour avoir Mc Cain et continuer à pester contre les USA sans prise de tête ? Non, merci ; de toute façon, on a déjà essayé de me présenter comme un type de droite (comme si c’était un argument) et ça continuera ; donc, non, merci !

La suite demain, peut-être. Bonne nuit !

18. ma question reste entière
Ecrit par squaw. 11-11-2008
Vous vous adressiez à Pirmin, donc je me contentais de lire en diagonale vos propos.
Mais en voyant que vous lui parliez d'"argent dépensé par Obama" je me permettais de rectifier une telle énormité.
Ceci étant dit, ma question était d'un autre ordre, et je m'étonne que vous n'y répondiez pas :
ma question concernait le site = est-il politique, économique ou philosophique ?
En fait je le vois se transformer en champ de bataille :
cette guerre des chefs, ces reproches aux rédacteurs, c'est consternant.
C'est facile de chipoter sur une phrase pour éviter de répondre à ma question. Et prétendre que je lance des piques ? je sais que la meilleure des défenses c'est l'attaque, mais c'est justement ce genre de comportement que je trouve indigne.
La nuit dernière ne vous a pas porté conseil. Maintenant si vous êtes indifférent à la désaffection du site par tous les internautes les uns après les autres, c'est votre choix. Vous assumerez.

19. Champ de bataille ?
Ecrit par Daniel Ramirez. 12-11-2008
Oui, votre question reste entière, mais ce n'est pas à moi d'y répondre. Je n'ai pas cessé d'essayer de ne retenir que l'aspect philosophique des sujets. Je réponds à Pirmin parce qu'il se donne la peine de développer ses pensées; il n'y a pas de "champ de bataille"; vous, vous avouez lire en diagonale. Qu'est-ce que j'ai à faire de gens qui lisent en diagonale ? En tout cas, la politisation, les discussions idéologiques, le droite/gauche, les accusations, cherchez bien, ce n'est pas moi. Je n'ai, en outre, participé à la moindre guerre de chefs, malgré les tentatives de m'y faire entrer. Si elles ont lieu, c'est sans moi.
Pour la "désaffection du site", je ne sais pas de quoi vous parlez : il y a de plus en plus visites. Il se pourrait d'ailleurs, que ce soit justement dû au ton polémique et au "champ de bataille" que vous mentionnez... je n'en sais rien. J'assume ce qui me revient.

20. Réponses à Pirmin [17]
Ecrit par Daniel Ramirez. 13-11-2008
Je réponds maintenant à la suite, surtout à ce topique de l’expression personnelle, qui revient souvent. Tu dis : « Personnellement un texte engagé ou tu présentes TES idées m’intéresserait davantage que des discours abstrait présentant les idées d’autres philosophes » D’accord qu’un texte engagé est plus engageant, mais ce n’est pas un compte rendu d’un débat. Et mon article c’est ça. Je dis que je le ferai un jour, lorsque je me sentirai capable ; il faut me croire. Il y a des sujets que l’on ne traite pas rapidement, si l’on veut apporter vraiment quelque chose en philosophie et non pas simplement s’inscrire dans une position déjà existante. Un café-philo c’est autre chose, c’est une sorte de mise en bouche philosophique où chacun peut risquer sa parole puisqu'elle est en quelque sorte protégée par le cadre, quitte à l’approfondir par la suite.

Mais la suite de la phrase, je ne la comprends pas du tout : « des discours abstraits présentant les idées d’autres philosophes ». Mais quand est-ce que j’ai fait une chose pareille ? Déjà, pourquoi « abstraits » ? Les discours concrets, c’et quoi ? Il y a ET de l’abstraction ET du concret dans tout discours, autrement nous serions collés à l’expérience immédiate, comme le veut un certain pascal b, qui aimerait se passer de théorie ; nous sérions immergés soit dans la perception pure (expérience passionnante d’ailleurs, que l’on peut atteindre avec certains exercices de za-zen) ou dans le courant de la conscience (expérience de la littérature du Xxe. Ex : Joyce, Carlos Fuentes…) ; dans le premier cas, il n’est nullement question de discours : c’est le silence qui s’impose, dans le second, c’est un champ d’expériences esthétiques, passionnantes, mais là encore, la philosophie n’a pas grand-chose à y faire.

Et puis, cette question des « idées d’autres philosophes ». Encore une fois, quand est-ce tu m’as entendu exposer les idées d’autres philosophes ? Ah oui, lorsque j’enseigne, dans mes séminaires. Mais pas dans le café-philo. Ni dans un compte-rendu. L’enseignement est indispensable. Mais cela n’a pas grande chose à voir avec les café-philo. Une parole engagée ? Je n’y manque pas, lorsque je fais des conférences, ni dans mes écrits. Encore qu’engagée, pour moi, ne veut pas dire retomber dans la doxa politicienne. Mais encore une fois (même s’il n’y a pas de conseil de l’ordre des animateurs ou quoi que ce soi de la sorte, heureusement), je tiens pour une sorte de faute d’éthique professionnelle prendre le statut d’animateur d’un café-philo comme une tribune pour la promotion de ses idées et ses engagements (si politiquement corrects soient-ils).

Pour ceux qui ne comprennent pas cela, en avançant l’impossibilité ontologique de toute neutralité, j’essaye d’être un peu plus explicite :

Il faut chercher une sorte de neutralité méthodologique, un principe d’impartialité réflexive : l’animateur est là pour accompagner la réflexion et le travail de la pensée de ceux qui viennent. Cela est déjà un acte politique car ce n’est pas la même chose pour une société, s’il y a une population qui pense, qui s’exerce à le faire avec cohérence, à argumenter, à analyser, à problématiser, à contredire, à prendre la parole en public. C’est une sorte d’éducation à la citoyenneté. Elle est forcément critique, idéalement lucide, mais pas obligatoirement radicalisée, foncièrement partisane.



 
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