Obama, sauveur de la démocratie ?
Écrit par Marc Goldstein   
09-11-2008

Parmi les douze sujets proposés ce jour-là aux Phares, l’animateur choisit : « La démocratie a-t-elle besoin de sauveur(s) ? » C’est un sujet d’actualité, qui a déjà commencé à être traité dans les commentaires de la semaine passée ; et l’occasion de réfléchir philosophiquement sur l’actualité semblait trop belle pour la laisser passer. L’auteur du sujet l’introduisit en mettant en avant l’incompatibilité de ce besoin (de sauveurs dans une démocratie), en faisant référence à Daladier au retour des accords de Munich – voulant sans doute dénoncer les faux espoirs que fait naître l’élection d’Obama – et en évoquant la grande mystification des élections américaines. À contre-courant de la liesse ambiante, cette position m’apparut à la fois courageuse et infondée. Qu’allait donner la suite ? Mystère…

Les premières interventions mirent en avant les émotions suscitées par l’élection d’un président noir outre-Atlantique. L’expression « les larmes aux yeux » revint plusieurs fois. Bref, vous aurez compris qu’il s’agissait de la séquence émotion. Que l’élu du peuple puisse éventuellement décevoir par la suite, tout le monde en convenait, mais il était un symbole d’espoir, un symbole efficient. « Je ne crois pas à l’homme politique providentiel, il n’empêche : le monde après cet événement n’est plus le même » lança une intervenante. Certains firent remarquer que si un régime a besoin d’un sauveur, c’est qu’il n’est pas démocratique, manière de reformuler plus clairement ce qu’avait dit l’auteur du sujet dans son introduction. D’autres se demandèrent si Obama allait être plus fort que l’argent ? D’autres encore se réjouirent que les Américains aient élu le plus intelligent et non le plus riche. D’autres enfin soutinrent qu’une pensée critique ne doit pas être pessimiste, considérant que rejeter l’élan de tout un peuple serait absurde et néfaste.

Autre pays, autres mœurs : la France n’a pas été capable d’élire une femme, mais les USA étaient prêts à élire Hillary Clinton. N’empêche, les mêmes USA auraient été incapables d’élire un athée. D’où la pertinence du mot « sauveur » dans la formulation du sujet. Qu’importe, le fait est là : le nouveau président a su inciter le peuple américain à dépasser ses contradictions. L’auteur du sujet, bien isolé au sein de l’assistance dans son rôle de Cassandre, tenta d’enfoncer le clou en affirmant que des expressions comme Yes we can ! ou Do it ! étaient révélatrices du règne de la toute-puissance. Une participante pointa qu’en France, nous assimilons souvent à tort la gauche aux Démocrates américains et la droite aux Républicains. D’après elle, les idées des Démocrates seraient plus proches du centre-droite et celles des Républicains de l’extrême droite. Quelqu’un rappela qu’en démocratie, voter consiste à voter en méconnaissance de cause, comparant les Américains à des enfants adaptés rebelles (en analyse transactionnelle). Cela étant, devant l’ampleur des défis à relever (guerres, crises, réchauffement climatique,…), il n’est pas surprenant que des citoyens responsables choisissent de voter pour un candidat qui incarne le changement plutôt que pour un candidat conservateur.

Une participante fit pertinemment remarquer qu’en cristallisant sur les élections américaines, on risquait de passer à côté du questionnement principal qui pourrait être : qu’est-ce que la démocratie ? « C’est vrai, on se croirait sur LCI ! » lança l’intervenant suivant. En fait, Barack Obama incarne un projet collectif, il n’est pas lui-même ce projet. Grâce à lui, une partie de la population parmi les plus défavorisés, et jusque-là résignée, a pris conscience qu‘elle pouvait aussi être une force politique. En démocratie, c’est toujours le peuple qui sauve ! a-t-on pu entendre. La question se posa de savoir si les USA étaient ou non une démocratie. N’est-ce pas plutôt une oligarchie (gouvernement d’un petit groupe) ? Car la démocratie est un système contradictoire qui repose et se sert des inégalités, des laissés-pour-compte. Pour quelques-uns, Obama incarne avant tout le messianisme, un discours, un dire, un projet, un charisme. Il incarne un rêve, un avenir meilleur ; il pose implicitement à ses compatriotes la question : êtes-vous dans le projet ou hors du projet ? Si la démocratie a besoin d’un sauveur, ce sauveur ne peut-être que chacun d’entre nous.

L’auteur du sujet clôtura le débat en faisant une nouvelle fois part de son extrême méfiance à l’égard du nouveau président, lui reprochant de n’avoir jamais dénoncé le néolibéralisme au cours de sa campagne, qui à ses yeux fait aussi fausse route que le stalinisme. L’ère de la solidarité et de la fraternité entre les peuples, à l’antithèse du self-made-man, s’accommode mal selon lui de slogans comme yes we can. Dans le même temps, il insista sur le rôle de la philosophie qui est de rêver autrement le quotidien, qui est de se poser la question de comment ça devrait être au lieu de comment ça fonctionne. Et là quelqu’un, et pas n’importe qui, le président d’une des plus grandes puissances mondiales, propose une nouvelle direction, un nouveau projet qui va a priori dans le sens d’un progrès humaniste, dans le sens du rêve de Martin Luther King, mais... Attention ! Danger ! Ne vous laissez pas manipuler ! J’ai un peu de mal à comprendre. Qui croire ? L’avenir le dira.

 

Écouter le débat : c'est ici.

Sujet connexe : En démocratie, le peuple a-t-il toujours raison ? par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. La saveur du sauveur
Ecrit par Georges. 10-11-2008
La démocratie a-t-elle de la saveur ou de la platitude ?
Y a-t-il deux saveurs artificielles qui font honte au gouvernement du peuple ?
Oui, il y a...
1. Le capitalisme avec son symbole (le lion comme predateur et roi des animaux)
2. Le concept de la poli tique (le tique poli)

par Georges de Bruxelles / Geo Brux Belg

2. Un point de vue du Brésil
Ecrit par Nicia (Campinas). 10-11-2008
Cet article de café-philo sur Obama m'a fait penser aussi aux changements qui ont eu lieu soit au Brésil dans un premier temps, soit maintenant aux EU.

Chez nous (au Brésil), peuple qui attribue une valeur démesurée aux diplômes, au berceau des biens-nés, au discours élaboré, etc., un métallurgiste arrive au pouvoir et marque sa présence non seulement par une réélection, mais soustrait le pays de ceux qui dépendent des nations riches, de telle façon que la crise mondiale nous affecte peu en ce moment -- on sait qu'elle arrivera comme elle le fera n'importe où, mais on est sereins, car maintenant on a de l'argent, on a une stabilité rassurante, on a des devises des sols (pétrole) et tout indique qu'on survivra sans grands bouleversements sociaux.

Aux EU, un Noir arrive au sommet du pouvoir de la plus grande puissance mondiale. Oui, je me méfie aussi de lui, mais il représente quand même un solennel NON au pouvoir encore en place, à la politique menée et -- je le souhaite vivement -- un enterrement définitif de la dynastie Bush, si nocive et malveillante pour le monde entier. Je déteste la culture américaine du winner, du mépris pour le looser (et, sur un plan ou un autre, qui ne l'est pas ?). Je pense que c'est de l'ordre de la secte cette recherche sans merci pour être le meilleur -- ou sembler l'être. Je pense aussi que les Américains sont un peuple belliqueux et d'une hypocrisie sans limite voilée derrière la religion. Je n'aime pas non plus le way of life américain. Mais il faut dire à leur décharge qu'ils ont abandonné leur racisme afin d'éviter la dérobade, le mauvais chemin qui s'annonçait pour eux, surtout depuis Bush père, accentué par son "mauvais baiser" (on dit chez nous que Bush père aurait mieux fait de s'endormir la nuit où il a conçu l'espèce de bête qui est son fils).

On a l'habitude de dire "qu'il faut miser pour voir". Je crois que c'est ça que les Américains ont fait et nous aussi, le reste du monde, allons miser pour voir ce que ça donne. J'espère que ce sera moins mauvais que le gouvernement des Républicains, surtout celui de Bush.

Un ouvrier nordestin chez nous, un Noir pour les Américains. Pour le meilleur et pour le pire, un changement jamais songé.

3. Libéralisme et Stalinisme??
Ecrit par Jean. 11-11-2008
> néolibéralisme..., qui à (les yeux de l’auteur du sujet) fait aussi fausse route que le stalinisme.

Est-ce qu'il a vraiment dit une chose aussi insensée? Peut-être il voulait dire 'néoconservatisme' - mais même en ce cas là, c'est plus qu'absurde de le comparer avec un régime qui a systematiquement assassiné (au moins) 20 million êtres humains.

4. Un peu d'histoire
Ecrit par Alain. 11-11-2008
Je ne crois pas que la démocratie en Amérique avait besoin d'être "sauvée", mais ce sujet donne envie de faire un peu d'histoire.
L'idée d'un sauveur ne fait pas partie de la culture démocratique, elle en est même l'opposé. Il n'empêche que l’histoire du 20ème siècle a montré ce à quoi l’absence de "sauveur" pour la démocratie a pu conduire : c’est Hitler et non Léon Blum qui a "fait l’Histoire" ! Au contraire, il y eut en France un homme providentiel pour dénouer le psychodrame algérien en 1958-62, ce qui nous épargna sans doute une guerre civile. Bien sûr, c’est une preuve d’immaturité politique pour ce pays (l’opinion publique) et sa classe politique, la France est loin d’être un modèle de culture démocratique, mais il fallait au moins quelqu’un qui sauve la démocratie institutionnelle et la paix civile.

5. Insensé ? (Réponse à Jean)
Ecrit par Gunter. 12-11-2008
Comment faire le bilan des victimes du capitalisme ? Des historiens sérieux mettent par exemple à sa charge le colonialisme, les deux guerres mondiales du siècle dernier, la guerre du Vietnam, aujourd’hui celles de l’Iraq et de l’Afghanistan...
Mais je ne voulais absolument pas faire de comparaison (macabre) de ce genre, je disais et je continue de dire que le « tout privé » (y compris l’éducation, la santé publique, l’énergie, la poste, etc.) est aussi absurde que le « tout public » (nationalisation des terres, boutiques, PME, etc.).
Est-ce vraiment insensé ?

6. L'art de nous prendre pour des ***
Ecrit par Dérisoire. 12-11-2008
Mais c'est bien sûr ! Gunter ne voulait ABSOLUMENT PAS faire une comparaison macabre. Il voulait faire une comparaison neutre, factuelle, bienveillante, gentille... Le problème, c'est que lorsqu'on évoque un régime comme le stalinisme, comment ne pas penser à son côté destructeur, néfaste, radical ? Comment ne pas l'associer à des millions d'innocents sacrifiés ? À l'évidence, peu de régimes hors le régime fasciste peuvent soutenir la comparaison. Mais heureusement, Gunter est là ! Et muni de sa boule de cristal et d'historiens "sérieux" (pour une fois, on n'a pas eu droit à la litanie de références), il nous met en garde... Si ça c'est pas de la paranoïa, c'est quoi ?

7. Illumination
Ecrit par Jean. 12-11-2008
> Comment faire le bilan des victimes du capitalisme ? Des historiens sérieux
> mettent par exemple à sa charge le colonialisme, les deux guerres mondiales du
> siècle dernier, la guerre du Vietnam, aujourd’hui celles de l’Iraq et de l’Afghanistan...

C'est fascinant. Le colonialisme (Belgique? Brittanique? Francais? Romain?) était une initiative capitaliste.
Et les deux guerres mondiales aussi, au lieu d'être lancé par des pays nationalistes/fascistes, comme on croit si naïvement. Quant à la guerre en Afghanistan, j'aurais cru que c'était la petite provocation de Bin Laden et les Talibans qui l'a causé , mais non! C'est le capitalisme encore.

Ça explique aussi comment on peut faire l'équivalence entre « tout privé » / « tout public » sur un côté, et capitalisme / stalinisme sur l'autre. Enfin je vois clair.

8. Ceux qui ont accueilli Obama comme un sauveur ne disent plus rien maintenant ?
Ecrit par . 19-01-2011
Comment faire le bilan des victimes du socialisme ?
Sans remonter à Staline, à ma connaissance ni Gnagbo ni Ben Ali n'ont jamais été exclus de l'Internalionalisme socialiste. Même DSK a un jour présenté la politique tunisienne comme "un exemple à suivre" (!!!).

Je ne pense pas qu'il soit bon de faire la politique sur ce site, c'est pourquoi je prends le temps de demander à Alain d'être prudent : si les Barbus succèdent à Ben Ali (la Syrie se frotte les mains)...nul ne sait de quoi demain est fait.

Donc laissons les Tunisiens gérer au mieux leurs problèmes, et ne portons aucun jugement (surtout sur un site dit philosophique).
Si Dieu est dissous dans l'univers depuis longtemps, on va dire inch Allah ?

9. site philo ou site politique ? question déjà posée au mois de janvier
Ecrit par 8. 31-10-2011
Dans son "jour de colère"(blog), Daniel Ramirez trouve qu'en Tunisie l'odeur n'est plus de jasmin mais de poudre... ah bon ? il y a longtemps que je l'avais écrit ça. Maintenant il ajoute " en attendant qu'un processus politique débouche sur un changement démocratique comme il est en cours en Tunisie".... c'est une plaisanterie ou une figure de style ?
Ceux que j'appelais les barbus dans le post précédent me semblent en situation de force. Dieu n'est pas mort dans les pays arabes, or la démocratie c'est la voix du peuple . Les philosophes du dimanche rêvent l'histoire avec leurs mentalités occidentales, avec une méconnaissance abyssale du terrain.
Si vous êtes contre la peine de mort il fallait venir débattre au Café des Phares le jour où Bruno a lancé le sujet. C'eut été plus pertinent que d'affirmer ici vos positions politiques.
Vous allez me dire que BHL est un grand philosophe et que c'est grâce à lui qu'on a craqué 300 millions d'€ pour que la Charia soit re-habilitée en Lybie ? Comprends plus ce que c'est que de philosopher.....
Une chose est sûre, si le patron du café des Phares en a ras l'bol de vous entendre il a le droit de mettre la télévision pour que ses clients regardent le match de rugby. Il peut même fermer sa boutique pour travaux, vous pourrez aller faire de la politique ailleurs. Ce serait dommage.....

10. Il faut apprendre à lire d'abord
Ecrit par Bernard Lavelle. 31-10-2011
Le pauvre anonyme qui commente le blog-philo n’a même pas bien lu. Daniel Ramirez ne dit nulle part que ça sent la poudre en Tunisie, mais en Libye. Et c’est le fond de l’argument : on a aidé une révolte armée au lieu de protéger les mouvements pacifiques, d’abord en Tunisie, puis en Egypte, en Syrie, au Barheïn, au Yémen. On ne doit pas trop s’attendre alors à que la démocratie surgisse dans ces conditions. Bien sûr, il est extrêmement coûteux d’agir sans mandat de la ONU et la Chine la Russie bloquent des résolutions contre la Syrie, mais rien d’excuse de ne pas présenter de projets de résolution et de ne pas protester énergiquement ou de ne pas proposer de boycotts contre ces dictatures (il ne faut pas de mandat pour cela). Quant aux « barbus », il semble bien que le premier texte de Ramirez, de janvier 2011, en éloge de la révolution tunisienne. Ce texte était d’abord une critique féroce de l’aveuglement occidental, il explique qu’on n’a rien vu et pourquoi, on n’a rien vu, et il prévoyait déjà une possible réislamisation, des mouvements contraires et de tensions issues de la révolution de jasmin, qui ne serait certainement pas exactement, selon lui, ce que l’on voudrait en Occident. Ca gagne à être relu aujourd’hui, ce qui n’est pas le cas des gesticulations d’un BHL ou d’une grande partie des éditos de l’époque.

11. Lire de la politique de bistro sur un site philo, aucun intérêt.
Ecrit par 8. 31-10-2011
"Le pauvre anonyme" ne comprenait votre insistance à parler politique sur un site dit philosophique.
Mais comme il n'est pire sourd que celui qui ne veut entendre, continuez je vous en prie : et l'ONU par-ci et la Chine par-là et Ramirez a dit ci et a dit ça (et fallait pas tuer Khadafy, et fallait pas tuer Ben Laden) on se fout de ses points de vue politiques.

12. De la politique ou de la philo, mais il faut lire d'abord.
Ecrit par Andrea. 01-11-2011
Celui que ne trouve pas intérêt qu'il poursuive son chemin.C'est "8" qui a commenté ici l'article de Daniel Ramirez, qui est mis sur son blog et non sur le site. En outre, il est un peu étrange cette séparation de la politique et de la philo. Est-ce que "8" propose des idées philosophiques, puisqu'il tien au caractère philosophique du site? Lesquelles?
Et puis, comment trouver de l'intérêt si on déforme totalement les propos des autres. N'importe qui sachant lire peut voir que Daniel n'a nullement dit qu'il ne fallait pas tuer Kadhafi, ou Ben Laden. Il exprime un ras le bol de la justice expéditive du lynchage et du bombardement. "si l’on préfère mille fois la démocratie et l’État de droit, n’est-ce pas en grande mesure parce que les dictateurs (et les terroristes) se permettent d’éliminer des gens sans procès et que les démocraties sont censées ne pas le faire?" L'argument est imparable, me semble-t-il. Le monde "démocratique" perd son âme très facilement, et l'on passe son temps à diaboliser un tel ou un tel, à fabriquer des ennemis pour ensuite envoyer des drones, des missiles, des commandos. Lire d'abord.
Le N° 8, semble ne pas apprécier, tant pis pour lui. Il semble apprécier par contre l’autoritarisme qui consiste à virer le café-philo par cause de match retransmis à la télé (on est tombé bien bas) et l’esprit de moutons de ceux qui se laissent renvoyer ailleurs. Il n’est pas étonnant qu’il apprécie aussi qu’ils se laissent avec la même passivité et conformisme déposséder du café-philo par un imposteur (auto-désigné « cofondateur ») qui vient administrer les animations. Tout est cohérent.

13. Des nouveaux tartufes
Ecrit par un littéraire. 01-11-2011
"Le pauvre homme!", comme n'arrête pas de dire Orgon. Il se prend pour quelqu'un, il vient ici donner de leçons de philosophie (pas de politique, s'il vous plait, quelle horreur!). Un peu comme l'autre qui se prend pour le cofondateur, pour justifier sa prise de pouvoir. La tartuferie est à l'ordre du jour dans le milieu des cafés-philos.

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