L'espoir n'est-il qu'une illusion fâcheuse ?
Écrit par Marc Goldstein   
23-11-2008

Pas moins de 23 sujets ont été proposés en ce dimanche 23 novembre par un public nombreux et enthousiaste venu assister au traditionnel café-philo des Phares. L'animateur, en faisant remarquer que les thèmes du jours ne manquaient ni d'intérêt ni d'humour, choisit : « L'espoir n'est-il qu'une illusion fâcheuse ? » et donna la parole, comme il est de tradition, à la personne qui avait proposé ce sujet. « Est-il possible de vivre sans penser que demain m’apportera peut-être ce qu’aujourd’hui je n’ai pas ? » proposa-t-elle en introduction du débat. L’esprit ne pouvant apparemment fonctionner qu’en allant du plus simple au plus compliqué, c’est sur une banalité que s’engagea les échanges : l’espoir nous aide à vivre (pour ne pas dire « l’espoir fait vivre ») en nous permettant d’accepter la réalité.

Mais le stade de la banalité allait très vite être dépassé, pour laisser le champ à des investigations plus vastes : pourquoi l’espoir serait-il une illusion, d’abord ? objecta une intervenante. Le présupposé de la question – qui assimile espoir et illusion – était ainsi remis en question. Bon signe. Mais n’est-ce pas remplacer ce présupposé par cet autre qui serait que l’espoir est nécessairement connoté positivement ? Quand on est malade, on lutte bien avec l’espoir de guérir… Quelqu’un fit remarquer que la notion d’espoir était liée au temps, un autre que les notions d’espoir et de désespoir relevaient d’un principe commun (foi ou non foi en l’avenir), une autre personne cita le Bonheur désespérément de Comte-Sponville. Est-il possible de vivre sans aspirer à quelque chose ? Comment se contenter de prendre ce que la vie nous offre ? On alla chercher jusque dans l’étymologie de nouvelles sources de réflexion : souffle, respiration, vent… L’espoir est souvent le moyen employé par le politique pour dicter au peuple le champ des possibles, ce que dénonce Alain Badiou. Le champ des possibles est formé de l’ensemble des espoirs de chacun d’entre nous, et n’a pas à être suggéré ou organisé de l’extérieur.

L’animateur proposa la piste de réflexion suivante : espérer, désespérer, c’est spéculer sur l’avenir de nos actes. Or, cette spéculation est-elle nécessaire ? Bien qu’il ne soit pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer (Guillaume d’Orange), nous semblons agir comme des moucherons emportés par le courant et non comme les capitaines de nos vies respectives. Comment expliquer ce comportement ? Pourquoi l’espoir agit-il comme un moteur de motivation ? C’est qu’il semble complémentaire à l’action, pour lui donner sens, pour la renforcer : le jardinier paysagiste plante des graines, mais espère que la composition qui en résultera sera belle. Il y a tant de paramètres à prendre en compte (exposition au soleil, terreau, lieu, passants, climat,…) qu’on ne peut qu’espérer et non être sûr. « Trop espérer est dangereux, mais espérer un peu, c’est peut-être une bonne chose » lança un participant.

Quelles sont les alternatives à l’espoir ? le désespoir ? Pas vraiment, il procède par symétrie de la même attente, en pire. Que se cache-t-il au fond derrière l’absence d’espoir ? Est-ce qu’une personne qui n’espère plus se condamne elle-même ? Est-ce le renoncement ? L’espoir énergise, désangoisse. La formulation du sujet évoquait pour certains le jugement dédaigneux de la rationalité sur l’affectif. Mais ne faut-il pas contextualiser la problématique et analyser chaque cas séparément, sans chercher à généraliser : les réponses varieront nécessairement en fonction de la condition sociale, de l’âge, de la situation propre à chaque personne qui se pose la question de l’espoir en tant qu’illusion. Pour d’autres, convenir que l’espoir est une illusion fâcheuse, c’est accepter l’euthanasie.

Mais pour l’animateur,  l’espoir est simplement un moyen dont on peut se passer et dont il faut se libérer si l’on souhaite atteindre une lucidité nouvelle. Le moteur d’action que représente l’espoir peut très bien être remplacé par les valeurs et les principes personnels : il n’est pas nécessaire d’espérer en un résultat pour agir. Qu’est-ce qui conditionne nos actes ? la valeur (au sens éthique) de l’action envisagée ou le résultat espéré ? Cette invitation à l’action sous-tendue par la dignité parut suspecte à certains : en prônant une action désintéressée, non profitable, n’est-on pas en présence d'une forme de narcissisme caché ? Non pas, répondit l’animateur, il s’agit de parvenir à une maturité que l’être ne peut atteindre qu’à travers un cheminement émancipatoire : « Sans espoir ni désespoir, je suis enfin libre ». Pour d’autres, l’espoir est à distinguer aussi bien de l'espérance que de l’illusion. Il correspond au contenu affectif, au désir de réalisation qui accompagne un contenu de conscience. C’est en quelque sorte le bagage émotionnel qui accompagne tout projet. L’espoir agirait comme une force capable de transcender les difficultés du monde réel.

En deux heures de débat, on n'a pas pu déterminer si l'espoir était une illusion, et donc si cette illusion était ou non fâcheuse. La question restait donc entière. Pour autant, comment ne pas voir dans l’espoir une spéculation, un pari au sens pascalien, l'attrait d'un profit à venir. Comme il spéculerait en bourse, celui qui espère spécule sur sa paix intérieure. On peut dire quelque part qu’il cherche à profiter de la vie, au prix de sa liberté. Car espérer, c’est aussi craindre que ce qu’on espère n’arrive pas, c’est donc vendre son âme au diable spéculateur. De plus, espérer n’est-ce pas finalement s’en remettre à d’autres, différer la résolution d’un problème ? Ne vaut-il pas mieux se fier à l’adage : « Fais ce que dois, advienne que pourra », qui revient à remplacer l’espoir par le devoir moral ? Entre l’angoisse existentielle et vitalisante d’un Kierkegaard et la volonté lucide et désillusionnée d’un Sénèque, chacun agit face à l’espoir autant en fonction de sa sensibilité que de sa rationalité. Il ne suffit pas de déclarer que l’espoir est vain pour cesser d’espérer… qu’on a pu se tromper.

 

Écouter le débat : c'est ici.

Sujet connexe : L'espoir fait-il agir ou languir ?

 

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1. Citations
Ecrit par Georges. 23-11-2008
Il ne faut pas lier un navire à une seule ancre, ni une vie à un seul espoir. [Epictète]
Le doute est un hommage rendu à l'espoir. [Lautréamont]
Le plus grand malheur de l'homme, c'est un mariage heureux. Aucun espoir de divorce. [Milan Kundera]
Qui n'a plus d'espoir n'aura plus de regrets. [William Shakespeare]
L'action est une suite d'actes désespérés qui permet de gagner l'espoir. [Georges Braque]
La machine conduit l'homme à se spécialiser dans l'humain. [Jean Fourastié]
L'espoir est une mémoire qui désire. [Honoré de Balzac]
L'espoir réside dans la faculté de se tromper. [Lewis Thomas]

2. L'espoir n'est'- il qu'une' illusion fâcheuse' ?
Ecrit par ROCA. 24-11-2008
L'espoir n'est'- il qu'une' illusion fâcheuse' ?,
espérer, Aspirer, projection, ou, supposition, motivation, Locomotion, spéculation, ou, orientation,
prévision, ou, Vision, entraîneuse ... fâcheuse' ?, inspiration, respiration,
mode ... moteur, Souffle ... moteur, n'Ayez pas peur !, L'espoir ne meurt ... Vent de L'Esprit, en mouvement,
re-création, pari, Vie ...Vent du temps, du moment, en' Avant, entraînement, cheminement,
propre dépassement, " de commencement en commencement ", B Besret, " on n'espère jamais' Assez,
de L'unité, croissante, du monde ", Teilhard de Chardin, espoir, de jardin, humain, " passé
présent / présent passé ", Eugène Ionesco, de L'À-Venir, écho, prise de risque féconde, " courage !,
L'homme' est' un risque' À courir ", Le crocodile, Kofi Yamgnane', Espoir Est soif et faim, " La rage ! ",
Le moyen de La fin, " joindre L'outil' ... À L'Agréable' ", infatigable ... concevable ... fin, durable',
équitable', Espoir Est' Art ... de créAction, Libération, de Lucide' émancipation, palpable,
de désir, d'humanisation, Espoir, Vision, part, d'illusion, Vitale, ma foi !,
de réalisation, du monde ... L'Autre ... Soi,
" comme Le Vent qui Souffle', où il Veut, et dont' on ne sait ni d'où il Vient, ni où il Va,
une force', inconnue, m'entraîne ... dont je ne sais, encore, ni L'origine ... ni Le but' ", L'espoir est Là ...
Espérer ... L'inespéré, Espoir
Est Phare, ... Gilles Roca,
________
Cas-fée-Philo des Phares, 23.11. 2008, espoir, triviale'- poursuite, en ces-jours de Frimaire, frime' ère ... Va !

3. cas-fée crème
Ecrit par ailes sur toiles. 24-11-2008
La Lune et les étoiles

Où allez-vous ?
Demande la Lune
Nous courons après l’illusion
Mais pourquoi faire ? interroge-t-elle

Les étoiles filent
Et la Lune solitaire
Laisse tomber une larme
Sur la plume du poète

Celui-ci la regarde
La caresse de ses doigts
La place dans son cœur
Pour la rejoindre dans sa lumière

Sylvia

à pluche les têtes DEMAIN vous salue
amitiés powéthiques

( les gosses s'emancipent !)

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