Espoir sive illusion ?
Écrit par Carlos Gravito   
24-11-2008

 Alors que, le 23 novembre, auprès du kiosque à journaux (titillant mes attentes et minimisant mes déveines), une bohémienne insistait pour lire les lignes qui sillonnent la paume de ma main, à l’intérieur du café des Phares, Yannis Youlountas se préparait à animer le débat « L’espoir n’est-il qu’une illusion fâcheuse ? », un sujet proposé par Arnaud à l’heure où l’idée de parler d’une seule voix, au nom de la rose, se révélait un sommet sans perspective.

C’est sans doute grâce à la grande affluence de nymphes sorties de leurs chrysalides, ce dimanche (en raison certainement de la personnalité de l’animateur), que le nombre des sujets est resté à peine inférieur à la quantité des participants et, de « peau d’âne » en « illusions perdues », l’interrogation balzacienne, induite par la proposition, fit sans lézard son chemin, le langage étant là pour nous sortir d’affaire.

Arnaud sembla avancer qu’« il est difficile de vivre sans penser à ce que peut bien nous amener le lendemain », Yannis se demandant « ce qu’il y a derrière l’espoir et quel serait le motif de l’illusion sinon ‘Le bonheur désespérément’ de Comte-Sponville ». Michel III a « retenu l’illusion comme nécessaire, mais pas regardé le lendemain en tant que porteur de quelque chose » et un autre intervenant a vu dans les « trois mots : ‘espoir’(émotionnel), ‘illusion’(pessimiste) et ‘fâcheux’(moral), beaucoup de directions », puis Simone s’étonna que « l’espoir soit pris pour une duperie au lieu d’une projection qui peut s’avérer confirmée », l’animateur se disant « satisfait de l’intérêt suscité par les deux illusions du débat », et tandis que Pierre-Yves, s’assimilait « à un âne qui suit la carotte de l’espoir, se doutant que quelqu’un l’utilisait afin de le faire avancer pour sa propre jouissance », un autre participant y discerna « un rapport au temps, passé, présent et futur », Pierre « une relation avec la maturité accompagné d’un déni de la réalité », Danielle « quelque chose de désespérant, compte tenu que l’on doit être plutôt dans le bonheur », Agnès rappelant « avec Alain Badiou, que notre système est le meilleur possible », Irène qu’« il y a désir puis espoir qui devient projet articulé sur recherche de prévisibilité, ce qui nous force à vivre forcément avec des illusions », Alfred qu’« il n’est pas nécessaire d’‘espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer’ », Dimitri que « dans la pensée asiatique l’espoir est lié au désir, le jardinier qu’il est le percevant bien dans les tomates qu’il cultive ». L’animateur voulant savoir « si l’espoir permet de se motiver », l’intervenant répondit que « oui ; aussi bien le désir de réussite que celui de ne pas désespérer », alors que Michel opposait « le pari boursier et le ‘pari de Pascal’ », et un autre des présents voulait savoir « si, se disant au présent, l’espoir est une illusion nécessaire ou fâcheuse ».

Rappelons que si l’illusion, de « ludere » (jouer), correspond à une fausse apparence, un trompe l’œil, disons, ou un trucage, pourquoi la connoter de « fâcheuse » ou déplaisante, quelque chose de contrariant pour nos rêves ? Parce que la récompense n’est pas immédiate ? Serions-nous des enfants gâtés qui s’attendent à jouer du piano sans essayer de faire de vraies gammes avant ? Voulons-nous être ce que l’opinion veut que nous soyons ou ce qu’il nous convient d’être ? Nos espoirs doivent- ils nous libérer ou dévaster la planète ?

Michel III pensait que « toute notre civilisation est basée sur l’attente messianique et que nous envisageons toujours un avenir meilleur », Nadia qu’« il faut de l’espérance dans les services de santé et dans la lutte contre le fatalisme », Karim se plaignant « du dédain de la rationalité par rapport aux émotions », et Elisabeth exaltant le « fait de prendre sa plume pour écrire grâce à l’espoir qui permet la création, une façon d’avancer malgré tous les paris », alors que l’animateur élucidait « la polysémie du mot sens (avancer ou acter des idées), deux manières de motiver nos actions ».

« Revenant sur ‘le pari de Pascal’ et le sens », Annick précisa « que le philosophe a voulu se servir de la logique alors qu’il avait la foi », à la suite de quoi Daniel considéra que « si l’espoir est une illusion, c’est fâcheux ; on ne peut pas vivre sans illusions (un contenu mental qui remplace le réel) mais il faut espérer (image mentale nécessaire pour désirer) ce qui peut être plutôt rassurant », Francis définit « le pessimiste comme un optimiste bien informé » et, renvoyant dos à dos « espérance et désespoir », Yannis annonça son prochain livre « La désespérance », occasion pour Pierre-Yves de « renoncer à l’âne pour devenir cheval, pénétré, telle la flèche de l’archet, par la question ‘pourquoi la liberté’ si on spécule sur la paix comme sur un marché », pour Simone de « voir les enfants pareils à des flèches qui vont là ou nous voulons qu’elles aillent », pour Ahmed de « distinguer entre les différents porteurs en bourse : imbéciles, dynamiques ou critiques », pour Marc « un sentiment aussi bien positif que négatif ou même immobiliste ». Pour finir, Arnaud déclara « avoir bien écouté et souhaiter que l’espérance quitte les illusions pour passer dans le rêve et Yannis termina, conseillant que, « ‘le mythe de Sisyphe’ donnant le sens de la vie, l’on se donne le temps d’une vie pour rêver durant ».

Une fois que les papillons sont rentrés dans leurs larves, ils entendirent certainement : « Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Oui ; gris c’est gris et c’est fini, oh, oh, oh ! » (Johnny Hallyday) mais la question demeura : la désillusion (voire la perte des illusions, qui passent comme une nuée d’étourneaux), devient-elle un nouveau espoir ou une réelle déception, un autre désenchantement ? Lorsque la barque des espoirs prend l’eau, vaut-il mieux l’écoper avec de simples éponges de cuisine ou le faire avec des sceaux percés ?

Ce serait dommage de se faire doucher par ses propres aspirations, ayant dénoncé les illusions, une enclave utopique où l’on joue du hasard auquel on confie nos futures joies, même si elles se traduisent par des tristesses. La connaissance du réel implique le terme du rêve et la manifestation du vrai, c’est-à-dire, la fin de l’imaginaire, une seconde vue par-delà les apparences, logique des faits que le prestidigitateur reconstitue de manière poétique, sa carte forcée, à laquelle on ne peut pas se dérober, nous donnant l’apparence de liberté. Bref, l’espoir est un spectacle où l’on ne voit rien, l’illusion un tour de magie où l’on perçoit le monde entier. Soyons donc honnêtes. On a peu de chances de faire de la philosophie sans nous monter un peu le bourrichon ; appliquons-nous par conséquence à entretenir des utopies, soutient de notre futur, puisque « l’oracle ne dit ni ne cache », il signifie, et ça fait trois mille ans que ça mouline, voletant d’idée en idée ou de citation en citation, comme l’oiseau qui n’a pas conscience de l’œuf lorsqu’il construit son nid ; le vrai comme le faux est dans le réel et pas dans le discours. Et pour cause, il y a toujours quelque chose de nouveau à comprendre et des phrases à dire qui n’ont pas été et ne seront jamais dites. Dans le casino de la vie, les joueurs sont sans doute bêtes mais hardis, et gardent en général l’espérance. Au lieu de se fourrer le doigt dans l’œil, ils caressent des illusions jusqu’à ce qu’elles dressent devant eux une quelconque chimère.

Dans l’effort pour nous reconnaître nous-mêmes, il ne nous reste peut-être qu’à le lire dans le marc de café, moulu à la turque et préparé à l’orientale, une fois déposé au fond de nos tasses, comme nos désirs dans une idée fixe associée à un plaisir futur qui s’avère n’être qu’un mirage. Ça peut nous soulager ; l’espoir est un express assez fort qui certes empêche parfois de dormir (en raison de la Loi de Murphy qui se résume à : « si quelque chose peut tourner mal, ça finira par se vérifier ») mais, sans lui, beaucoup de conducteurs auraient honoré la notion probabiliste du théorème, s’écrasant la cafetière contre le mur.

 

Écouter le débat : c'est ici.

Sujet connexe : L'espoir fait-il agir ou languir ?

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Des illusions heureuses
Ecrit par Daniel Ramirez. 26-11-2008
Ce que j'ai vraiment dit est un peu plus complexe, mais aussi un peu plus simple : il faut distinguer l'illusion, qui elle est une image mentale, c'est-à-dire un contenu de la conscience (intentionnelle). Par exemple une illusion rassurante (le pays de Cocagne, le Paradis…) ou une illusion dynamique (une utopie), ou même une illusion effrayante (la fin du monde)... Distinguer donc ceci de l'espoir, qui lui est la tonalité affective qui nous lie à ce contenu de conscience; soit par le désir, l'attente ou la crainte (qui est en quelque sorte l’espoir d’éviter ce que l’on craint).
L'espoir ne peut-être donc en aucune façon une illusion. Mais il s'applique aux illusions. L'adjectif "fâcheux" peut ainsi s'appliquer aux illusions mais pas aux sentiments ni aux tonalités affectives comme l'espoir. Cer fâché est déjà un sentiment, la fâcherie est une tonalité affective à son tour. L'illusion est bonne ou mauvaise, passive, rassurante ou dynamique. La réalité peut être ou apparaître comme fâcheuse (ou satisfaisante). L'utopie, par exemple, est une illusion dynamisante qui fait apparaître (par contre-exemple) la réalité comme fâcheuse. Elle peut ainsi être appelée « une illusion heureuse ».

2. l'espoir : un moteur dans l'Histoire et nos histoires
Ecrit par Nadia. 26-11-2008
La vie est un rêve, nous dit V. Woolf, c'est le réveil qui nous tue. L'espoir est une nécessité vitale et l'illusion se heurte à la dure réalité celle de l'homme assoiffé dans le désert qui hallucine et voit un oasis. Les illusions s'apparentent aux hallucinations dans la mesure où elles sont une forme d'économie mentale. C'est en quelque sorte un moindre mal même si l'échéance à de fortes probabilités de demeurer la même. L'espoir n'est pas une illusion mais les illusions sont souvent nécessaires. L'espoir est une respiration, une anticipation... Il porte en lui, la Vie!!!

3. L'espoir, n'est il qu'une illusion facheuse?
Ecrit par roshan. 26-11-2008
"L'illusion facheuse"? Certainement pas! Car, si l'illusion est le résultat d'un désir, et si le désir nous fait rêver, esperer, alors elle est essentielle, voire indispensable, à la vie. En fait, la vie serait bien fade si l'illusion n'avait pas pour fonction de la stimuler. Pour Nietzsche, il n'y aurait pas de civilisation si l'illusion ne déployait pas son "voile scintillant sur les choses", et que les productions les plus nobles de la civilisation sont issues d'illusions plus raffinées que d'autres.

4. Epsilon
Ecrit par Gabriel. 27-11-2008
Pour un évènement futur, que mon intervention puisse avoir ou non une influence sur sa réalisation, il y a incertitude sur l'apparition du résultat "attendu" (au sens de souhaité). La probabilité que ce résultat advienne est inférieure à 1, soit 1-e (e=epsilon). Il est ici inutile de douter ou d'attendre avec confiance : l'incertitude est présente. Que se passe-t-il à l'instant où je dis "j' espère que..." ? Je tente de me persuader, avec une certaine appréhension, que l'epsilon de probabilité, il est possible qu'il s'annule. Cependant, même si par mon action personnelle (volonté, effort,..) je sais pouvoir minimiser cet epsilon, il est toujours présent. Pour imaginer qu'il puisse être égal à 0, je suis contraint de supposer l'intervention d'un facteur surréel (la chance, une divinité, une conjoncture idéale, ...). Seule cette activité de l'imagination rend possible le déroulement désiré. Or, imaginer un phénomène c'est le voir. Ainsi, sommes-nous dans le domaine de la voyance. C'est la part de causalité "surréelle", que j'implore en quelque sorte, qui me conduit à l'illusion. Est-ce fâcheux ? Il est d'abord à noter qu'il y a une utilisation un peu abusive de l'expression "j'espère que", par exemple:
"je me promène sous un ciel nuageux, j'espère qu'il ne va pas pleuvoir". Quand le epsilon de probabilité ne dépend pas de ma volonté, quand il est fixé d'avance ou bien quand je ne fais rien pour tenter de l'amenuiser, le "j'espère" pourrait se remplacer par "je voudrais bien que", "j'aimerais bien que", etc... La notion d'espoir me semble positive quand elle conduit à s'impliquer dans l'action plutôt que de se contenter de l'attente. C'est en ce sens que l'espoir fait vivre.

5. l'illusions est different de l'espoir ,
Ecrit par seb. 08-06-2010
un monde nouveau est un monde avec espoir
Une illusion est un faux espoir ou plutot une action vers le vide
Sans illusion(s) ,c'est le vide ,
Dans le vide ,il ns faut l'espoir
la difference avec l'espoir et l'illusion ,c'est que l'un est reellement
le vide l'autre une sensation de vide
l'un est inconscient (l'illusion) l'espoir est conscience ( voyage dans le vide à l'infini)
sans espoir , ,plus de vie ...comme c'est vrai

6. suite
Ecrit par seb. 08-06-2010
efface l'illusions,oublie le seul espoir
Que te reste t'il,,
rien
Que reste t'il ?
le vide ...sans toi ni moi ,ou l'abscence de matiere
si ns sommes le vide ,
oublie ce que je viens de dire

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