Assistons-nous à la fin des Temps modernes ?
Écrit par Marc Goldstein   
30-11-2008

Les Temps modernes (1936)C’est par un froid de canard que j’assistais au café-philo du jour aux Phares en ce dimanche 30 novembre. La température n’empêcha pas l’assemblée des participants de proposer 17 sujets de réflexion parmi lesquels l’animateur retint : « Assistons-nous à la fin des Temps modernes ? » Bien que le thème du jour ne me sembla pas particulièrement porteur, le débat s’avéra nourri et intéressant. Vous l’allez voir. L’auteur du sujet indiqua qu’il faisait clairement référence au film de Chaplin qui est une satire de la vie à l'aube de l’ère industrielle, dans la période 1929-1939. Le taylorisme et le fordisme se présentaient alors comme les avancées les plus abouties du progrès. La question posée par l’auteur du sujet était : n’est-on pas dans un scénario similaire aujourd’hui ? Et si oui, comment va-t-on s’en sortir ? Ne voulant pas circonscrire le débat à une période de l’histoire trop restreinte, l’animateur proposa de répondre à la question posée en procédant par avancées successives : il s’agissait dans un premier temps, de définir la notion de modernité ; dans un second temps, de déterminer ce qui caractérise l’époque actuelle ; et pour terminer, de lever le voile sur la nature des enjeux et les questions que soulèvent l’ère nouvelle – si nouvelle ère il y a – qui nous attend.

Qu’est-ce donc que la modernité ? Bien que le terme de modernité (en tant que caractérisant une période temporelle) soit moins précis que l’expression Temps modernes (en tant que période de l’histoire), les deux acceptions furent examinées en parallèle. Pour certains, les Temps modernes désignent la période de l’histoire allant de la Renaissance au début du XIXe siècle. Cette période serait caractérisée par le sortir du religieux, l’idée d’un progrès illimité dû à la science et à la technologie, et sur le plan social l’avènement de la bourgeoisie et du salariat. D’autres se demandèrent si la notion de modernité n’était pas avant tout un produit de la pensée, dans la mesure où l’évocation de ladite période moderne engloberait aussi bien les pays riches que ceux en voie de développement. Les habitants du tiers monde peuvent-ils être qualifiés de moins modernes que leurs contemporains des pays industrialisés ? N’est-on pas moderne du fait même qu’on est un représentant d’une époque qualifiée comme telle ? N’hériterions-nous pas de fait d’une sorte de modernité d’esprit ? Encore faut-il que le sujet ou le peuple considéré sache ce qui est censé caractériser cette modernité. Pour d’autres encore, la modernité se définit comme la montée en puissance de la raison cartésienne et la diminution de la tradition. La modernité s’affiche comme une croyance figée sur l’idée d’un progrès bénéfique, sur l’idée qu’une régression serait proprement impensable. Pour d’autres enfin, les périodes modernes, postmodernes et hypermodernes se succèdent sans qu’il y ait de raisons objectives pour qualifier une époque donnée de retardée ou de moderne. La seule certitude étant que la dernière période est toujours la plus moderne, par construction.

Il s’agissait dès lors de ne pas se laisser enfermer dans un débat historique, et de passer à un débat philosophique. Qu’est-ce qui caractérise l’époque dans laquelle nous vivons ici et maintenant et quels sont les symptômes qui corroboreraient l’idée que nous assistons à la fin des Temps modernes ? La description de la période actuelle m’a semblé d’une richesse bien plus grande que celle à laquelle je m’attendais. Deux raisons, illustrées par la publicité, permettraient de se rendre compte que l’on sort de la modernité : d’une part « parce que le monde bouge », slogan évoquant l’absence à la fois de repères et de futur connu, et « parce que je le vaux bien », symptôme d’une société prônant un individualisme narcissique. La modernité livrée à elle-même tendrait à déterritorialiser, virtualiser, réifier le sujet. Quoi de plus banal au fond, que le monde moderne mette en avant l’individu, puisque celui-ci a tout fait pour se libérer des carcans des dogmes et des totalitarismes. Faut-il pour autant renoncer à toute idée de progrès et verser dans l’aquoibonisme fatigué de certains intellectuels postmodernes ? Ne sera-ce pas plutôt notre rapport au temps qui a changé, avec l’avènement de la culture du zapping ? Ou alors, conscients des dérives de la mondialisation, on chercherait à sortir des Temps globalisés pour revenir à une sorte de régionalisation, à un système économique à échelle plus humaine. Par ailleurs, notre époque serait révélatrice d’une dissociation, d’une coupure entre le je et le nous : il n’y a plus de liens forts entre le sujet et la famille, entre le sujet et l’institution, entre le sujet et le politique. Il s’avère également que les idées de bonheur, de connaissance, de progrès et de liberté chères aux Temps modernes sont mortes avec Auschwitz et Hiroshima. Enfin, nous assisterions à la fin de la robotisation de l’humain telle qu’elle est dépeinte dans le film de Chaplin. Désormais, la prise de conscience que les ressources de la Terre ne sont pas infinies fait son chemin. Deux réactions peuvent s’ensuivre : le cynisme d’un « après nous le déluge ! » ou le choix consistant à délaisser un « avoir (toujours) plus » en faveur d’un « être mieux ».

Ainsi est-il grand temps d'adapter notre mode de vie au rythme de celui de notre planète, de tenir compte de son pouls autant que du nôtre. Revenus de la folie cartésienne qui voyait l’homme comme maître et possesseur de la nature, nous nous rendons compte aujourd’hui que le vivant exige avant tout de notre part attention et respect. Pour pouvoir répondre à la question du jour, il est nécessaire de repérer la question derrière la question, suggéra l’animateur. Or, cette question cachée peut prendre plusieurs formes. Sommes-nous prêts à changer d’époque ? Autrement dit, sommes-nous prêts à nous transformer radicalement ? La question provoqua une levée de boucliers : tous les régimes qui ont tenté de changer les hommes, de les contraindre par la force s’y sont cassé les dents ; et à titre individuel, il semble bien qu’il y ait peu d’espoir à vouloir changer la nature humaine. Mais cette vision fataliste n’était pas partagée par tous. Si on ne peut changer la nature humaine – y a-t-il une nature humaine, d’abord ? – on peut au moins essayer de modifier son regard sur les choses, et ce n’est pas rien. Regarder à long terme, surtout. De nouvelles questions se firent jour. Une nouvelle modernité est-elle encore possible ? Que voulons-nous changer au juste ? Sommes-nous prêts à renoncer au progrès (à l’idée que s’en faisait le XIXe siècle) ? Y a-t-il un autre type de progrès possible ? Si oui, est-ce une avancée ou une régression ? Que changerions-nous en nous-mêmes ? À la fin du débat, je me rendis compte que la modernité avait était vue comme une ontologie. Comme le poisson qui ne saurait ni voir ni parler de l’eau dans laquelle il baigne, nous sommes immergés dans une modernité qui nous enveloppe et nous dépasse. Aussi, prendre deux heures pour s’interroger sur le monde dans lequel on vit et sur ce que nous devons changer de nous-mêmes pour le bien de tous n’est jamais vain. C’est aussi ça, pour moi, la vocation d’un café-philo.

 

Sujet connexe : Sommes-nous armés pour comprendre notre temps ?

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Assistons-nous' À La fin des Temps modernes ? Daniel Ramirez
Ecrit par ROCA. 30-11-2008
Assistons-nous' À La fin des Temps modernes ?, Daniel Ramirez,_____
*
La fin des Temps modernes ... La fin de L'Histoire,
du fond de nos Tavernes ... brèves ... de comptoir, ou, de micro-trottoir, réflexion dilatoire', ... individualiste,

de notre' espace-temps, de Nord-Occidentaux, tout'-interventionnistes,
omnipotents, La science' infuse ... Vue de haut ... Les Temps modernes ... de Chaplin', ou de Tati,
sont' un regard, sur notre temps, sur notre Vie ...

regard d'humour, de poésie, distanciation, de tous Les temps, rêve ... Vision, sur La question,
La représentation, de notre projection, et de nos prétentions, Au tout-domination,
Au tout-compréhension, Au tout'-explication, Au tout-résolution, tout-globalisation ...

Temps modernes ... de Sartre ... d'essence' existence, post'-moderne, pré-essence,
post'-histoire, pré-histoire', en' humanisation, transcendance ... du sens',

À L'horizon, de nos saisons ... fin, de modernité, début d'humanité ... partage ... solidarité ...
L'universalité, de La fraternité, notre finalité ...
* Gilles Roca,
Cas-fée Philo des Phares,
_______________________
des Temps modernes phares, 30' novembre' 2008',
moderne, triviale'- poursuite, en ces-jours de Frimaire,
Temps modernes frime' ... air______

2. Biblio
Ecrit par Daniel Ramirez. 30-11-2008
Merci aux participant(es) pour cette séance de quête philosophique collective, par moments passionnée, sous le feu des questionnements, ma foi, difficiles. Je n’ai pas grand-chose à ajouter au compte-rendu de Marc, mais je suis prêt à continuer les échanges avec ceux d’entre vous qui voudraient apporter des suites. La question de la modernité est, on l'a vu, un des sujets les plus importants. Chacun peut la poursuivre avec des lectures, des réflexions personnelles, des dialogues.

Pour la bibliographie, s’il y avait un seul livre à lire, je dirais sans hésiter :
Charles Taylor (1989), « Les sources du moi. La formation de l’identité moderne », trad. française Ch. Melançon, Paris, Seuil, 1998.
Mais si l’on veut quelques autres (et on aurait raison) :
M. Horkhaimer et Th. Adorno (1944) : « La dialectique de la raison », Paris, Gallimard "Tel", 1983.
Martin Heidegger (1946): « Lettre sur l’humanisme », tr. R. Munier, Paris, Aubier, 1957.
Annah Arendt (1958) : « La condition de l’homme moderne » Principalement le Chap. VI : La vita activa et l’âge moderne. Paris, Calamann-Lévi, 1983, Agora/Pocket, 2003.
Jürgen Habermas (1985) : « Le discours philosophique de la modernité », Paris, Gallimard, 1988.
Hans Blumenberg : « La légitimité des temps modernes », Paris, Gallimard, 1999.
Charles Taylor : « Le malaise dans la modernité », Paris, Cerf, 2002.
François Lyotard : « La condition post-moderne », Paris, Minuit, 1979, Tunis, Ceres, 2003. Mais on peut lui préférer (il n’y pas de honte car l'auteur a amélioré ses formulations) : « Le post-moderne expliqué aux enfants », Galilée, 2005.
Gilles Lipovesky : « Les temps hypermodernes », Paris, Grasset, 2004. (rééd. poche).
Alain Finkielkraut : « Nous autres, modernes », Paris, Ellipses, 2005.

3. Contre publicité ...
Ecrit par Ulrich. 01-12-2008
"Bien manger c'est le début du bonheur" tel est le slogan d'une pub que je n'apprécie point. J'imagine fort bien l'acteur Philippe Noiret déclamer de sa voix particulière : Bien manger ce n'est pas le début du bonheur mais une partie du bonheur! A moins que cela puisse être le sujet d'un prochain débat philo ?

4. reprenons le fil ...
Ecrit par Gérard Tissier. 01-12-2008
C'est dommage que le dernier intervenant nous coupe de notre débat anthropo-philosophique avec cette propension à l'exposition de soi propre à notre hyperm-Modernite.Ceci dit- sans méchanceté aucune- il y a eu au cours de ce café-philo tres bien animé un échange innabouti sur la question du monothéisme et des temps modernes de l'histoire.En deux mots, les textes messianique et l'eschatologie chrétienne posent le linéarité des temps historique par celui de la fin des temps.' car s'il y a une fin il y aurait un début et entre les deux, un sens de l'histoire, une causalité missionnaire. L''incarnation (mythique ou non) de Dieu en l'homme pose une autre fênêtre qui serait celle d'une transcendance immanente du dessein de Dieu dans le développement de l'Histoire et la poussée civilisationnelle c'est à dire une éthique horizontale fondée sur l'altruisme et le respect de l'autre.
( à discuter avec Hegel, Derrida Merleau-Ponty et les autres dans la bibliographie de ceux qui se réservent des lectures pour leur vieux jours.
L''entrée du sujet serait plutot pour moi la question d'un au-dela ou d'une décadence de l'époque moderne ou l'ere moderne par opposition le l'age classique ( des temps cycliques).
Le site wikipédia pour nous aider à y voir clair car le sujet reste à visiter dans ses moindres recoins avant de finir en musée.

5. Modernité - post-modernité
Ecrit par Gunter. 01-12-2008
J’ajouterais à la liste déjà très fournie par Daniel, Gianni Vattimo « La fin de la modernité » (Nihilisme et herméneutique dans la culture post-moderne). Seuil, 1987.
G. Vattimo, auteur d’une 15aine de livres est, avec J.F. Lyotard, LE représentant de la post-modernité ; il est entre autre l’inventeur du « pensiero debolo », de la pensée faible qui caractérise, selon lui, positivement la post-modernité.
Plus de grands récits, de métaphysique triomphante, qu’elle soit théologique, politique, philosophique, esthétique ou autre. Bref, avec la fin de la modernité nous serions débarrassée de la « grande Histoire » pour nous consacrer à un commerce plus modeste (résigné ?) avec nous-mêmes, le monde et les autres. Un autre auteur, qui a eu son heure de gloire il y a une dizaine d’années, à savoir Fukuyama, (« La fin de l’histoire ») s’inscrit, à mon avis, dans un même mouvement de volonté, de désir et peut-être de vitalité déclinants.
En simplifiant outrancièrement, une affiche IKEA vue en 1986 peut, peut-être, illustrer ce diagnostic d’un changement d’époque – d’ailleurs plus souhaité que réel. Sur cette affiche, un couple est absorbé par des travaux dans une cuisine, avec cette légende : « En 1968 nous changions le monde, en 1986, nous changeons notre cuisine ».
H. Arendt, dans « La condition de l’homme moderne », anticipant une telle évolution, ironise au sujet du « petit bonheur » cher aux Français. Elle se trompe : il y a ici de nombreuses exceptions et plus qu’ailleurs d’après mon expérience...

6. Temporalité et fin de la modernité
Ecrit par Daniel Ramirez. 02-12-2008
L’idée de la temporalité historique – Gérard a raison de souligner l’importance de ce point de notre débat – est, plus précisément, une invention hébraïque. A l’encontre des cosmologies égyptienne, et en générale, mésopotamiennes, d’un temps cyclique (plus que circulaire), dont les grecs se sont fait les héritiers (culte de Déméter), le temps messianique à un sens, linéaire, tout tendu par l’attente, avec une conscience claire des généalogies, filiations et causalités. Le temps a une sens. Le Christianisme opère une cristallisation de cette idée, en situant l’événement crucial (l’incarnation) au centre de l’histoire au lieu d’à la fin. La temporalité historique fait sortir l’homme de la temporalité de la nature, par où la perte du sens de la nature était inévitable. L’idée du progrès (prométhéenne), tant cité lors du débat est l’héritière laïque de cette temporalité messianique, exprimée si bien par le titre du livre de Condorcet (« Esquisse d’une tableau historique des progrès de l’esprit humain ») ; son aboutissement peut être situé avec Marx et la promesse révolutionnaire. Et à cela on peut reconnaître plus facilement que nous serions dans une fin de la modernité, puisque personne ne prétend sérieusement que l’on peut faire la révolution pour arriver à un grand soir quelconque. La conclusion de Fukuyama était donc logique : fin de l’histoire. Les symptômes ont été décris : perte d’une temporalité (et spatialité, d’ailleurs) humaine, « zapping », fuite en avant de la vitesse, déterritorialisation (plus facile à écrire qu’à dire, n’est pas ?), par ce que l’on appelle, par ironie inconsciente, « temps réel ». Cette dé-temporalisation (le terme n’a pas été encore créé) ferme la possibilité de la vision à long terme tout en donnant l’impression que tout est ouvert. Cette myopie ontologique ronge le politique (court terme, électoralisme) et mine le psychologique (no future). Nous n’avons pas, en revanche cette sécurité existentielle qu’avaient les anciens, du temps cyclique, du renouvellement de la nature et de la vie. La sortie des temps historiques (l’autre façons de dire les temps modernes) ne nous fait pas retrouver le sens de la temporalité cyclique (déméterienne) de la nature. Seules les crises sont cycliques. Nous nous sommes déjà trop éloigné de la nature. Sa réappropriation reste entièrement à faire (mais comment ?) ; la conscience écologique ne semble pas suffire à la tâche. D’où la question lancinante : sommes-nous prêts à un changement de monde (déjà en cours), un changement d’être, ou sommes-nous une espèce en voie d’extinction ?

7. Enjeux existentiels
Ecrit par Gunter. 02-12-2008
Voici la tâche de « la philosophie dans la cité » bien posée par Daniel, à savoir répondre à la « question lancinante : Sommes-nous prêts à un changement de monde (déjà en cours), un changement d’être, ou sommes-nous une espèce en voie d’extinction ? »
Ce n’est pas une question de LA politique au sens étroit du terme : gauche ou droite, mais une question DU politique qui concerne aujourd’hui aussi bien la survie du sujet, menacé par sa robotisation (son « bon » fonctionnement remplace sournoisement le sens de son existence, son âme), que celle du lien social (lorsque la lutte pour la survie est généralisée, il ne peut plus y avoir de société) et d’un monde vivable (réchauffement climatique, pollutions, destruction de la biodiversité, etc.).
C’est la devise d’André Comte-Sponville « Je philosophe pour sauver ma peau et mon âme » (reprise par son ami Luc Ferry), qui planait, à mon avis, au-dessus de nos échanges de dimanche dernier et qui a donné à ces derniers une densité particulière.
Tout échange de réflexions, mené dans le cadre de « la philosophie dans la cité » ne devrait-il pas, à un moment ou à un autre, poser un tel enjeu existentiel, individuel et/ou collectif ? Non seulement afin que les participants se sentent vraiment concernés mais aussi afin d’explorer ensemble des issues possibles pour sortir des impasses dans lesquelles une rationalité « moderne », trop étriquée nous a conduits.
Là – aider à dégager les enjeux existentiels de nos rencontres - réside, à mon avis, la responsabilité principale de l’animateur.

8. Derive- moi du Mal et pardonne mez offenses
Ecrit par anti- tambour et por. 03-12-2008
Je trouve la fin du propos ci dessus, comment dire ..inquiétant?. il faudrait sauver sa peau et mettre, je ne sait pas quoi .. ses c.. pardon, ses tripes, sur la table pour qu'on soit -enfin ? impliqué. Je ne sais pas trop maîs c'est quoi, les "impasses" d'une rationalité moderne ? il faut un homme nouveau, c'est çà ? il me semblait qu'avec les commentaires de Gérard et de Daniel on tenait un fil, du genre il faudrait un projet, une nouvelle ère, quelque choses qui a un rapport avec le " temps " l'histoire " comme avant le Royaume, la terre promise. Mais voila que Gunter, parle des enjeux existentiels ? Des miens?.Cela sent la déprime c'est sûr, cela va être dur si on n'est pas au top de son " existentiel " maintenant! Bon, Gunter il est responsable mais alors les autres ? C'est çà l'idée ? Bon, moi, mon truc existentiel c'est" est-ce que je vais être encore capable d'être amoureux ? et je me demande si la "philo dans la cité" , ça peut aider.En tant qu'hétéro, je dirais oui, à condition de se concentrer sur les plus belles ..

9. A quoi bon la philosophie ?
Ecrit par Gunter. 04-12-2008
Ne soyez pas inquiet, rassurez-vous. Personne n’est obligé à quoi que ce soit, même pas de parler au café des Phares.
Simplement, lorsque je participe à, ou que j’anime un échange de réflexions, si je ne peux y découvrir un enjeu existentiel, je m’ennuie. Nous sommes gâtés à Paris. Ici, il y a beaucoup d’endroits où on peut apprendre (gratuitement) l’histoire de la philosophie et puis, il y a d’excellents livres pour cela.
De même, des débats d’idées désincarnées (sans enjeux existentiels), des querelles métaphysiques scolastiques ont fait, je pense, leur temps.
«Malgré les commencements les plus audacieux (par exemple Descartes) les philosophes finissaient toujours par se représenter leur propre existence ou bien sur un théâtre transcendant, ou bien comme moment d’une dialectique, ou bien dans des concepts, comme les primitifs se la représentent et la projettent dans des mythes. Le métaphysique dans l’homme se superposait à une robuste nature que l’on gouvernait selon des recettes éprouvées et qui n’était jamais mis en question dans les drames tout abstraits de la réflexion…Tout change lorsqu’une philosophie phénoménologique ou existentielle se donne pour tâche, non d’expliquer le monde ou d’en découvrir les « conditions de possibilité » mais de formuler une expérience du monde, un contact avec le réel qui précède toute pensée sur le monde. Désormais ce qu’il y a de métaphysique dans l’homme ne peut plus être rapporté à quelque au-delà de son être empirique – à Dieu, à la Conscience – c’est dans son être même, dans ses amours (vous soyez bien, la philosophie dans la cité telle que je la conçois peut, peut-être, vous aider, G.G.), dans ses haines, dans son histoire individuelle ou collective que l’homme est métaphysique, et la métaphysique n’est plus, comme disait Descartes, l’affaire de quelques heures par mois ; elle est présente, comme pensait Pascal, dans le moindre mouvement du cœur. » (Merleau-Ponty : « Sens et Non-Sens », p.36, Gallimard).
Je répète, j’ai été très content de me sentir proche de Daniel (ci-dessus, n°7) lorsqu’il fait part de sa propre inquiétude onto-, éco- et anthropologique ; je voulais simplement en élargir un peu ou généraliser la portée.
C’est vrai, nos échanges dominicaux comportent maints bénéfices dits secondaires : entre autre, des amitiés, des couples s’y sont formés ; je vous signale quand même l’existence d’un café de l’amour à Paris, ça pourrait vous être utile.
Pouvez-vous me(et peut-être à d’autres, curieux comme moi) rendre un service :qu’est-ce qui vous motive à prendre un pseudonyme ? Et que signifie-t-il ? J’aimerais bien comprendre. Si ce n’est pas trop demander…

10. L'essence des cafés-philo
Ecrit par Marc. 04-12-2008
Réponse à Gunter [9]
La moitié de ton commentaire est un extrait des écrits de Merleau-Ponty. S'il y a un truc qui me barbe, c'est bien ça, c'est-à-dire Gunter citant Merleau-Ponty citant Descartes et Pascal. Crois-tu vraiment que ce que tu penses a plus de poids si un philosophe reconnu pense ou a pensé la même chose ? Pour moi, c'est juste l'inverse : si quelqu'un d'autre y a déjà pensé, ce que je pense n'apporte rien de nouveau et donc n'a aucun intérêt.

Allons plus avant. Ce qui me plaît au café-philo, c'est le fait qu'il représente pour moi un lieu privilégié où chacun peut, s'il le souhaite, faire part de *sa* vision du monde. Or, cette représentation (que je me fais des cafés-philo) est malheureusement largement idéalisée voire erronée. Trop souvent, j'ai l'impression que les participants n'expriment pas ce qu'ils pensent, mais ce qu'ils ont lu, entendu, compris (ou cru comprendre). Ca m'a toujours semblé étrange qu'on puisse avoir honte de ses propres idées.

11. Nouveauté ou vérité ?
Ecrit par Gunter. 04-12-2008
Non, Marc,il ne s’agit pas de se cacher derrière une autorité, j’ai d'ailleurs failli préciser qu’on peut parfaitement être en désaccord avec Merleau-Ponty, Aristote, Kant, etc. mais je ne voulais pas alourdir mon texte. J’avais pourtant le pressentiment d’une réaction comme la tienne…
C’est acquis, en matière de « philosophie en acte ou vivante » - contrairement à l’histoire de la philosophie qui est une discipline – il ne peut pas y avoir d’Autorité.
Si j’ai cité Merleau-Ponty, c’est tout simplement parce qu’il a dit beaucoup mieux et avant moi ce que je pensais et voulais dire moi-même. Aurais-je dû le paraphraser avec mes propres mots, sans le citer ?
Quant à la nouveauté, connaissais-tu le texte de Merleau-Ponty et ce que celui-ci dit de Descartes et de Pascal ? Ou bien, le seul nouveau acceptable par toi serait-il celui inventé par les participants à nos échanges, ou ici sur le site ?
Si c'est le cas je comprendrais alors mieux pourquoi tu es si souvent déçu par les uns et les autres…

12. La perle rare, c'est l'étonnement
Ecrit par Marc. 04-12-2008
Pour le premier point, il me semble effectivement préférable que tu dises à ta manière ce que tu as à dire (ce qui ne t'empêchait pas de faire référence à un auteur, si ça te semblait nécessaire ou judicieux). Par ailleurs, je ne connaissais pas ce texte de Merleau-Ponty, mais cette vision de la métaphysique colle avant tout à un auteur qui voit et l'homme et le monde à travers des lunettes phénoménologiques.

Pour le second point, tu m'as parfaitement compris : le seul nouveau acceptable pour moi dans un café-philo, c'est l'étonnement que me procure l'émergence d'une pensée authentique de l'un ou de l'autre. Que je sois parfois déçu par la qualité du débat, par l'absence d'idée n'a ni grande importance ni grande conséquence puisque je reviens. Certes, il suffirait que je mette la barre (de mes attentes) un peu moins haut ou mon esprit critique en berne pour être toujours satisfait. Mais voilà, pour moi, garder un esprit critique en éveil (« être aux aguets » dit Deleuze) est l'essence même de la philosophie.

13. non au conformisme
Ecrit par ammar. 04-12-2008
"une modernité qui nous enveloppe et nous dépasse" écrit Marc. C'est vrai que l'humanité se hâte inconsciente vers le conformisme imposé par ces temps modenes. Notre tâche est lourde et capitale. Que les hommes oeuvrent pour défendre leurs identités oh! combien chères à la survie de l'espèce.Seule la quête de l'indépendace par rapport à la horde peut libérer l'homme et lui permettre d'agir et de changer le monde sans attendre les décideurs rétrogrades.

14. Réponse à Marc (n°12)
Ecrit par Gunter. 05-12-2008
Je ne suis pas sûr avoir compris ce qui est nouveau pour toi : un nouveau absolu- personne n’en a encore parlé ou écrit - ou un nouveau seulement pour toi ?
Mais c’est sur ta conception de l’étonnement que je m’interroge le plus. Pour moi, ce ne sont pas, en priorité, les participants à nos méditations collectives dont j'attends à ce qu’ils m’étonnent, mais c’est plutôt moi qui, grâce à la philosophie, espère (re)apprendre à m’étonner. C’est pour cela que, toujours pour moi, la philosophie est plus proche des arts qui ont pour mission de nous rendre plus ouverts, plus sensibles au monde, à nous-mêmes et aux autres, que des sciences qui, en dernière analyse, cherchent à maîtriser (« nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature »).
Vu l’état du monde et des « âmes » - tel qu’il a été très bien décrit dimanche dernier – je me demande par ailleurs s’il n’est pas urgent de passer de la capacité de s’étonner à celle de s’effrayer. Les résistances sont énormes, on préfère faire l’autruche ou danser sur le pont du Titanic que de se préparer à une mutation anthropologique et sociale pourtant nécessaire à notre survie. Mais si les plus lucides virtuellement, c'est-à-dire tous ceux qui viennent régulièrement s’interroger sur le sens de leur vie s’y refusent, qui le fera ?
Pour te faire plaisir, je ne pratiquement pas cité cette fois-ci ; c’est douloureux pour moi, car j’aime beaucoup redonner vie à mes maîtres et leur rendre ainsi un peu ce que je leur dois. Je t’avoue que je leur dois beaucoup. Mais qu’est-ce qu’un bon maître ? Ce serait un autre sujet intéressant…

15. De l'immanence ou de la transcendance de l'étonnement...
Ecrit par Marc. 05-12-2008
Au sujet de l'étonnement, je fais le lien avec la définition de l'intelligence que tu donnes parfois, à savoir la capacité d'être étonné par les propos de quelqu'un qu'on connaît bien, de s'étonner *quand même* de ce que dit une personne dont on croit savoir à l'avance ce qu'elle va dire. Eh bien, selon cette définition, je ne suis pas intelligent. La belle affaire ! Je n'ai pas honte de dire que ceux qui racontent toujours les mêmes choses me barbent. Et que ce sentiment soit dû à une perception subjective ou à un constat objectif ne change rien à l'affaire. J'ai soif de rencontrer des êtres véritables et non des pantins mimant leur propre rôle. Mais sommes-nous capables de sortir de ce que Sartre nomme la mauvaise foi ?

Et pourtant, pourtant... il y a des moments magiques, des moments où ce qui est dit, la personne qui le dit, le moment où c'est dit, la justesse du ton, du lieu, de l'instant, de l'idée... tout ça me fait instantanément me dire que j'ai bien fait de venir. Mais ça n'arrive pas souvent. Quoi de plus normal, au fond ? Ce qui n'est pas normal en revanche, ce serait de penser que chaque fois qu'on vient au café-philo, on doit nécessairement en ressortir en affichant le sourire béat du philosophe du dimanche ravi. Ça c'est de la démagogie. C'est de la bêtise, tout simplement. Et moi je viens au café philo pour combattre la bêtise, pas pour en prendre ma dose hebdomadaire. Quoique, on pourrait se demander si je ne suis pas un peu maso...

16. D'étonnement en étonnement...
Ecrit par Gunter. 06-12-2008
Me voilà étonné : je suis (presque) totalement d’accord avec toi.
Quand j’anime les Phares ou ailleurs je me sens, je me veux plutôt chercheur d’or qui espère tomber de temps en temps sur une pépite que bâtisseur de cathédrales (philosophiques). Je ne crois pas à la fécondité d’une méthode qui viserait des progrès collectifs structurés. Mais c’est peut-être une question de tempérament, puisque « la philosophie qu’on a dépend du type d’homme qu’on est » (Fichte).
Le fait de tomber sur une pépite d’or au cours d’un échange de réflexions, je l’appelle un moment philosophique ou un moment de vérité.
Moi non plus je ne suis pas intelligent – en permanence ; je pense, j’espère vivre des moments d’intelligence, tout comme je ne suis pas libre, ni aimant, ni même vivant en permanence. As-tu vu le film « Sauve qui peut, la vie » de J.L. Godard où ces moments de vie sont filmés au ralenti, qui illustre bien cette philosophie du discontinu ?
En vieillissant, j’ai perdu mon désir ardent de voyager qui hantait ma jeunesse; je me suis rendu compte qu’il vaut finalement mieux changer de regard que de paysage. Dit autrement, l’aventure peut être au bout de la rue et non pas seulement à l’autre bout du monde. Appliqué à nos échanges : si on aiguise son écoute les chances d’être étonné par du non-spectaculaire augmentent. En tout cas, c’est mon expérience après 15 ans d’animation. Il y a à cela une condition : il ne faut pas seulement écouter les idées de l’intervenant, mais sa personne toute entière, ce que j’appelle sa posture existentielle. Voir et sentir le monde avec les yeux d’autrui, il n’y a rien de plus dépaysant.
Pour finir, je ne peux te cacher mes doutes profonds qui m’assaillent régulièrement au sujet des cafés philo : lâcher la bride aux rationalisations, voire les encourager, n’est-ce pas nous enfoncer encore davantage dans la méconnaissance de nous-mêmes, des autres et du monde ?
N’est-ce pas plus important de changer nos sentiments, affects et émotions que nos idées ? Sentir faux n’est-il pas plus grave que de penser faux ?
Si nos échanges ne modifient pas notre posture existentielle (faite d’idées, d’affects, etc.) ils ne représentent qu’un divertissement (médiocre) de plus.
Pour vraiment finir : je regrette le temps où tu intervenais le dimanche matin : la seule chose qui puisse agir vraiment sur autrui n’est-ce pas de donner l’exemple…d’une parole pleine et authentique ?

17. Tous médiocres ?
Ecrit par Participant méprisé. 08-12-2008
Gunter s’ennuie quand il n’y a pas d’enjeu existentiel ? Marc s’ennuie quand il y a trop de citations. Il est vrai que le premier ne peut pas s’empêcher de citer, citer, citer, comme pour montrer sa culture (« mes maîtres », oui, c’est ça. Picasso et les maîtres). Moi, ce qui m’ennuie, c’est le nombrilisme ! le moi-je, je-moi : voyez Gunter sur 10 : « lorsque je participe », « lorsque j’anime », « la philosophie dans la cité telle que je la conçois », « quand j’anime les Phares » (encore sur 17), « après 15 ans d’animation ». Citer, parler de soi-même, et puis pérorer sur la « philosophie dans la cité », la « responsabilité de l’animateur » (sur 8). « mes doutes profonds qui m’assaillent régulièrement au sujet des cafés philo» (sur 17). On dirait vraiment que le monde se réduit à Moi et le café-philo. Mais quel intérêt si le Moi s'exprime par des citations et le café-philo ne sert qu’à étaler son érudition ? On a le droit d’aller au café-philo sans qu’on vienne nous faire la morale : « ne voyez-vous pas que nous courrons à la perte », « enjeu de vie ou de mort », etc. Et l’autre : « pas d’idées nouvelles », quelle horreur ! Maintenant, il faut des « pépites d’or », « modifier sa posture existentielle » ou rien !
Sommes-nous si tarés que ça ? Fallait pas nous donner la parole, alors. On aura forcément « un divertissement (médiocre) de plus ». Mais je croyais qu’on pouvait venir au café-philo sans se sentir jugé.

18. assez de querelles égotiques
Ecrit par linda. 08-12-2008
J'apprécie en général et même j'admire le talent de Marc de rédiger très rapidement un compte rendu du débat très clair et très complet mais je constate que le ton devient de plus en plus dépressif et méprisant et surtout je n'aime pas du tout ces échanges logorrhéhiques entre Marc et Gunter (l'un misanthrope, l'autre egocentrique) sur la méthode du débat de chaque animateur. Les anciens participants en ont "soupé" de ces querelles. Les seuls commentaires enrichissants sont ceux qui concernent le sujet du débat. Que les animateurs animent, que les participants participent... et le cafés philos seront bien gardés...

19. Participant méprisé ?
Ecrit par Gunter. 09-12-2008
Où est le mépris puisque je dis de moi-même : « Moi non plus je ne suis pas intelligent – en permanence ; je pense, j’espère vivre des moments d’intelligence, tout comme je ne suis pas libre, ni aimant, ni même vivant en permanence » ?. Où est le mépris lorsque je dis m’ennuyer si dans un échange de réflexions je ne trouve pas pour moi d’enjeu existentiel, sous-entendu : pour m’amuser, m’instruire, me cultiver, etc. je préfère d’autres endroits ?
Et si le « je » était le contraire de l’égocentrisme, l’expression de l’humilité de ne pouvoir parler que de MA vérité (qui n’est pas l’arbitraire) et que la prétendue objectivité, neutralité, le refus du « je », le fait de parler au nom de La Vérité était le véritable et dangereux, parce que caché, égotisme ? Au nom de qui ou de quoi d’autre peut-on parler que de soi ? Au nom de soi, mais d’autre chose que de soi, bien sûr. Ai-je parlé uniquement de moi ou de mon point de vue ? Ce n’est pas du tout la même chose. Si je n’ai parlé que de moi et non pas de mon point de vue, vous avez raison. Je relirai les textes…
Le plus important : êtes-vous prêt pour que nous en parlions plus profondément et largement de vive voix - d’après votre texte vous venez aux Phares ? Si la rencontre virtuelle se substitue à la rencontre réelle (sauf si celle-ci est impossible pour des raisons de géographie), JE crois qu’elle est un danger mortel pour le lien social.

20. Philo mortifère ?
Ecrit par Participant méprisé. 10-12-2008
« Danger mortel pour le lien social », rien que ça ! Mais on avait déjà compris, M. Günter, que tout était question de vie et de mort. Ceux qui ne comprennent pas ça sont des médiocres, n’est-ce pas ?



 
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