La complexité du monde est-elle une apparence ?
Écrit par Carlos Gravito   
08-12-2008

Tout en geignant constamment « je ne sais rien, je ne sais rien », Socrate faisait tourner ses interlocuteurs en bourrique, avec des interrogations sur le « beau » et sur « la marche du monde », jusqu’à ce qu’ils accouchent de ce qu’il avait déjà porté à terme dans son esprit. Comme illustration de la première problématique, une exposition (« Le mystère de l’éclat ») dévoile, au Musée d’Orsay, la splendeur celée dans la beauté ; pour ce qui est de la deuxième, la question « La complexité du monde est-elle une apparence ? » fut posée le 7 Décembre au café des Phares, par Alain, et, captée par la formule, Sylvie Petin se prépara à la mettre en bouche et à nous conduire dans l’épreuve, le temps d’un simple et réel match de foot.

« Opposant les apparences à la réalité » aussi complexe qu’elle soit, Platon y avait déjà répondu et, à l’aide de « l’allégorie de la caverne », le fidèle disciple du père de la philosophie avait supputé que « l’être est au-delà des apparences, deux mondes se présentant dès lors aux créatures : le monde sensible et le monde des idées », cependant, affectant l’ignorer, nous nous sommes donnés, sans hésiter, à la sophistique nécessaire à les mettre dans le même sac, jugeant l’étendue des possibles assez raffinée pour s’ouvrir à la complexité, comme si le réel dévoilait, dissimulant, et l’univers masquait, justifiant, ce qui innocentait d’emblée la méfiance affichée au Musée d’Orsay envers des couleurs qui n’appartiendraient pas à une vraie œuvre, mais seraient dues à un mystérieux éclat qui se cache derrière.

L’auteur du sujet se dit concerné par « le sens du monde après la ‘chute du mur de Berlin’ qui a mené à la guerre froide ensuite, et nous conduit aujourd’hui au désastre libéral des idéologies démocratiques », se demandant « que faire pour établir la différence fondamentale entre philosophie et science ». L’animatrice avança alors que « l’idée de complexité lui semblait moderne et qu’il serait intéressant de savoir pourquoi elle a été oubliée, après l’intérêt que lui a porté Edgar Morin », et Jacques fit « un parallèle avec l’astronomie et les différents cercles et ellipses autour d’un centre, complexité intellectuelle en même temps que simplification quantitative, vu le changement de paradigme », suivi par Irène, partisane « de la nécessité d’un effort pour résoudre la complexe et subjective vision du monde » que Michel entendait « dépendre de sa lecture, de sa difficulté et des bons calculs », après quoi Sylvie est revenue à la charge, s’aidant « de l’effet papillon d’Ilya Prigogine », Gunter réagissant « à titre personnel, sur ‘son monde’ et ses liens » et évoquant « le problématique nœud Gordien, si difficile à desserrer ». L’animatrice rappela alors les « présocratiques qui, oubliés du Moyen-Age, ont cherché tout de même le principe rationnel du monde, Anaximandre étant le premier à le trouver complexe », mais s’étonnant « de toute absence d’explication de ce qui est caché face à l’apparence des phénomènes, alors que le principe fut revendiqué par Giordano Bruno, aux dépends de sa vie », un intervenant ayant noté que, « comme en psychiatrie, la science remplace le complexe invisible par le visible simple, afin de mieux se faire comprendre », un autre, « la vie n’étant pas si simple que le ‘H2O’ ou le cinéma en plein air », se déclara « démuni face à la simplicité dont les moines font preuve, Edgar Morin opposant, lui, ‘l‘homo sapiens’ à ‘l‘homo démens’ », et un autre encore prétendit que, « bouillie de quartz, la matière aboutit à des êtres multicellulaires, l’homme ayant commencé par le plus simple et se compliquant au fur et à mesure qu’il conquérait sa liberté ». Pierre-Yves, « afin de démêler la confusion, parla de la nostalgie du ‘Un - absence’, donc leurre qui nous laisse entre deux systèmes représentatifs, alors que le bébé est un Zéro qui devient un nouveau Un, réminiscence de l’état Zéro, comme le soleil de midi est Un et le reste du temps n’est qu’un astre parmi les autres ».

Un nouvel interlocuteur « sentant que l’on était au cœur du sujet », aborda « l’idée de ‘fractal’ qui permet d’avoir un plan de variable 1 et un autre de variable 0, une multitude de dimensions pour regarder le monde, tel un chou romanesco ou un vulgaire ballon », Daniel observant ensuite « qu’il y a là, parmi toutes ces choses, une exigence pour la science comme pour la philo, et estima que la vieille dualité fut périmée par le système d’Empédocle qui, aux quatre éléments (eau, air, terre, feu), ajouta deux forces (l’‘amour’ et la ‘haine’), les combinant, le monde devenant dès lors moins complexe que l’on prétend et ne s’observant plus comme des boules sur une table de billard », puis Patrick fit « quelques remarques sur le 1 et le 0 par rapport au nouveau-né, qui oublie tout ce qu’il savait avant de naître, mais dont les neurones croissent rapidement après dans son cerveau et se remplacent si besoin est », Pascal dénonça « certains ouvrages de divulgation qui nous induisent en erreur face à la profondeur et gravité des choses dont la complexité nous motive », et Gilles déclama : « Labyrinthe / Fil à tisser / Apprenti – sage / Dans son lin – seuil / Finalité, fil d’Ariane / Qui dit sens, en sort ».

Alfred trouvait « complexe, que, dans le sommeil, il ne sache pas qui il est ni même qu’il existe », Thierry que « chacun doit balayer devant sa porte avant de parler de la complexité du monde », Thomas que « l’on a toujours une probabilité de faire le bon choix sans en être sûrs à 100% », et Simone essaya de simplifier le tout préconisant que « dans certains domaines on doit être synthétiques dans d’autres phénoménologiques, la perception des apparences étant inépuisable ».

Convenons que la diversité de l’univers sociétal que nous nous sommes donné, n’est pas la vérité ultime et, l’apparence étant caractérisée par l’absence de modification, sans être grand clerc, chacun peut présumer que, en continuel changement, la « complexité du monde » de laquelle on parle n’est pas un reflet de la réalité et se trouve donc sans vérité ontologique ; par conséquence, pure façade, son apparence reste liée aux goûts ou à l’utilité, donnant libre cours à la fantaisie, devenue outil d’une compréhension dont l’hermétisme viserait l’universel, afin de couvrir une haletante fuite de vieux délires ou incarnations rhétoriques du sens.

La terre est depuis longtemps lancée dans son orbite et, sur un amoncellement de siècles, l’Homme enfonce les portes ouvertes de l’impossible, une sorte d’entrelacs borroméen auquel il suffit de retirer un cercle pour que toute la figure cède se démontant, et spécule sur la réalité à laquelle il a affaire, c’est-à-dire, épingle ensemble, sur un même fil, toute sorte de choses, alors qu’elles sont distinctes. Pour voir, il faut aussi bien de l’ombre que de la lumière et dès lors, on pourra se demander ce que c’est que cette complexité (réductible à des apparences que nul entendement ne saurait caricaturer), sinon une construction intellectuelle en marge de toute certitude. Voulant accoucher des esprits tout en ignorant ce qu’il est, c’est l’Humain qu’il faudrait observer. On verrait ainsi que la complexité du monde se résout à quelque chose d’assez simple et palpable. On a établi, par exemple, que la durée du présent serait de trois secondes ; chaque trois secondes un enfant meurt de faim. Au bout de 24 heures, environ 90.000 secondes, le passé s’est donc accru de 30.000 présents et le futur en est diminué d’autant, tandis que 30.000 jeunes vies sont sorties de la circulation. N’est-ce pas une vraie guerre ? Une guerre entre les souverains du monde entier et leurs représentants, les ministres de toute sorte ? En somme, il s’agit d’un conflit non couvert par les médias, apparemment cadenassés à ce sujet, toutefois, lorsqu’un bébé américain se fourre la clé dans l’œil, toute la planète en prend connaissance (cf. France 5). Un nuage de poudre lancé aux yeux du quidam, voilant aussi bien ses idées que son action, est assez nébuleux pour lui laisser croire qu’il sait et pour le porter à cautionner ce qui corrode, plutôt qu’à mettre en question les lois contestables auxquelles il expose son destin, plié selon la grammatique de philosophes qui tournent et retournent toujours les mêmes représentations, de plus en plus élimées.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Précisions
Ecrit par Alain. 08-12-2008
J'ai présenté le sujet en disant que, depuis la chute du mur de Berlin et la fin de la Guerre Froide, nous sommes dans un monde multipolaire "complexe" du point de vue économique, mais que cette complexité ne se retrouve pas dans les conflits idéologiques qui, eux, n'ont pas changé et n'ont rien de particulièrement difficile à comprendre (entre les démocraties libérales, loin d'être majoritaires dans le monde, et les autocraties et autres dictatures). Par contre, la difficulté commence quand il faut savoir comment agir.
Pour moi, l'enjeu était d’avoir une intelligibilité du monde et de pouvoir y être acteur. Daniel a expliqué, à juste titre, que la question sous-jacente était de ne pas se donner comme prétexte la prétendue "complexité du monde" pour ne pas penser et ne pas agir. Concernant la science, j'ai réagi au fait que cette recherche d'intelligibilité a été interprétée par Gunter comme recherche nostalgique de l'Un. Or, j’y vois une confusion qui plombe le sujet ; l'Un du philosophe et "l'Un" (???) du scientifique, le monde comme objet de connaissance, ne sont pas du tout de même nature. Science ou philo ? Problème : les références philosophiques classiques sont rendues caduques par le travail philosophique de la science.

2. La complexité du monde' est'- elle' une' Apparence ?, Sylvie Pétin
Ecrit par ROCA. 09-12-2008
La complexité du monde' est'- elle' une' Apparence ?, Sylvie Pétin,
" Rien m'est simple que La chose complexe ", Edgar Morin, Histoire ... Vie, Le monde'- humanité,
Labyrinthe ... Lecture ... " La Pensée complexe "', Écheveau, fils de L'...un, L'Autre ... Le monde ... Soi(e) ...
fils, À tisser, entre ...lacets, de La complexité, tissage', Apprentissage', Apprenti ...sage ... soi,
qui Apprend ...tissage ... jusque ... dans son L'...un ...seul, et La pulsion de mort, mort' ...alité,
La finitude ... fin, Au bout du fil ... de L'...un, Vie ...Vent, ou La finalité, fil d'Ariane ... Vie ...Vent,
Nœud Gordien, dénoué, du Labyrinthe', on sort ... À La naissance', et À La mort, qui naît ...sens', du Vent,
est' essor, de La réalité, cachée, en' Apparence', Au réel, dévoilé, Apparaît ... transparence',
ou, du Paraître ... rêve'...Ailé ... À L'Être ... révélé, du complexe ... Visible' Au simple ... L'invisible',
ou, de L'urgence ... de ... rendre ... Visible ... L'invisible', et, de L'éveil, À La complexité, du sens',
présence', Absence', Au monde ... L'Autre ... Soi ... naît ...sens', de La complexité, Visible',
À L'éveil, Audit sens', de L'Apparence', À La co-naissance ... du sens', du Vieil homme', Aux' Appâts ...rances,
et mort, euh ... re-naissant, de ses cendres ... phénix', en transe'...figuration, du sens',
en transe'...en ...danse ... danse ... de La Vie, du sens', et ...sens', et quintessence ...
du sens', en' instance, de L'existence', simple ... Visible ... L'être ... sens',
______________________________________________________________________
Cas-fée Philo des Phares, Pensée complexe phare', en ces-jours de Frimaire,
7' décembre' 2008', complexe, triviale'- poursuite', Apparente frime', Air, Gilles Roca

3. Pénétrer la complexité par ses réseaux
Ecrit par Anonyme. 17-01-2009
Pour une proposition de cartographie réticulaire de cette "complexité", voir aussi :
http://yannickrumpala.wordpress.com/2009/01/04/cartographier-le-contemporain/

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