Qu'est-ce que la santé ?
Écrit par Carlos Gravito   
15-12-2008

Bien que j’eusse le moral au beau fixe, longeant le boulevard Beaumarchais et me souvenant de la maxime du libertin « je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer », je me dirigeai le 14 Décembre, au café des Phares, écoutant sur mon baladeur un enregistrement de Gaston Ouvrard, en 1932 : « ...J’ai la rate qui se dilate / ...Les artères trop pépères, / ...La poitrine qui se débine... Ah ! bon Dieu ! qu’c’est embêtant / D’être toujours patraque, / Ah ! bon Dieu ! qu’c’est embêtant, / Je ne suis pas bien portant... » et, rentrai dans ce « premier café Philo » de Paris, où Gérard Tissier se préparait à animer le sujet du jour : « Qu’est-ce que la santé ? », qu’Yves avait proposé.

La vie s’écoulant, d’après René Leriche, dans le silence des organes, je me faisais un sang d’encre, car il n’y avait pas de médecin dans la salle et, sachant qu’« il vaut mieux être riche et bien portant que malade et sans le sou », même après une tisane de camomille, « j’avais beau vouloir me remonter, je souffrais  de tous les côtés », me rappelant la quantité de pathologies rares, orphelines, mentales, génétiques qui assolent le genre humain, d’autant plus que, telle qu’elle est définie par l’OMS, la santé ne se résume pas à l’absence de souffrances et constitue bel et bien un phénomène social ou individuel auquel chaque société donne un contenu spécifique ; il s’agirait d’un état évolutif qui, entamé depuis la vie utérine, est influencé par un nombre de facteurs assez divers, notre ultime destin étant aussi inachevé que le premier et déterminant une histoire scandée par des rythmes absurdes propres à la condition humaine, plus encline à parler qu’à se taire.

L’animateur ouvrit donc le débat, estimant « qu’il y avait là convergence physiologique de la nature ainsi que du monde et que le bien-être renvoie à la philo », mais aussitôt Roschan s’inquiétant de ce que « veut dire ‘comment ça va ?’ », un participant l’élucida : « cela veut dire ‘comment allez-vous à la selle’ » puis, Gabriel ayant noté que « le sport c’est le propre des jeunes, l’immobilité celui des vieux », Bruno que « l’organisme se compose du physique et du mental, mais que la mauvaise maladie mentale est plus grave que la physique », Gunter se montra « inquiet si la trilogie républicaine ‘liberté, égalité, fraternité’ venait à être remplacée par ‘santé, sécurité, propreté’ », alors que pour Agnès « le problème n’était plus dans la santé mais dans la survie » et pour quelqu’un d’autre « il était dans la génétique ». Martine évoqua ensuite « chez Kierkegaard, le ‘concept d’angoisse’ comme dimension fondamentale de l’Homme », Karim opina que « la limite de la santé était un signal de danger pour les uns mais servait de levier de l’action pour d’autres qui l’utilisent pour arriver à leurs buts par la grève de la faim, notamment », et Daniel affirma que « la santé est bonne, elle-même, et désirée comme idéal depuis Socrate, le coq étant adoré chez les stoïciens comme chez les épicuriens auprès desquels les guérisseurs jouissaient d’une grande popularité », après quoi Gérard rappela « la nécessité du droit à la santé » pourtant,  Michel ayant « mis en doute le vaccin, risqué », l’animateur fit « valoir les millions de vies sauvées par lui », alors qu’Alfred « s’offusquait que, comme la justice, on transformât la santé en idéal ».

Gunter donna comme « exemple Jean Yanne qui, à 60 ans, disait s’emmerder avec l’hygiène de vie », « rapprochant culture et santé », Nader mentionna « Bourdieu, pour signifier que l’on ne peut pas décider de ce qui est de l’ordre de la représentation », un autre intervenant repéra « dans la force créatrice de Van Gogh ce qui l’avait mené à sa perte », Nadia avertit que « la santé n’a, peut-être, pas de prix mais a un coût politique inquiétant, puisque, en ce moment, on demande aux gens de racler les fonds de tiroir pour se soigner comme on est obligé de le faire aux USA », Roschan voyait « trop de paradoxes et de mystères dans un sujet qui se résume au désir d’‘être bien ensemble’ », Annick entendait que « même le ‘silence des organes’ n’est pas un signe de bonne santé (voir le cancer), ajoutant ne pas supporter la prévention (diètes, échographies, etc.) signes plutôt d’une société efficace au détriment des pauvres », ce qui a provoqué une nouvelle intervention de Daniel pour soutenir que « les pauvres (question de justice) n’était pas le thème, ajoutant que s’insurger contre la prévention ou l’hygiène de vie c’est du nihilisme, la santé étant une appréciable valeur universelle », ce que Nadia « refusa d’entendre, mettant sur la table les prix et l’arbitraire de l’accès aux soins, objets de légitimes revendications », et que Gabriel « rapprocha du ‘bonheur’ ainsi que de la nuance entre ‘être’ et ‘avoir’ » et, Simone s’intéressant « de préférence aux signaux de la maladie que l’on ne veut pas entendre », Charles conseillait à tous « la médecine spatiale, en train de naître », un autre interlocuteur étant d’avis que « l’on est complètement infantilisés face à la maladie au lieu de vivre sainement », et Pierre « s’efforçait en vain de comprendre le sujet ‘qu’est-ce que la santé ?’, la santé étant la bonne santé que l’on interroge », ce à quoi Yves a répondu « qu’un texte sans fautes d’orthographe n’est pas forcément de la littérature et que être sain implique le physique, le moral et le spirituel ». Gilles glissa alors son billet : « Santé du monde / Autre soi. Corps et âmes / Santé publique. Mental / Pathologique. Esprit sain / Corps sain. Ce que la santé / Veaux. La santé c’est l’amour / Le lien », et, une fois que Mireille eut prononcé la dernière oraison : « La santé représente la valeur de l’Homme ; les symptômes de la maladie mentale, par exemple, révèlent aussi bien ce que l’on est, que le système politique dans lequel on vit ainsi que la valeur donnée à l’autre », le moment était venu d’arrêter le goutte-à-goutte et on a effectué une extrême onction au moribond qui répondait déjà aux critères de la mort, trois encéphalogrammes plats, bon à tirer pour le trafic d’organes.   

Ajoutons que dans cette constante fuite, les signes inflammatoires et lésionnels sont le dada de la logique médicale, alors que, dans le corps qui se dérobe, « tout branle, comme dit Pascal, et l’homme ne maîtrise rien ; chaque chose lui échappe, un univers pouvant toujours en cacher un autre ». Aussi, la maladie est un implacable cercle, assez vicieux pour placer son centre partout et l’arrondi nulle part, ce qui fait que nos insondables discours s’abîment souvent dans le néant, bien que, les phénomènes ne pouvant se lire que dans leurs effets, la bonne santé soit l’état de celui qui est sain de corps et d’esprit, un fou rire, principe vital recommandé par les sages, étant dès lors un excellent moyen pour y parvenir et pour que tout aille mieux. Certes, pour la chair rien n’est insignifiant mais, mieux que les ventouses, serpents, coqs, taupes, mandragore, eau bouille et même Panacée, guérisseuse universelle avec toutes ses sœurs, le rire est une espèce d’hydro massage jacuzzi  (« Ah ! Ce qu’on est bien quand on est dans son bain. On fait des grosses bulles, on joue au sous-marin » - Henri Salvador), ou une magie de l’existence, au cours de laquelle le « moi » cesse de faire obstacle au « être soi » d’un organisme qui peut beaucoup plus que l’on ne pense ; il serait inerte sans l’esprit qui le pousse à désirer vivre, comme l’esprit serait privé de penser sans ce corps qui, dominé par des affects contraires, veut le meilleur au risque de faire le pire, un échec de la raison tout à fait dans l’ordre des choses.

Ce qui nous achève, c’est la simplicité du chaos, alors que nous avons deux natures opposées, la matière et l’esprit, la partie qui raisonne ne sachant pas comment connaître l’autre, celle qui ne peut pas échapper à sa destruction, même si les extrémités se touchent. Alors, comme dirait, à peu près, Woody Allen : « Pas besoin d’être parano pour, en constante  fuite, se sentir partout suivi de quelqu’un, ni de se sentir hypocondriaque quant à savoir que la mort vient te trouver là où que soit ta cachette ». On a besoin de temps pour durer, mais nul ne subsiste s’il ne le possède pas entièrement.

 

Sujets connexes :

- Comment reconnaître un esprit en bonne santé ? par Carlos ; par Marc
- De quoi se nourrir ?
par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Qu'est-ce que La santé ? Gérard Tissier
Ecrit par ROCA. 15-12-2008
Qu'est-ce que La santé ? Gérard Tissier,

Santé du monde ... L'Autre ... Soi, du Salut, Sainteté,
Santé " biblique ", ma foi !, Sain, de corps, et d'esprit, pour La Santé, L'on prie, corps' et Âme ... Santé,
Santé publique, génétique ... biologique', organique ... physique,
psychique, psychologique, mentale ... non pathologique,
bien'- être ... bonne' Santé, La forme, La norme ... L'important, c'est La Santé,
" tant qu'on' A La Santé ", " mourir en bonne' Santé ",
" un' esprit Sain, dans' un corps Sain ", Souffrance ... Le Chemin, La Passion, La Santé,
Au Passage ... La Santé, Santé, La dignité, Le prix, Le coût, de La Santé, et, de La " fonctionnalité " ...
" Être ... bien, dans Sa peau ", ce que La Santé Vaut ... Soigner, panser Sa Vie,
et puis, penser Sa Vie, " mieux Vaut penser Le changement ... que de changer Le pansement ", m'est' Avis,
et, " crever L'opacité de Sa peau, passer' outre' Aux frontières ... de Sa peau ", d' Après Adamov,
Avoir ... une, bonne, Santé, Être', en bonne ... Santé, " moins Vous' Êtes "' [ en bonne' Santé ],
et d'Autant plus Vous' Avez [ La Santé ],
et d'Autant plus grande' Est ... Votre Vie Aliénée ", d' Après Marx, philosophe,
malade ... Société, malade, humanité, malade', identité, de L'individualité, individu-dualité,
Appel d'urgence', À La Santé, de L'Un, L'Universalité, universelle, fraternité, cordiale ... convivialité,
de nature' en culture, " terrestres ... nourritures ", Sociale ... Santé, Humaine ... Santé,
La Santé, c'est L'Amour, Le Lien, d' " AmitiAmour ", Vincent Roca, ... Santé !

Gilles Roca,
Cas-fée Philo des Phares, La Santé, comme phare, 14'. 12'. 2008', Santé, triviale'- poursuite,
en ces-jours de Frimaire, Santé comme frime', Air ... dimanche' prochain, La Suite, ... G.

2. Travailler moins pour vivre plus ?
Ecrit par Bayer aux corneilles. 16-12-2008
Merci d'avoir pensé à cette chanson d'Henri Salvador (Ah ! Ce qu'on est bien quand on est dans son bain). Quel chanteur oserait reprendre celle où H.S. dit :" Le travail, c'est la santé. Ne rien faire, c'est la conserver. ?

3. La santé selon Epicure
Ecrit par Georges. 16-12-2008
Il ne faut pas faire semblant de philosopher, mais philosopher réellement, car ce n'est pas de l'apparence de la santé que nous avons besoin, mais de la sante elle-même.

4. Trop de sante ?
Ecrit par Daniel Ramirez. 17-12-2008
Qu'est-ce que la santé ? Voilà une question ! La phrase d’Epicure est très pertinente, d’ailleurs. Gérard a eu la bonne idée de choisir ce sujet, qui n'a pas été traité vraiment auparavant. La preuve, les nombreux tenant et aboutissants qu’ont été traités et dont on ne peu rendre compte de façon exhaustive, même avec la légèreté de plume de Carlos.
Je voudrais commenter un des aspects car il m’a paru intéressant philosophiquement : une bonne partie de débateurs était partie sur le registre de la dénonciation ; ce qui peut se comprendre, même si je me méfie des formules du type « on nous… » « On est forcé de… », « On nous manipule », elles devinent coutumières. Bref, c’était l’idée que la santé, préoccupation universelle et de tout temps, comme on a vu, était devenue une sorte d’obsession moderne. Il faudrait être en excellente forme, longtemps ; même juste avant de mourir, il faudrait être en bonne santé. Et puis, « on s’emmerde ». Ceci serait, entre autres, une façon de « nous faire fonctionner », plus on est en forme, plus on est productifs et « le système » se porte mieux.
Il y a un problème formel avec ce genre de raisonnements : c’est la difficulté de séparer intellectuellement quelque chose de désirable en lui-même, des mésusages et abus que l’on pourrait faire (le bébé avec l’eau du bain, en quelque sorte). En effet, qui d’entre nous ne préfère être en bonne santé que malade, et ceci en tout circonstance ? Même si une maladie pourrait rappeler à quelqu’un notre finitude et le ramener à la raison, s’il est tombé dans une ivresse de pouvoir et de superbe ; on pourrait entendre des propos come ceci : « le cancer m’a rendu humble », ou « j’en suis sortie transformé ».
Mais la grande illusion de ce genre de considération, valable en tant que témoignage, c’est-à-dire dans le récit d’une subjectivité strictement personnelle, devienne claire lorsque nous la mettons en rapport avec la question métaphysique du mal. Après tout, la maladie est une forme de mal. Que faisons-nous avec le mal ? Nous le combattons, nous le fuyons, nous essayons de l’éviter. Et lorsqu’il est plus fort, qu’il nous atteint dans notre chair et dans notre cœur, comme arrive à Job dans la Bible, une transformation devienne nécessaire. Cela est le génie morale de l’être humain (ou bien le cadeau du ciel, c’est selon…). La compassion, l’amour, les soins, la connaissance, la foi, tout cela aide. Et permet, parfois seulement, de s’en sortir. Mais par quel artifice nous vendrions à conclure que la maladie deviendrait UN BIEN ? Ou que la violence, la perte ou le crime, voire l’accident, deviendraient des biens, sous prétexte que la personne à gagné en épaisseur, en profondeur, en humanité et que nous avons une capacité de résiliance ? On voit bien que la conclusion est monstrueuse et inacceptable. Car il faudrait, comme j’ai dis, pour taquiner les dénonciateurs de la santé, propager un peu plus quelque virus pour que les gens soient plus humains… ? Ce n’est pas sérieux ! Si un rappel de la finitude peu avoir des effets positifs, il viendra bien avant qu’on ne le croit. D’ailleurs les délires, dignes des raëliens, comme quoi on aura vaincu la mort, en isolant je ne sais quel gène, dans quelque temps, sont totalement exagérés. Personne ne prétend cela. Mais qui peut, en revanche, ne pas désirer être et rester un maximum de temps en bonne santé ? Qui oserait proposer qu’on supprime des dépistages, des vaccins, des examens, sous prétexte que nous sommes trop médicalisés ? Nous avons, dans une société démocratique, la liberté de ne pas faire certains examens, de nous abstenir de prendre de vitamines ou d’aller au gymnase. Mais qui voudrait en empêcher à ceux qui veulent tout cela ? Et que dire à celle qui aurait découvert trop tard un cancer du sein, ou à celui qui aurait ignoré sa séropositivité et contaminé son partenaire, parce que par un élan de retour à la nature ou à la raison, ou à la finitude, par rejet de la médicalisation excessive et du culte à la performance nous aurions arrêté certains programmes de santé publique ? C’est inimaginable. Et pourtant des idées de la sorte ont été émises, très sérieusement (!). C’est étonnant, mais pas décevant ; cela parle de la souffrance sociale (tout devient protestation) et cela nous prouve la nécessité grandissante de ces espaces de débat. Il y a bien de choses encore à dire ; mais arrêtons là, pour l’instant. J’ai attrapé quand-même un gros rhume dimanche.
Daniel

5. Qu'est-ce donc, la bonne (la vraie) santé ?
Ecrit par Gunter. 17-12-2008
L’enjeu des échanges de dimanche dernier n’était pas, à mon avis, principalement et étant donné son intitulé, de savoir si la santé était un Bien ou un Mal mais portait plutôt sur la question de savoir ce qu’est la santé, ou plutôt ce qu’est la bonne ou encore mieux : ce qu’est la vraie santé ? (La vérité est devenue un adjectif…).
Quel point commun ont, en effet, la définition de la santé par l’OMS : « La santé est un état de complet bien-être physique et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. », la démonstration par un Georges Canguilhem (« Le normal et l pathologique ») qu’une maladie peut être un signe de santé, la « Grande Santé » d’un Nietzsche, méprisant toute réduction biologique de la santé (id. sa caractérisation de l’homme comme « animal malade »), l’idéal hygiéniste d’une « Santé parfaite » (cf. Lucien Sfez), etc., etc. ?
Que la vraie santé soit un bien, qui le nierait ? Il s’agit même d’une tautologie ; reste à s’interroger sur ce en quoi consiste la bonne, la vraie santé. Question d’actualité - il suffit de penser aux débats déclenchés par la loi sur l’interdiction de fumer dans les cafés et les restos, aux innombrables magazines, émissions, livres, etc. consacrés à la santé platement biologique, réduite au bon fonctionnement des organes.
Le sketch de Jean Yanne illustre bien ces enjeux : deux ou trois ans avant de mourir – il avait une 70 aine d’années- il s’était expliqué ainsi à la télé : « Voilà, d’après les statistiques, vu que je ne fume pas, que je ne bois pas, que je mange maigre, sans sucre, etc. je peux espérer de vivre encore au moins dix ans ! Mais qu’est-ce que je m’emmerde ! »
Bref, la santé, comme d’autres « valeurs », est devenue, avec la modernité techno-scientifique, une « grandeur » uni-dimensionnelle, quantifiable…

6. Divin
Ecrit par Gabriel. 17-12-2008
Il est clairement indiqué dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948, Article 25) : toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé...
Celui qui clame : "La santé, ça n'a pas de prix !" devrait revoir la notion d'insuffisance. Si vite le sujet a été posé, qu'il a été question d'injustice, de dépassements d'honoraires, d'inégalité devant les soins... Politiquement, il est difficile d'imaginer qu'une oligarchie puisse, à partir du travail de l'ensemble, amasser la fortune de manière illimitée, sans songer à obtenir la santé de façon illimitée, en assurant néanmoins le progrès médical par les prélèvements sur l'ensemble. Même s'il n'y a pas de lumière au pied du phare, on sent poindre, à partir des réflexions des gens ordinaires, une philosophie de l'extraordinaire.

7. QUELLE SANTÉ ?
Ecrit par BRITT. 18-12-2008
2 livres à lire sur la santé:
"LES EXILÉS DE L'INTIME" de ROLAND GORI, psychanalyste et professeur de psychopathologie,
et "ILS NE MOURAIENT PAS TOUS MAIS TOUS ÉTAIENT FRAPPÉS" de MARIE PEZÉ, psychosomaticienne, spécialiste de psychopathologie du travail

8. Philosophie de la santé
Ecrit par Daniel Ramirez. 18-12-2008
Si on veut prendre de la hauteur, sur la question philosophique de la santé elle-même, il y a bien sûr le livre de Hans-Georg Gadamer : Philosophie de la santé, éd. fran. Paris, Grasset, 1998.
De la quatrième de couverture :
Ce recueil présente un ensemble de conférences prononcées par H.G. Gadamer devant des médecins. Il y aborde la question de la santé et confronte la pratique médicale au discours scientifique. La santé se définit toujours négativement par opposition à la pathologie et à la maladie. Si elle est ce vers quoi tendent la pratique et le discours médical, elle est aussi le point où ils s'interrompent : la santé est un état en creux qui échappe aux différents discours sur l'homme. Le silence qui entoure cette question peut être considéré comme un symptôme révélateur de la connaissance que l'homme a de lui-même. La question de la santé est ici posée en termes épistémologiques, mais aussi sociologiques, politiques, culturels et éthiques ; Gadamer parle de la nature des discours qui lui sont consacrés, il interroge les mots à la lumière des pratiques. Confrontant les points de vue, il réaffirme, à l'instar des Grecs, la nécessité d'un savoir global pour restaurer une dimension humaine à la pratique médicale.

9. Quand on a la santé, c'est pas grave d'être malade.
Ecrit par Nadia. 18-12-2008
La course effrénée à la santé, à tout prix, a quelque chose de morbide . Il vaut mieux essayer d'être heureux et s'octroyer des moments de plaisir où l'excès ( qui nuit évidemment gravement à la santé) ne gâte rien, bien au contraire. Comme dirait J. Romain dans knock ou le triomphe de la médecine "la santé est un état précaire qui ne laisse présager rien de bon". Je connais , nous dit il, un homme qui a arrêté de fumer, de boire, de faire l'amour... Il était en bonne santé jusqu'à ce qu'il se suicide. D'ailleurs,la forte santé incline aux abus. Voilà pourquoi ce sont les malades qui durent et les bien-portants qui claquent". Evidemment, c'est une plaisanterie parce que les statistiques démontrent exactement le contraire. La santé n'a pas de prix mais elle a un coût, celui des luttes sociales et des conquêtes politiques. Il ne s'agit pas seulement du silence des organes. Ce sont les conditions de vie des personnes qui importent, leur Bien Etre et pas seulement la prise en charge médicale. En vérité, nous sommes dans une société malade de son hygiénisme qui se préoccupe uniquement de la Maladie et non de la Santé des malades. Amitiés Nadia

10. Les citations, le miroir/psyché de la santé
Ecrit par Georges. 18-12-2008
J'ai bu si souvent à la santé de mes amis que j'ai ruiné la mienne. [W.C. Fields]
Si le travail c'est la santé, pourquoi ne pas le reserver juste au malades? [inconnu]
Le travail c'est la santé ; ne rien faire, c'est la conserver. [Henri Salvador]
Le travail, c'est la santé... Mais à quoi sert alors la médecine du travail ? [Pierre Dac]
La meilleure santé, c'est de ne pas sentir sa santé. [Jules Renard]
Etre en bonne santé, c'est pouvoir abuser de sa santé impunément. [Michel Tournier]
Le plus pauvre n'échangerait pas sa santé pour de l'argent, mais le plus riche donnerait tout son argent pour la santé. [Charles Caleb Colton]
Je n'ai jamais dans ma vie fait autre chose que travailler pour me rendre malade quand je jouissais de ma santé, et travailler pour regagner ma santé quand je l'avais perdue. [Giovanni Casanova]
A l'instar de l'idée voulant que l'État garantisse la recherche du bonheur, la quête moderne de la santé est le fruit d'un individualisme possessif. [Ivan Illich]
Soyez vilain ou soyez beau, Pour la santé, c'est kif-kif bourricot. [Alphonse Allais]
La santé, c'est ce qui sert à ne pas mourir chaque fois qu'on est gravement malade. [Georges Perros]
La jeunesse est une ivresse continuelle ; c'est la fièvre de la santé ; c'est la folie de la raison. [François de La Rochefoucauld]
La santé peut paraître à la longue un peu fade ; Il faut, pour la sentir, avoir été malade. [Jean-François Collin d'Harleville]
Quand on a la santé, c'est pas grave d'être malade. [Francis Blanche]
Notre meilleur voie vers la santé consiste à élargir notre sentiment d'identité. [Richard Moss]
Ma seule gymnastique, c'est d'aller aux enterrements de mes amis qui faisaient de la gymnastique pour rester en bonne santé. [Georges Feydeau]
La santé, c'est d'avoir mal tous les jours à un endroit différent. [Michel Chrestien]
Une lecture amusante est aussi utile à la santé que l'exercice du corps. [Emmanuel Kant]
On a beau avoir une santé de fer, on finit toujours par rouiller. [Jacques Prévert]
Mourir en bonne santé, c'est le voeu le plus cher de tout bon vivant bien portant. [Pierre Dac]
La santé, c'est un esprit sain dans un corps sain. [Homère]
Pourquoi un corps sain a un esprit mal-sain ? [Georges de Bruxelles]
A qui est en bonne santé, il est aisé de conseiller les malades. [Térence]
Le premier bien est la santé, le deuxième la beauté, le troisième la richesse. [Platon]
La maladie commence par le manque de réfléxion. [Georges de Bruxelles]
Qu'est-ce apparemment que la santé des âmes sinon la bonté ? Et leur maladie, sinon la méchanceté ? Et quel est celui qui préserve les bonnes choses et chasse les mauvaises, sinon Dieu, le maître et le médecin des âmes ? [Boèce] Extrait de Consolation de la philosophie
Un peu de santé par-ci, par-là, c'est pour le malade le meilleur remède. [Friedrich Nietzsche]
Point de santé si l'on ne se donne tous les jours suffisamment de mouvement. [Arthur Schopenhauer]
Le secret d'une bonne santé : la pratique raisonnée de tous les excès et l'abstention nonchalante de tous les sports. [Curnonsky]
Sans la santé, pas de clairvoyance morale. [George Sand]
A soixante-dix ans, il est meilleur pour la santé d'avoir des femmes dans la mémoire que sur les genoux. [Maurice Chevalier]
On pourrait composer une diète pour la santé de l'entendement. [Georg Christoph Lichtenberg]
Il n'y a rien de si nuisible à la santé que la mort. [Savinien Cyrano de Bergerac]
La seule question qui concerne la santé est "qu'est-ce qu'on fait avec ?" [John Rockefeller]
L'humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d'esprit. [Charlie Chaplin]
Le meilleur moyen de rester en bonne santé, c'est de manger ce que vous ne voulez pas manger, de boire ce que vous ne voulez pas boire, et de faire des choses que vous n'aimez pas faire. [Mark Twain]

11. Lisons Gadamer !
Ecrit par Gunter. 18-12-2008
Quelques citations tirées du livre de H.G. Gadamer Philosophie de la santé , afin de nous immuniser contre les optimismes quelque peu béats concernant notre médecine et plus généralement notre époque :
- Face à un tel problème, que pouvons-nous apporter, nous autres, hommes, en intervenant, quand, par ailleurs, la perspective qu’a un médecin soignant est la maîtrise croissante des choses par une corporéité instrumentalisée ? (p. 86)
- On prend quelque chose contre le mal et il disparaît. Viktor von Weizsäcker (célèbre physicien allemand lequel aimait dialoguer aussi Heidegger, G.G°), avec qui je me suis maintes fois entretenu avant qu’il ne disparaisse, demandait toujours : Que dit la maladie au malade ? Non pas tant : que dit-elle au médecin, mais bien plus, que veut-elle signifier au malade ? (p. 87)
- Je pense au monde des nouveaux psychotropes. Je ne peux entièrement séparer ce nouveau savoir–faire de toutes les instrumentalisations de la corporéité pratiquées dans l’agriculture moderne, dans l’économie et dans l’industrie. (souligné par moi, G.G.) Quel sens y a-t-il à être et à savoir faire tout ceci ?...N’est-ce pas une agression littéralement monstrueuse que de passer par des psychotropes capables d’éliminer et d’anesthésier non pas un trouble quelconque, mais de retirer à la personne son malaise et son trouble le plus intime – sans que l’on puisse pour autant parler d’une simple élimination, vu que cela supposerait que l’on en ait aussi la maîtrise ? (p. 89)
- Platon dit ou fait dire à Socrate que le médecin ne devrait peut-être pas se contenter de connaître la nature de l’âme en plus de celle du corps, mais il devrait de surcroît connaître également la nature de l’univers tout entier s’il prétend véritablement traiter la déficience, la souffrance et la maladie du patient. Des siècles d’expérience nous ont appris combien cette tâche est devenue, en raison des nécessités et par suite des conquêtes de notre savoir-faire et de notre science, un art d’une singulière difficulté. La marche de l’histoire a de plus en plus assujetti à la loi de la division du travail non seulement le patient et le médecin mais aussi notre style de vie tout entier. Notre propre action se trouve dès lors à n’être plus qu’une fonction au sein d’une totalité dont il est devenu impossible d’avoir une vision globale. (p.100, souligné par moi, G.G.)
Il faudrait y ajouter la Némésis médicale d’Yvan Illich traitant de la contre-productivité globale croissante de la médecine moderne.

12. Etre ou avoir
Ecrit par Gabriel. 20-12-2008
De quelqu'un, lorsque son organisme fonctionne correctement, le sens commun dit : "il est en bonne santé". C'est un état qui, socialement, rend la personne apte à la tâche.
Lorsque le sens commun énonce : "Cet homme a la santé", dans ce cas, c'est bien plus, car ça sous-entend non seulement l'état de bonne santé mais aussi la mise à profit de cet état en vue d'une activité qui se remarque (décisions, actes, ....). Quand on a la santé, ça bouge, ça déménage ! Ce n'est pas seulement une constatation de bon fonctionnement interne mais ça ajoute une note très positive d'action externe. C'est un avoir ostentatoire. Car, en fait, le seul état de bonne santé est fréquemment montré du doigt quand le social ne va pas bien. C'est cet état qui est visé quand le grand personnage déclare : "Dans ce secteur, je note un fort absentéisme", "Certains abusent des allocations chômage", "Pourquoi ne pas travailler jusqu'à 70 ans si on le souhaite ?"... Progressivement, l'être en bonne santé doit être débusqué et mis à la tâche. Il doit devenir quelqu'un qui "a la santé" (visiblement), et ne pas profiter du système. Etre en bonne santé et refuser d'aller travailler le dimanche devient presque culpabilisant dans l'air du temps, quand l'exemple est donné par celui qui a la santé, et qui travaille 70 heures par semaine (avec ses heures supplémentaires).
Etre, avoir, problème éternel.

13. Sans titre
Ecrit par Estelle. 21-12-2008
La seule question qui concerne la santé est "qu'est-ce qu'on fait avec ?"

14. Santé et liberté
Ecrit par Gunter. 21-12-2008
Mille fois d'accord : la santé c'est comme la liberté; quand quelqu'un me dit que pour lui la valeur suprême est la santé ou la liberté, j'ai tendance à poser immédiatement la question: d'accord, mais pour quoi faire ?

15. libération / aliénation
Ecrit par Alain. 22-12-2008
Il fut un temps, pas très lointain, où l’on pouvait reprendre d’un cœur léger les paroles de la chanson d’Henri Salvador « Le travail c’est la santé, ne rien faire c’est la conserver ». Encore aujourd’hui, je connais un club de gym, plus « familial » qu’industriel il est vrai, dont le responsable, pour plaisanter, a inventé le slogan « Mourir en pleine forme »... Pourquoi une telle liberté, aujourd’hui disparue ? Le travail était à portée de tous, et aussi une valeur qui allait de soi, et la santé un objectif de progrès social, le « droit à la santé ».

Alors, quand et comment passe-t-on de la libération à l’aliénation ? De la lutte contre la fatalité de la souffrance à l’obsession hygiéniste ? Par le zéro symptôme, par un culte jeuniste occultant le vieillissement et la mort ? J’ai quand même du mal à y voir la raison d’être et la pratique de mon médecin...

Il est vrai que certaines façons d’être ne sont plus admises aujourd’hui, il y a comme du folklore qui s’en va. Je songe à une personne qui vivait à la campagne, qui avait toujours la clop au bec et ne suçait pas que des glaçons. Il était drôle, sympa, bon vivant, à l’occasion il maltraitait sa femme, mais je ne l’ai su qu’après sa mort. Tel était l’horizon de l’époque. Celui d’aujourd’hui : plus d’hygiène, et condamnation de la violence ordinaire. Où est le mal, exactement ? Les usages pervertis du « progrès » existent, mais où est l’essentiel ?

Vouloir définir la « santé » est condamné à l’échec. Comme pour la liberté par ex., et bien d’autres choses : y a-t-il une définition de la musique ?... Du coup, la santé est essentialisée et embrigadée dans des problématiques (globalité, totalité) qui sont surtout des fabrications de philosophe. Très modestement (?), le droit à la santé (ou plus exactement à la médecine) est l’un de nos droits fondamentaux ; d’ailleurs le fait que certains en soient privés est considéré comme un scandale !

Finalement, ce qu’on reproche à la médecine est peut-être qu’elle n’est pas une « vraie » réponse aux maux de la société. Mais quels sont-ils ? Délitement du lien social, décomposition de nos horizons d’attente, incapacité d’aimer, d’écrire l’histoire...

16. Vers un nuveau moralisme !
Ecrit par Daniel Ramirez. 22-12-2008
La question de "Qu'est-ce qu'on fait avec?" appliquée à la santé est passablement absurde, comme appliquée au bonheur, ou la vie... Désolé pour la belle unanimité !
Ce sont des bien premiers, recherchés pour eux-mêmes et non pour leur utilité, en tant que fins et non en tant que moyens pour obtenir d'autres biens. La vie est une valeur fondamentale, la liberté, peut-être la valeur suprême. Bien sûr, rien n'interdit de philosopher autour, de s'interroger en profondeur sur les significations de ces notions, de scruter ses limites, ses mystères. Mais dire, en revanche que si on ne sais pas "pourquoi faire" cela ne vaut rien, est un simple moralisme. Il faudrait avaler que quelqu'un en bonne santé, qui ne saurait pas trouver "un sens" à sa vie, qui ne ferait pas des grandes choses avec sa santé, ne la mérite pas ? (!) Faudrait-il donc qu'il soit malade ? Ou bien lui nier l'accès aux soins?
Bienvenue dans la nouvelle utopie : l'hôpital est ouvert seulement pour les bons, les généreux, les courageux, les engagés (évidemment dans "la" bonne cause!). Ceux qui ne sont pas politiquement corrects (ayant résolu la question du "pourquoi faire?") n'auront peut-être pas droit au remboursement de la sécurité sociale... Et qui dira si un tel ou un tel méritent donc la santé ? Puisqu'il faudra bien une commission qui surveillera le bon usage que l'on en fait, n'est-ce pas ?
Trois cas à réfléchir :
Quelqu'un qui avec sa santé de fer s'engage dans l'humanitaire, sauve de vies, crée du travail, milite pour les droits de l'homme, lit et fait de la peinture... approuvé.
Un autre, également en bonne santé, escalade des cimes, fait de la voile, marche sur la banquise. Et pousse la chansonette. Ou-la, c'est moins bien, non ? Que faire ?
Un troisième, aïe ! Il fait la fête, voyage à Las Vegas et à Miami (et non pas à Angkor ou Bali), boit du Bourbon et roule en décapotable à Saint-Tropez... et va au foot, consomme les tous nouveaux produits électroniques et regarde TF1. Je vous laisse la décision de lui enlever le droit à la santé. Décision qui s’impose dans cette logique.
J'exagère, évidemment, mais à peine ! Cela s'appelle réduction à l'absurde; mais elle n'est possible que parce que les formulations rapides, recueillant une adhésion facile, conduisent d'elles-mêmes à des contre-sens flagrants dès que l'on pousse un peu le raisonnement.
La preuve, personne ne dit quelle serait cette réponse possible au « pourquoi faire ».

17. Quantité et qualité
Ecrit par Gunter. 22-12-2008
Alain, ne faut-il pas distinguer (et non pas opposer – distinguer !) entre deux types de critique de notre monde contemporain ? Une critique quantitative : la richesse (le « gâteau »), y compris la santé est mal, c’est-à-dire trop inégalitairement, repartie.
C’est la critique traditionnelle de la gauche réformiste selon laquelle il n’y a rien à changer quant aux fondements du vivre ensemble, du style de vie, il n’y a qu’à repartir plus justement, de façon plus égalitaire, les fruits de la croissance.
Une critique qualitative : la richesse traditionnelle (le « gâteau », PIB, revenu par tête, etc., la santé comme bon fonctionnement) ne correspond pas (ou plus - le mérite en revient aux soucis écologiques depuis que la Gôche a oublié les critiques au nom de l’aliénation et de la réification) à une « vraie » richesse et santé.
Il ne suffit donc pas de répartir plus justement le gâteau, il faut fabriquer un AUTRE gâteau, y compris une autre santé.
A mon avis, il s’agit moins de savoir à quel moment on passe de la vraie à la fausse santé ou (richesse) que d’articuler critique quantitative et qualitative. Comment, c’est une autre question…

18. " Qu'est-ce qu'on fait avec la santé ? "
Ecrit par Carlos. 22-12-2008
Poser la question c’est déjà à moitié y répondre. Où est-elle, la santé ? A-t-elle un but, si on peut mourir aussi bien en bonne qu’en mauvaise santé ? Celui qui soigne consciencieusement sa bonne santé transforme son bien être en sensations de plaisir ; celui dont la santé est affectée par une vie dissolue transforme ses sensations de plaisir en bien-être. Toute idée de survie est fondée sur les choix du moi, et les sensations ne rémunèrent pas le corps selon des critères moraux.

19. Cadeau de Noël
Ecrit par Gunter. 23-12-2008
Merci pour cet inattendu cadeau de Noël : un Daniel qui n’est plus neutre, objectif, impartial, « ataraktos » (celui qui n’est pas troublé par ses passions), en surplomb, mais engagé, partial, passionné, subjectif, bref, en colère. J’aime bien mieux celui-ci, un homme en chair et en os, plutôt qu’une abstraction (confondue d’ailleurs avec l’universel) sur deux jambes.
Mais si je défends une philosophie qui ne se coupe pas de l’affect, l’émotion, la passion – les psychologies de la profondeur sont irrémédiablement passées par là – je ne plaide pas non plus pour une pensée submergée par eux.
Comment expliquer autrement ce contresens logique de la part de quelqu’un qui dit aimer la logique: d’un côté, « il ne faut pas juger » et de l’autre une condamnation (un jugement sans appel) de tous ceux qui pensent que POUR LE PHILOSOPHE, ce qui est déterminant, ordonnateur de tout le reste, c’est le Sens, l’orientation de la vie ?
Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas bien de personnes « admirables » qui se soucient comme d’une guigne de la philosophie. Tout est philosophique (« penser tout le pensable ») mais la philosophie n’est évidemment pas tout.
Ce qui me paraît plus grave, et cela est étroitement lié à ce qui précède, est qu’on puisse croire que l’être humain puisse ne pas juger. Il peut, et il devrait, ne pas condamner. Tout ce que nous pouvons faire c’est devenir conscient de nos (pré)jugements, afin de les éclairer, raffiner, mieux fonder et éventuellement les dépasser pour, aussitôt être victimes d’autres et ainsi de suite ; le processus d’élucidation est sans fin - tant que l’on vit.
Plus grave encore, et c’est tout à fait conforme à l’esprit du temps : celui qui pense détenir une vérité (toute provisoire), et par là se sent obligé de la partager – qu’est-ce qu’une vérité, en effet, que l’on garde pour soi comme un trésor caché et secret ? – est soupçonné, au mieux de mépriser ceux qui l’ignorent, ou au pire de l’imposer aux autres par la force, voire d’être « quelque part » terroriste.
Ce chantage postmoderne en faveur d’un relativisme absolu (le contraire du devenir sujet de la vérité) cache en réalité un désespoir profondément nihiliste : Si tout se vaut, rien ne vaut, et pourquoi alors se lever le matin et participer, par exemple, a un café philo ?

20. "La vérite absolue du relativisme"
Ecrit par Edgar Morin. 23-12-2008
"Benoït XVI assure que le relativisme détruit la vérité. Or il y a une véité propre au relativisme : ce qu'il n'y a pas de vérité absolue. Les vérités sont relatives à un esprit, à une culture, à une histoire".
Edgar Morin, bloc notes,
Le Monde des Religions N° 32, Novembre/décembre, 2008, p.82.



 
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