Pour tenir un fil sur le bavardage...
Écrit par Gérard Tissier   
20-07-2006

Un peu partout sur la toile, le "chating," le bavardage virtuel, grand ennemi de la vraie conversation, meuble l'espace-temps de nombre de nos contemporains, en particulier celui de nos jeunes gens. Véritable processus d‘initiation  pour rentrer en contact ou se faire un personnage, il est d’un grand secours sur les sites de rencontrecar il est moins engageant que le téléphone. Bref  le bavardage, longtemps déprécié  dans nos sociétés  phallocratiques empreintes de sérieux et de maitrise, redevient à la mode, épouse son temps et  devient universel. Il est sa propre fin faîte à la fois d' interactivité et de temps réel, ces deux mamelles de notre hypermodernité. .

La paradoxe  à propos  du débat  animé par Daniel sur le bavardage  – est-il essentiel ?  serait de bavarder sur le bavardage jusqu'à en tirer une conversation avec vous alors que vous êtes pour moi, cher lecteur ou lectrice, aussi virtuel que dans le chating de Yahoo ou de MSN.

Et nous voilà dans  le vrai paradoxe du sujet,: métaphysique cette fois. Le bavardage est-il essentiel ? Question abyssalle non ?  Car si l’essence est la chose en elle même, ce sans quoi la chose ne serait pas, alors l’existence du bavardage  pose problème, puisque son contenu change sans cesse. Il est  ici bien difficile de  poser la question "quid est ? " comme au temps d’Abélard et de ses profondes réflexions.

Si nous disons que le bavardage n’est rien en tant qu’essence alors cela signifie qu’il  ne peut être conçu que par son existant.  Et quel est-il direz-vous ? Eh bien  je prétends que son mode d’être c’est un mode de relation, un mode du moi dans son interaction aux autres, un espace psychique qui va de l’écoute flottante au trait d’esprit. Et  j’ajouterais un espace communicationnel marqué épisodiquement par des fou-rires qui traduisent le plaisir d’être ensemble, en particulier  quand de très jeunes femmes s’y adonnent dans un lieu public.

Et c’est là que tout s’éclaire : le bavardage serait  le moyen par lequel nous  limitons une relation à deux ou a plusieurs dans le temps et dans l ‘espace du moment.

Une relation minimale qui nous protège ou qui précède un échange qui  lui, suivra un fil, une finalité, un objectif. C’est le contraire de la confrontation, de l’opposition ou de l’agression, c’est  une caresse, une unité de frôlement, une once de contact.

Les tenants  de l’analyse transactionnelle en psychologie appellent cela un stroke. Ils vont jusqu’à penser que le stroke ( en anglais cela signifie à la fois donner un coup et donner une caresse) est indispensable pour la vie biologique et psychologique. Nous tenons là, si vous m’avez suivi jusque-là, un fil vers l’essentiel ;  le bavardage est  un donné / recevoir qui répond à un besoin fondamental  sans  lequel  l’humain en nous ne serait plus un animal social.

Et  ici, si vous  êtes toujours avec moi,  je vous  propose un nouveau paradoxe ; le bavardage qui est futile, sans importance et sans contenu sérieux est aussi... une stratégie. Oui, une stratégie consciente ou instinctive qui nous permet  de nous situer  dans le rapport à l’autre.  En effet, l’acte de parole nous situe dans une échelle qui va de la distance à l’intimité.  Or l’intimité  est un état de non-distance,  une proximité qui suppose, dans son point ultime, le retrait du langage, une absence de médiation par les mots, une communication directe, du silence, des regards ou des peaux qui se touchent. C’est dans le vécu profond de cette intimité que la conscience de l’indicible nous surprend et où le sentiment océanique d’un être-ensemble spirituel nous assaille de son évidence. 

Avec un inconnu, le bavardage est le plus facile, voire le plus adéquat selon la situation : on peut donner, recevoir, demander,  refuser, le tout  sans dommages et certain de ne pas souffrir de  la  séparation puisqu’aucun lien n’a été tissé. Il en restera  le souvenirs d’un moment agréable et la certitude d’être quelqu’un de généreux et d’ouvert quand les circonstance s’y prêtent. Point besoin de culture pour cela : le quotidien, le temps,  l’actualité  suffit. Donc pas de hiérarchie, pas de position sociale à protéger.  Parler  de l’air du temps ou du temps qu’il fait n’engage rien et surtout pas l’avenir. Et bien, je vous pose la question, n’est ce pas ceci   l’essentiel  pour certains ?. Essentiel car c'est le moyen de rester libre d’une parole qui n’engage pas, avec l’avenir constamment ouvert, indifférent aux traces que nous laissons dans les esprits et dans les cœurs comme si nous n’étions pas, qu'on le veuille ou pas, la somme de nos relations.

Alors  si le bavardage est en effet essentiel pour nous  protéger d‘un autre essentiel comme la conclusion à laquelle Daniel est arrivé, je vous avouerais que pour ce qui est de moi, le bavardage est ce temps qui s’intalle parfois un peu trop longtemps jusqu’au moment où l’un des deux dira à l’autre ; et si on se tutoyait ?

 

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