Qu'est-ce que le jour doit à la nuit ?
Écrit par Carlos Gravito   
22-12-2008

Pour le quatrième dimanche de l’Avent, le 21 Décembre, alors qu’une fanfare de « Pères Noël » paradait à la Bastille, précédant de désinvoltes majorettes, chars allégoriques, fées, calèches et cannons à neige (un geste gratuit des marchands d’illusions fêtant la nuit de Noël et le Jour de l’An qui allaient se suivre bientôt), parce qu’un livre de Yasmina Khadra était passé par les mains de Simone, nous nous sommes interrogés au café des Phares : « Qu’est-ce que le jour doit à la nuit ? », Gunter Gorhan essayant de concilier le débiteur et le créancier d’une dette imaginaire.

« Je vous en prie » faisait la Nuit qui, ayant déjà reçu « Le calendrier des Postes », savait que, à part le donnant/donnant du refroidissement et réchauffement du sol, aussi bien elle que son homologue, la Journée, ne s’attardent nulle part, et se suivent plutôt dans une vertigineuse glissade de 1.700 kilomètres/heure, sans jamais se rattraper, sur la surface de la terre ; elles ont très peu de contact au cours des 24 heures du jour et ne se doivent rien. Elles se foutent même de nous, dont l’art suprême est de tuer, comme elles se fichent des chenilles, des escargots, des araignées, des hiboux ou de Cannelle, la féroce ourse des Pyrénées, raison pour laquelle nous ne comptons pour rien dans leur vagabondage. Qui plus est, la marque du philosophe étant de gober l’ensemble de ce que l’on a érigé en un savoir épistémique où chaque chose se trouve isolé de tout le reste, l’ami de la sagesse fait le mort pour se tirer d’affaire sans se brûler les ailes et a donc du mal à sortir des ornières d’une telle pensée, dépourvue d’appartenance. Mais, enfin, puisqu’il s’agissait de poésie, je commence par, la résumant, donner la parole à Gilles qui l’a prise à mi-débat : « Nuit du temps, porteuse du jour/ Nuit enceinte/ Monde en devenir/ Mère porteuse/ Douce nuit inconsciente/ Passage de l’ombre à la lumière qui suit/ Naissance en demi-teinte/ Jour qu’irradie/ De toutes les couleurs/ Jour de vérité/ Lucidité/ Printemps du temps ». Egilfredo ayant remercié et fait l’éloge du poète, nous pouvions revenir aux prémices du débat.

L’auteur du sujet fit donc savoir « que, d’après la lecture du livre, une part d’ombre recouvrait le ‘temps du colonialisme’ français en Algérie mais que, finalement, cette ombre étant devenue lumière, a ouvert un avenir plus prometteur ». Michel ajouta que « comme par hasard, le lendemain, la journée grignoterait du temps sur la nuit, prouvant bien qu’il lui doit tout ainsi qu’au néant », Sabine remarqua que « l’on peut ‘faire de l’ombre’ à quelqu’un mais pas ‘de la nuit’ ; lumière, ombre et nuit, ce n’est pas pareil » et Pirmin « osa une association sauvage avec la musique ainsi qu’avec ce qu’elle lui évoque », Agnès, à son tour, « voyait la problématique sous l’angle Freudien, et, l’oeil se focalisant sur le côté lumière, la nuit représenterait l’inconscient et le jour le conscient », alors que, « réflexion faite, Irène sentait des choses qui émergent à notre regard, selon les distances, permettant, à l’instar des idées, de distinguer des identités les unes par rapport aux autres, ce qui fait que le jour doit beaucoup à la nuit, la créativité la première », Simone rappelant « la peinture de Rembrandt d’où la lumière irradie », tandis que Christiane « faisait, à l’aide du ‘discernement’, première étape de la philo, une association d’idées avec ‘La flûte enchantée’ de Mozart, fable dans laquelle la Reine de la Nuit incarne le Bien, le Mal étant l’affaire de Sarastro, maître du Jour, dans une allusion à l’éveil de la spiritualité et d’accès à la vérité », après quoi Charles rapprocha « La lumière et l’ombre du silence (angoissant) et du bruit (libérateur) », quelqu’un d’autre évoqua « l’ombre qui révèle le jour, pour employer une métaphore photographique » et Alain discerna « un humanisme dans le passage du jour/nuit à lumière/ombre, et le dévoiement, avec Sade, du côté le plus obscure de l’être humain ».

Comme si on tapait le carton, le jeu allait bon train et Alfred voulut « connaître quelle était la problématique philosophique dans cette affaire », ce qui amena l’animateur à lui demander « qu’est-ce qu’‘une problématique philosophique’ ? » et, le premier ayant répondu « thèse, antithèse, synthèse » (hypothèse banalisée par le deuxième), Jacques poursuivit avec « le côté romantique de la nuit (Nerval) pendant laquelle on a des intentions que le jour amplifie mélangeant le Bien et le Mal comme chez Dostoïevski, et Goya dont le sommeil de la raison produisit ‘les monstres’ de la guerre civile espagnole ». Martine I « étant donné que la nuit/grossesse, c’est la mort, voulut mettre à l’envers cette phrase, trop optimiste », Gérard se « souvenant de ses 500 lignes de punition à l’école, était d’avis que, la dualité appartenant à notre destin, le jour doit autant à la nuit que la nuit au jour et il faut qu’elle soit profonde pour que la lumière soit visible », Nadia admettait « que le jour suit la nuit (comme la musique est indissociable du silence) ce qui rend la vie plus sympathique », puis, Pierre-Yves posa « la différence dans ‘l’entre-deux’, ‘l’aube’, ce qui intéresse le chamanisme, pour signifier la naissance d’un nouveau jour », et de là, il passa « aux héros boiteux dont une jambe fonctionne mal, ce qui importe peu, car ce ne sont pas les jambes qui font avancer, mais l’espace ». On savait déjà que les grecs étaient sensibles de la sandale mais, apprendre là, que l’insuffisance plantaire ou articulaire pouvait avantager la marche, ce fut, en même temps qu’une bonne nouvelle pour les cagneux et les pied-bot, un vrai scoop qui bluffa tout le monde, parce que la grosse semelle orthopédique devenait la seule explication pour les remarquables performances, en tous domaines, de la plus grosse pointure nationale, ainsi que des godasses projectile, ailleurs. Néanmoins, malgré que rien ne justifiât d’inscrire le Jour sur la liste noire des mauvais payeurs (même s’il ne paie jamais la pension alimentaire de sa fille Aurore), la diatribe poursuivit de plus belle.

Marlène pensait « que, l’un révélant l’autre, il y a plein de couleurs dans le noir (dont les rêves nourrissent l’esprit) comme dans le jour (qui forme le corps) », Pascal jugeait « qu’il y a des moments pour s’associer à la nuit, d’autres au jour, le soleil se trouvant souvent ‘entre chien et loup’ », Gérard opinait « qu’une idée, ça ne se commande pas, mais que l’on en a toujours, l’idée de mort et de renaissance de la cosmogonie grecque correspondant à l’alternance vie/mort des autres religions », ce qui équivalait pour Simone « et pour le Judaïsme, au retrait du Créateur, qui laissa le monde plongé dans l’ombre du néant », « Dieu se retirant par rapport à l’Homme et non en relation à l’univers », d’après l’animateur, à la suite de quoi (dans sa pensée magique), Alfred dit « avoir trouvé un truc ; la nuit sert à dormir et se reposer, le jour à travailler, toute la nature étant finalement un monde binaire, zéro et un », Michèle s’étonna « des conditions de vie déprimantes dans les pays scandinaves où l’Hiver est un long tunnel nocturne et l’Eté une interminable nuit blanche », Thierry cita René Char pour « clamer avec lui : ‘impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque’, et concluant que la philosophie aide à enlever les illusions prenant conscience de la part de ‘grisé’, car tout est conflit avec soi et le monde, ce qui fonde le savoir, le doute et le désespoir », Charles « appelant à son expérience d’ingénieur agronome pour établir un système de vie qui n’obéit pas aux mythes ». Agnès « inspirée par Alain Badiou voit dans la nuit, désorientation de la pensée et dans le jour des vérités dont le constat est l’événement », Loïc adhère « à la valeur politique du sujet, le mot dette ne lui paraissant pas banal ; les Incas se portent aux sacrifices, tandis que nous ouvrons les volets », Simone, faisant état « de deux types d’ombre, celle qui vient de l’extérieur, l’autre que l’on cache soi-même en tant que savoir, découvrit ainsi la raison de sa question ; on traite la nuit comme un regret du jour or, elle est un lieu de vie et pas un déchet », et l’animateur (avec ses vœux de ‘bon Noël’) conseilla enfin à tous de « traverser la nuit mais sans y rester, tel que le firent Nietzsche, Marx et Freud, élucidant ainsi notre existence ».

A la bonne heure ! Certes une interrogation n’est pas d’emblée un problème qui, en raison d’une histoire sous-jacente, émet des signes, mais convenons que, traiter une fausse question, telle que celle-là, de façon si sérieuse et ordonnée, c’est déjà une étrange prouesse, ce qui me fit approcher de Samuel Beckett en même temps que de ses « Textes pour rien », afin de m’instruire : « Que l’on dise oui ou que l’on dise non, - explique l’écrivain - cela signifie que la vie est encore là ; ce sont des mots, et nous n’avons que ça ; il faut continuer ».

Pourtant, la vue du soleil étant insupportable, si d’aventure vous voulez contempler la lune, âme des poètes, levez la prunelle et restez un instant la bouche close.

 

Sujet connexe : Faut-il attendre que le vieux meure pour que le nouveau naisse ? par Gunter ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Rectification
Ecrit par Alain. 22-12-2008
Je n'ai pas dit grand chose dans ce débat, mais au moins, que cela ne soit pas complètement déformé... J'ai dit que, au siècle des Lumières, ceux qui avaient foi en l'homme n'avaient pas pour autant occulté les zones obscures de celui-ci. Et il y a eu un autre 18è siècle, dont Sade est le plus fameux représentant. De toute façon, les "Lumières" ont été contestées dès leur origine, cf. Rousseau.

2. le vase donne sa forme au vide et la musique au silence (G. Braque)
Ecrit par Nadia. 23-12-2008
Je ne connaissais pas les cahiers de G. Braque qu'il avait intitulés " le jour et la nuit". Il s'agit en fait d'un recueil de pensées sur sa vision de l'art et sa définition du cubisme. Père du cubisme, il est surtout un immense poète "pictural" dont il m'arrive souvent de méditer quelques citations tels que : "les preuves fatiguent la vérité", " le vrai matérialiste, plus il descend dans la matière plus il exalte la spiritualité", " le tableau est fini quand il a effacé l'idée", "le conformisme commence à la définition", "il faut se contenter de découvrir, mais se garder d'expliquer" etc....

3. P.S.
Ecrit par Nadia. 23-12-2008
Autrement dit, ce qui nous semble obscur de prime abord finit par s'éclairer et par nous éclairer.( En toute honnêteté, à nos risques et périls)

4. " Ce que Le jour doit' À La nuit ", Yasmina Khadra ...
Ecrit par ROCA. 23-12-2008
" Ce que Le jour doit' À La nuit ", Yasmina Khadra ... Cadra ... Le tableau, terre'-eaux', Ailées,

Avant Le jour, était La nuit, La nuit des temps, La mise' Au jour, du temps, inné,
La part nocturne du monde', À illuminer, Le passage de L'ombre' À La Lumière, qui naît,
et, de La matérialité À La spiritualité, en germe d' À-Venir, nocturne révélé, nocturne rêve'...Ailé,
du monde', en devenir, part obscure', éclairante, part d'ombre Lumineuse, jour ... ce Levant, L'Acquis,
part sombre mère, porteuse, " douce nuit ", inconsciente Vers un jour, conscient, des racines' Ailées,
La nuit porte conseil, La nuit porte L'éveil, Accès Au Vrai, confiant, solstice, justice', équivoque', équinoxe,
Libres fibres Vibre', équilibre', yin', yiang', noir et blanc, échiquier, dual, monsieur - dame'...y'...est, nox',
contraste faste, mourante nuit, porteuse, de jour, naissante Vie, de nuit ténébreuse' en jour, qui ...
irradie, Lumière(s) de La Vie, féconde de nos Vies, nuit, gestation, du jour, L'élucidation court, Luit ...
Lumière, du jour, et, de nos jours, nuit, énergie, jour, L'âme'...agit, et, La nuit ...
tombe' enceinte, Le jour se lève', empreinte, d'enceinte nuit en ..." sainte nuit ",
de nuit' et jour étreinte, naît ...sens', en demi-teinte," quand Le soleil A rendez-Vous Avec La Lune ", Trenet,
" de deux choses L'une, L'autre Le soleil ", J Prévert, de nuit, sommeil, en rêve Veille', en jour, éveil ...
de toutes les couleurs, du temps, du jour, en fleurs, éclosion, explosion, Le petit' Edgar, Qui ...naît,
de Lumière', irradiante Lumière', Aveuglante', en jour, de Vérité, Lucidité, Limpidité, mère'...veille,
humanité, " printemps, été ... " Aube d'été ", Rimbaud, ... Automne, hiver, et printemps ... ", brin ...temps,
La créativité, de La Nativité, L'universalité, qui rend Visible ... L'Invisible, nuit' et jour, Levant,
co-naît ...sens', de L'Invisible ... Sens', que Le jour doit' À La nuit ... des temps ... Gilles Roca, L'Avent,

Cas-fée Philo des Phares, nuit, jour, Lumière phare, 21. 12. 2008', jour, nuit, triviale'- poursuite,
de Frimaire' en Nivôse', Au jour, La nuit, qui ose, La suite, ...

5. Retour sur la "problématique philosophique"
Ecrit par Gunter. 23-12-2008
Carlos, si je t’ai bien compris, tu t’étonnes, voire t’indignes du fait que je ne comprenne pas ce qu’est une problématique philosophique.
Voici une définition de la problématique : un ensemble de problèmes liés entre eux de façon cohérente.
Je ne crois pas me tromper beaucoup en assimilant le terme de « problème » à celui de « question ». La problématique proprement philosophique serait alors un ensemble de questions philosophiques et on retrouve la vieille question, le serpent de mer des cafés philo : Y a-t-il des questions proprement philosophiques ou bien seulement une façon philosophique de traiter (presque) n’importe quelle question ?
Ni pour Marc Sautet, ni pour Emmanuel Kant – on peut, ça va de soi, être en désaccord avec les deux - il n’y a de question proprement philosophique. Comment interpréter autrement la formule bien connue de Kant : « Je n’apprends pas à mes étudiants la philosophie, mais à philosopher » ?
Il y a, bien sûr, des problématiques, des questions philosophiques célèbres posées tout au long de l’histoire de la philosophie qui, elle, est une discipline, une « expertise » et il n’y aurait par conséquent aucun sens d’ouvrir un café philo d’histoire de la philosophie.
Les soi-disant « cafés philo » consacrés aux différentes disciplines (sciences, sociologie, géopolitique, histoire, etc.) organisent en réalité des conférences-débats – qui peuvent être passionnants mais n’ont, à mon avis et après en avoir fréquenté certains, que peu à voir avec l'esprit d'un authentique café-philo où personne n'est expert, personne ne fait autorité autrement que grâce à la force de ses contributions.
L’histoire de la philosophie s’enseigne (aussi sous forme de conférences-débat introduites par des spécialistes) – d’où l’hostilité envers les cafés philo de la part de beaucoup de prof de philo qui ne connaissent et pratiquent eux-mêmes que l’histoire de la philosophie, qui ne font, ne pratiquent jamais de la philosophie (vive, en acte) eux-mêmes. Ils sont légion. Ils ont certainement raison de se moquer des cafés philo qui ne sont que des caricatures d’écoles de philosophie pour pseudo-profs de philo (souvent) auto-proclamés et surtout en quête (parfois pathétique) de reconnaissance sociale.
Au lieu de chercher une « problématique proprement philosophique » qui ne sert qu’à faire passer de façon plus pédagogique un segment de l’histoire de la philosophie, je suis surtout soucieux de dégager l’enjeu existentiel (ou les enjeux existentiels) du thème retenu – que je sois animateur ou participant.
Sans enracinement existentiel du thème proposé, il y a le risque d’un simple échange d’opinions qui, certes, peuvent être plus ou moins érudites, savantes, voire brillantes.
Pour qu’il y ait un, des moments de vérité (rupture d’une clôture), l’enracinement existentiel est une condition nécessaire – sans être, bien sûr, suffisante ; la « recette » serait bien trop simple…
Ensuite, sur la façon de traiter « philosophiquement » cet (ces) enjeu(x) – y a-t-il une, des méthodes, la place de l’art, de la poésie, de la métaphore, etc. dans la pratique vive de la philosophie ?– une autre fois…

6. Problématiser or not ?
Ecrit par Marc. 23-12-2008
Bonjour Gunter [5],

Bien que tu t'adresses à Carlos, je te donne mon point de vue.
La problématique en philosophie, c'est la question derrière la question posée. En d'autres termes, c'est la vraie question. Si la question initiale, partie émergée de l'iceberg, n'en appelle pas d'autres en cascade, il y a fort à parier que ce n'est pas une question philosophique mais une simple question.

Exemples :

1) Où est passé Mirza ? Gaston se demande où est passé son chien. La philosophie n'ayant pas la réponse, elle a le droit de se taire. J'aurais eu, sans trop de mal je pense, l'aval de Wittgenstein sur ce point.

2) Le chien est-il le meilleur ami de l'homme ? Là, la question en appelle d'autres : qu'est-ce qu'un ami ? L'amitié n'est-elle qu'un sentiment ? Les ressentis des êtres humains et des animaux sont-ils semblables ? etc. Dans ce cas, la philosophie peut prendre la main.

Dire qu'il n'existe pas de question proprement philosophique, c'est soit se dispenser de problématiser (dans quel but ?), soit mettre toutes les questions dans le même panier (dans quel but ?). Comment sérieusement penser que philosopher sur la question « Où sont passées mes clés ? » peut avoir un autre effet que celui de discréditer l'action même de philosopher ? Quant à Kant, rien dans sa formule n'indique qu'on doive philosopher sur tout et sur rien. Que Marc Sautet ait pu animer des débat intéressants à partir de sujets formulés bizarrement, cela serait dû (d'après les témoignages) à son talent de trouveur de problématiques justement, plus qu'à la formulation initiale du sujet.

Pour ma part, je ne pense pas que la « problématique proprement philosophique » ne serve « qu’à faire passer de façon plus pédagogique un segment de l’histoire de la philosophie », loin s'en faut. La problématisation permet de poser la question de fond, de soulever le problème existentiel contenu dans la question. Et le fait qu'un animateur, qui se dit soucieux de dégager l’enjeu existentiel d'une question, puisse faire l'économie de la problématisation ne laisse pas de m'étonner. Aussi, n'ayant pu assister au débat de dimanche, je te pose la question toute bête : qu'est-ce qui t'a remué les tripes dans ce sujet ? Quel est l'enjeu pour toi que le jour ait une dette envers la nuit (ou l'inverse) ?

7. Musique, art et poésie plutôt qu'un débat
Ecrit par Pirmin Lemberger. 23-12-2008
Le sujet retenu ce dimanche, quoique riche en puissance évocatrice, m'est apparut peu judicieux en tant que sujet de débat philosophique. En effet quels symboles sont plus puissants que le jour et la nuit. Symboles qui nous relient aux temps immémoriaux où la vie est apparue sur notre planète gravitant autour une petite étoile nommée le soleil. Mais cette puissance même, rend le sujet mal défini et trop vaste.

Je le vois en revanche comme une intarissable source d'inspiration pour les musiciens, les poètes et les peintres. En voici une petite sélection bien entendu totalement subjective en musique, en peinture et en poésie.

A propos de poésie, je m'adresse à ROCA. Si la lecture du poème de Baudelaire, ne vous incite pas instantanément au silence, pourriez-vous au moins envisager une reconversion à d'autres formes poétiques plus sobres. Je pense ici au koan japonais ou aux aphorismes. Rechercher un maximum de sens pour un minimum de mots plutôt que l'inverse ça changerait un peu...

8. trouvé sur ce site de quoi problèmatiser la problèmatisation !
Ecrit par gérard tissier. 24-12-2008
Source Philagora :

« - Conduire jusqu'à un problème: cela suppose la mise en évidence d'un problème: or un problème ne se voit pas, il naît d'une pensée.
- Il faut donc l'inventer et le découvrir: calculer et observer ce qui déçoit le calcul.
Question préalable: qu'est-ce qu'un problème?
-Ce n'est pas une simple question comme: combien votre ville a-t-elle de fontaines?
-Mais une question dont la réponse prête à discussion: exemple vit-on isolé au sein d'une foule? L'anonymat des grandes villes est-il une condition (ou un obstacle) de la liberté?
-Si une question prête à discussion c'est que la réponse exige plus que la simple considération de la question, c'est que la question renvoie à une autre question plus fondamentale: il y a un problème sous-jacent, la question de la question, exigeant la recherche d'une solution qui seule permettrait de répondre à la question initiale: "La juxtaposition des individus suffit-elle à briser la solitude?"

Essayons de clarifier cela [...] »

9. A mon humble avis..;
Ecrit par gérard tissier. 24-12-2008
Comme j'ai tenté de le dire sans grand écho dans le texte de Carlos, la question du sujet choisi pour ce dimanche était -elle ce à quoi cela fait penser ou encore en quoi cela, sur x, y registres, est vrai Je dirais-existentiellement,si, si ..car cela m'importe de le partager, que des oppositions ou des appariements dialectiques ont nourri la pensée occidentale à son origine. Ainsi le dualisme et la circularité, le coté cyclique des choses, l'un et le multiple, la causalité première. Le problème et donc la problèmatisation, c'est que ce sont des sous-jacents - des concepts structurant- qui produisent une certain mode de pensée ce qui est critiqué par d'autres cultures et relativise notre pseudo universel. Pour le reste, en quoi filer une métaphore à l'infini nous permet de passer deux heures riches et profondes? 500 lignes ais-je dit? Pas tout à fait mais pas loin non plus..
ps j'aurais pu proposer comme sujet la fin d'un poème de Maupassant : hier c'est déjà demain!.Avec un sens approchant ( le cycle)qui s’auto entretient sans fin, cela aurait pu nous mettre dans l'embarras ce qui est un peu plus excitant.En fait j'avais proposé " A quoi cela sert de vieillir ? ( notion tabou aux phares) Mais un vrai sujet avec une vraie problèmatique, c’est rare et cela ne se trouve pas sous les pieds d’une table de café-philo!

10. Le jour et la nuit : une perception du réel ?
Ecrit par Nadia. 24-12-2008
Le jour et la nuit ne sont qu'une perception du réel, tout comme l'esprit n'est qu'une vision du corps. Chez les cubistes la peinture devient un outil pour analyser la perception du réel, d’où le terme, pour les œuvres de cette époque, de Cubisme analytique qu'on retrouve chez Braque. Le réel c'est ce qui TOUJOURS nous échappe ! Que percevons-nous de ce qui nous entoure ? La science nous en apprendra certainement davantage mais quel sont aujourd'hui les outils suffisamment perfectionnés pour nous en rendre compte ?

11. Vieillesse
Ecrit par Gunter. 24-12-2008
Je suis plutôt d'accord avec Gérard (avec ses deux textes), ce qui m'étonne...
Il y a eu un sujet sur la vieillesse, il y a longtemps : "La vieillesse est-elle un naufrage ?" (allusion à une phrase de De Gaulle). Non, il n'y a pas de tabou concernant la vieillesse aux Phares. Si tu ne l'avais pas proposé trop tard, après que j'aie déjà choisi « le jour et le nuit », je pense que je l'aurais pris : la vieillesse, le fait de vieillir m'intrigue en effet au plus haut point; c'est même un des phénomènes les plus stupéfiants que j’ai vécu jusqu’ici dans mon existence.
Je reviendrai plus longtemps sur la problématisation, les enjeux existentiels etc. (aussi en réponse à Marc) plus tard, lorsque l’agitation noëllesque sera un peu tombée…

12. Philosopher sans philosophie, grande trouvaille !
Ecrit par Olivier V.. 26-12-2008
Bravo ! On a appris dans ce débat que l'on pouvait faire de la philosophie sans problématique philosophique. Et qu'il était même fort déconseillé d'en chercher une. Quelle nouvelle! Je vais bientôt pouvoir faire de la peinture puisque je suppose qu'il ne faut surtout pas chercher le pictural. Ah non ! ce serait assurément trop scolaire !
A ce régime, Rocca est le seul philosophe dans ce site, puisque dans son galimatias de plus en plus délirant, il est évident que l'on ne peut pas trouver la moindre trace de problématisation philosophique.
Comment faire pour réussir ce prodige de philosopher sans philosophie ? Facile : il faut aller dans « l’existentiel », dans l’inspiration, dans le poétique, faire dans le flou artistique (pauvres artistes !). L’animateur confond ce qu’un étudiant de premier année de philo (ou même de terminale, au moins le miens) ne confondrait pas : la problématique philosophique avec les questions (qu’elles soient proprement philosophiques ou pas). Plus navrant encore : il confond la problématisation, exercice fondamental de la pensée, avec l’enseignement de l’histoire de la philosophie. C’est à n’y rien comprendre, on ne voit pas du tout d’où peut venir cette énormité.
Olivier, prof. de philo
Et oui, tous ne sont pas si bêtes comme semble le suggérer cette animateur, et on n'enseigne pas que de l'histoire de la philosophie. On apprend à problématiser, justement.

13. Vraiment énorme ?
Ecrit par Gunter. 26-12-2008
Du calme, du calme, si le fait de se couper de ses émotions nuit gravement à la réflexion, le fait de s’en laisser submerger le fait autant.
Quand j’ai fait mes études de philo à Paris I, en début des années 70, aucun de mes profs, ni Alquié, ni Belaval, Tresmontant, Birault, etc. n’ont problématisé. En revanche, ils m’ont fait aimer passionnément la philosophie (après des études de droit et puis de psychologie clinique qui n'ont pas du tout eu cet effet sur moi).
Je ne connais pas non plus de (grand) philosophe qui ait commencé sa réflexion par problématiser.
N’est-ce pas à l’IUFM , ou peut-être même avant, pour préparer l'agreg, je me suis arrêté à la maîtrise, que vous avez appris la pédagogie philosophique et donc de problématiser, conceptualiser, etc. pour faire passer le bac aux élèves ? Or, le café philo ne prépare à aucun examen et ce serait une erreur que de vouloir projeter sur lui des méthodes pédagogiques qui ont, peut-être, fait leur preuve ailleurs.
Vous me semblez par ailleurs posséder une définition universelle de la philosophie. Mais comment vous expliquez-vous que Nietzsche ait été considéré comme poète et non pas comme philosophe jusqu’à ce que Heidegger ait écrit deux livres sur lu au début du siècle dernier, que Kierkegaard ne soit pas considéré comme philosophe par certains qui se disent eux « philosophes », que S. Freud ait été au programme de l’agreg de philo il y a quelques années, que Derrida ait maintes fois répété que la philosophie est pratiquement impossible à distinguer de la littérature, idem pour Heidegger et la poésie, que Habermas ait exclu le Heidegger des « Beiträge » du champ philosophique, que Philippe Lacou-Labarthe ait toujours refusé le « titre » de philosophe, id. en ce qui concerne Hanna Arendt. Je pourrais continuer pendant longtemps…
Mais quelle est donc votre propre définition de la philosophie ?
Néanmoins une auto-critique : moi-même je me suis laissé emporter, exaspéré par une sorte de réflexe pavlovien fréquent aux Phares : « Ce n’est pas philosophique, il faut problématiser d’abord, etc. »
Bien sûr, on peut philosopher en problématisant, conceptualisant, etc. – mon ami Michel Tozzi que j’estime beaucoup a écrit d’excellents livres sur ce sujet - mais je refuse seulement l’exclusive, la tyrannie d’un seul mode de « philosopher ». Où est l’énormité ???
Le mieux serait que vous veniez un dimanche aux Phares quand j’anime (c’est annoncé sur le site) et on en parlera plus calmement et longuement, si ça vous chante…

14. Ego, quand tu nous tiens !
Ecrit par Observateur de la bê. 27-12-2008
"...aux Phares quand j'anime". Mais, décidemment, vous ne connaissez pas une autre "situation existentielle" qui vaille la peine ?
Pouvez-vous nous dire en quoi le fait de demander quelle est la problématique pourrait être qualifié de "réflexe pavlovien" ? Vous continuez à confondre la recherche de problématique avec la question de savoir si s'est philosophique ou pas, assez inutile, évidemment. Sachiez que tout le monde ne fait pas cette amalgame. Cela n'a même rien à voir. Si vous ne savez pas problématiser, ce n'est pas trop tard pour vous inscrire à des cours du soir, au lieu d'invoquer encore des dizaines de noms prestigieux.

15. Voir
Ecrit par Nadia. 27-12-2008
Nous devons désapprendre pour apprendre davantage.Le conditionnement règne en maître. Il est très difficile de penser "à côté" et non "dedans", à l'intérieur de règles méthodologiques ou autres qui ont leur utilité dans certains domaines mais qui sont parfois une entrave lorsqu'elles envahissent tout l'espace de la pensée qui ne doit pas être, à mon sens, seulement rationnelle. Il faut aussi laisser de la place à notre intuition qui est un don qui peut être aussi au service de la science . C'est toute la subtilité qui fait la différence entre le talent et le "génie" dans des domaines très divers.La philosophie ne peut traiter de la vérité, de l'éthique etc .... comme des équations à résoudre. D'accord avec Nietzsche dans le Crépuscule des idoles, lorsqu'il nous dit que «ce qui a besoin d’être démontré pour être cru, ne vaut pas grand chose". Le jour ? La nuit? Qui doit "quoi" et "à qui"? Et si tout était en clair obscur ? En demi-teinte etc... Peut être devrions-nous apprendre à voir et àpenser autrement?

16. Réel et virtuel
Ecrit par Gunter. 27-12-2008
Je pensais sincèrement que les échanges sur Internet n’étaient pour tous ceux qui y échangent qu’un pis-aller, un ersatz, lorsque des vraies rencontres en chair et en os étaient impossibles ou difficiles à réaliser.
Pouvoir passer du virtuel au réel était l’unique raison de mes différentes propositions de rencontres - comment les appeler autrement que - réelles ?
Que celles-ci n’aient trouvé aucun, pas un seul écho, qu’elles aient été interprétées comme des tentatives d’intimidation, même des ruses pour éviter de telles rencontres, n’est-ce pas la preuve que le virtuel est, pour certains, en passe de remplacer le réel ?

17. petite réponse, par tiers interposé, vers Nadia
Ecrit par Gérard. 28-12-2008
15 "Peut être devrions-nous apprendre à voir et à penser autrement?"
Chère Nadia,.. Permets-moi de partager des bouts de texte trouvés sur un lien de ce site qui me semble répondre, un peu a contrario, pardon, à la question que tu te poses. Ainsi " Tout le monde a des idées, à un niveau ou à un autre : on peut avoir une idée pour le repas de soir ou pour les vacances de l’année prochaine. L’idée définit la pensée : penser, cela ne consiste pas à produire des représentations dans sa tête mais à avoir des idées......Les idées, donc, on ne les produit pas : elles nous viennent. L’idée ne relève pas de l’avoir, et pas du tout du faire : quand on n’a pas d’idée, on ne peut pas y remédier en en fabriquant ; il faut attendre qu’il en vienne.....
Et puis « la vraie nature de la pensée n’est absolument pas d’être une activité subjective comme on l’imagine si facilement.
Et encore :il n'y a d'idée qu'étonante. Et puis ce superbe "penser c'est être étonnant pour soi-même car on ne pense jamais ce que l’on aurait jamais pensé".
Alors que veux-je dire ? que la question d’avoir une posture, une méthode pour penser n’est pas vraiment la question du voir et penser autrement. Ce dont il s’agit c’est la manière dont nous réfléchissons en nous le monde qui nous traverse. Car - toujours dans le même texte – "je suis sujet pour le monde et sujet du monde, les notions de réalités qui contribuent à le constituer sont aussi constituante pour moi » et é" si une notion cesse ‘aller de soi, c’est qu’on est en train de changer de monde, ou plutôt, parce qu’on se situe forcément dans un certain monde, qu’on a changé de monde sans qu’on ait pu le réfléchir.
Enfin, toujours venant de la même veine, le savoir n’est pas à désapprendre ( pourquoi , avec quel effet ? ), ».il est simplement une une excuse universelle pour ne pas avoir d’idées car il peut être détenu par n’importe qui.. » .Bien à toi .Gérard.

Ecrivez votre commentaire ici:

Titre
Écrit par
Code aléatoire
Vérification du code aléatoire
 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté

Il y a actuellement 9 invités en ligne

personnes ont visité ce site.