Sommes-nous armés pour comprendre notre temps ?
Écrit par Carlos Gravito   
03-02-2009

Avec les Folles Journées de Nantes (côté jardin) et la Fumeuse Cuvée de Davos (côté cour), qui se terminaient le Premier Février, j’avais le sentiment d’être en possession de deux axes divergents permettant de porter un jugement tout à fait subjonctif sur la théâtralité du monde et pourtant, Michel II en ajouta un troisième se demandant, au café des Phares, « Sommes-nous armés pour comprendre notre temps ? », un terrain de manœuvres qui canardait sur les deux autres moyens d’analyse et donna à l’animateur, Daniel Ramirez, l’occasion de remplir nos maigres cent vingt minutes de cogitation, séduit qu’il était, peut-être, par le côté martial à envisager dans le décryptage de l’époque où nous vivons.

 Pour repousser la peur et la crainte de mourir, certains se donnent aux sports de compétition (gagner des médailles dans le jiu-jitsu, judo, karaté), d’autres à ceux de combat (défoncer son prochain au moyen du systema, kravmaga, boxe, savate) ou à la beauté du geste, comme c’est le cas de la « capoeira » mais, un État soucieux de paix sociale agit en sorte que chacun fasse plutôt le vide dans sa tête, assis face à la télé, devant Internet, dans les stades ou les cafés...

L’auteur du sujet admit que « beaucoup de gens (entre 20 et 30 ans) paraissent vivre dans un autre monde, de par leurs paroles, outils ou priorités, comme s’ils avaient changé d’époque, et que nous autres restons toujours les mêmes, usant d’un langage qui nous est propre. Que faire ? ». L’animateur rappela alors « Edgar Morin et ‘Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur’ » à l’usage de l’Unesco, et Irène prit « ‘armer’ pour ‘équiper’ un navire en vue de partir en mer, restant sceptique quant à la possibilité de comprendre le présent ». Là-dessus, Pierre-Yves tiqua « sur le mot ‘armé’, se déterminant en faveur d’‘outillé’, car on ne part pas en guerre contre sa propre pensée, et pour un ‘comprendre’ qui se résumât à ‘prendre’ », Pirmin jugeant « qu’il faudrait s’interroger sur les difficultés nouvelles auxquelles se réfère le débat, dans les domaines de la connaissance, de l’éthique, de l’informatique, des nouvelles technologies, le nouveau étant de toutes les époques », Christiane entendant que « pour comprendre il faut avoir une ‘grille de lecture’ et un système de pensée, des sujets assez vastes donc », mais Daniel « préféra mettre à sa place la théorie, basée sur des récits d’époque », une idée qui l’a amené à proposer que l’on s’interroge sur le sens de chaque mot de la question en débat. Qu’est-ce que ‘nous’, ‘armé’, ‘comprendre’, ‘notre époque’ ?

D’accord pour que le contenu de l’énoncé finisse par envelopper le contenant, à qui mieux mieux, comme si l’on était venus là pour faire rentrer une phrase initiale dans un nouveau canevas qui permît de saisir plus clairement ce qu’elle était censée exprimer, c’est-à-dire, fixer à un moment en cours ses limites dans la durée et dans l’espace afin de le comprendre davantage et en retirer la substantifique moelle, nous nous sommes prêtés au jeu, alors que le 20/4/08, à peu près les mêmes avaient accepté d’emblée l’idée que « Le chemin se fait en marchant ».

L’animateur ayant donc décidé de soumettre à l’épreuve du feu les vocables, ils furent immédiatement égrenés, un à un :

  1. Nous,
    « C’est quelque chose comme citoyen pour les Grecs », affirma un participant, puis Emma enchaîna, disant que « ce sont les gens de 20, 30, 40 ans », Milo « ne voulant pas s’enfermer dans une tranche d’âge, voyait la chose sur le plan intergénérationnel en constante évolution », Marie-Sylvie considérait que « ce sont les contemporains regardés par les époques à venir et dont nous sommes les ‘eux’ », Michel, « celui qui vient après », Daniel « voulant bien y ajouter les animaux », avant de passer à :

  2. Armés,
    Que Simone comprit « comme les intérêts immédiats », Daniel « comme parés, initialisées, outillés pour une autodéfense intellectuelle », Martine « comme l’esprit du temps, incluant mœurs et pensée », Alfred, « sans savoir contre qui l’on se bat », optant pour « vivre puis philosopher, car ce sont les événements qui transforment nos existences ». Le tour est venu de :

  3. Comprendre,
    C’était, pour Marie-Sylvie, « pouvoir constater de façon certaine les interactions entre les événements présents ainsi que leurs conséquences sur le futur », pour l’intervenant suivant « se donner les moyens de changer, ce que le ‘quoi ?’ et le ‘pourquoi ?’ limitent », pour Mireille « la nécessité de créer un système, faute de quoi on se laisse entraîner par un autre », et, finalement :

  4. Notre temps,
    « Car, d’après la mémoire collective, nous avons le sentiment d’être au début de quelque chose, avança l’animateur, Linda rapportant « le camp de réfugiés reconstitué à Davos, pour rappeler ce type de drame » entre champagne et caviar, Charles glorifia « son gourou, Claude Allègre », Ahmed jugeait que « l’on pouvait se tirer d’affaire sautant du ‘je’ au ‘nous’ » et Thibaud « que nous sommes de moins en moins bien armés ».

Il n’y avait plus qu’à mettre les termes dans le bon ordre pour avoir le fin mot de l’histoire et on  a gardé : « Sommes-nous armés pour comprendre notre temps ? » Notre temps est empoisonné, tout le monde l’a déjà compris. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le prix Nobel Le Clézio ; notre époque est empestée par l’ambiance de lâcheté des maquignons qui connaissent bien les munitions de leurs détracteurs, les balles à blanc des armes rhétoriques à notre disposition.

Gilles reprit alors son chant poétique : « Bien, Mal/ Acquis, ne profite jamais/ Nous, citoyens du temps/ Ne vivons qu’un temps/ Senti, ressenti/ Ce qui vient/ Qui naît ». Pascal constatait que « pour comprendre le monde il nous faut connaître des tas de choses, être des précurseurs, des visionnaires, des artistes », Emma que, « dans le mimétisme, les jeunes sont informés par l’ordinateur ou par le corps et se foutent des vieux schnoques », Agnès estimait que « la valeur fondamentale est la justice sociale » et l’animateur conclut se demandant « si nous sommes à même de comprendre que l’on est en train de passer à un monde différent, alors qu’il faut choisir les armes nous permettant de livrer le combat et qui passent par les outils d’information, impliquant des choix précis ».

Voilà ! Fruit de comportements politiques contraignants selon une logique qui va de l’inconscient au délibéré, une autorité capricieuse s’exerce sans tolérer d’opposition sur des Hommes qui ne se rencontrent qu’à certains moments et sous certaines conditions, d’où la question : « Qui sommes-nous ? » Sans doute ni exception, tout le monde, à la fois cause et effet des « cités de Dieu », « du Soleil », d’« Utopie », de  « Wolfaria », de « l’abbaye de Thélème », des Hommes portant comme seule arme dans leur tête un « je » aiguisé dont ils disposent à leur gré et qui, enchaîné aux aléas d’une l’histoire complexe, les élève au-dessus de tous les autres êtres ou choses. Comment comprendre son temps ? Il n’y a rien à comprendre ; tout est à vendre au sein d’une planète fragilisé par les aventures de gigolos, imaginées dans des vaseux « brainstorming » qui ne résistent pas à un sérieux IRM ; l’esprit souffle là où il veut, quand il veut et on s’adapte, car la situation créée par les États nous échappe, malgré les vœux déposés régulièrement comme des prières dans l’urne à souhaits.

La main ouverte évoquait pour Zénon le monde des représentations et le poing fermé en exprimait la compréhension ; il ne nous reste qu’à le lever et chanter à tue tête : « C’est le plus beau jour de ma vie, tout va très bien, madame la marquise ».

 

Écouter le débat : c'est ici.

Sujet connexe : Assistons-nous à la fin des Temps modernes ? par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. une autre piste
Ecrit par Pirmin. 03-02-2009
Par souci de méthode nous avons consacré beaucoup de temps (un peu trop peut-être) à analyser scrupuleusement chacun des termes de la question posée.

Parmi les multiples significations que peut receler cette question, l'une pourtant me semblait sortir du lot car elle aurait permit d'argumenter l'utilité et même de la nécessité de faire de la philosophie, j’y reviendrais.

Le sens que je suggère d'attribuer au "nous" est celui de citoyens qui se veulent responsables. Certes, on pourra me rétorquer que ce "nous" là est singulièrement restrictif. Effectivement, il n'englobe pas, par exemple, les extrémistes décérébrés de tous poils. J'en suis bien conscient, mais restreindre judicieusement le champ d'une question ne nuit pas forcément ni à l'intérêt du débat ni à sa profondeur, il me semble que c'est plutôt le contraire et en l'occurrence ce choix aurait donné, me semble-t-il, plus de relief au débat.

Par "comprendre", j'entendrais le fait d'appréhender le monde dans sa complexité, l'objectif très concret étant de prendre des décisions lucides, informées, justes et équitables qui permettent de faire vivre en harmonie 6 milliards d'individus aux aspirations et aux cultures différentes sur une seule petite planète, la Terre.

La métaphore du poisson qui n'est pas conscient de l'eau dans laquelle il nage, me semble excellente pour évoquer l'impossible recul qui nous permettrait d’analyser l'époque dans laquelle nous vivons. Cela dit, on peut quand même se demander en quoi l'an 2009 est totalement différent disons de l'an 1789, en quoi ces différences participeraient à des difficultés nouvelles et inédites à comprendre le monde et en quoi certaines armes/outils intellectuels seraient utiles. Assez maladroitement, durant le débat j'en ai évoqué une qui me paraît assez évidente : les différents champs de connaissances, scientifique, politique, économique, sociale sont me semble-t-il plus interdépendant que jamais. En 1789 on pouvait encore concevoir séparément comme des champs séparés l'économie et l'écologie, la physique et l’étude du vivant. Il me semble qu'aujourd'hui une telle séparation est devenue un non-sens absolu. Dans le seul domaine scientifique on pourrait multiplier les exemples à l'infini et beaucoup de scientifiques, je crois, s'accordent à dire que le 21ème siècle sera celui de la convergence des sciences et des technologies. Un récent cycle de conférence à la Cité des Science (vidéos et podcast disponibles) consacré aux enjeux de la biologie synthétique illustrait particulièrement bien ce propos de l'indispensable interdisciplinarité dans la recherche. Les enjeux de société sont énormes et exigent de la part des scientifiques d'élargir leurs aptitudes à communiquer avec des experts d'autres domaines.

L’urgence de ce dialogue indispensable entre penseurs, chercheurs, philosophes, responsables politiques pour appréhender les problèmes sociaux et économiques me semble nouvelle. Elle est liée en dernière analyse au fait qu'avec 6 milliards d'habitants sur notre planète, nous commençons très sérieusement à rencontrer les effets de taille finie, si l'on peut me pardonner cette petite métaphore de physicien. La densité et la complexité organisationnelle des sociétés technologiques fait qu’il y a trop d'interactions entre les différents aspects de la société humaine pour qu'on puisse légitimement les cloisonner sans commettre d’erreur d’analyse grossière. C’est le fil conducteur du travail d’Edgar Morin sur la pensée complexe.

A cette difficulté s’en ajoute une autre. En effet, la logique étroite de l'efficacité économique exige une pléthore de spécialistes pointus dans chaque domaine d’un savoir de plus en plus parcellisé. La compréhension du monde dans ses multiples dimensions requiert quant à elle l'inverse, une vision de généraliste et d’homme curieux de ce qui se passe ailleurs. C'est cet antagonisme qui m'apparaît au cœur de la difficulté, nouvelle et spécifique, à saisir notre début de 21ème siècle.

Il me semble donc qu'on aurait pu mener un débat intéressant dans cette direction, consistant à défendre la nécessité d'une authentique culture générale, d'une éducation qui insiste davantage sur la curiosité que sur les savoirs. On aurait pu argumenter la nécessité d'une philosophie pratique envisagée comme résistance à une spécialisation à outrance, comme un discours rationnel visant à articuler entre eux des champs de connaissance disparates pour leur donner un sens plus global.

2. SAVOIR MORCELÉ ET CROYANCE AUX EXPERTS
Ecrit par BRITT. 03-02-2009
Bravo, Pirmin, pour ton commentaire. Je pense aussi que l'interdisciplinarité est une exigence de notre époque. Au lieu de cela, les programmateurs du savoir et de la culture jouent pleinement la carte des savoirs morcelés. Et les décideurs de la télé, les rédacteurs en chef de la presse écrite et des radios nous bombardent avec les "savoirs des experts. Même dans les divers cafés philo on y croit à ces fameux experts, au point qu'on s'y demande si nous pouvons - nous autres non-spécialistes de l'économie - nous permettre de PENSER la CRISE, ce phénomène de notre temps qui nous assaillit de toutes parts. Quelle résignation de ne même plus OSER PENSER ce qui nous concerne!

Personnellement je pense qu'il y va de l'intérêt de certains de brouiller les pistes, de nous enfumer l'esprit avec une inflation de données, avec de fausses expertises payées par les intéressés (ex. Monsanto) pour que nous ne saisissions plus l'essentiel. Prenons pour exemple le débat sur les OGM. Il a fallu qu'une simple journaliste, Marie Monique Robin, découvre le pot aux roses. Il suffisait d'avoir le courage d'enquêter et d'aller à la source des informations. Et tout était disponible sur internet! dit-elle au début de son livre (le Monde selon Monsanto). En attendant on a cru les experts et les pages de publicité achetées par le trust dans les journaux européens (Monsanto ne lésinait pas sur les moyens): les OGM étaient censés sauver la terre entière de la famine! Aujourd'hui on admet enfin que le fameux "Roundup" est cancérigène et que la stratégie de breveter les semences a poussé les paysans indiens au suicide, que les pesticides contenus dans le package vendu par Monsanto a engendré malformations, baisse de fertilité et maladies en Amérique latine et ailleurs.

Je pense que nous sommes armés pour comprendre le temps présent. Mais par paresse intellectuelle ou par résignation nous ne cherchons pas à sortir de l'information "mainstream". Osons penser, osons sortir de la servitude (in)volontaire!

3. Désarmer
Ecrit par Crémilde. 03-02-2009
Infatigables conquérants et chargés de lumineuses idées depuis des « lustres », imaginions-nous, il y a seulement 100 ans, qu’il serait un jour possible de faire le tour du monde en supersonique en 33 jours et des poussières …
L’espace se trouve réduit puisque l’ « arsenal » est grand : on « voyage » sans déplacement sur les réseaux informatiques ; sons et images du monde entier s’affranchissent des distances et des frontières, et viennent s’engouffrer par nos fenêtres, etc., etc.
C’est en temps réel que les acteurs économiques surveillent ce qui se passe sur la planète, que ce soit au niveau social, politique ou technologique. Ces références « spatiales » brouillent d’autant nos repères, qu’à mesure que la compréhension de notre temps s’accroît, celui-ci apparaît de plus en plus complexe. Cet excès d’ « armes » impersonnelles abouti, pour l’individu, à un abêtissement qui donne le vertige …
L’accélération des moyens, quels moyens ( ?), l’espoir de vaincre la flèche du temps, lui enlève son imprévisibilité et sa découverte.
L'Amour, la famille, le clan ou a tribu, la culture et l’éducation permettent à l’homme d’être mieux armé pour affronter/comprendre le temps.
Je crois que nous sommes bien "forts" pour le comprendre, mais laissons, lâchons les « armes » imposées et osons la découverte singulière.

4. Des Outils pour comprendre
Ecrit par yves Accard. 03-02-2009
Et si les outils étaient dans le mot philosophie ? (je parle de l'amour et de la sagesse)
Naturellement il sont à utiliser avec le bon dosage, tout excès de l'un ou de l'autre peut nous conduire par terre, de même que nous avons besoin de nos deux jambes pour avancer ou pour se tenir debout. Si je veux comprendre la neige, je peux demander à un professeur de m'expliquer les théories scientifiques qui décrivent et expliquent la neige, mais il faudra aussi que j'en fasse l'expérience pratique, que je la tienne dans ma main, que je la renifle, que je la regarde, que j'en envoi une boule sur mon voisin.
Alors si nous avons du mal à comprendre notre temps, c'est peut être parce que nous voulons le comprendre "uniquement" avec notre intellect, notre sagesse et que le remède tient peut être dans un rééquilibrage entre notre monde mental (la sagesse) et notre monde sensible (les sensations, les sentiments, les perceptions).
Donc vivons pleinement notre monde, à la fois en le rationalisant et à la fois en mettant en éveil nos facultés les plus sublimes, sur tous les plans.
Que vive l'équilibre.

5. Sommes-nous' Armés pour comprendre notre temps ?
Ecrit par ROCA. 04-02-2009
Sommes-nous' Armés pour comprendre notre temps ?, quelle' époque ( dans quel monde ) Vivons-nous donc ?
Daniel Ramirez,
comprendre notre temps ... moderne ... singulier, modernité, époque', À ...prendre', et, outiller,
prendre'- Avec ... Armes' et bagages ... de L'esprit, À bras-Le-corps', et Âme ...son temps, bien compris,
hameçon ... À mordre', À gober, se Laisser prendre pas' À pas, Appâts' ou pas' Appâts ? Zappa ... À tortiller,
Bien ... Mal ...Armé ... ne profite jamais ... Le nez dans Le guidon, du Vélo, de son temps, pris,
englobé dans son temps, on ne peut L'englober, nous, citoyens du monde, contemporain(s) d'un temps,
d'événements, d'un temps, notre génération, écoute', entendement, savoir, compréhension,
étude', et Analyse ... du Vouloir, Actif, individuel, et, en bateau, collectif, outillé, bien' Armé,
Mallarmé,
Avec L'esprit, du temps, Apaisé, pacifié, désarmé, désarmant, unifié, être', étant, hors de L'espace-temps ...
Aimantant, notre' Aimant ... outils', ou, instruments, Les moyens, de comprendre', et, construction
commune ... d'ensemble', entreprendre ... La fin, finalité, et saisir, et Agir, et, habiter
Le monde', interpréter', interAgir, et, transformer le monde', ... À sentir, ressentir, exprimer', créActer,
témoigner', et transmettre ... ce qui Vient, qui naît ... en pionnier, précurseur, innover', inventer',
et découvrir Le monde', et inventer Le monde' ,en penseur, en poète Voyant, entre ...temps, Le tenter', ...
À ...prendre ... La distance ... La distanciation, À ...prendre ... Le recul, et La hauteur de Vue,
À ...prendre', Avec humour, et esprit, La question, et comprendre ... L'époque ... Le temps ... Le monde ... Vu !
Sur Le monde ... Le temps, regard, d'Artiste', enfant ... Gilles' Roca, fait, dominical,
________________________________________________________________
" Se moquer de La Philo ...Sophie, c'est, Vraiment, philosopher ", Pascal,
" La Philo ...Sophie, on devrait, finalement, ne L'écrire qu'en poèmes", Wittgenstein, philosophant,
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Cas-fée ...vrillée-Philo-Sophie-bistrot-des-Phares, Aux' Armes pour comprendre ce monde ... ce temps phare,
première fée ...vrillée, Pluviôse 2009', en Mallarmé, du temps, ose comprendre ... Neuf ! G R, sans fard

6. "cas fée philosophie vrillée"
Ecrit par internaute. 04-02-2009
Sommes-nous armés pour comprendre pourquoi Roca nous impose son psittacisme hebdomadaire ?

7. Savoir se rebeller contre l'ordre qui cherche à s'établir
Ecrit par mercredi. 04-02-2009
L'arme suprême est de pas s'habituer à ce qui nous indigeste. Les politiques ont ce genre de remède pour inoculer l'anesthésie. J'ignorais que les poètes agissaient de même. À part les poètes officiels. N'est-ce pas de la violence quand les gens veulent vous avoir à l'usure ?

8. la violence de ceux qui veulent nous avoir à l'usure
Ecrit par 6. 04-02-2009
Quel rapport entre un homme politique, par définition élu, et un poète qui s'impose ? Mais je suis vraiment d'accord avec vous quand vous parlez de violence dans le putsch de ROCA.
A ce moment-là peut-on considérer comme violent un discours à la Britt, qui nous répète encoe et encore que les OGM c'est pas bien parce que "une journaliste Marie Monique l'a dit". Un seul son de cloche et la question est réglée pour elle. Quel que soit le sujet du jour d'ailleurs, elle nous re-sort son dada, les OGM. On a envie de lui conseiller la lecture d'ingénieurs agronomes bien documentés ou de Pierre Pagesse à la MOMA (Mouvement pour une organisation mondiale de l’Agriculture), mais on a peur de la contrarier la pauvre, elle qui se dit "bien armée pour comprendre le temps présent".
Je suis étonnée de voir des "philosophes" avoir un point de vue arrêté sur tout : il arrive que, dans tous les domaines, des experts se trompent, alors les profanes ... comment peut-on avoir la prétention d'être armés pour tout comprendre . Restons modestes.

9. Connaître ou Agir ?
Ecrit par Nadia. 04-02-2009
Les intérêts particuliers l'emportent sur le Bien commun!! Mieux que de longs discours, une prophétie indienne :
« Quand le dernier arbre aura été coupé,
Quand la dernière rivière aura été empoisonnée,
Quand le dernier poisson aura été attrapé,
Seulement alors,
l'Homme se rendra compte que l'argent ne se mange pas... ».
Nous connaissons l'urgence de la situation mais...... Que se passe-t-il??? Il en est de même à tous les niveaux et dans bien des domaines. De quoi s'agit-il ? D'un problème de prise de conscience ou de myopie? Quels sont les choix qui s'offrent à nous ? Repli identitaire dans le nationalisme ou solidarité internationale ? Vision du monde colonialiste, impérialiste ou humaniste ? Etc..... Nous connaissons les dangers qui se profilent et les réponses "remèdes" à apporter mais rien ne semble arrêter cette spirale infernale de l'avidité.
Amitiés Nadia

10. Mais qui est le "nous" ?
Ecrit par Daniel Ramirez. 05-02-2009
Bonjour à tous. Tout d'abord, il ne faudra s'attendre à un compte rendu de ma part, je n'ai vraiment pas le temps de le faire à chaque débat que j'anime, ni à un commentaire sur tous les aspects de cette très riche problématique.
Mais le débat pourra être mis en ligne pour ceux à qui ça intéresse.
Bien sûr qu'on "aurait pu", comme dit Pirmin (N°1), faire plus bref ; on aurai pu faire bien d'autres choses. Mais on aurait pu aussi rater complètement le débat. C’est pourquoi il m'a paru important d'insister sur la méthodologie et précisément sur les moyens que nous avons de ne pas parler de tout et de n'importe quoi dans nos débats. Autrement les critiques trop connues : "ça va dans tous les sens", "c'est le café du commerce", etc., auraient raison, comme il arrive.
Il est des intervenants qui sont toujours tout de suite, d'entrée de jeu, prêts à un discours assez construit et passablement riche. Philosophiquement, ceci est impossible; on se demande d'où tout cela sort... Moi, en tout cas, je ne sais pas comment on peut faire ça. D’où la nécessité de prendre les problèmes pas à pas, établir et formuler clairement de quoi on parle, avancer soigneusement sur le terrain conceptuel. D'où l'impression paradoxale - mais les interlocuteurs de Socrate l'avaient déjà - de ne pas pouvoir décoller si vite que l'on voudrait. C'est qui s'est passé dimanche. Même si toit le monde ne joue pas le jeu, une bonne majorité s'en est plié et je m’en réjouis. Ce n’est donc pas peine perdue.
Exemple, la question du « nous »… dans n’importe quel discussion qui verserait sur « sommes-nous bien armés pour comprendre notre époque », tel que le début de notre débat, on est partit tout de suite sur les armes (ou outils) nécessaires, sur quelle époque exactement, sur quelle compréhension… Mais décider qui est le nous, on l’a vite perçu, change radicalement la nature de la compréhension, de l’époque (l’époque de qui, en fait ?) et des armes nécessaires. Si le « nous » est le citoyen des démocraties occidentales, par exemple, la question de ne pas comprendre les jeunes qui chatent est bien normale et même pas bien grave puisqu’ils ne sont pas (encore) citoyens… nous devons comprendre les enjeux de la démocratie, la façon de voter et de participer la plus consciente, et bien d’autres choses de cet ordre. Si le « nous » s’étend à toutes les générations, la question s’élargie à SE comprendre entre générations, ce qui implique s’écouter et se parler, et pour cela avoir un langage commun (pas si évident !). Si en revanche, le « nous » inclut le tout autre, le différent, mais vraiment, y compris comme ça a été dit, le fondamentaliste, le non démocrate et le non égalitaire… Mais voulons-nous vraiment le comprendre ? Beaucoup préféreraient, peut-être pas l’éliminer, mais l’obliger, lui imposer par la force nos valeurs, n’est-ce pas ? Ils sont si bons nos valeurs… Et bien, dans ce cas la réponse est clairement non, nous sommes très mal armés pour comprendre ; et bien armés pour le combattre, ce qui est le but de beaucoup. Nous sommes en fait, incapables dans l’absolu de les comprendre. Le « nous », donc, est essentiellement compréhensif (et aussi exclussif). Le tout est de savoir QUI il comprend. Ceux qui n’y sont pas compris, y sont exclus. Du coup la question du nous est la même que celle du « comprendre ». Nous ne pouvons pas comprendre ceux que nous ne comprenons pas (dans le « nous »), ce qui est presque une tautologie. Etonnant, non ? Impossible de voir une chose pareille si on se lance dans l’arène de la pensée tout de suite, si l’on prend position, drapeaux (et armes) tout de suite. C’est qui fait la différence entre un débat philosophique et les autres.

11. Tacite desormais pose sa corne d'or
Ecrit par Gilles Roca. 05-02-2009
Voila ,voila je vous ai entendu et promets desormais de me taire .

12. Le nous, pas à pas...
Ecrit par Carlos. 05-02-2009
Qu’est-ce que c’est un débat philosophique, Daniel, et qu’est-ce que sont tous les autres, si l’on se paie chaque jour un autre monde où se blottir ? Nous ne savons comprendre que ce qui ne bouge pas et, tel une flamme sur le point de s’éteindre, il y a dans notre temps plus de naïveté que d’expertises ; il reste prodigieusement peuplé de gens identiques, liés au branle-bas de la vie, quels que soient les battements des ailes d’un papillon ou les évidences muettes sorties de la tête des philosophes. Et pour cause ; la raison saisit et relâche sans porter vraiment de jugement ni rendre l’Homme (fréquentable ou pas) maître de soi au point de changer le cours des choses dont la méthodologie se résume à un effet prescrit par une cause, la pulsion étant l’instrument déterminant de son être ; elle n’a pas de projet, elle combine au hasard. Notre temps n’affirme rien de substantiel et il serait illusoire de le considérer comme une réalité qui nous accueille en lui, d’un côté les philosophes et de l’autre les exclus d’un « nous », à déterminer selon des critères aléatoires fondés sur le fait que « je » n’existerait qu’en rêve.

13. De moi à nous
Ecrit par Crémilde. 05-02-2009
J’ai un énorme besoin de comprendre ce que veut vraiment dire «discours assez construit et passablement riche» et « philosophiquement, ceci est impossible ; on se demande d’où tout cela sort…» ou alors «avancer soigneusement sur un terrain conceptuel».
Devons-Nous avoir une méthodologie/concept de débat/pensée ? La brisure entre l’élément plastique et l’élément graphique de la pensée est une richesse. Picasso, à qui on reconnaît des périodes de différents styles mais qui sont rassemblées tout de même en une seule œuvre est un exemple « Banal » et montre que les idées de continuités et de discontinuités sont présentes à l’esprit de tous. Sa force (était) est, et la nôtre est de reconnaître que continu et discontinu s’impliquent mutuellement et sont intimement liés.
L’expression orale des pensées de chacun, prime non pas sur le sens, ou sur du sens qui l’accompagne, mais sur la construction pensée de nos sens ...

14. réponse à Daniel
Ecrit par Pirmin. 05-02-2009
Daniel dit :
"Il est des intervenants qui sont toujours tout de suite, d'entrée de jeu, prêts à un discours assez construit et passablement riche. Philosophiquement, ceci est impossible; on se demande d'où tout cela sort..."

Ben, ça peut sortir du fait qu'ils ont a déjà réfléchi un peu avant à la question posée (ou à une question proche). C'est si invraisemblable ? On ne va quand même pas prétendre qu'on "commence à penser" au café philo à partir de rien. A part quelques rares exceptions, je ne crois pas trop à la possibilité d’une pensée philosophique construite « en live ». En revanche je crois que ces confrontations argumentées sont stimulantes si l’on poursuit la réflexion une fois sorti du café.

L'intérêt c'est de bien penser, pas de penser vite, en même temps qu’on parle. Quel intérêt de penser vite en philo d’ailleurs ? Ce n’est pas un sport ou une performance. Pour faire simple, je crois que les gens qui ont des choses intéressantes à dire y ont largement déjà pensé avant et que la pensée en temps réel reste souvent très superficielle. Pour s’en convaincre, il n’est que de réécouter les archives audios de nos débats. Bien des digressions étymologiques qui durent 10 minutes en live se synthétise souvent à une ou deux phrases bien construites. Ou moins.

Sur le fait de prendre le temps de définir le sens des mots avec soin, je suis en revanche complètement d'accord. Mais il faut garder à l’esprit qu’il y a simplement une limitation d’ordre combinatoire. Si une phrase est découpée en, disons 4 tranches, et que chacune des ces tranches comporte 3 ambigüités à lever ça fait 3 puissance 4 égale 81 débats à mener... Donc une alternative que je vois, c’est que l’animateur, après avoir rapidement relevé les ambigüités, choisisse d’autorité l’une de ces 81 significations. Il la choisirait car il y a un enjeu particulièrement important ou intéressant. Ici intervient la subjectivité certes, la mienne me fait penser que l’enjeu citoyen du dialogue science-philo-politique est plus important que de disserter sur savoir qui est « nous » dans telle ou telle citation. Il y a au moins un « nous » qui est intéressant et d’autre « moins ».

15. Sommes-nous armés pour comprendre un café-philo ?
Ecrit par Marc. 06-02-2009
Quelques éléments factuels tirés de la bande son de ce débat (1 h 43) :
- Temps de parole des participants : 58 mn (56%)
- Temps de parole de l'animateur : 45 mn (44%)
- Nombre de participants qui ont pris la parole : 29
- Plus longue prise de parole d'un participant : 4 mn 30 s
- Plus courte prise de parole d'un participant : 10 s
- Moyenne des prises de parole des participants : 2 mn
- Le père du sujet a pris la parole 3 fois (3 mn 52 s au total)
- 3 participants ont pris la parole 2 fois

16. matérialisme
Ecrit par Alain. 06-02-2009
Un très bon sujet : la vérité est-elle dans le matérialisme ?

17. Ralentir, travaux ! (moins vite, philo en train de se faire)
Ecrit par Daniel Ramirez. 06-02-2009
Puisque Crémilde a un « énorme » besoin de comprendre et que Pirman à remarqué la même phrase, je vais m’expliquer. Mais faites-moi l’amitié de reconnaître que je ne choisi pas mes mots à la légère, la phrase « des discours assez construits et passablement riches » est à prendre littéralement.

Mais d’abord, la continuité dont parle Crémilde, n’est compréhensible que dans le jeu des discontinuités : les choses s’interpénètrent mais elles ne sont pas les mêmes. En l’occurrence (est-il nécessaire de dire « pour moi »?) un café philosophique n’est pas une simple conversation, ni encore un simple débat d’idées, comme on peut le voir sur un plateau télé, ou au conseil municipal. Car là, Pirmin aurait raison de dire que les gens ont de choses à dire (aurais-je suggéré le contraire ?) parce qu’ils ont réfléchi avant, il y a un ordre du jour, des problèmes en jeu connus. Compréhensible encore dans ces cafés-philos où on annonce un thème un mois à l’avance ; les gens ont réfléchi avant. Mais comment cela se fait, que au Phares, quand on vient de lancer une question choisi sur le vif, dès les premiers intervenants on entend des « discours assez construits et passablement riches » ? D’où ça sort, en fait ? Ah oui, je sais, les gens n’ont pas seulement réfléchi, mais ils sont cultivés, intelligents et à l’aise dans l’usage de la parole. Mais quel bonheur, dirions-nous ! Allons s’y ! Mais justement, comme dit le même Pirmin, pas trop vite… Il se pourrait, et c’est là que je ne peux m’empêcher de penser à cette image que Platon donnait des Sophistes, pas très juste, historiquement, mais c’est plutôt une contre-image de la philosophie. Des gens qui savent s’entretenir de tout, qui s’y connaissent. A quoi bon la philosophie, dans ce cas ? Avec le « presque rien sur presque tout » (c’est de Jean d’Ormesson) qui nous maîtrisons, on peu passer bien de dimanches à nous entretenir entre gens cultivés et intelligents. Et si on est à cour d’idées vas-y que je te raconte le dernier film, « qu’il faut voir en tout urgence » ! Et le nouveau livre « incontournable » de tel philosophe en vue. Et cet article du Nouvel Obs, ou du Monde Diplomatique, la journaliste qui prouve à elle seule la nocivité des OGM et la manipulation, dont ironise l’intenaute (N°6), ou ce N° de Science et Vie où on nous parle de ces abroutis de créationnistes, et tient-toi bien que je te balance la dernière émission sur France Culture ! Mais attend voir que je te cite mes classiques !

De quoi remplir toute l’année, n’est pas ? Tant mieux. On a la réponse à ma question «d’où tout cela sort ? ». Mais je ne vois toujours pas pourquoi se donner un horaire, squatter une salle et placer un bonhomme à se démener pendant deux heures à donner un peu d’unité à tous ça et surtout pourquoi diables l’appeler café philosophique ! C’est ce que nous faisons avec nos amis, à table, même au café. Il n’y a pas de mal.

Il se trouve que la philosophie commence la où s’arrête cette pensée spontanée, ce que Husserl appelait « l’attitude naturelle », mais encore avec Socrate, on peut parler simplement de la doxa. C’est croustillant que c’est sur ce débat, dont l’objet était justement notre capacité à penser notre époque, sommes nous armés pour cela. Car la doxa, aujourd’hui c’est le trop plein d’informations, les prêt-à-penser, les formules toutes faites, les raccourcis et la facilité, tout ce qui fait que nous sommes très mal armés parce que nous pensons être bien outillés. Même si « les gens ont réfléchi » ; si c’était suffisant, ça se saurait.

Oui, il faut aller doucement ; oui, il est impossible qu’un discours sortit tout de go soit philosophique ; oui, il nous faut « une méthodologie/concept de débat/pensée » (la formule est de Crémilde, pas de moi). Parce que la philosophie c’est un travail, l’attitude philosophique c’est un effort, même une ascèse, un retournement, un détournement du monde tel que nous le considérons habituellement, car il se pourrait que nous nous trompions (Descartes, dans le Discours de la méthode). Je n’irais pas jusqu’à la « conversion », dont parlait Jaspers, mais il est clair pour moi qu’une amène et riche conversation entre des gens cultivés ne suffit pas à faire de la philosophie. Il faut une coupure, un arrêt, un déplacement ; autrement il n’y aura pas de dévoilement, pas de clarière dans la forêt, qui continuera à être cachée par trop d’arbres.

Le tout c’et de voir si nous voulons faire une chose pareille… de la philosophie ? Après tout, ce n’est pas assuré. Il se peut que ce soit un malentendu, que des gens pensent qu’on ne peut pas en faire, dans un bistrot : Pirmin ici : « je ne crois pas trop à la possibilité d’une pensée philosophique construite « en live ». Et Marc nous a déjà régalé avec des « ce n’est que ça la philo ? (…) non, ça c’est juste un café-philo ». Permettez -moi de ne pas vous suivre dans ce désenchantement ; si je ne pensait pas qu’on peut faire autre chose que de bons « échanges d’idées », et agréables « moments de parole » (d’ailleurs, parfois il sont ennuyeux), je ne viendrait pas. Si vous voulez me démontrer qu’on ne peut pas faire de la philosophie, allez-y, c’est facile : on n’a qu’à reprendre la très longue ritournelle du mépris et du sourire entendu avec lesquels le monde académique a reçu l’invention de Marc Sautet, ou alors la longue suite de moqueries de la presse : le café du commerce, « de Kant à kanterbraü ».

Evidemment, si « faire de la philosophie » veut dire ce qu’ont fait des Spinoza, Leibniz ou Nietzsche, on n’a qu’aller se rhabiller. Mais cela était de la création des hautes figures de la pensée, des aboutissements, qui n’arrivent que parce qu’il y a aussi les parcours, les tâtonnements, les commencements. La philosophie est aussi une activité de chacun, et si tout le monde ne se trouve pas près des sommets, et elle n’est pas moins philosophique pour autant, à condition de que ce « chacun » se mette dans l’attitude philosophique. Je vous rappelle qu’elle commence avec l’étonnement, avec le « je ne sais pas », Socratique, avec l’introspection, avec le doute, avec la critique et le questionnement, avec la réduction phénoménologique et l’herméneutique, avec l’analyse du langage et la logique. Et bien j’affirme qu’on peut faire ça dans un café-philo. Je commence à savoir comment peut-on faire ça, oui. On l’a un peu fait dimanche dernière, d’où le malaise de certains ; c’est normal, ce serait un très mauvais signe si tout le monde était si à son aise. Mais cela ne nous a pas empêché de rigoler, de nous amuser. On a fait un peu de la philosophie, oui. Pas entièrement, Pas au plus haut, bien sûr, pas d’une façon aboutie, cela ne donne pas de livres ni de systèmes. Et pour cause, ce n’est qu’un début. Mieux vaut un début de cette chose étonnante et bien différente de notre fonctionnement mental habituel qu’est la philosophie, qu’une continuation de toujours la même chose, la pensée habituelle, même si cette dernière nous rassure parce qu’elle est capable des « discours assez construits et passablement riches ».

18. Méthode et/ou étonnement ?
Ecrit par Gunter. 07-02-2009
Je suis largement d’accord avec la description que fait Daniel d’un « vrai » café-philo », je le cite: « Je vous rappelle qu’elle commence avec l’étonnement, avec le « je ne sais pas », Socratique, avec l’introspection, avec le doute, avec la critique et le questionnement, avec la réduction phénoménologique et l’herméneutique, avec l’analyse du langage et la logique. ». Ce que je ne comprends pas : comment allier la nécessité de l’étonnement, fondement de l’approche philosophique– qui nous arrache à la doxa, sachant par ailleurs qu’il y a des doxa (doxai ?) philosophiques et très érudites, celles des philosophes professionnels lorsqu’ils se contentent d’échanger leurs savoirs établis - – avec le recours à une méthode ?
Lorsque je possède une méthode – disons une carte, un plan pour m’orienter sur un territoire inconnu, pour utiliser une métaphore – puis-je encore être « vraiment » surpris, étonné ?
J’aime bien la métaphore de Wittgenstein qui compare une question philosophique qu’il se pose avec une ville inconnue dont il n’a pas le plan et dans laquelle il est obligé de commencer par errer avant de voir se dégager un relief, une structure, une topologie.
Quelle autre « méthode » (mais peut-on encore parler de méthode ?) que le recours à toutes les ressources dont dispose « l’esprit » humain : la logique, la conceptualisation, la réduction phénoménologique et l’herméneutique (pour les initiés), l’introspection, la critique, le doute, la méditation, l’étymologie, la métaphore, l’association (libre), l’inspiration, la culture (philosophique et autre), etc., en suivant la maxime du poète : « il n’y a pas de chemin (méthode), le chemin, la "méthode" (qui en fait n'en est plus une) se fait en marchant, en pensant ensemble » ?
Ceux qui veulent approfondir, un très bon livre de Marianne Massin « La pensée vive » (Essai sur l’inspiration philosophique), Armand Collin, 2007.

19. Enfin libre !
Ecrit par Marc. 07-02-2009
Qu'est-ce que c'est bien de ne pas avoir de méthode ! C'est vrai, on peut trouver tout chouette : s'extasier devant la poésie sans méthode, la science sans méthode, l'art sans méthode, le sport sans méthode, la cuisine sans méthode,... Et la philosophie sans méthode : le graal, le pied ! D'ailleurs, Socrate n'avais pas de méthode. La maïeutique ? un truc de bonne ou sage-femme, je ne sais plus. Descartes non plus n'avait pas de méthode, ni Spinoza. Mais que je suis bête et méthodique ! Ce ne sont pas de vrais philosophes ! Les vrais, eux, n'ont pas de méthode. Remarque, c'est pratique : plus de méthode, plus de repère, et fini les carcans mentaux, à nous la liberté ! Lundi, j'expliquerai à mon patron que sa méthode est dépassée, que toute méthode est dépassée et quand je reviendrai au café-philo (si, si, j'ai quand même envie de revenir, allez comprendre...), je remercierai chaleureusement Gunter d'avoir été foutu à la porte et de me sentir enfin libre !

20. Philosophie et plein-emploi
Ecrit par Gunter. 07-02-2009
Effectivement, je ne pense pas que la philo sert à garder (ou trouver - l’histoire de la philosophie, parfois) un emploi ; elle peut, elle doit certainement – vous en avez parlé dimanche dernier – faciliter la compréhension des raisons pour lesquelles il y en a de moins en moins et pourquoi ceux qu’on trouve ont de moins en moins de Sens, disons humain, puisque la fameuse croissance du PIB correspond de moins en moins à une « vraie » croissance anthropologique
Je regrette de ne pas avoir pu assister aux échanges de dimanche dernier. J’aurais plaidé pour une philosophie qui nous « arme » (j’aurais préféré : qui nous « aide ») pour comprendre notre temps, c’est même la tâche prioritaire assignée par Hegel à la philosophie : comprendre l’esprit de son temps.
Marc, ne lis surtout pas Levinas, tu en serais encore plus dégoûté que par mon approche non- ou plutôt anti-méthodique de la philosophie ! Pour ce philosophe, la philosophie rend insomniaque. Un pauvre type de plus, probablement…



 
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