« L’avenir du futur »
Écrit par Carlos Gravito   
06-03-2009

         Et de trois ! En peu de temps, nous avons eu, au café des Phares, « Le devoir de mémoire empêche-t-il le futur ? », ensuite « Sommes-nous ce qui est notre avenir ? » alors, le 22 Février, Alfred nous gratifiant d’un « L’avenir a-t-il encore du futur ? », le mal en point  fut ramassé à la petite cuillère à partir des deux autres et, par dévouement, après lui avoir regardé l’œil, senti la respiration et tâté le pouls, Christiane Grazziani l’a ramené aux urgences et mis sous perfusion. Difficile de c omprendre un tel désarroi, si l’on ne dit pas que le futur et l’avenir sont enfouis tous les deux dans la nuit des temps hors de notre portée, et si l’on ne se les figure pas faisant eux-mêmes des plans sur la comète afin de, dans la mesure du possible, éviter les malheurs qui puissent leur arriver ; l’esprit souffle là où il veut, peu importe le prix du pétrole, et puis voilà ; c’est comme ça. En tout cas, c’est assez inconvenant de ramener à soi une question qui ne vous regarde pas et je voyais mal comment nous nous risquerions à y répondre. On s’en lave les mains. Ces deux loustics s’en donnent souvent pour morts, puis les voilà qui, sans se laisser rattraper, cavalent devant les heures (qu’en vain nous avançons et retardons essayant de les reprendre) ; c’est leur affaire. 

D’ailleurs, une fois que l’auteur du sujet a préconisé que « l’on fasse une analogie entre le futur et un progrès duquel à présent on se méfie », Michel pointa « qu’il s’agissait là d’un oxymore, futur et avenir étant pareils », alors que la majorité pensait que l’Avenir avait fait une petite tentative de suicide ; d’autres croyaient qu’il avait trop forcé sur la bouteille, d’autres encore qu’il serait victime d’une overdose ou qu’il cuvait quelque chose de beaucoup plus grave. Pour ma part, je penchais pour « l’oxi-mort », mais, même si le personnel hospitalier est mal adapté aux 35 heures, tellement on tient aux 24, je sais que, ayant été élevé au sein maternel, l’Avenir va s’en tirer et on le verra revenir avant la fin de l’année. Il ne faut pas oublier que, cul et chemise, ces deux-là, l’Avenir et le Futur sont deux cas d’espèce ; il s’agit de deux jumeaux, durs à cuire, dont l’un se demande s’il a du futur et l’autre se questionne sur son avenir. Le premier aurait été nourri au sein et aurait des rêves ; le deuxième, allaité au biberon, n’aurait que des souvenirs du passé. Là, les aliénistes pourraient avancer des hypothèses d’après lesquelles, par exemple, le second condamnerait les illusions du premier et le priverait de toute satisfaction, alors que celui-ci serait en mesure de troubler les réminiscences du second. Face à un tel embrouillamini, autant parler du Présent et c’est ce que l’on a décidé de faire, recommençant tout à zéro, sur un terrain qui nous est plus familier, La Crise.

Une intervenante se dit « optimiste, après avoir écouté Simone Weil à propos de sa pensée du travail et constaté la disparition du travail forcé si déshumanisé d’entre-deux guerres » et une autre, faisant état « de son travail en conseil d’entreprise, assommée par des bordereaux à remplir quart d’heure par quart d’heure », s’interrogea : « alors, l’esclavage est-il fini ? ». Gunter fit ensuite remarquer « qu’un futur, tout le monde en a et que l’avenir est la durée que prend quelque chose à arriver, les suicidaires ayant un futur mais pas un avenir ; a-venir est un miracle de la naissance, pour Badiou c’est l’événement », Emmanuel voyant « dans l’événement quelque chose d’imprévisible », et alors qu’Irène observait que « le futur, c’est le temps ; l’avenir, l’espoir », Simone nota que « le progrès arrive par transmission, voire la renaissance d’une vie », Nadia finissant par croire « qu’il y a des raisons d’espérer », Pierre en doutant « si l’horizon n’est pas visible et inscrit dans du réel, en plus de la nécessité d’y croire  pour inventer dans le partage », quelqu’un d’autre remettant « tout à la science qui subjective et inscrit chaque chose dans des processus de durée », Marc III notant que « la durée qui reste n’est pas assurée », Michel II que « l’avenir n’a pas de futur et le futur pas d’avenir », ce qui amena l’animatrice à se demander « pourquoi, l’avenir n’étant pas rose, notre horizon se rétrécit-il ? », à quoi Patrick répondit « que l’on a envie de quelque chose sans savoir quoi, explication pour le slogan ‘rêve générale’ de la manifestation du 29 Janvier ».

Simone estimait encore « qu’il n’est pas interdit de rêver, une fois atteintes ses limites, mais que l’on est dans une perspective de mort », Charles que « le poids de l’Histoire annihile les êtres, car on fonctionne ‘au doigt mouillé’ », Sabine « que l’on est dans le moment et que, profitant de notre liberté, il faut travailler sur soi, dans la solidarité », Nadia que « l’on fait plus en une journée maintenant, qu’autrefois pendant un mois, mais que l’on ne vit pas des moments de plénitude, du fait de confondre présent et présence et de négliger l’importance de la discussion », et Alfred, croyant avoir devancé le Carnaval « avec un sujet facétieux, se trouvait devant une studieuse besogne : un futur duquel on ne sait pas quoi faire et un avenir qui ne nous appartient pas, c’est-à-dire, un profond désenchantement de ‘l’homo sapiens-sapiens’ confronté à sa stupidité ».

Se laissant aller à la confidence, Pierre-Yves s’épancha « sur la fin de son père qui l’a attendu pour mourir, alors qu’il lui reprocha sa vie, impeccable au demeurant, et qu’à la question ‘comment vas-tu’, il répondit ‘je subis ; il n’y a que moi qui m’intéresse’. Exemplaire, en tant qu’individu hors du temps et qui subit, le verbe n’ayant pas d’avenir mais du futur qui subit les faits également, l’avenir ne se manifeste que lorsque j’agis pour ne pas être victime du temps, parce qu’il n’y a que moi qui m’intéresse ». Gunter pensait que « l’enjeu est vital et qu’il faut s’ouvrir à l’événement,  la richesse étant dès lors mise en cause ; c’est le gâteau qui fait problème et pas forcément son partage », Alberto que « l’on croit que l’Homme est bon et œuvre pour le bonheur, alors que, pour ne pas se laisser rêver, il va vers sa propre destruction, comme on le sait, depuis toujours », Jean Luc nous rappelant « Arlette Laguiller qui apostrophe ceux qui ne veulent rien faire, comme les Kouchner, même s’ils gesticulent au sommet de l’Etat, et conseille de s’associer pour avoir des idées en dehors de notre individualisme », Patrick attribuant « le manque d’idées aux machines et à la mauvaise gouvernance » et Emmanuel « à la parole dévalorisée, usée, de bonimenteurs, ce qui n’était pas le cas en 68 où il y avait une parole prophétique qui va des ‘salons’ aux ‘sans culottes’ de 1789 »

Satisfaisant les désirs de micro des présents, l’animatrice se déplaçait fredonnant joyeuse une ballade de Charles Aznavour, reprise par toutes les icônes de la chanson des années 90 : « Le temps, le temps, / Le temps et rien d’autre, / Le tien, le mien, / Celui que l’on veut nôtre », et je l’imaginais prenant des températures, une petite croix rouge sur une coiffe blanche, l’odeur du café remplacé par de l’eau de Javel et les râles du percolateur par des gémissements ou la complainte de Gilles : « Le futur, temps contraint/ Avenir, durée où l’on inscrit nos pas/ Travail, rêve, transmission/ Eluard, élu-art/ Aimer, partager/ Avenir de notre futur », Irène jugeant, dans la continuité « que se concentrer sur le présent revient à laisser faire, laisser aller, aller dans le mur », tandis que Sabine s’étonnait « que l’on en prenne plein la gueule quand tout est bien fait, dans la liberté, la vérité et l’authenticité d’une certaine éthique », et Pascal insistait sur le fait que « ce n’est pas la nécessité qui fera bouger la paresse de l’Homme dans une époque assez fébrile ».

Pour finir, Alfred se posa la question de savoir « Il y aurait eu le même débat, aujourd’hui, s’il n’y avait pas une crise de laquelle il faut s’en départir ? » et l’animatrice « nous donna rendez-vous d’ici là ».  

Bon de sortie en main et fier comme un coq, à 13 heures l’Avenir prit ses affaires et s’en alla par la grande porte. On se demande qui va payer tout ça. C’est encore le trou de la Sécu !

Sacré Avenir. Il en a vu d’autres et, bon pied bon œil, on le verra un de ces jours, attablé aux Phares avec son frangin, le Futur, en train de remplir des grilles de Sudoku chacun de son côté. Je ne me fais pas de souci pour eux ; ils nous enterreront tous.

 

Cliquez ici pour écouter le débat :  Le futur a t'il de l'avenir ?

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Le futur A-t-il, encore', un' Avenir ?, ... Alfred, Christiane,
Ecrit par ROCA. 25-03-2009
Le futur A-t-il, encore', un' Avenir ?, ... Alfred, Christiane,

Le futur, temps, contraint, que L'on ne gère pas,
L'À-Venir est durée, où s'inscrivent nos pas, naissance', événement,
espoir, Avènement, temps, en re-connaît ...sens',
L'À-Venir co-naît ...sens',
de ce qui Vient, Arrive', Advient, mais, ne nous' Appartient,
nous, Les maillons, du Lien, Là, " À L'orée du Lien ", " résilien ", " Orée-Lien ", quand tu nous tiens ...
L'imprévisible qui surgit, Le temps, nouveau,
qui s'ouvre ... s'élargit, Juste ... Le Vrai, Le beau, temps, DÉCONSTRUIT, À re-construire',
re-créer', Accomplir, Aboutir, À remplir, À instruire,
travail, et rêve ... transmission,
" présent passé / passé présent ", E I, préparation, de mutations, transmutations, " instants d'éternité ", instants d'humanité,
notre' À-Venir, À nous, présense',
" je fête L'essentiel, je fête ta présence ", Eluard, élu, Art ... d'À-Venir, énergie,
d'À-Venir, Àme'...Agit,
qui dépasse Les bornes,
qu'on dépasse Les bornes !, ... et il n'y Aura plus ... de Limites, Au futur,
et tout sera possible', Au-delà de nos murs ... découvrir, inventer,
L'À-Venir, en projet,
ensemble', À transformer',
Aimer', À partager ... " du plus' Au mieux "', À faire',
Edgar Morin, et," de L'Avoir À L'Être "', offert, À-Venir, Aventure ...
de notre futur,
ou, du futur, " En' Attendant Godot ", Beckett',
À L'À-Venir, comme'...un présent, cadeau, conquête, ... Gilles Roca,

Cas-fée-vrillée-Philo-Sophie-bistrot- des Phares,
futur, À-Venir phare, 22'- 2- 2009', en ces-jours de Ventôse,
futur, À-Venir Neuf', éthique', Aventure', ose ! G R

2. site philo ?
Ecrit par CARO. 25-03-2009
Ce site a-t-il encore un avenir ? En souvenir des réclamations de Marc, Gilles devrait avoir honte d'imposer encore et encore (2 paquets le même jour).

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Dernière mise à jour : ( 28-03-2009 )
 
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