Est ce que les philosophes ont contribué à l'éternel féminin ?
Écrit par Carlos Gravito   
25-03-2009

 

C’était le jour de la femme, ce 8 Mars alors, malgré l’attrait du demi marathon qui se déroulait devant le café des Phares, l’interpellation qui pouvait nous brûler les lèvres fut articulée par Britt : « Est-ce que les philosophes ont contribué à l’éternel féminin ? ». Gunter Gohran », l’animateur, se fit donc un devoir de l’élucider au nom de la raison, nous amenant à lui en donner une réponse à la hauteur de celle de Angélus Silesius à propos de « l’œuf et de la poule », c’est-à-dire, « l’un est dans l’autre », alors que l’œuf est une allégorie du monde et non une promesse de poules, arrivées elles des millions d’années après lui.

 

En tout cas, nous nous trouvions devant un vieux paradoxe, un cercle vicieux d’où l’on a tendance à dégager le coq, présent au moment de la fécondation de l’œuf, mais allons-y pour la femme sexy qui nous mord certes le cœur et pas tellement la cervelle asexuée des philosophes, puisque de femmes philosophes l’Histoire en est pleine, d’Aspasie à Théano ou Hypatie, sans parler de celles qui illustrent notre Temps, pour lesquelles toutefois les feuilletons à l’eau de rose furent le moindre de leurs soucis.

 

L’auteur du sujet justifia « ce stéréotype masculin/féminin, alléguant que ça vient d’Aristote (Traité de la génération des animaux), où il prétend que ‘la graine déposée dans la femme, réceptacle, vient de l’homme, pensée’, alors que les deux hémisphères du cerveau communiquent entre eux ; mais les stéréotypes ont la peau dure et les philosophes n’y travaillent pas beaucoup ».

 

Il s’en suivit un long et éloquent silence. C’était la bonne réponse mais, on n’était pas là pour enfiler des perles et, finalement, Irène se mit à l’œuvre, jetant la première pierre avec une nouvelle question : « Qu’est-ce que quelque chose d’éternel ? L’universel trouvé chez la femme ? Je suis humaniste et ça m’ennuie que l’on se réfère à une séparation homme/femme ; le sujet est plutôt anthropologique », Roschan argua que « la philosophie n’a pas de sexe », Michel y voyait « un peu de langue de bois car la philosophie ne s’intéresse pas à ça », et l’animateur plaça le cliché dans son contexte, voire dans le « Faust » de Goethe : « l’éternel féminin, toujours plus haut nous attire », Gilles II prétendant que « c’est vers le bas ».

 

En effet, ce n’est pas en mentionnant le Stagirite que l’on donne à la locution une dimension philosophique et, comme on se demandait ce que les philosophes venaient faire dans cette galère, je me suis prononcé pour que l’on cherchât à s’instruire tout simplement de ce que l’on entend par « Eternel Féminin », afin que l’on sache de quoi on parle : de charme, de poules de luxe, de péripatéticiennes, de mamans, de manipulatrices ou de coquines bien loin d’un sous-homme, mais l'idée n’a pas été suivie d’effet alors, puisque l’on se croyait au « Banquet », écoutons donc les convives, dans leur délectation :

Simone précisa que « dans la transmission, l’homme est censé donner le spirituel, la femme l’incarnation », Touria trouvait « tout assez confus et difficile à aborder, le propre de l’éternel étant d’être hors temps et hors espace », Jules rappela « que la maïeutique conteste l’idéal féminin », Alain nota « qu’il y a de l’homme dans la femme et de la femme dans l’homme », Pierre s’intéressa « à l’inné et l’acquis, l’histoire pouvant être modifiée par celui-ci », et Alfred observa « que l’expression tient de la magie ; lorsqu’elle se manifeste, l’Homme se transforme et se comporte différemment, voire l’histoire du ‘nez de Cléopâtre’, l’éternel féminin étant, pour Platon, l’amour, soit un Dieu », Gunter se référant « d’un côté aux femmes fatales et de l’autre à Margaret Mead, qui considérait les aptitudes de l’homme pour la chasse et de la femme pour tenir la maison, comme marquées culturellement », Charles « à un désir de douceur » et Line « à une croyance plutôt qu’à une philosophie », l’animateur revenant sur Axel Kahn « qui, grâce aux nouvelles technologies, prévoit l’éternité pour dans 15 ans », et, pour tout arranger, Maryse sortit « ‘le mythe de la boule androgyne’ (attribué par Platon à Aristophane), consistant dans un être composé de deux têtes et quatre membres que Zeus aurait coupé en deux moitiés qui depuis se recherchent ». Thierry admit « tenir la formule d’Elisabeth Badinter à propos de peuplades primitives et, pour sa part, il croit à la féminisation du monde » ... (« et au partage des tâches », ajouta l’animateur), Claude opinant « que l’expression existait avant Eve qui l’a concrétisée à peine », Agnès le complétant « avec la conscience du temps et ses repères », puis Martine regretta « l’empêchement de l’accès au savoir », qu’Olivier tempéra soulevant « le ‘problème de la confiance’ étant donné que la femme peut dissimuler (l’homme pas) », Bruno se méfiant « de tout stéréotype, propre aussi bien au patriarcat qu’au matriarcat », et Marlène releva « le rôle nourricier de la femme », Gérard la suivant pour confirmer « qu’il y a un ‘éternel féminin’ mais pas un ‘éternel masculin’, le féminin appartenant à un discours mythique des différentes civilisations », Michèle y mêlant « le point de vue de l’artiste et de son acte créateur ».

 

 « L’éternel féminin ! », donc. Robes, hauts talons, bijoux, vernis, rimmel, guêpières, corsets, masquent la crudité de l’animal pour s’offrir à l’homme, en opposition à la pensée, comme chose quasi sacrée. Belle, perfide même et parfumée, l’idole charnelle constitue l’objet érotique idéal bref, c’est la nature modelée pour le mystère d’où notre désir résulte. Les philosophes n’y sont pour rien. Est-ce que l’on s’en plaint ou l’on s’en félicite ? Va savoir ! Le fait est que, entretenu entre les deux sexes, une sorte de fanatisme se fit jour, où les hommes joueraient le mauvais rôle et la féminité jouirait de la plus grande des innocences, tendant à faire croire que les baisers sont un abus propre au masculin.

 

Mais, Gilles avait aussi à dire : « Eléphants philosophes/ Eternel mensonge, masculin féminin/ Sage, élan vital, énergie/ Naissance concevable/ Pacifiée, unifiée/ Féminin, colombe/ Masculin, finitude », ainsi que Mado « à propos des religions du livre par lequel tout se transmet » et Britt « au sujet de la tendance actuelle à l’égalisation, dont Flaubert, se mettant à la place de Madame Bovary, serait un exemple », l’animateur estimant « qu’aujourd’hui, le gâteau ne peut pas être mieux partagé par un PDG féminin que par un masculin ».

 

Ne nous y méprenons pas. « L’éternel féminin » est une représentation mentale qui parle à l’imagination des poètes comme Ovide, Dante ou Pétrarque, et laboure la chair de séducteurs tels que Don Juan et autres Casanova ; c’est un phantasme d’hommes mais pas œuvre des philosophes, bien que rien ne les empêche de se questionner sur son sens, étant donné le trouble opéré par l’événement qu’aucun de nous n’a pu voir, sa propre naissance qui, émergeant dans le langage, inspire autant d’angoisse que de fascination. Pourquoi « éternel féminin » ? Peut-être parce que la mère est évidente ; le père l’est moins, elles seules savent. Elles font avaler à l’autre tout et n’importe quoi : pommes ou serpents à sonnettes. Mais il le digère mal, car le monde ne meurt pas avec le désir satisfait de la femme, qui reste éternellement présent, alors que « L’éphémère masculin » qu’une simple pensée soulève, cède, saturé de jouissance, et reste en deçà des ruines des choses qui ne laissent plus rien espérer.

 

Et puis, la condition féminine ; elle n’est pas le fait de décisions individuelles. Elle est la conséquence, non consciente, de la structure sociale et même religieuse de la pensée, attirée par la connaissance. Il se trouve que, dans la féminisation du monde, les valeurs de beauté et séduction sont supplantées par l’agressivité de la culture de masse. L’image de la femme envahit tout et, de vendeuse, elle passe à caissière ou simple prospectus ; d’aliénée, elle devient aliénatrice, de plus en plus objet commercialisé, afin d’animer la consommation. Hommes et femmes participent du même mensonge de la vie qui se poursuit sans pitié, fixant les maternités, le passage des ans, et la vieillesse lorsque l’attrait érotique s’estompe, comme si tout était foutu.

 

Aussi. Pour conclure ce compte-rendu,

Tourneboulant chaque pensée misogyne,

« L’éternel féminin » j’aimerais chanter

Mais, hélas, chaque rime féminine

Termine toujours par un « e » muet.

 

 

Ciquez ici pour écouter le débat :  Est ce que les philosophes ont contribué à l'éternel féminin ?

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. D'ARISTOTE A SCHOPENHAUER:LA FEMME SANS CERVELLE
Ecrit par BRITT (RENCONTRES ET. 25-03-2009

ARISTOTE n'y est pas allé de main morte en effet - et Françoise Héritier le rappelle au fil de ses livres: ne prétend-il pas que l'homme détenteur de la pensée et de tout ce qui est "beau, vrai et bon", déposerait avec sa graine la PENSÉE et la faculté de concevoir du symbolique dans la femme-réceptacle, qui elle ne serait que MATIÈRE. Cette conception de l' éternel féminin - la femme conçue comme chaire et matière mais sans cervelle - a imprégné notre culture greco-judéo-chrétienne jusqu'à nos jours. Les misogynes notoires comme Schopenhauer, Nietzsche ou Kant ont façonné notre manière de penser jusqu'à aujourd'hui. Un bestseller conçu par des psychologues en vogue le prouve: "Les hommes viennent de Mars et les femmes de Venus", assènent-ils pour insister sur tous les stéréotypes éculés du masculin/féminin. C'est très vendeur.
Et les scientifiques qui affirment à force de recherches le contraire de ces stéréotypes ne sont pas écoutés. Les femmes elles-mêmes sont les premières à avaler tous ces clichés de l'éternelle douceur et séduction féminine, etc. etc., qui leur viendraient de leurs hormones. Simone de Beauvoir, seule philosophe femme (après la "sainte" Louise Weiss) est la première à s'apercevoir du "piège" de la maternité dans laquelle on a enfermé la gente féminine, et de toutes les conséquence qui en découlent quant aux représentations sociales du féminin.
Oui, je pense que les philosophes ont lourdement contribué à "l'éternel féminin", sinon ils n'auraient pas accepté un tel clivage de nos sociétés jusqu'en 1944 ou 1968, à savoir jusqu'avant-hier.




2. ERRATUM: LIRE SIMONE WEIL
Ecrit par BRITT (RENCONTRES ET. 26-03-2009
Une coquille s'est glissée dans le commentaire précédent. Lire dans la parenthèse qui suit Simone de Beauvoir : la philosophe SIMONE WEIL (1909 - 1943), élève d'Alain, ouvrière chez Renault et engagée dans les brigades internationales.Une philosophe mais en quelque sorte plus proche de l'éternel féminin dans son sacerdoce frisant les saintes des siècles précédents qui ne pouvaient donner libre cours à leur pensée qu'au couvent.

3. ne pas dire "hélas" devant le mutisme des femmes ! Tant d'hommes se cachent derrière la parole.
Ecrit par femme. 26-03-2009
Et peut-être y a-t-il aussi une autre erreur du côté du castor , Britt ? Je ne sais pas si Beauvoir était lesbienne ou trop masculine pour envisaget d'être mère, mais elle a raté quelquchose de magique : non non, la maternité n'est pas un piège, c'est la chose la plus merveilleuse du monde! Je pense même que c'est ce privilège des femmes qui fait leur supériorité sur les hommes.
C'est peut-être qui explique leur jalousie : toutes ces religiens mysogines, faites par les hommes et pour les hommes, c'est pour essayer de penser qu'ils sont les plus forts ? Donner la vie est tellement plus fantastique que de créer des concepts que je rigole ...
Quant à la douceur des femmes , ce n'est pas un cliché non plus, c'est naturel, inné : c'est une nécéssité avec un bébé, le petit en a tellement besoin.
Alors au fond, l'éternel féminin il est peut-être là, c'est ce comportement animal qui traverse le temps, dans tous les pays et et toutes les civilisations. Les paroles sont inutiles, la mère communique avec son enfant et même muette ele fait instinctivement ce qu'il faut pour protéger son petit.

4. Est-ce que les philosophes ont contribués á l'éternel férminin ?
Ecrit par Hamm Robert. 08-04-2009
Mais,bien sûr....

....Chacun sait qu'Athéna Pallas est née du cerveau de Zeus,la Raison, et donc représente,seule,l'intelligence pure.... Intelligence sans laquelle penser ne signifie plus rien car comprendre est son seul objectif raisonnable....

Ainsi la connaissance d'Athéna comme principe divin est la contribution féminine au monde des philosophes,ce qui a permis
d'en définir le sens,la raison d'être....
Car sans compréhension que pourrait être une signification
philosophique ou l'explicitation d'une vision du monde, de ce qu'elle devrait toujours être?

L'éternel féminin est donc l'âme de la philosophie,ce qui la meut de l'intérieur....

Comme elle,elle cherche de même le sens de ses luttes intellectuelles,le sens de ce qu'il faut prouver ou réfuter pour assurer l'établissement d'une vérité éternelle, LA RAISON
.....
Ainsi le devenir de l'intelligence "s'identifie" avec celui d'un devenir sans fin,d'un agénétisme....
Car le devenir de la féminité éternelle est un principe "en compréhension",un de ceux qui relient toutes choses "en cohésion",bien sûr....

Ainsi avons nous tous de cette force qui maintient et soutient
nos forces élémentaires....

La contribution des philosophes ne peut donc aller au-delà de ce qu'il peuvent en comprendre,au-delà de la manière dont ils peuvent être témoins de l'intelligence divine....

Ainsi,beaucoup trop occupés par notre monde,ils oublient toute grandeur,tout ce qui donne valeur et intérêt à celui-ci....

Sans "compréhension",en effet,quel pourrait bien être son sens?
Aucun,en effet....

L'intelligence n'est donc pas comme une superstructure inutile,
une crème Chantilly sur un gâteau où elle n'a rien à faire,
mais la crème de la crème qui rend le gâteau superflue.......

Les difficultés qui animent notre monde ne sont donc pas le problème:c'est le manque d'intelligence qui en est LE problème...
Faire donc "comme si" tous étaient également stupide n'y fait rien:
avec beaucoup de stupidité on ne peut faire que beaucoup de bêtises....

L'éternel féminin,l'intelligence,n'est donc pas seulement
une vertu théorique mais,également,pratique....

Or les philosophes n'aiment pas la pratique.....
A quoi donc peut servir de comprendre(si l'on comprend bien,d'ailleurs) si l'on ne peut rien "actualiser" de correspondant?...

La naissance d'Athéna Pallas restera donc toujours incomprise des philosophes:ils ne peuvent pas la "réaliser".....

Il ne s'agit donc pas d'un refus philosophique ou d'un manque d'intelligence:
Athéna n'a donné aux philosophes qu'un degré de compréhension"limité" de l'abstraction que'elle représente,
de l'universalité "concrète" du concept"d'intelligence" auquel elle pense....

Voilà une concribution"philosophique" pour un éternel féminin
digne de ce nom....

5. Qui ?
Ecrit par Crémilde. 08-04-2009
Je ne pense pas apporter ici une pierre importante à l’élaboration ou à la « démolition » de l’éternel féminin, et non plus à sa définition (qu’est-ce c’est ?) -relatant l’égide de Zeus et Athéna, comme précédemment-, ou voulant une avancée rapide sur « travaux » des pensées en cours et à venir. D’ailleurs, je me demande pourquoi reste-on si « pauvres » manifestant toujours la nécessité de faire appel aux mythes et légendes… ? Modèlent-ils le « nous » ou les bâtissons-nous ? Personnellement, j’opte pour un modelage, un « peu » subi.

Même en tant que femme, je n’arrive pas à mettre ma pensée au clair sur cette fumeuse invention ou idée, qui n’est pas tombée du ciel par la seule main de l’homme (mâle) ou philosophes de tous bords. Beaucoup de femmes (pas toutes) y ont contribué, cherchant et en y mettant à leur seul avantage ( ?) leurs écrits sur le sujet, en exposant les causes et/ou les effets, parfois si incompréhensibles, si aberrants, qu’on en fait un lâcher prise.
Je préfère penser, et ceci n’engage que moi, que les deux « éternels » sexués ou non, se confondent et se complètent simplement. D’ailleurs, me demande si vouloir opposer et contrarier toujours les deux Etres, on n’est pas en train d’entraîner un Tout dans une roue crénelée sur des jeux sans fin… et guerriers.
Et pour conclure je me questionne sur le mot « féminin ». Ne serait-il qu’un genre grammatical s’opposant (le problème est peut-être là ?) au masculin ? Sans plus...

6. La maternité ne fait pas toujours la femme
Ecrit par Julie. 09-04-2009
Merci à Britt de parler de Simone de Beauvoir. Par les temps qui courent, c'est un bol d'air frais.
Quant au discours de 3 (femme ou Baboushka) qui pense que la douceur des femmes est innée est terrifiant à lire. La maternité n'est pas ce qui définit une femme, j'espère. La douceur est du côté des hommes aussi. Il n'y a qu'a voir les jeunes pères de 20-30 ans couver leurs bébés.

7. Seule la femme a accès à la maternité, Julie .
Ecrit par 3. 09-05-2009
Père entre 20 et 30 ans ? ça devait être le grand-frère que vous avez "vu" ( voir n'est pas savoir): pas un jeune n'a d'enfant avant la trentaine maintenant. Et "couver"....il se lève la nuit pour allaiter ?
Arrêtons de parler de la "douceur des hommes", on n'a pas besoin de clones. Que sont les hommes devenus !!!


8. Ils ont déjà existé ?
Ecrit par . 09-05-2009
Pour être devenu, il faudrait déjà avoir été.

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