« Souhaitons-nous» être responsable de nos échecs ?
Écrit par Gérard Tissier   
17-02-2009
 En lisant la  prose de Carlos je me suis dit que la vie, comme le feuilleton célèbre, se faisait de plus en plus belle. Frappé autant par ses subites profondeurs, j’ai  pensé  à Jankélévitch et à son « vouloir-vouloir ».Cela pour dire que si le  « projet » est la prémisse minimale en amont d’un verdict d’échec, la question qui se pose d’entrée c’est de savoir ce qui conduit  à nous exposer au jugement des faits, des autres et de soi sur les finalités que l'on se donne.


Le volet compte-rendu de l’article de Carlos témoigne en tous cas de la formidable imagination de notre contemporain- tel que représenté en ce dimanche aux phares- sur l’auto-attribution de ses actes. J’y retrouve  le peu de disposition des français au  libéralisme qui veut que la liberté nous rende responsable de notre condition et de nos échecs à ne pas en sortir. On y retrouve aussi, comme j’ai tenté de le dire dans mon animation, le spectre de la mauvaise foi sartrienne à qui ne pouvait échapper le contournement d’une responsabilité existentielle bien  lourde à porter lorsque l’exigence du sens se fait jour à l’aube du bilan d’une vie..

Il n’a pas suffit ce matin-là qu’un participant se risque à  fournir une définition de l’échec tiré d’un dictionnaire de philosophie ( échec = un projet élaboré et mené avec toute latitude mais  qui n’a pas abouti) pour que d’autres interprétations surgissent  relativisant, pondérant, contextualisant ou approfondissant la question pour en définitive  ne pas y répondre. Mais alors, oui ou non, suis-je responsable de mes échecs ?

Si je suis dans une logique de  responsabilité, c’est que j’accepte à priori  que ce qui m’arrive dépende en partie de moi. N’est-ce pas plus  courageux et donc  plus gratifiant, d’assumer ses échecs que l’inverse? D’ailleurs, n’ont-ils pas tendance à nous grandir ? Pourtant, la position dominante fût que l’échec n’existe pas vraiment et qu’a tout le moins, cela se discutait dans une relativité temporelle. Bizarrement, cela revenait à définir le cercle d’un non –lieu : puisque les effets de la réussite ne sont  pas éternels, pourquoi dire qu’un échec est consommé et définitif?

Quelle explication à ce paradoxe ? Le piège était-il dans le « nous » de la question
(sommes-nous responsable de nos ..) Car en effet, prendre position pour soi valait pour les autres  ce qui posa la question à certains  de la congruence entre le dire public et le pensé... Il y a du danger  à juger autant qu’à se déjuger. Point  donc d’autocritique pour témoigner du doute, des regrets ou des remords, de l’erreur d’appréciation, de la naïveté, du déni des autres ou du réel. Etonnant..

Fallait-il convoquer Freud et Bourdieu  pour expliquer que le déterminisme psychique est partout, jusque dans les plis de notre âme où la honte de ses origines produit l’imposture  de  fausses réussites, la lutte des places, les névroses d’échec, et une enfance  malmenée les avatars du mensonge et de la peur ?


Pourquoi ne pas oser  l’hypothèse nécessaire d’une totale responsabilité dans la peur et la perte de confiance en soi qu’elle provoque, dans  l’angoisse de quitter sa zone de confort par une réussite qui lancerait  de nouveaux défis, dans l’effort  qu’il vaudrait soi-disant répéter par échecs successifs  plutôt que de rentrer dans le plaisir  éphémère de la réussite ?


Et puis, faut-il distinguer les causes de l’origine ? Ne sommes nous pas, au moins, à l’origine de ce qui nous arrive ? S’il n’y a que l’histoire sans fatalisme et sans  contingence, il n’y a donc  que le réel en acte, et de cela, notre vie  en est la trame, nos projets s’y déploient pour faire un monde qui nous appartienne et qui nous éclaire nous-mêmes, dans ce que st Paul appelait si joliment, la lumière du cœur.
Dans ce  maillage de l’emprise des âmes sur la novation du monde, il s’agit  surtout pas, de ne pas être ce que l’on est. Et c’est pourquoi il m’apparaît si important de regarder mes échecs en toute lucidité car mes déviations me renseignent autant sur ma route que les justifications que je me donne avec la complaisance d’un amour-propre toujours un peu forcé.


Si nous échouons, c'est nous-mêmes qui sommes échoués. Et si je n’avais rien à m’attribuer, ni échecs et ni réussites, il ne me resterait que l’a peu- près d’un douloureux bricolage identitaire contemporain : celui qui peine à faire d’une vie, une histoire.


Alors de quoi sommes-nous responsables ? De nos échecs ? De nos réussites ? Ni l’un ni l’autre ou plutôt, ni oui ni non. Car, à  un certain niveau, ce  dont nous sommes vraiment responsable, ce n’est pas le vouloir-vouloir qui forge notre destin en de multiples projets,, mais tout bonnement la vérité de soi. Car elle n’obéit à personne….

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. alors, qu'en pensez vous ?
Ecrit par gtissier. 11-04-2009
les 27 personnes qui ont vu cet article n'on fait aucun commentaire... alors échec ou réussite ? Qui est ok avec mon point e vue ou toujours ...contre sa responsabilité ? En fait, mon erreur c'est le timing;j'ai envoyé ma petite contribution bien trop tard et la parenthéèe technique sur l'accès au site ne m'a pas aidé. Alors ic j" utilise un statagème pour que que quelqu'un en parle (pour la rétribution légitime de mes efforts ) Je sais , c'est mal mais j'ai des excuses. Non ?

2. Responsabilité partagée
Ecrit par Daniel Ramirez. 12-04-2009
Evidemment, on lit en priorité les articles en tête de liste. Donc, mauvaise idée de l'intercaler à une date passée, pour le faire coïncider avec le débat qui a eu lieu.
Comme je n'y étais pas, permet-moi de traiter la question d'une façon un peu décalée par rapport à ce que je lis dans vos comptes-rendus.
Tout d'abord, je n'aime pas trop le langage de la réussite et de l'échec, et encore moins l'expression "une vie réussie". Trop calqué du monde de l'entreprise, où un projet peut réussir ou non, une campagne peut échouer, et le tout peut être évalué. Dans la vie les choses sont plus subtiles. Je préfère parler d’accomplissement et de manquement.
Cependant, ce qui m'intéresse n'est pas tant le fait de savoir si nous sommes responsables de nos échecs, car il me semble évident que oui. C’est pourquoi beaucoup voudraient nous convaincre que non, que nous sommes déterminés (version révisée de la prédestination), ce qu’à la limite ne nous enlèverait la responsabilité que de ce que ne dépend pas de nous, comme disaient les stoïciens, le déterminisme absolu étant une absurdité.
Ce qui m’intéresse est plutôt si nous sommes responsables des échecs d’autrui. Et dans ce cas nous pourrions les inclure dans la phrase « nos échecs ».
Vous trouvez ça bizarre ? Et bien voilà : Gérard dit que le « nous » pose problème ; moi je pense que c’est vrai mais qu’il contient aussi une clé. Supposons qu’A a rendez-vous avec B mais qui rate son train. C’est bien sa faute, mais le résultat est que A et B manquent tous les deux le rendez-vous. C’est pourquoi bien des personnes y compris bien intentionnées diraient que non, que la responsabilité est toujours individuelle. Elle se conjugue à la première personne du singulier : je suis responsable de mes échecs. Mais peut-être aussi de ceux des autres. Car qui est en retard, qui est en avance ? Cela me fait penser à l’exclusion. Bien de personnes dans notre société sont si contentes d’être en avance sur tout, qui diraient que les exclus ce sont de « ratés », de « bons à rien ». Et cela me permet aussi de revenir au sujet de mon article précédent, dont d’aucuns pensent voir de la coupure de cheveux en quatre : « partager ce qui nous sépare ». L’exclusion nous sépare. Nous partageons la responsabilité de la rupture du lien social, de la ruine de la Fraternité, de la déchirure du tissu sociopolitique de la république (chose commune). Nous partageons (la responsabilité de) ce qui nous sépare.
Donc, qui est en avance ? qui est en retard ? Ce sont d’autant de rendez-vous manqués ; pour lesquels le manquement nous échoue en responsabilité partagée. Nous sommes responsables donc de « nos » échecs, même si le « nos » inclut les échecs des autres. C’est que Levinas a appelé « substitution » : je suis coupable (responsable, imputable) de toutes les fautes, donc tant que faire : je déclare autrui innocent ; ma responsabilité s’étant à l’infini. Car A rate son train peut-être parce qu’il doit le prendre, parce qu’il habite loin, parce que le bus qui l’emmène à la gare est en retard, parce que le service public, en charge de la société dont A, B, C etc., ont voté, a été bradé pour le bénéfice de tous les « en avance ». Rendez-vous manqué : échec de tous. Responsabilité partagée : pour que certaines soient très avancés il faut bien que d’autre soient bien retardés. Nous sommes donc responsables (partageant la responsabilité) de nos échecs (ce qui nous sépare). Il nous reste qu’à mettre en partage cette responsabilité, cartes sur table, sur la table d’hôte, et assumer que nous sommes dans le même bateau. S’il s’échoue (choir, échoir, échec (et mat)), à quoi bon avoir des coupables ? Nous serons tous à l’eau. Et même notre responsabilité sera noyée.

3. Tous dans le même bateau !
Ecrit par gorhan. 12-04-2009
Je ne suis pas seulement d’accord avec le texte de Daniel, il m’a procuré un vrai plaisir matinal…
Juste quelques réflexions complémentaires, au pied levé.
En ce qui concerne la responsabilité individuelle et/ou collective, comme (presque) toujours, c’est la maxime de B. Pascal qui me guide : « Le contraire de la vérité n’est pas l’erreur mais l’oubli de la vérité contraire ».
En l’occurrence il y a deux erreurs symétriques : le sociologisme – l’individu est totalement formaté par les circonstances (un certain structuralisme) et le psychologisme – l’individu est totalement libre, non-conditionné (un certain existentialisme). L’articulation entre l’incontestable liberté et donc responsabilité de l’individu et son non moins incontestable conditionnement a été, à mon avis, le mieux formulé par K. Marx : «Nous faisons, individuellement et collectivement, l’histoire avec ce que l’histoire a fait de nous ».
Plus important, à mes yeux, me semble être le lien entre responsabilité et joie de vivre, ou « vie bonne ». Pour les Anciens -un certain nombre, pas tous - la responsabilité n’était pas un obstacle à la joie de vivre, à la « vie bonne », mais une de ses conditions ; autrement dit, se sentir responsable, c’est-à-dire participer à la gestion de la polis (la res publica), se sentir partie prenante de la communauté, pratiquer une réelle démocratie participative, comme on dirait aujourd’hui, était un élément nécessaire, certes non suffisante, d’une vie « qui vaut la peine d’être vécue ».
C’est Kant qui - pour des raisons trop long à expliquer maintenant mais qui sont dues à une confusion entre une subjectivation (précieuse) et une individualisation, atomisation (néfaste) - a entériné de la façon la plus radicale la coupure, voire la contradiction absolue, entre le devoir (la responsabilité) et le désir (d’une « vie bonne »). Ce n’est donc pas sans raison que Lacan a rapproché Kant de…Sade (!!!).
Les philosophies orientales rejoignent sur ce point l’intuition de nos anciens qu’il faudra retrouver, re-intérioriser, re-expérimenter ; un seul exemple : le corps de Shiva comme métaphore du monde et sa danse comme métaphore de « l’histoire » (il n’y a pas de véritable pensée de l’histoire en Orient) dont nous sommes tous des éléments. Mais ce que ni nos anciens ni les orientaux n’ont expérimenté et donc pensé : chaque un, chaque élément du tout n’est pas seulement mu, influencé, déterminé par le tout, mais chaque un peut, à son échelle, modifier ce tout.
Autrement dit, nous sommes tous dans le même bateau – la crise écologique et les menaces « terroristes », c’est-à-dire le recours ultime pour sortir d’un désespoir extrême, nous obligent à en prendre conscience – mais chaque un, c’est ma conviction, s’il veut vraiment, pleinement être « heureux », doit savoir qu’il dépend (aussi, pas seulement, bien sûr) de lui pour que nous n’échouions pas tous ensemble.

4. Correctif
Ecrit par Gunter (Gorhan). 12-04-2009
La technique aime bien me jouer des tours : au lieu de mon prénom, c'est mon nom de famille qui s'est affiché; je compte sur notre webmaster pour corriger...

5. Souhaitons-nous être responsable de nos échecs?
Ecrit par Hamm Robert. 14-04-2009
Est-ce que la question posée l'est exactement en fonction de son objectif?

Ainsi le trangle degré deconscience,précision du négatif et volonté ne peut pas être ainsi représenté.....

D'abord parce que le négatif est une force dont on ne peut savoir si elle est,également, conscience ou non....

Ensuite parce qu'un échec n'existe,psychologiquement,que si l'on prend celui-ci au sérieux,donc qu'on ne joue plus,
ce qui est plus qu'une erreur,c'est-à-dire un manque d'intelligence.....
Enfin l'on accepte pas un échec"parce qu'on le veut" mais parce qu 'on fait l'erreur de croire en ce que l'on fait:
CE
QUI EST L'ERREUR ET,DERECHEF,L'ECHEC....

Plus grave ,encore....
Ici est en jeu le pourquoi(ou,au moins,un des pourquoi)qui justifie notre présence sur cette terre....

°Etre ici,en effet,sans croire en ce que l'on fait n'a pas de sens.....
A cet exemple peut-on remarquer jusqu'à quel point la question ici en jeu est male posée....

Il n'est donc question ni de souhait, ni de resposabilité,ni d'échec....

Il est question de croyance au sens fondamental du terme....

Essayer,donc,de répondre à la virulence d'un échec par un souhait hypocrite n'a qu'une signature:nous sommes ici pour perdre notre temps....

Peut-être,d'ailleurs,même sûrement....Mais le "reconnaître"
reste une erreur stupide....

Car "il faut croire que ce que l'on fait" à bien un sens au-delà
de toute victoire ou défaite,un sens ineffaçable....

Ainsi s'impose la beauté d'un mouvement ou d'une dance comme une image de la vérité divine en notre monde....

Croire en une telle utopie efface l'importance de l'échec pour élever la signification de la vie à une métonymie, à un "ce pourquoi" et non son "parce que" : là est toute la nuance entre un souhait bien fondé et l'autre....

Ainsi n'existe-t-il qu'une responsabilité illusoire,un piège à rat pour un psychisme naïf et myope....

Du point de vue d'un bouddhisme divin il ne faut pas agir,en aucun cas....
La responsabilité est toujours dynamique...Le "vrai bouddhiste ne bouge jamais.....Comme la statue qui le représente "exactement",dans sa pure beauté....

Là vont les victoires et les défaites dans "leur" nulle part:
dans le néant de ce qui n'a jamais existé.....

En fonction de quel objectif pourrait-on donc souhaiter être responsable de ses propres échecs?

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