Pourquoi vivre ?
Écrit par Carlos Gravito   
31-03-2009
 « Pourquoi vivre s’il faut mourir un jour ? », fut la question posée au café des Phares, le 29 Mars, par Harmonie, une jeune étudiante d’une classe de terminale du lycée de Saint-Quentin dans l’Aisne, et l’animateur, Gunter Gohran l’a prise pour thème de notre débat hebdomadaire, les participants essayant, dès lors, de répondre à un tel pourquoi. Saisissant. En ce début de Printemps, une jeune fille, nommée Harmonie, qui est en train de se former à la vie, doute déjà du sens de celle-ci ; ou faut-il plutôt saluer l’inquiétude métaphysique d’un des membres de cette classe dont le programme, à Paris, se poursuivait, l’après-midi, par une visite au cimetière du Père La Chaise ?
- Ça trotte dans ma tête, expliqua la juvénile créature, interrogée sur le motif de son appréhension.

Michel se pressa de s’opposer à « une telle idée ; la vie vaut autant la peine d’être vécue que le contraire et, paraphrasant Pierre Desproges ‘mourir c’est un manque de savoir vivre’, trouva la phrase nihiliste », puis Michel II considéra « que la question n’est pas ‘pourquoi ?’ mais ‘comment ?’ puisque l’on n’a pas le choix, tout se réduisant à l’âge de l’intéressé, à la résignation et à la curiosité », Nadia optant « pour le ‘quoi’ (quelque chose) dans le ‘pourquoi’, la vie étant aussi étrange que la mort dont il nous manque l’expérience », Olivier affirmant « l’importance de chacun, maître de ses sensations, même si sa vie est éphémère biologiquement, mais enrichie par les échanges sociologiques avec son entourage, un engagement qui les rend efficaces, car l’Homme y tire toute son importance », Agnès s’apitoyant « du poussin que la poule pond, à partir de son œuf, sans s’en occuper », ajoutant que « l’on n’a aucune raison de vivre mais que les bébés s’y accrochent comme des satellites  à leur lancée ». Bruno, le professeur de la classe, rappela « ‘Le mythe de Sisyphe’ de Camus et son ‘le suicide est le seul problème philosophique’, mais que les Hommes sont dans l’auto-conservation et la reproduction ; dans le désir de la survie », Emmanuel notant que « s’il n’y avait pas la mort, il n’y aurait pas de sens de la vie », Pierre accordant « plutôt de l’importance au dernier mot de la question : ‘un jour’, qui suggère l’indétermination ; on peut ne pas réussir à vivre et être vivant », Anne-Marie « au fait de s’améliorer », Roschan « à la résignation », à la suite de quoi, l’animateur évoqua « un slogan de 68 : ‘donnez-nous une raison de mourir, ce sera notre raison de vivre’ », et Alfred « l’Abbé Pierre qui dit à un suicidaire ‘si tu ne veux pas ta vie donne-la moi’ fondant ainsi ‘Emmaüs’, et ‘La Nausée’ de Sartre, où l’existence apparaît comme quelque chose de trop ».

Regrettant que « l’on ait perdu tout projet et espoir », Georges « s’attendait à ce que la vie donne un sens à nos vies, citant l’agence funéraire américaine qui annonçait ‘pourquoi vivre si vous pouvez être enterré pour cinq dollars’ », mais Gunter le corrigea « remplaçant ‘un sens’ par ‘du sens’, toujours à repenser » et un élève, Florian, observa « que l’Homme est redevable à la nature, source de la vie, et non à ses parents », Emmanuel  insistant « sur l’altérité, puisque tout est possible, de nouvelles pathologies compensant l’excès de jouissance », Gilles II « sur la jouissance de l’instant », les étudiants, Mélanie « sur la célébration de la vie pour ne pas voir la mort comme mort », Emmanuelle « qu’il faut chercher du côté de l’immortalité », Audélia « y voyant carrément un mystère ».

A ce moment,  Marie aborda l’hypothèse « de la ‘résonance’ de la vie en nous, du fait d’avoir, jusqu’à l’adolescence, écrit ‘raison’, r,é,s,o,n (‘réson’) », Joël se demandant « à quel âge prend-on conscience de la mort, suggérant que c’est peut-être avant de se penser ‘mortel’, alors que l’on est ‘continuité’ », Marlène « se disant ressuscitée à elle-même, après avoir dépassé ce qui était mortifère en elle », et Thierry, « trouvant le sujet joyeux, alors que l’on pouvait le considérer lourd, invita à un autre rapport au monde, au travers de l’environnement ». Harmonie reprit alors la parole « pour dépeindre la vie comme un défi en vue de certains buts et la mort comme leur inutilité, en ce qui concerne sa génération », ce que Bruno traduisit par « une défiance vis-à-vis de valeurs dictées par les parents et pas par leurs désirs », Pierre-Yves par « une coupe des poils du cul en quatre sans y arriver », Elisabeth lâchant que « la problématique ne fait que montrer l’orgueil de l’Homme », avant que Gilles n’explique : « Quelle raison de vivre, pour mourir/ Etre en vie, risque à courir/ Etre, agir/ Vertigo, aller ‘go’/ Là où veut le vent/ Sans origine ni but », que Michel III « dans la droite ligne de Bataille, ne lie vie et mort à l’érotisme qui continue l’espèce », que Marie-Sylvie ne chuchote que « l’on meurt tout simplement parce que nous sommes mortels » et que Michel n’échafaude « une physique quantique qui fait douter de l’existence de la réalité et de la vie elle même ».

Encore un débat pour rien ?
Pas vraiment, puisque « ça trotte dans ma tête » ; « Pourquoi vivre s’il faut mourir un jour » équivaut-il à « Qu’est ce que je fais là » ? A quoi sert d’apprendre, si je dois renoncer à certaines jouissances ? Le fait est que le passage du principe de plaisir à celui de réalité exige l’oubli de l’être ; ça requiert la mise du corps entre parenthèses, c’est-à-dire, dans l’état où il est nécessairement.

Le « cogito » est un point aussi théorique que celui d’Archimède pour soulever la terre ou celui que j’occupe sur terre et, liée à l’espace, la vie de chacun s’effile, ou mieux, elle se dissout dans le temps qui, adossé au passé, la possède pour devenir histoire de l’Homme, la vie même. Puisque penser un objet, c’est le penser existant, le considérer inexistant, revient à lui adjoindre quelque chose et pas en retrancher. L’exclu n’est pas évincé, au contraire, il gagne une qualité de plus qui s’ajoute à celles qu’il a déjà, et aucune ne lui est ôtée. De même, la vie contrariée par l’inéluctable où s’enroulent les vocations, les projets, aussi bien que les souffrances, les labeurs et les obstacles ainsi que la vaine dynamique des sujets, est constituée par un passé explicite et un futur tacite qui restent uniques et vivants dans la plénitude des êtres, raison pour laquelle le monde est monde. Seul constituant du réel et de la condition humaine toute entière, passé, présent et futur, célébrés par les chrétiens à la Toussaint, Dakini pour les bouddhistes, Samhain pour certains animistes et Halloween pour des zombies, l’existence individuelle est la preuve d’un possible qui devient réalité, jour après jour mais, alors que chaque lendemain est un nouvel univers, entre le vieux et le nouveau les êtres singuliers ne jouent aucun rôle.

Que serait la vie sans la mort, si c’est d’elle que la première se nourrit ? D’elle dérivent la condition de l’Homme ainsi que le temps de l’ensemble des vivants et de tous les êtres organisés. L’être humain a beau inventer continuellement des explications pour son « être-là », elles ne changent pas son essence, c’est-à-dire, la mise en danger pure et simple de toutes les formes de vie, alors que  la « volonté de puissance » d’un enfant ou d’un adulte peut, à chaque instant, être supplantée par le refus d’en avoir.
On n’y coupe pas. Nous nous trouvons dans la nature, comme des orchidées serrées dans des vases ou des volailles élevées sans égards, en batterie.
- Comment préparez-vous vos poulets, demandait une aliéniste au garçon d’un restaurant qu’elle affectionnait.
- Sans ménagements, Madame, répondit l’employé ; nous leur disons tout simplement qu’ils vont mourir.

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Paroles " pêle mêle "
Ecrit par Marie. 31-03-2009
" L'oiseau de Minerve ne prend son vol qu'à la nuit tombée" Hegel
L'homme a besoin d'une limite: religion, mort ?
L'érotisme :(corps-coeur-âme) approbation de la vie jusque dans la mort ( lire G. Bataille)
Ce que tu ne trouves pas à l'intérieur de toi, tu ne le trouveras pas à l'extérieur.
Une raison qui ne résonne pas est mortifère.
Mourir à quelque chose pour vivre...
Vivre met aussi étranger que mourir !!!
Est-ce que la mort donne un prix à la vie ?
La mort est impossible à penser...

2. Pourquoi vivre ? Désir d'infini...
Ecrit par Crémilde. 01-04-2009
Pourquoi vivre ? Et si l’Humain affilié et faisant partie intégrante d’un système organisé, ne faisait que passer sur Terre suivant le cycle normal de tout être vivant ici bas. Cet Univers vaste et sans cesse évolutif, ne serait-il qu’un tremplin (?), ce dont on se servirait pour parvenir à quelque chose d’autre que celui présentement… (?)
N’il y a-t-il pas une union entre notre nature mortelle, humaine, et notre nature immortelle, divine (?), créant ce chemin par quoi le fini peut s’ouvrir à l’infini.
Vivre est un risque permanent et passionnant, une aventure pleine d’imprévus heureux et d’autant malheureux, et sans craindre d’être accusée de dolorisme, nous (beaucoup) refusons tout sens à la souffrance et toute valeur à l’épreuve. Nous voulons être indemnes, protégés de tout. Pourquoi vivre s’il faut mourir un jour ? Pour tout embrasser, ne rien rejeter, tout bénir, tout serrer sur son cœur …

3. Parce que.......
Ecrit par Gabriel. 05-04-2009
"Par hasard, je tombe sur FRELE BRUIT de Michel Leiris(1992):
Parce qu'à ne pas mourir on s'ennuierait à mort.
Parce que ce monde trop absurde ne mérite pas qu'on s'y arrête.
Parce que la pluie tombée ne remontera qu'en vapeur.
Parce qu'aucun fleuve ne coulerait s'il ne se jetait dans la mer."
....En quatrième de couverture de ce volume IV de La Règle du Jeu:....amené par sa conscience aïgue de la marche du temps à essayer maints moyens de conjurer l'horreur dont l'a empli très tôt la perspective de son annéantissement.

4. Pourquoi vivre s’il faut mourir un jour
Ecrit par Alex. 06-07-2010
parce que le sens de la vie c'est la vie
si j'écourte ma vie je reduis mes chances de lui donner un sens
chacun instant partagé vécu intensément a une valeur éternelle;
les 3 ans pendant lesquels le Christ c'est exprimé il y a 2000 nous interpelle encore aujourd'hui
ca n'est donc pas parce que la vie a une fin qu'elle ne vaut la peine d'^tre vécu pour nous et pour les autres
car notre vie a un sens pour nous mais aussi un sens pour les autres; c'est^peut etre en cherchant à développer se sens de la vie pour les autres que nous réduirons l'impression d'absurde que donne notre courte vie qui de toute façon meme nulle part: mon corps sera détruit et mon ame survivra t elle a mon corps?

si j'était sure de vivre un bonheur éternel apres la mort peut être aurais-je plus envie de mourir que de vivre ; c'est peut être ce qui a causé la disparition de l'homme de néandertal qui fut la première espèce à vénéré ses morts.?
c'est pourquoi on nous a bien répété attention si vous voulez allez au paradis il faudra d'abord avoir été un bon vivant.

vivre vraiment c'est avoir à chaque instant la possibilité de vivre des moments qu'on pourra revivre éternellement.

5. Pourquoi vivre?
Ecrit par Jules.LT. 07-07-2010
Parce que c'est tout ce que nous pouvons être sûrs d'avoir
Parce que la vie est un prodige
Pour la jouissance
Parce que le monde est plein de surprises
Parce que nous faisons partie de quelque chose de plus grand que nous-mêmes
Parce que les liens qui vous unissent aux autres deviendraient pour eux des plaies béantes

6. Erratum ?
Ecrit par Un passant sachant p. 27-03-2012
La citation sensée être de Desproges est en réalité de Pierre Dac.

7. je me pense vivant
Ecrit par Louis Chevyart. 25-08-2017
L'Homme est, de certains points de vue, assez désavantagé: il ne sait pas instinctivement pourquoi il vit. La chenille sait qu'elle doit devenir chrysalide, puis le paillon sait voler; l'Homme ne sait même pas marcher seul. Peut-être est-ce dû au fait que nous possédons ce que l'on appelle une "conscience" ? Peut-être que nous ne somme juste pas "destinés" à avoir un but, une utilité dans cette vie... Mais peut-être est-ce parce que à force d'évolution, l'Homme est capable de choisir son destin sans forcément se mettre en danger. Le but de l'Homme a longtemps été présenté comme le bonheur, sous différentes formes: le paradis sous la religion par exemple. Mais aujourd'hui, le bonheur n'est plus présenté que comme le confort matériel (et l'amour de temps en temps). Mais le bonheur est-il le "sens de la vie" ?

8. " pourquoi vivre," c'est déjà une réponse.Non ?
Ecrit par . 25-08-2017
A la question posée par madame de Staël à Bonaparte " qu'est-ce que le bonheur? il répondit " Pour un homme le bonheur est le plein accomplissement de ses facultés" Autrement dit, un maximum de soi, dans son identité, dans le monde et, s'agissant de lui, dans l'Histoire.
Tout le monde n'a pas dans sa vie un 18 brumaire et la gloire à cultiver.Pour autant,l'intuition d'une vocation,l'envie d'exister,cette pulsion de vie "sensée" que la vie humaine nous confère, qui ne l'a pas?
Est-il possible de se duper, de duper sa propre vie ? de se duper sur le point de savoir qui on est ?
Pourquoi vivre ? Parce que nous sommes libres de faire ou de ne pas faire, de dire ou de ne pas dire et d'assumer nos choix.Bref faire d'une vie qu'elle soit la sienne et qu'on ait pu, en son déroulé, rester fidèle à soi-même.

La question de notre condition humaine pour l'individu moderne dans le monde peut se résumer à Faire que ce qui nous a été donné devienne ce que nous en faisons dans notre sphère d'actions, de pensées et de sentiments. Car enfin, si nous sommes déterminés, c'est surtout à ne plus l'être au fur et à mesure que notre esprit s'enrichit d'une conscience réfléchie.
De ce point de vue et sur le plan du politique, les lumières,la Raison,le refus du despotisme, le choix libre de ses croyances sont passés par là. L'histoire a fait de nous un homme nouveau. La liberté qui nous avait été donnée au berceau (les hommes naissent libres et égaux etc ) c'est bien nous qui l'avons inventée et ce n'est pas dans la nature.
Le bonheur aussi nous l'avons inventé, mais dans la modernité, c'est plutôt une idée américaine (l'américan way of live) inscrite d'ailleurs dans la constitution.
Au plan personnel par "Un état de complète satisfaction, de plénitude"(définition) je ne me sens pas trop concerné.J'en reste à Bonaparte (mais je reste modeste).

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