La table d’hôte du monde ou « partager ce qui nous sépare ».
Écrit par Daniel Ramirez   
09-04-2009
 
Trop d’occupations m’ont empêché, depuis mon retour, de participer plus activement a ces réflexions ; pourtant ce débat, que j’ai eu la joie d’animer, m’a beaucoup intéressé : « Partager ce qui nous sépare », qui a fait l’objet d’un compte-rendu de Carlos et que je voudrais prolonger par ces réflexions, trop longues pour les mettre en simple commentaire.

Comme beaucoup l’on bien vu, la formulation semble un paradoxe. Partager est séparer (mettre en parts), on constate le partage des eaux, qui du fait d’être ainsi  séparées, chaque côté s’éloigne de l’autre cherchant une mer différente. Faire la part des choses, mettre de part et d’autre, toutes ses formules nous parlent de séparation. Jusque là, c’est clair.

Cependant LE PARTAGE semble aussi une valeur, une belle chose : partager un repas est le moment de l’amitié, partager son pain, son toit, relèvent de la générosité, de l’Agapè, de l’hospitalité.

Il nous a fallu du temps pour faire la clarté dans ce qui paraît dire de choses opposées : mais partager dans le sens de diviser n’es pas la même chose que « mettre en partage » : mettre en commun quelque chose dont chacun prendra part, chacun aura sa partie du fait d’en faire partie. Dans le cas du repas, on partage quelque chose qui nous ressemble. Mais dé-partager une affaire litigieux, deux concurrents arrivées à égalité (photo finish ou tirs au but) ne s’applique pas aux mêmes objets : il ne peut avoir qu’un vainqueur dans une compétition. Le partage équitable d’un bien, d’un héritage est l’exemple intermédiaire. La justice est, dans ce cas, un tiers (c'est-à-dire qu’elle n’est pas juge et partie : elle ne prend pas parti) qui permet ce partage : lorsque ce sont les intérêts qui nous séparent, nous pouvons quand même partager la même idée de justice, et cela nous rassemble.

Le jugement salomonique, en revanche, aurait pu être soulevé comme exemple limite d’une justice qui ne peut faire partager mais seulement départager, c’est tout à l’opposé : pour départager des concurrents on propose de partir, de diviser en deux ce qui est indivisible (individu) : le fils, la personne. Seul l’amour (le contraire presque de la justice) peut renoncer au partage par le pur don. Dans l’exemple biblique, la sagesse aura le mot de la fin.

Il est vrai que « la parturition », aussi mentionnée, l’accouchement des mammifères et de l’humain, la mise à bas qui est mise au monde, n’est pas tout platement un partage d’un nouveau né. Il y a d’abord un monde formé par la mère et l’enfant, puis une séparation, difficile mais indispensable. Sans cette séparation le partage est impossible : ce qui nous apprend, si besoin était, que partage n’est pas fusion. La mère met un être au monde, dit-on ; en fait elle le met en position de partager le monde, celui de tous et non pas seulement celui à eu deux. Ce qui montre, si besoin était, pourquoi c’est monstrueux qu’il ne puisse pas avoir sa part au monde, que tout le monde ne puisse pas en avoir une.    

Là où la chose se corse c’est  lorsqu’on se dit : mais qu’est-ce que noue sépare aujourd’hui, en dehors des intérêts matériels ? Pouvons-nous le partager ?  Et bien, ce sont les idées, les valeurs, lorsqu’elles sont incompatibles ou opposées ; nos façons d’être, nos différences… tout cela sépare, nous sépare. Comment le partager ? C'est-à-dire, en gros : comment partager dans le sens second (mettre en commun un repas), ce qui nous sépare dans le sens premier (division, partage des eaux) ?

Imaginez donc que dans ce repas, à part les mets et le vin, nous mettions nos différences, nos valeurs opposées sur la table. Cela ne pourrait pas ressembler à une table de négociations, car il n’y a rien à départager : chacun a ses valeurs pour soi. Mais, bien pensé, il se pourrait que ce soit la seule chance de parvenir à un partage humain de notre monde, car celui-ci est fait aussi de nos différences. Exprimer ses idées les plus profondes, ses convictions les moins négociables, au lieu de faire la pluie et le beau temps (façon de ne pas partager), écouter celles de l’autre, attentivement, comme s’il était notre amie à table, comme si nous étions ses hôtes. Ce serait cela « partager ce qui nous sépare » : mettre en commun le fait que nous pouvons nous entendre ; entendre dans le sens d’ouïr et de comprendre, non d’acquiescer ni se mettre d’accord. Entendre dans le sens d’accueillir. Entendre la mésentente c’est déjà la rendre audible.

Ce n’est pas suffisant, dirons certains, et ils auront raison. Mais très souvent, beaucoup trop souvent ! Ce n’est même pas cela que nous faisons : nous sommes incapables d’écouter l’autre parce quelque chose nous sépare d’une façon épidermique, presque ontologiquement. Nous somme empêchés de partager ce qui nous sépare parce que nous sommes d’emblés séparés, départagés, mis à part. J’appellerais ça l’apartheid ontologique (Primo Levi parlait de l’effet aquarium : nous somme séparées radicalement par une vitre) qui  est une sorte de malédiction. L’œuvre du diable (bien sûr, « dia-ballein » : diviser), de notre incapacité et de notre aveuglement. Et pourtant nous partageons l’humanité (et ce n’est pas que des gênes !), nous partageons la planète, nous la partageons aussi avec les autres vivants. C’est notre grande table d’hôte.

La partition musicale a été évoquée : encore un symbole (« syn–ballein » : réunir), car dans l’orchestre nous parlons de « parties séparées », c’est la feuille que chaque musicien ou chaque groupe (violons, flûtes) a devant soi, et de « partition », celle que le chef d’orchestre a, qui contient la totalité des parties. La partition réuni (!). Tout le monde partage le tempo (celui du chef), et tout ce monde-là met en partage pour le publique l’apport spirituel du compositeur, qui à son moment partageât sa vie, son être le plus profond avec l’humanité en mettant quelque chose d’immatériel dans sa « partition », qui n’est qu’une suite de lignes et signes sur papier. Que cela donne une communion si profonde et une occasion si majestueuse de partager la joie et l’exaltation d’être, est pourtant quelque part une affaire de parties, de partition. Comment ne pas en tirer un enseignement ?

Mais alors, me diriez-vous, quid de la dure réalité ? Partageriez-vous votre table de l’existence avec un fondamentaliste, avec un fasciste, avec un Pape rétro (beaucoup de sujets sur lui étaient proposées au début de la séance ; évidemment, je ne les ai pas pris) ?  Non, n’est-ce pas ? Mais, dans ce cas que vaut le partage ? A quoi bon l’hospitalité, l’écoute ? A écouter ses copains ? À prêcher convaincu ? Cependant, partager ce qui nous sépare n’est pas se convertir, claudiquer, même pas tolérer, c’est reconnaître qu’il puisse avoir du vrai dans l’autre (degré actif de la tolérance), puis qu’il puisse avoir de l’erreur en moi. C’est bien cela qui nous partageons en tant qu’humains. Notre nature faillible. Partager nos manquements en les reconnaissant, en assumant la responsabilité. Partager la responsabilité, justement, au lieu de la rejeter sur l’autre ou la soumettre au départage par la violence. C’est le propre de l’enfant de dire « c’est à moi ». L’adulte, lui, a tellement mal à dire « c’est à nous », partageons, mais il arrive, tôt ou tard. Ou alors il rate son âge adulte : il passe de « c’est à moi » à « je n’ai plus rien ».

Dire, formuler ce qui nous sépare c’est déjà partager le langage qui nous permet de le dire.      Discuter avec des arguments c’est déjà partager une rationalité qui fait que les arguments sont compréhensibles, bien qu’incompatibles. Et partager une rationalité c’est déjà respecter l’autre en tant qu’être rationnel.

La haine nous sépare ? Aussi, oui. Cela parait encore plus radical.

Je sais, partager des territoires est si difficile… mais partager l’amour que nous avons pour le même territoire, devrait être réalisable. Qui le peut ? Les artistes, déjà, les poètes, les penseurs, les visionnaires… et il y en a. Les territoires sont aussi des terroirs, des terrains. Et on ne défend pas un territoire comme on apprécie un terroir, comme on jouit d’un terrain, ni encore comme on fertilise une terre. Car ses fruits ont vocation à être mis en partage. Le territoire doit être déterritorialisé. Et l’histoire nous montre que tout passe, les sentiments s’apaisent, les générations se succèdent, les fils épousent les filles de l’ancien ennemi. Et un jour nous nous retrouvons tous à table. Avec nos musiques si différentes. Comment alors danser ?  On est bien obligé de mettre au pas notre orgueil, et commencer à apprendre les rythmes de l’autre. Plus les ingrédients seront différents et variés, plus les mets seront exquis à table, comme la symphonie et ses contrastes, ses dissonances et consonances, ses syncopes et points d’orgue, ses accords d’aigus et des graves.

Tout cela qui nous sépare, c’est bien que ce qui nous partageons. Ou bien rien.

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. la sépare ou unit les groupes ?
Ecrit par internaute. 09-04-2009
"la haine vous sépare ? " je n'en suis pas sûre du tout, il n'y a qu'à voir la réaction des habitués de votre café-philo à la suite de votre éditorial :
comme dans tout groupe mal identifié, il y eu ce que René Girard appelle la recherche du bouc émissaire. On dirait que, pour sortir du malaise, une victime expiatoire s'imposait , alors les pies ,voleuses d'identités, ont multiplié les essais : choisir Gunter ? B ? la sale bourge ? Carlos ?
A celui qui dit ne pas comprendre l'hystérie des propos l'oiseau répond que c'est de l'humour .... ah non c'est de la haine pure et simple, qui sort de façon violente.
D'ailleurs tous les socioloques savent que, pour unir un groupe, la façon la plus simple est de se trouver un ennemi commun . Voir le G20, où le sujet était "quoi faire pour sortir de la crise économique", et où la première phrase a été "il faut se débarrasser des terroristes" . Je ne vois pas en quoi ça va nous aider à sortir de la crise économique mais on est tous d'accord, le terrorisme est un danger pour tous. L'unité était acquise d'emblée sur un ennemi extérieur commun à tous.
Pour en revenir aux commentaires hystériques des oiseaux et requins qui cherchaient un bouc émissaire, je pense que c'est peut être bon pour la cohésion du groupe, mais l'image de marque du café des Phares va y laisser des plumes. Son niveau de philosophie était déjà très discuté, mais son niveau de haine est écrit noir sur blanc sur l'écran maintenant.

2. Encore !
Ecrit par observateur. 09-04-2009
Baboushka (1) n'est pas lassée des polémiques et radote encore et encore. Pourquoi faire ? Pour trouver un bouc émissaire à sa propre vie sans doute.
Elle ne vient peut-être même pas aux Phares et commère encore et encore.
Comme dit Crémilde elle fait semblant de ne pas comprendre, pour insuffler du négatif ici.
Quand à l'image du site, je ne vois pas en quoi elle vous concerne.
Vous n'êtes pas lac chargée de communication des Phares.
Merci d'arrêter encore.
Ce que nous pourrions partager c'est de parler du sujet proposé, Madame la squaw.

3. Proposition pour une cooperation
Ecrit par Anatoli Vlassov (St.. 09-04-2009
Cher Daniel,
J’espere que tu vas bien. La derniere fois on s’est vue dans le café des Phares il y a 3-4 annees.
Apres avoir rentre en Russie en 2002 j’ai organize a Saint-Petersbourg un café philo qui fonctionne chaque samedi au Centre d’Art “Poushkinskaya 10”.
Parfois nous organisons des discussions avec des gens se trouvant ailleurs, hors de St. Petersbourg, a l’aide d’un ordinateur avec le programme Skype assurant des contacts audio- visuels reciproques.
Donc, je voudrais te proposer d’intervenir avec une traduction franco-russe dans notre café un samedi, 13.30.16.00 sur un theme de ton choix.
Pour faire cela tu as besoin (chez toi ou ailleurs) d’un ordinateur avec Windows XP ou plus eleve, un acces a l’Internet avec la vitesse a peu pres 1000 Kbytes per second, le programme Skype installe, un micro, une web camera et des haut parleurs. Si n'en a pas je peut t'envoyer chez mon fils qui habite a Paris et il en a.
Amicalement
Anatoli Vlassov
PS. J’ai envoye le meme e-mail a toi ( Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir ) et a Gunter ( Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir ) mais vous ne m’avez pas repondu.

4. Mon e-mail
Ecrit par Anatoli Vlassov. 09-04-2009
Mon e-mail pour me contacter: Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

5. Proposition
Ecrit par Anonyme pour l'insta. 09-04-2009
Je pense que pour ce site fonctionne bien et que pour que tout le monde assume ses propos, le pseudonyme devrait être proscrit.
Il faudrait que les personnes qui souhaiteraient vraiment participer à une discussion philosophique devraient s'inscrire avec leur nom et prénom et laisser au moins leur courriel. C'est trop demander à certaines personnes d'être assez sages. Aussi pour que ce site ne devienne pas une poubelle de querelles stupides, il faudrait commencer bientôt. Qu'en pensent les responsables ?

6. Trop beau pour être vrai
Ecrit par Un sceptique qui vou. 10-04-2009
L'animateur/auteur de cet article nous livre une belle utopie : que tout le monde puisse mettre sur table ses différences, ce qui nous sépare, comme on met ce qui nous réunit autour d'un repas. Mais rien n'est dit du comment. J'adore la métaphore de la table d'hôte, mais nous arrivons à peine à nous asseoir à des tables de négociations. Comment faire avec des gens qui se détestent? Même ici sur un site de philosophie, lorsque la parole est libérée, la haine se déchaîne, comme le dit l'internaute 1.

7. Des propositions ?
Ecrit par 5. 10-04-2009
Que proposez-vous ? Renoncer à toute entreprise humaine ? On peut toujours corriger le tir quand les choses ne fonctionnent pas. Il n'y a pas de perfection. Il y a juste des idéaux-types vers lesquels on tente de parvenir. Ce site a été l'effort commun de plusieurs personnes. Dans toute discussion, la parole nécessite un modérateur. Or, le modérateur n'est plus. C'est pourquoi je proposais une inscription avant participation à un forum virtuel. C'est important de savoir qui parle. On sait ainsi avec qui on partage. et avec qui on ne partage pas.

8. Anonymat
Ecrit par Daniel Ramirez. 10-04-2009
Je réponds à la proposition de 5. (6 mérite encore de la réflexion).
Je pense que vous avez raison. C'est une question que nous nous sommes posés, bien sûr, lors des précédentes poussées de violence, mais à chaque fois on se disait que ça irait mieux, que l'Internet c'est la liberté, etc... D'ailleurs Marc "virait" un certain nombre d'interventions, lorsque le caractère insultant était manifeste. Mais il y en avais toujours plus.
Nous pensions que plus il y aurait des contributions philosophiques, les pollueurs de sites se laisseraient. C'est le contraire qui s'est produit. Je n'ai pas arrêté, pendent près de deux ans, au début des cafés-philos, de dire aux gens d'utiliser le site pour prolonger les échanges, développer ce qui a manqué, exposer plus longuement ses idées. Le résultat est mitigé : quelques braves participent, mais ils sont vite noyés dans la vague de agressions, de soi-disant "critiques", échanges à la va vite et attaques à la personne. Ce sont les personnes intéressées par la philosophie qui se laissent les premières, laissant le champs libre aux désoeuvrés qui peut-être visitent des dizaines de sites chaque jour laissant une trainée de son ressentiment partout où ils passent. Sauf dans les sites où il faut s'inscrire et il y en a beaucoup qui marchent très bien.
J'ai du mal à comprendre les démonstrations de déloyauté et par la suite de haine qui se sont déchaînés à la suite de mon Edito de la semaine dernière, qui se voulait un hommage simple avec quelques réflexions. Le moins que l'on puisse dire est que c'est étrange. Celui qui a écrit "la fois c'est d'écrire malgré tout" ne savait pas si bien dire. Et vous-même : "C'est trop demander à certaines personnes d'être assez sages".
La liberté ne vaut que lorsqu'elle s'accompagne de respect.
C'est peut-être bien le temps de se poser la question de l'anonymat.
Merci !

9. Anonymat bis
Ecrit par Pirmin. 10-04-2009
J'appuie la proposition de 5. L'anonymat est selon moi à proscrire sur ce site, même si cela ira dans doute avec une diminution du volume des commentaires. Mais le volume des échanges ne me parait franchement un critère significatif pour un site philo. Ce que je propose, c'est une période d'essai de 6 mois avec un nouveau mode de fonctionnement qui obligerait les intervenants à s'inscrire avec adresse mail pour poster des commentaires. Si ma mémoire est bonne l'outil d'administration du site le permet (à vérifier toutefois). A mon sens il faudrait même aller plus loin et faire en sorte qu'un lien mail explicite vers l'auteur d'un commentaire figure dans l'entête de chaque commentaire publié, mais ici le seul soucis est technique, car je ne suis pas persuadé que l'outil mis en place permette cela (à vérifier toutefois). Si à la suite de ce changement de gestion, la qualité des interventions augmente je pense que cette solution aura alors fait ses preuves. Et personne ne pourra dire que le site est censuré. Il impose simplement des règles de transparences que chacun est libre d'accepter ou non.

10. Pour revenir à nos moutons.
Ecrit par Carlos. 10-04-2009
Lorsqu’il y a un pas de clerc, mon cher Daniel, histoire d’encourager les esprits irrésolus à se détourner des artifices du malin, tu adresses une nouvelle encyclique aux fidèles. Celle-ci, « Hospitis mensa », revient sur l’impair du « partage » mais, au grand dam des pauvres ouailles, malgré la longue liste d’exemples de redistribution des parts (surtout de renoncement), on patauge toujours dans la même incongruité et, soutenir ainsi le côté luciférien du paradoxe, tient d’une vanité n’exprimant que le futile désir de régner sans partage. La « polis » est, en effet, communauté (partage) ; l'« ousia », par contre, a le sens d’« être », être une existence singulière, un achèvement sans disjonction, faute de quoi il n’y a pas de réflexion philosophique. Pourquoi couper les cheveux en quatre ?

11. Diantre!!!
Ecrit par Nadia. 10-04-2009
Mon cher Carlos, j'ai un mal fou à déchiffrer les hiéroglyphes. Je pense comprendre, je crois comprendre mais, comme pour la pub, je ne suis pas sûre d'avoir compris!Peut être accepterais-tu de faire de l'explication de texte; Amitiés

12. L'anonymat en question
Ecrit par Gunter. 11-04-2009
Voici un mail que Marc G. m’avait envoyé le 12 déc. Dernier : je pense qu’il aurait été d’accord avec la proposition de « l’anonyme pour l’instant » (n°5). Il va sans dire que je me rallie à lui…

Bonsoir Gunter,
Tu te poses la question : « faut-il continuer ? », mais de faire quoi ?
Si c'est de participer au site, en tant que webmaster, je te dirais : bien sûr, mais protège-toi !
Qu'est-ce que ça veut dire se protéger ? Eh bien, c'est se débrouiller pour ne plus être blessé virtuellement. C'est plus facile à dire qu'à faire, j'en conviens. Je te donne ma méthode, à tout hasard, parce que j'ai une petite expérience des échanges virtuels (je navigue sur Internet depuis 13 ans) et que j'ai eu envie aussi, de laisser tomber (il y a très longtemps) car je prenais trop à coeur les réponses d'anonymes. J'ai trouvé depuis un mode de fonctionnement qui me convient. Tu vas voir, ça ressemble un peu à ta règle de distribution de la parole aux Phares (3 à gauche, 3 au centre, puis 3 à droite) :
1) Ne répondre qu'aux personnes que l'on connaît
2) Ne répondre qu'une seule fois (dire ce que l'on a à dire, point barre)
3) Passer en mode bilatéral (échanges de courriel ou de vive voix) pour la suite, si suite il y a
En général, je passe rarement au point 3) car je n'aime pas expliquer (tu l'auras peut-être remarqué). Je garde en effet dans un coin de ma tête la citation avisée d'Elbert Hubbard : « Ne donnez pas d'explications : les amis vous comprennent et les ennemis ne vous croient pas ». Mais là, je vais faire une exception en illustrant ce que donne le non-respect de ma règle (tu as sans doute compris à quoi je fais allusion) : j'ai enfreint la règle 2) en te répondant par 2 fois sur l'article des Temps modernes, et tu as vu la réaction de (…) qui d'habitude est plutôt réservée...

En plus de ce mode d'emploi, je m'applique deux autres règles éthiques celles-là : n'écrire que des choses que je pourrais dire en face à la personne concernée ; et écrire de telle sorte que si je me relis dans 10 ans, je sois fier de l'avoir écrit. Cette seconde règle peut paraître étrange car après tout, on a bien le droit de changer d'avis et on peut se demander ce que la fierté vient faire là-dedans, mais j'assume (sans expliquer). De plus, cette règle me rappelle un peu l'impératif kantien, ce qui me fait sourire car Kant est aux antipodes de la philosophie que j'aime.

13. Déchiffrer des hiéroglyphes
Ecrit par Daniel Ramirez. 11-04-2009
Nadia, ce texte est clair, la seule phrase que j'ai du mal à saisir, c'est "mon cher Daniel".
Par exemple, pourquoi couper les cheveux en quatre ? la réponse est toute trouvé, deux lignes avant : sans doute cela "tient d’une vanité n’exprimant que le futile désir de régner sans partage".

14. Je vous ai compris!!!
Ecrit par Nadia. 12-04-2009
Sacre bleu, saperlipopette.....C'est bien ce qu'il me semblait. Si tout le monde s'y met y compris "les grands maîtres de cérémonies" ???!!! un peu de hauteur, n'est-ce pas le principe de toute philosophie digne de ce nom ? On ne doit pas partager ce qui nous sépare mais nous séparer de ce qui nous éloigne les uns des autres. Amitiés à tous

15. Contemplation et partage
Ecrit par Daniel Ramirez. 16-04-2009
Le partage dont parle Jean Wahl, en suivant Heidegger, est celui de la contemplation: laisser l'étant être devant soi, dans son apparaître, sans mettre la main dessus, sans en faire un ustensile, sans l'instrumentaliser. Bien sur, la contemplation est un exemple du partage mais non pas du partage de ce qui nous sépare. Un paysage ou même un tableau que nous contemplons ensemble nous réuni. Il nous sépare seulement si nous voulons nous en emparer. Ou alors, si l'on y pense plus profondément, le vécu de chacun étant unique, ce qui nous sépare est notre existence individuelle même, et tout en contemplant ensemble nous restons séparés, réunis dans notre isolement. C'est pourquoi je proposait que le partage doit être un acte délibéré de mise en commun, de mise en considération de nos différences, la considération n'étant commune que lorsqu'elle est formulée dans un langage partagé et le langage n'est partagé que par le dialogue. L'inspiration heideggerienne pourrait venir dans le fait que ce que nous devons faire avec nos différences est d'abord juste de les considérer, voire de les contempler et non d'essayer artificiellement de les aplatir ou de les effacer. Cela est inutile et rend l'ensemble pas crédible, comme il arrive dans la langue de bois diplomatiques très souvent; c'est un peu ça qui nous fait penser que tout ceci est "une belle utopie" comme dit le commentaire 6.

16. L'homme détaché écrit le testament du bonheur le jour même de sa naissance. Jankélévitch
Ecrit par Contemplation et tra. 16-04-2009
Le "détachement" et non le "renoncement" me semble être la clée de toute rencontre vraie, non obscurcie par des jeux d'intérêts, par des stéréotypes et des préjugés. Amitiés

17. Ne connaissant pas Jean Wahl ...... Jean ? (joke)
Ecrit par internaute 1. 16-04-2009
J'informe celui qui se dit "observateur" (n°2) que je ne suis aux ordres de personne.
Donc je me permets, en attendant que le site soit réservé à ceux qui se sont inscrits avec adresse mail au Forum ( voir la foule qui a répondu à l'appel de gtissier au moment de la "disprition de Marc"), de rappeler à Daniel Ramirez qu'il y a une grande différence entre la langue de bois et la langue diplomatique.
Utiliser la langue de bois c'est parler pour ne rien dire.
Mais la langue diplomatique est la langue de la prudence; c'est à dire qu'il ne faut pas tout dire, mais dire ce qu'il faut pour garder une marge de manoeuvre suffisante après. "Legatus est vir bonum, peregre missus ad mentiendum republicae causa", vous voyez, la prudence oblige quelqufois à aller loin.
La mise en considération de nos différences, comme vous dites, me semblait ouvrir un horizon intéressant. Mais c'était oublier que "toute différence engendre haine" (voir les injures qui pleuvent sur l'internaute non-conforme à la pensée unique locale).
Maintenant si vous pensez que l'anonymat doit disparaître du site, je ne dis pas que c'est bien ou que c'est mal, je dis qu'entre les avantages et les inconvénients de ce choix..... Pirmin a l'intelligence d'envisager une période d'essai.

18. Langue de bois diplomatique
Ecrit par Daniel Ramirez. 17-04-2009
Vous avez raison, toute langue diplomatique n'est pas en bois. Parfois la prudence est nécessaire, et parfois une certaine imprudence (mesurée) aussi : par exemple Barack Obama en Turquie, quelle intelligence pour traiter la question musulmane ! Cela a choqué les européens parce qu'il s'est mêlé de la question de l'adhésion de la Turquie dans l'EU ; mais c'est sans voir que les deux sujets sont parfaitement liés :
si l'on renonce au "choc de civilisations", (euphemisme pour "choc de religions"), il n'y a pas d'argument pour ne pas accepter la Turquie dans l'Europe.
Je ne suis pas d'accord, en revanche sur "toute différence engendre haine". Les injures qui pleuvent ne prouvent que la médiocrité de ceux qui les profèrent, souvent très proches les uns des autres, ils n'ont pas des assez de différences pour s'enrichir les uns des autres. C'est la proximité qui augmente la haine. Exemple tristissime : les juifs allemands (ashkénazes, assimilés), impossibles à distinguer des autres allemands, c'est cela qui rendait fous de haine les nazis. Un autre : les républicains et les franquistes en Espagne, une des guerres civils les plus affreuses ; comme le génocide des Toutsis au Rwanda : aller distinguer un Houtou d'un Toutsi. Nos différences peuvent aussi, bien sûr, engendrer la haine. Mais on peut l'éviter. C'est tout l'enjeu de cette réflexion.

19. Philo et savoir vivre
Ecrit par Alain. 24-04-2009
Je suis d’accord avec la proposition de 5 : en finir avec l’anonymat qui a les effets pervers déjà dénoncés. La liberté d’expression s’applique à des IDEES, et les procès personnels, les insultes, les attitudes (quelles qu’elles soient d’ailleurs) NE SONT PAS des idées !
Je pense qu’il y a une condition de possibilité de la démocratie : qu’elle paraisse non seulement préférable à la dictature mais, surtout, désirable, faute de quoi elle se réduit dangereusement à une coquille vide. Il faut pouvoir « faire société ». Mais je ne crois absolument pas que cela soit de l’ordre de la contemplation ou que la solution soit dans l’esthétisation du partage. Et j’ai du mal à imaginer comment Heidegger pourrait répondre à la question : qu’est-ce qui donne envie de se retrouver dans un café ou sur un forum internet pour faire exister la démocratie, sous sa forme la plus immédiate, la plus basique !! Cette expérience des débats m’a surtout enseigné que la première condition de la démocratie était le savoir vivre.
Quoi qu’il en soit, faut-il se laisser détruire par l’anarcho-poujadisme, ou en général par la dose hélas incompressible de connerie humaine ? « Faire de la philosophie », c’est justement chercher autre chose.

20. Regard non instrumental, partage lévinassien
Ecrit par Daniel Ramirez. 26-04-2009
La question de la contemplation, ou de la sérénité heideggérienne n'est sans doute pas la clé, Alain, mais si elle a été citée, c'est intéressant. Il y a dans sa pensée des clés qu'ouvrent d'autres portes, nous conduisent ailleurs. Par exemple, loin de la pensée instrumentale : on considère un objet, une situation, seulement en tant que moyen pour la réalisation de certains fins. Laisser être ou laisser apparaître l'étant, expressions typiquement heideggériennes, peuvent être autrement plus fécondes si on les applique non pas aux couchers du soleil ou aux tableaux d'une exposition, donc non pas, justement dans un sens esthétique. Mais éthique. Je crois que toute le philosophique de Levinas part de l'intuition qu'il est nécessaire un certain retrait de sont être pour qu'il y ait la place, pour que l'on ne soit pas dans la confrontation des extériorités. La question de la substitution, par exemple : je déclare que ma responsabilité est infinie et peut se substituer à celle d'autrui lorsqu'elle est défaillante, car je peux l'être aussi. Et le partage non compétitif, de ce qui nous sépare, comme dans une table d'hôtes, en dehors de l'amour (c'est à adire aussi avec nos ennemis), ne peut pas ne pas être que quelque part lévinassien.



 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté

Il y a actuellement 2 invités en ligne

personnes ont visité ce site.