Le conformisme commence à la définition
Écrit par Carlos Gravito   
16-04-2009

 Le 12 Avril, le jour où les joyeuses cloches chocolatées revenaient de Rome, au moment où vingt-cinq équipes de cyclistes s’élançaient dans la rude épreuve Paris-Roubaix, au « Phares », c’est Georges Braque qui était sur la sellette, l’intrépide public du café s’attaquant crânement à une tirade de l’artiste : « Le conformisme commence à la définition », que Nadia avait établie comme thème du débat dominical coaché par Gérard Tissier.


Il était là question, plus précisément, d’une phrase finement calligraphiée entre les feuilles de lierre d’une lithographie signée par le maître qui, comme d’autres résidents au Bateau-Lavoir (Montmartre) s’était initié au cubisme, suivant le conseil de Cézanne « Les artistes doivent traiter la nature en termes de cylindres, sphères ou cônes » et dont Nadia nous avait déjà gratifiés d’une des maximes dans le commentaire n° 2, « Le vase donne sa forme au vide et la musique au silence », du débat ayant eu lieu le 21/12/08. Donnant donc le signal de départ pour l’épreuve reine des cafés de Paris, l’auteur du sujet affirma que « définir une telle expression serait déjà être dans le conformisme, à moins qu’elle ne fût entendue comme ‘donner une forme’ » et, enfourchant sa bécane, Pierre-Yves essaya « d’envisager plutôt cet aspect de la sentence, se basant sur le fait ‘qu’un train en cache toujours un autre’ et se demandant à partir de quand une mémoire (une habitude) se fait-elle », Christiane déduisant que « si l’on définit le ‘conformisme’ on devient conformiste », l’animateur lui emboîtant la roue avec la question « quelle serait l’inverse ; la singularité ? ». Poursuivant la route pavée d’embûches du sujet, Sabine sentait « que la phrase contenait une interrogation, en parallèle », Michel « que l’‘anticonformisme’ systématique serait le pire des conformismes », un autre intervenant « que rien n’était clair, la métaphore explicative étant plutôt conformiste », et Roschan que « tout ce qui choque et va contre les règles est anticonformiste ».


On roulait en file indienne, afin d’éviter les chutes ainsi que les crevaisons, mais j’ai cru comprendre que Daniel s’en détachait, comparant « la problématique à celle du Bien et du Mal, et que, Hitler étant un anticonformiste, ce serait déjà une bonne raison pour dénier à cette attitude toute valeur. Lorsque l’on est contre tout, on devient con  et, si chacun se prend pour un artiste, ce n’est pas forcément Bien ; se confronter à la ‘norme’ c’est de l’anticonformisme, peut-être, sauf que dans ce cas la société ne peut pas marcher ». A cet instant, j’ai senti que ma roue avant se déboîtait et je l’ai réajustée me rapportant, avant de recoller au peloton, à Adolf Eichmann, un bel exemple de ‘normopathe’, un classique sûrement. Enfin, à part ça, notre digression allait bon train : Linda était pour que « l’on introduise une dose de rêve dans le ‘conformisme’ nécessaire à la société, bien qu’actuellement il soit lié à la peur, aux sanctions et aux délits de toutes sortes », Charles faisait remarquer « qu’un certain ‘conformisme’ était tellement ancré dans les manières d’être qu’il conduisait au fanatisme », Georges « que tout se succède, conformisme, choses originales et anticonformisme », Alfred avouant «  que le terme ‘conformisme’ l’embête ; il nous amène sur des eaux troubles, dans le flou, car ‘conformisme’ n’est pas identité ».


Une fois que l’animateur eut « rappelé la position du rationnel dans le rapport aux normes et aux œuvres d’art d’autrefois, appréciées à l’aune de la Bible, des Fables, etc. », Michel II fit référence « à la diversité du langage : apocopes, argot, podcast, google, yahoo, avec lequel on se fait aider aujourd’hui, et qui créée un nouveau langage, Marie-Sylvie observa « que, de nos jours, personne ne se réclame du ‘conformisme’ et on se place plutôt du côté du ‘faire’ que de sa ‘perception’ », Sabine entendant que « le sujet était plus sociologique que philosophique », Gabriel se demandant « comment se conformer aux règlements et aux directives si ça a déjà une forme », Alain voyant « dans les débats autour d’un mot, un gouffre sans fin ; un académisme futile », Martine voulant « profiter de la ‘norme’ pour une possible ‘transgression’ », et Britt reconnaissait que « nous sommes plus conformistes que nous ne le pensons et avons un certain penchant pour ‘l’édulcoré’ » .


 Changeant de braquet, Daniel revint à la parole pour laisser entendre, il me semble, que « privilégiant le flou artistique (alors que l’art est très précis), Braque se trompe et qu’il allait, lui, se référer à la philosophie, qui vient du questionnement socratique, pour soutenir que ‘le conformisme’ consiste précisément à refuser de définir le mot, sous prétexte que la définition bloquerait le débat. »  


Il devenait clair que la tendance, devant l’assertion de Braque, était de se saisir d’un compendium de grammaire, d’un livre de philo ou d’un précis de morale. Et pourtant, selon le Bréviaire d’Orthographie Française, de Marc Goldstein, de 1999, par définition, le terme contenu dans le définissable de l’énoncé dénote le sens de ce qu’il doit être. Enracinée donc en « De », « au sujet de », + « Finis », « limite, borne », la « Définition » délimite bel et bien le contenu du concept ; d’un autre côté, de « Cum », « au moyen de », + « Forma », « moule, poinçon », le « Conformisme » exprime parfaitement ce que l’on sait, c’est-à-dire, l’académisme dénoncé par le peintre dans le domaine de l’art et l’adhésion du conformiste au jugement d’autrui, adaptant sa conduite aux usages en vogue, un carcan, en somme, qui partage l’individu en « moi-sujet » et « moi-citoyen » si l’on étend le raisonnement à certaines argumentations de Rousseau à propos de la démocratie : je dois vouloir être guillotiné, si tel est la décision du souverain. Ce n’est pas pour rien, que le philosophe Krishnamurti voyait dans le conformisme une forme de violence, et Alberto Moravia s’efforça de montrer de quelle façon il peut mener au fascisme.


L’essence des choses étant, par définition, hors de leur causalité, mais la définition d’art reposant sur le jugement de certains snobinards et critiques attardés, Braque a complété son point de vue affirmant « Le tableau est fini quand il a effacé l’idée » alors, personnellement, je partage, en conséquence, son point de vue ; même si, quand le pain n’a plus de goût, le rompre est un geste inutile, diviser les cheveux en quatre puis chaque portion en quatre à nouveau, à l’infini, ça nous fait déjà, par contre, une belle barbe d’anticonformiste et essayer de brouiller les cartes ce serait une bonne raison pour la porter. Comme il est notoire, quasiment tous les désastres sociaux sont dus à la massive influence du conformisme et à l’identification, intéressée, voire empressée, de l’individu au groupe, afin de se trouver en phase avec la majorité ; maigre ressource pour celui qui se refuse à définir lui-même son rapport au monde et à montrer les vrais traits de son visage, ouvert à l’aventure et à l’originalité.


 Quelques moments avant l’arrivée, Marlène appréhendait « dans le ‘conformisme’ quelque chose de figé, comme des expressions toutes prêtes mais, comment inventer quelque chose, sans savoir ‘quoi’ et ‘pourquoi’ ? », Marc revint « sur la querelle des modernes et des anciens, aujourd’hui des conformistes et anticonformistes que De Gaulle qualifiait de ‘chienlit’ » et, après les souffrances endurées, arrivés au bout du rouleau, dans la pointe finale, Nadia reprit « ‘l’anticonformisme’ dont avait parlé Daniel, pour le transmuer en ‘non-conformisme’ », Gérard citant ensuite l’évangéliste Jean « Au début était le ‘Verbe’, le ‘Logos’, les mots préexistants nous livrant le plaisir de l’extase avec lequel la vie s’enrichit » et, déjà sur la ligne d’arrivée, la tête dans le guidon, j’entendais « la conversation de la volaille qui fait l’opinion » (A. Souchon), plus celle « des braves gens [qui] n’aiment pas, que l’on suive une autre route qu’eux » (G. Brassens). Mettant enfin pied à terre, je dirais que, même si la vie n’a pas toujours une explication, chaque phénomène a sa justification et son sens dans les besoins de l’Homme, le tout étant de mieux se connaître, comprenant le sens de ses gestes. Cornudet (G. Maupassant) fut défini comme un conformiste, Andy Warhol comme un génie, William Blake comme anticonformiste, l’Art comme un jeu d’enfant (Max Ernst). Et vous ? Comment vous définissez-vous ? Chut ! N’essayez même pas de le faire, sinon vous risquez d’être comme tout le monde et en seriez meurtri(e) ; restez indéfinissables.

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. De l'éclairage de texte au texte éclairant
Ecrit par Gérard Tissier. 16-04-2009
Bonjour à tous.La lithographie de 1917 portant le titre "le conformisme commence à la répétition " s'éclaire sur un site de ce sous-titre -lui aussi issu des carnets de Braque ""Il faut se contenter de découvrir, mais se garder d'expliquer".Ainsi tout s'éclaire pour autant qu'on se souvienne que "la vérité n'a pas de contraire "( du même, encore que B.Pascal l'avait plus ou moins proposé). L'oeuvre montre des feuilles tantot noires tantot blanches ( le jour et la nuit )car il faut toujours avoir deux idées : " l'une pour tuer l'autre "!
ps :pour Carlos,il a tout sur google !!


2. le non conformisme et non l'anticonformisme
Ecrit par Nadia. 16-04-2009
Le conformisme poussé à ses pires extrêmités mène à une certaine forme d'inquisition. Ce sont bien souvent les femmes et les enfants qui en font les frais. Tous ceux qui ne sont pas conformes à la norme prennent le risque d'être maltraités, exclus et parfois bannis définitivement du groupe social auquel ils appartiennent. L'homme ordinaire est en quelque sorte le bonheur du conformisme et de l'opportunisme. Il s'est soumis à la majorité et comme "assurancetourisk" il s'est adapté aux usages du temps pour assurer ses arrières. Le conformisme fait fi des désirs, gomme toute singularité et "layatolise" car ce qui est unique est réservé au Tout Puissant. Le conformisme est l'ennemi de la singularité, de la libre pensée. Depuis les lois de bioéthique on nous bassine avec le clonage mais , en vérité, il est à l'oeuvre depuis très longtemps dans toutes les institutions gardiennent des traditions et perpétuant ou plus exactement perpétrant la ségrégation, la discrimination sous toutes ses formes.
Tout ceci est affaire de représentations. Merleau Ponty dans "l'oeil et l'esprit", le "visible et l'invisible", bien avant georges Braque nous invite à redéfinir ce qui se donne à voir. Amitiés Nadia

3. L'anticonformisme commence à la définition
Ecrit par Daniel Ramirez. 17-04-2009
Je profite de cet espace pour préciser ce que j'ai essayé de pointer lors de ce débat : D'accord avec la plupart d'intervenants qui se sont déclarés, comme encore Nadia, ici, allergiques au conformisme et en résonance avec l'artiste qui nous pousse à casser les cadres des académies et les carcans de notre perception. Mais il y a aussi le fait, bien caractérisé lors du débat que trop d'anticonformisme devient un nouveau conformisme, ou encore, tue l'anticonformisme. C'est ce qui arrive souvent dans l'art contemporain.
Ce qui m'a le plus intéressé de développer, que cite ici Carlos, touche à la question posée, par rapport à la philosophie. Socrate commençait ses questionnements par une demande de définition, très vite on s'apercevait que les interlocuteurs, de braves et bien conformistes athéniens, étaient dans l'incapacité de fournir des vraies définitions. J'ai rappelé que souvent dans le café-philo on dit, pas de définitions, ça bloque le débat. Grave erreur ! En philosophie le conformisme commence avec le refus de définition, car l'idée c'est rester dans le "flou artistique", la métaphore, l'association d'idées, comme si ce flou assurait notre créativité. C'est tout le contraire qui se produit, qui est aussi une constante dans notre culture : si on laisse le flou et le vague intact, on laisse aussi intact le préjugé, le non dit, l'idéologie et la pensée unique, en somme, le conformisme. J'ai dit que la définition est une arme puissante contre le conformisme (voir ici le débat: "Sommes-nous armés pour comprendre notre temps?"). A condition de l'utiliser avec savoir-faire, bien sûr, avec conscience qu'une définition est toujours provisoire, toujours à réviser, voir à changer au cour de la réflexion. L'art, et Braque le savait très bien, s'accomode très mal du flou, qui n'est en rien artistique, mais la société dans son effort pour se maintenir et pour reproduire du même, s'en accommode parfaitement. C'est pourquoi, en philosophie (si jamais on reconnaît à la philosophie un certain potentiel critique), l'anticonformisme commence à la définition et le conformisme commence au refus de définir.

4. contre sens et définition du compte-rendu
Ecrit par Gérard Tissier. 17-04-2009
Je cite notre grand rapporteur Carlos « Une fois que l’animateur eut « rappelé la position du rationnel dans le rapport aux normes et aux œuvres d’art d’autrefois, appréciées à l’aune de la Bible, des Fables, etc.» » et je propose un léger correctif ;
S’agissant de la « position du rationnel » ( sic)j’ai simplement rapporté un échange entendu dans l’émission Répliques de France culture sur l’art et la télévision ( la veille du débat) où il fut question de la perception d’un tableau. Quel sens et quelles significations pour comprendre un tableau de Poussin si l’on a perdu toute familiarité avec la bible ou les mythes ? Bref, faut-il opposer la pure émotion –celle en particulier du beau – et le refus de l’explication et/ou s’appuyer ensuite sur un savoir, une culture iconographique pour enrichir ou approfondir sa perception quand le plan d’expression choisi par l’artiste est un récit intériorisésymboliquement ( comme pourles sculptures sur les chapiteaux des églises romanes )
Que fait-on l’occurrence, de l’incarnation historique de l’œuvre ?. J’ajoute ici deux questions : 1/ va- t-on toucher à l’art uniquement à l’aune de son ressenti et à celle d’une quête identitaire que de notre contemporain projette rétrospectivement sur l’artiste ? Faut-il mettre de la syntaxe et de l’intelligence dans l’émotion esthétique ou bien faut-il tout regarder comme un tableau abstrait ?

5. Conformément aux règles grammaticales
Ecrit par Nadia. 17-04-2009
Aîe, ouille, ouille...Rectification : "gardiennes" des traditions

6. " Le conformisme commence' À La définition ", Georges Braque, Gérard Tissier
Ecrit par ROCA. 22-04-2009
" Le conformisme commence' À La définition ", Georges Braque, Gérard Tissier,

Le conformisme de ... La définition ... Braque !,____________Le conformisme ... commence' Aux ... définitions,
qui ... Georges ... Braquent, ... La création ...
L'Art, La peinture," fidèle' rebelle ", " Litre'...et ...rature ", ... Antoine Blondin, ... des ...finitions,
qui sont des bornes, Artificielles,_______________________________________________________________
des finitudes ... qui sont morts, qui sont mortelles,_________________________________________________
en Lieu et place de ... finalité, de Vie, outre règles, outre normes ... de mort, Amour, Vie, outre Valeurs,
conformes peurs," Qui A peur, n'est pas Libre, Qui est Libre ... fait peur ! ",
Jacques Gaillot, connotation, des transgressions,
néologismes, non-conformisme', et Autre ... Libérationnisme', esprit critique', et Artistique',
et pas Le flou ... plutôt Le fou !, conforme ... se confond, qui monte' À La surface', Aux contraintes ... physiques,
frontières ... du / des ...corps, carcasses, Aux dépens de L'Esprit,______________________________________
Âme ... Pensée, Souci, fleurs, de Philosophie," maintenant' et ici ",__________________________________
dans L'estime', À créer, du monde ... L'Autre ... Soi, notre ... humain ... défi,_____________________________
d'humanité, ma foi !, et qui n'A pas de prix ...________________________
L'intériorisation, de L'humanisation, naît, co-naît, re-connaît ...sens',_________________________________
nous' ... en re-connaît ...sens',___________________________________
mémoire ... d' À-Venir, Humain, en devenir, noir, et blanc, de(ux) couleur(s),___________________________
Apprenti, créActeur, découvreur, inventeur,_________________________
Braqueur ... de conformisme ... de définition,_____________________________________________________
et, Braqueur ... de confort, de conformisation ...________________________________________Gilles Roca,

Cas-fée-Philo des Phares, 12' Avril 2009', ces-jours de Germinal,____________________________
non-conformisme phare', et, indéfini, neuf', Aux' Ailes radicales, G R

7. Définition ou manières de voir
Ecrit par Carlos. 24-04-2009
J’arrive de Lisbonne, une ville indéfinissable, et, au vu de ce que je lis, je voudrais revenir sur Socrate et la définition. Pas définisseur pour un sou, comme tout le monde sait, le grand bonheur du Philosophe était de, tout en soulignant son ignorance, causer devant ses dévots ; il les bernait au point de leur faire oublier le sujet de la conversation et de les endormir (Le Banquet) toujours avec la même rengaine d’accoucheur : « ils n’ont rien appris de moi ; ils ont trouvé eux-mêmes, grâce à moi », afin de dépasser les bornes du savoir. Alors ? Dialectique ou définition ? Endormeur ou contemplatif ? Si l’on veut revenir à « L’anticonformisme commence à la définition », il va falloir refaire la litho et la signer Quebra.

8. Indéfinissable comme L...
Ecrit par Crémilde. 24-04-2009
Définir qui ou quoi ne serait-il pas « inutile » par définition, voire impossible et voué à l’erreur ? Tous les mots qui sortent de nous par définition et pour la définition de quelque chose ou quelqu'un, savent de nous ce que nous ignorons d’eux et prennent des postures différentes avec le passage du temps, car ce qui était hier ne le sera plus demain.

Où commence le conformisme ou l’anticonformisme, définition ou pas ? Ne serait-il pas comme « dire » le silence ? le comprendre ? tellement il est ambigu et plein de significations.

Conforme ou anti conforme, trop de l’un et/ou de l’autre, ou pas assez, nous avons tous un peu des deux, qu’on se le dise ou non ; un jour on est conformiste et le lendemain très original.
Il y a le conformiste rebelle et il y a l’anticonformiste soumis… aussi.

9. Villes indéfinissables... comme les personnes
Ecrit par Daniel Ramirez. 26-04-2009
Oui, il est inutile de TOUT définir, comme les villes indéfinissables. Il faut peut-être préciser que l'on ne définit pas des objets, mais des termes, des notions, des mots. Les villes sont aussi indéfinissables que les individus. C'est pourquoi tout le monde sait qu'on leur donne des noms propres, comme Lisbonne, Buenos Aires ou Amsterdam, tout comme Pierre, Paul et François, elles (ils) ne sont pas définissables. On ne défini que les noms communs. Te en philosophie on ne défini pas non plus des tables, de chaises ou des arbres, mais de notions applicables à la l'existence humaine, générales, comme la justice, le beau, la vertu, pour rester aux exemples socratiques.
D'ailleurs, pourquoi s'en prendre à Socrate aujourd'hui ? Il ne reste plus de statues à déboulonner ? Socrate n'aimait pas seulement "causer devant ses dévots", mais très souvent devant ses détracteurs, ses adversaires, voire ses juges. Socrate n'endormait pas ses interlocuteurs : tout la démarche philosophique (dialectique) consiste dans un effort d'éveil. Le Banquet ce n'est pas du tout un exemple de dialogue, c'est une genre appart dans la production platonicienne : une suite de discours sur l'amour ; les convives ne s'endorment que parce qu'il sont trop bu et si Socrate reste éveillé ce n'est que pour mieux montrer que le seule éveil vient par la voie du questionnement philosophique. Justement celui où par la demande de définition, le demi-sommeil de la doxa entre en crise et la personne a une chance de se réveiller à soi, faire retour et considérer sa vie, son être. L'anticonformisme commence donc à la définition (philosophique). Mais évidemment s'il s'arrête là il s'endort à nouveau dans le conformisme, ce qui a été très bien étayé lors de ce débat.

10. " ...s’attacher qu’à la notion du beau, de la justice, de la vertu, me paraît philosophiquement lim
Ecrit par Crémilde. 27-04-2009
Etant consciente de ne pas détenir tout le savoir - grâce à la Nature - je me demande très fortement et sérieusement si définir un objet, soit-il naturel ou fabriqué par l’homme, est possible ou impossible. On décrit un objet, on le raconte, on le peint, on l’explique… et notre vision reste singulière.
Voyons un «objet» : un verre avec de l’eau ici, même à moitié rempli, c’est un verre avec de l’eau ; en terres assoiffées c’est un bassin.
Le «terme» fin, est la mort matérielle pour tous ou la fin d’un voyage pour d’autres, avec possibilité de recommencer ailleurs.
Les «termes» et «mots» sont indispensables, nécessaires à l’expression d’une idée, via le rudiment de la pensée, qui elle-même va donner une «notion» précise à certains et complètement abstraite à d’autres.
Et si je me pose la question de l’utilité des définitions, qui donneraient consistance à un quel que soit, chose, objet, être et cetera, c’est que je ne le sais pas. Le mot « définition » est par lui-même qu’un germe assujetti, voire dominé par l’endroit où il se trouve. Je pense que c’est d’abord un problème de sens, de placement de soi par rapport à l’environnement tout entier, au Monde.
Donc, l’utilité de la définition, reste encore pour moi sans réponse, d’où ma question du 24 avril, veille d’une « sacrée » révolution non violente, fusils «oeilletés», sous la poésie de « Zeca » Afonso, qui a mis tout un peuple en «vacances»… chantant l’anticonformisme de l’époque, conforme à leurs idéaux de l’instant. C’est « proprement » indéfinissable.

Aujourd’hui, s’attacher qu’aux notions du beau, de la justice, de la vertu, me paraît philosophiquement limité, voire insuffisant et pas constructif. Le monde n’est pas que beauté, justice et vertu, même si tout est subjectif. Je crois qu’il faut virer à la réalité deçà delà et ne pas rester figés.

11. De tests antidopage ne seraient pas de trop ici non plus
Ecrit par Le fantôme de l'opér. 29-04-2009
C'est un peu décourageant quand même, l'animateur se donne le mal d'expliquer que l'on ne défini pas des objets mais des notions communes et Cremilde recommence tout de suite avec cette histoire de définir un objet, comme "un verre d'eau, ici". Un exemple parfait d'inattention. Et elle se fait plaisir en terminant par cette appel à ne pas rester figés aux notions de beau, de juste et de la vertu, en circonstances que l'animateur avait bien précisé qu'il citait ceux-là "pour rester aux exemples socratiques". Où est-ce que Cremilde a lu qu'il fallait ne s'attacher QU'A ces notions ? Pourquoi écrire si on ne se donne pas le mal de lire. Tout en s'offrant le plaisir de répondre (à ce qu'on na pas lu)? Le conformisme le plus affligeant est le conformisme de soi-même.

12. Sans vouloir définir la définition...
Ecrit par Carlos. 29-04-2009
...et dépourvu de tout esprit polémique, j’ai du mal à comprendre, Daniel, que l’on ne définisse « pas des objets, mais des termes, des notions, des mots ». Lisbonne se définit bien comme la capitale du Portugal, Buenos-Aires de l’Argentine et Amsterdam des Pays Bas ; Pierre, Paul et François comme des individus nés tel jour, telle part. Ce qui reste certainement indéfinissable, ce sont l’aura des unes et le caractère des autres, ainsi que « les termes, les notions et les mots », des connaissances élémentaires auxquelles le sujet pense donner des équivalences imprécises, autrement dites, pour les remplir ensuite de vraies intentions, désirs ou actions. D’expérience, tu sais, mieux que moi, que l’on ne donne pas toujours le même sens aux mêmes vocables. As-tu essayé de te définir ? « Définir, c’est dresser un mur de mots sur le terrain vague de la pensée ». C’est pas ça ?

13. Extraits d' Adorno
Ecrit par Gabriel. 03-05-2009
A propos d'Adorno, Claudio Magris écrit : " contre tout principe d'identité, qui lui semble niveler les différences et les singularités sous la domination d'une impitoyable rationalisation, Adorno proclame la non-identité de la pensée et des choses. Dans un monde, intégralement administré, qui définie tout pour tout contrôler, les choses et les détails n'échappent à la réification et ne soustraient au pouvoir qu'en faisant preuve d'insoumission, devant le concept faussement universel. "
A propos du même Adorno, Lucio Costello ajoute : " le fondement de la contradiction est placé par Adorno dans ce qu'il appelle le non-identique. La contradiction du déterminé s'origine dans la résistance du non-identique au processus d'identification c'est à dire au processus de logicisation, de détermination et de définition dans le champ culturel, social et politique... Sous l'étau de la pensée identifiante, la multiplicité structurelle du réel se rebelle... La théorie critique devient donc chez Adorno la théorie qui donne la parole à la résistance du non-identique. Dans la mesure où le non-identique ne peut être compris comme une "chose" (c'est à dire derechef sous la catégorie de l'identité) il ne peut être entendu correctement que comme langage... le langage se caractérise en effet par sa résistance face à la logique définitoire..."
A la lecture de ces 2 extraits, on comprend mieux ce qu'est le conformisme. On peut soutenir que, respectant "ce qui a déjà forme", ce qui existe déjà, il considère positivement toutes les représentations (définitions, etc...), supposant ainsi valable le principe d'identité. De plus, cette attitude le dispense d'utiliser le principe de négativité (critique, refus, insoumission, etc...). Du fait de ces 2 principes (l'un reconnu, l'autre rejeté) on peut opposer le conformisme à l'utopie, si on la considère comme ce qui est désirable mais qui n'existe nulle part, "ce qui n'existe pas encore"
(Bloch). Karl Mannheim écrivait : " l'utopie, c'est tout système de représentation (la définition en fait partie) qui est en rupture avec l'ordre établi".Ainsi, l'utopie nécessite d'appliquer le principe de négativité pour faire évoluer les définitions, ces dernières étant conçues ici comme non-identifiantes (cette évolution est le langage, le devenir).

14. rectif de 13
Ecrit par Gabriel. 04-05-2009
Lire Lucio Cortella ( et non pas Costello)à la ligne 6

15. Idée
Ecrit par Inconnaissance. 04-07-2009
Etre conformiste, c'est se conformer à des us et cotumes, des façons de penser, des façons de se comporter . Bref, c'est essentiellement accorder une grande importance ou valeur à ce que disent et font les autres.
Mais les autres, ce n'est qu'une idée. Et les us, coutumes, façons de penser, d'agir sont essentiellement l'idée qu'on s'en fait. Cette dernière idée est une idée reçue, de même que l'importance qu'elle est censée avoir.
Au bout du compte notre conformisme est proportionnel à notre croyance dans les idées que l'on nous a donné sur ce que font et disent les autres.

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