À quoi servent les mythes ?
Écrit par Carlos Gravito   
29-04-2009
 N’ayant jamais douté que « dans le cochon tout est bon », la mite aux yeux, le 25 Avril je fus tiré du lit par l’épouvantable nouvelle que le porc nous jouait des tours et, arrivant au café des Phares, voilà que l’on y causait de [Mit], une sorte d’acarien qui, ajouté au [H1N1] équivalait pour moi à un risque sanitaire majeur. Finalement, plus de peur que de mal ; renseignements pris, au café il s’agissait tout simplement de savoir « A quoi servent les mythes ? » une inquiétude d’Alain que Gunter Gohran allait essayer de modérer.

En ce qui me concerne, la réponse était simple : à rien, si on n’en éprouve pas le besoin, comme il ne sert à rien de courir si l’on ne part pas à point, de la même façon que l’appendice qui prolonge le caecum ne sert à rien bien qu’il puisse faire très mal, ou les dents de sagesse qui, elles, n’aident même pas à réfléchir. Mais, ça nous a permis de fabuler, ce qui est propre au mythe, comme le mot grec « muthos » l’explicite, car nous pensons mythiquement, c’est-à-dire, au moyen de vagues images que l’on finit par verbaliser dans des termes totalisants malgré leur imprécision et leur caractère contestable, ce qui fait que tout texte devient mythe dès que soumis à l’analyse heuristique. En fait, opposés à la rationalité du « logos », les « mythes » jouèrent dans les sociétés traditionnelles un rôle structurant du groupe, au travers d’un discours invraisemblable, voire symbolique, sur les origines premières et fins dernières des choses, avant de signifier parole ou avis exprimé, comme il est propre aux idéologies dans les sociétés d’aujourd’hui, riches tout autant de « mythes du progrès » et autres illusions carencées d’esprit critique.

L’auteur du sujet dit « se poser, face aux violences, la question de l’utilité et efficacité des mythes, par rapport à celles que leur attribue la croyance des gens », et l’animateur cherchant à savoir « si la rationalité et les sciences peuvent être plus rassurantes », Michel évoqua alors « la figure d’Hiram, architecte mythique du Temple de Salomon », Irène confirmant « le mythe en tant qu’outil de cohésion sociale pas moins opérant que d’autres, comme celui de la raison, qui ont abouti à des totalitarismes », Roschan dérivant vers le « ‘mytho’, le menteur », Alfred y voyant « un rôle rassurant pour l’Homme angoissé face aux mystères qui se posent à lui », Martine se demandant « si la Bible ou le Coran, aussi bien que le roi David et Moïse, sont un mythe », Marie considérant que « c’est ça la prise de forme de la vérité », Nadia « que c’est une façon d’apaiser l’agitation de l’âme », Agnès « qu’il s’agit d’une dimension de l’imaginaire collectif que la science essaie de tuer », ce que Marlène définit « comme un ailleurs » et Odile « comme un tremplin systémique », après quoi Gilles II constata « qu’il n’existe pas de mythes contemporains, ni familiaux, ni de recherche des racines et que les mythes ethnologiques sont réservés aux spécialistes ».

Claudine a ensuite fait allusion « aux grilles de lecture ou d’intention des mythes, fondateur ou du bouc émissaire, qui ne sont pas universels, le mythe d’Œdipe, par exemple, n’existant pas au Japon », Sabine plaçait « la chose du côté du texte et du temps et pas d’une vérité à prendre ; une dialectique permanente que l’on retrouve chez Sorel, Benjamin, Mallarmé, Barthes ou Foucault, car on peut créer un mythe à partir de n’importe quoi qui fasse rêver tel Madonna, ce que Guy Debord a fait remarquer dans ‘La société du Spectacle’ », puis Thierry manifesta « le besoin de retrouver le sens de l’Histoire pour sortir du désordre du monde et créer du sens pour donner une linéarité au temps », Francis le niant : « le sens du monde, comme le sage, étant sans idéologies et sans peur du mensonge... » et après un long silence il compléta : « ...à l’instar de Coluche, le mythe est mort, car il y a l’Homme derrière ».

Pierre Yves lui succéda avec la question : « entre enfance et maturité, à quoi sert l’adolescence ? Le mythe se trouve entre le conte et l’Histoire ; rapport du singulier au pluriel, le ‘muthos’ et le ‘thumos’, avec un ‘H’et un ‘T’ qui se baladent, déclinent l’imagination de l’enfant en trois modes : l’épique, le dramatique (Œdipe) et le tragique », le mythe se trouvant entre deux âges », Pascal espérait « ne pas être un mythe pour lui-même, malgré sa fonction structurante ; ça aide à quoi ? A devenir fou ? Y croire c’est ne pas avoir d’esprit critique. Les mythes d’aujourd’hui sont les voitures, etc., et parler est la mythologie de soi-même, fragment du réel », Mireille différenciait « le mythe, du conte, de la légende et de la parabole, en tant que vérité profonde basée sur la vérité philosophique, mais surtout pas celle du café des Phares, mangée aux mites de la pensée unique », Claudine rapprochait « les mythes, intemporels, des archétypes qui se trouvent en nous », Nadia les associait « à la pensée magique ou aux histoires à dormir debout, à la rigueur une quête de sens chamanique à la Castaneda », Roschan en appelait « aux autres mythologies : romaine, hindou, amérindienne », Alain semblait s’étonner « que cela donne sens au monde au détriment de la science et de la technique qui ne font pas appel à la croyance ou à l’imaginaire », et Gilles lit son poème : « Mythe fondateur, pensée, action/ Deviens ce que tu es/ Au fond du Mitté...rand/ Homme troué aux mites/ Sens, innocence, adolescence/ Existence, essence/ Fraternité, Humanité ».

Se reposant la question du sujet, un intervenant nota « que les mythes servent à assurer la survie des sociétés humaines et à indiquer les interdits : le meurtre et l’inceste, ainsi que les perversions : l’abus de la voiture et du pétrole », Rocheelove fit valoir « que le mythe a trait aux mœurs et au moral de la société, et que la crise actuelle est plutôt proche des idéologies, signe que les mythes ne se transmettent plus comme avant » et, pour conclure, Alain répéta « ne pas croire ni aux idéologies ni aux mythologies, mais aux projets collectifs, au sens, etc., pas concernés par les mythes », l’animateur ajoutant que « la définition exacte de mythe est illusoire, la religion et la transcendance dépassant l’individu, le petit doigt levé de Shiva pouvant tranformer le monde ».  
 
Voilà. Dans la majesté du présent, nous avons constamment affaire au temps, toujours changeant, et comblons la difficulté à dire ce qu’il est, fut ou sera, développant un art, celui de le retenir dans la mémoire. Il s’agit, en tous cas, de faire toujours appel à des souvenirs, lueurs du passé que l’on invite dans le présent, car un être sans passé est un être sans « moi », alors qu’au contraire, ce que l’on vit chaque jour constitue un moment essentiel de la réalité en devenir, à défaut de quoi il n’y aurait pas de vécu, faisant en revanche tomber celui-ci dans la nuit des siècles. Mais, comment le faire y venir sinon par l’Histoire vraie (factuelle) « historia » ou, à défaut, par une fausse Histoire (mythique) « muthos » ou même une Histoire fictive (romanesque) « plasma » ?

Pas étonnant que, de tous temps, les Hommes aient imaginé des représentations du monde, des forces de la nature et des différents aspects de la condition humaine, fondement de leur religion (axée sur des dieux, demi-dieux et héros organisateurs du tout, afin de donner confiance en leurs destins), et qu’elles soient transmises jusqu’à nos jours par voie orale, puis gravée et ensuite écrite. Tout ça relève d’une candeur sur laquelle il serait bien bête de vouloir porter le soupçon d’une irrationnelle crédulité, ce qui, parfois nous engage dans des oisives digressions, au lieu de prendre son pied avec le déploiement d’une telle accumulation sémantique, dès que l’on en ressent le besoin intellectuel.

Parole choisie par l’histoire, les théogonies, les cosmogonies, ainsi que les mythes d’Orphée, Prométhée, Sisyphe, Faust, Don Juan, de La Caverne, de l’Age d’Or, enfin, tout ce que les groupes humains élaborèrent et qui émerge du récit « diêgêsis » et autres procédés narratifs « poiêsis », forment l’esprit, vivifient les idées, stimulent la pensée philosophique et, par mille détours, amendent la vie collective.

C’est ainsi que, selon le mythe, un Sphinx fut envoyé par Héra en Béotie pour terroriser la population tant que quelqu’un ne répondît correctement à une question qu’il avait appris des Muses : « Quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre jambes, puis deux et enfin trois ? » Tous ceux qui s’y essayèrent périrent, jusqu’à ce que l’astucieux Œdipe ne trouve la solution. Furieux, le Sphinx se jeta alors du haut de son rocher, non sans injurier le pauvre pied-bot, lui lançant un vulgaire autant que vexant : « Nique ta mère !!! »

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Question : est-ce que ça marche ?
Ecrit par Alain. 29-04-2009
Quelques mots rapides, en attendant mieux.
Faire des constructions imaginaires, peu importe qu'elles soient vraies ou fausses, l'essentiel c'est d'y croire... est-ce que ça marche ??? Je veux dire : est-ce qu'on y croit vraiment, et est-ce que ce rapport (ou non rapport) à soi et au réel apporte une assise, une structure ?
Personnellement j'en doute, songeant simplement aux angoisses, aux violences qui peuvent exister dans des sociétés dont l'attirail mythique fait rêver les sociétés prétendues désenchantées par la rationalité scientifique !
A propos de littérature : il y a des expériences d'écriture "limite", qui se confrontent à un réel, et s’apparentent ainsi à la science. Et d’autres qui créent à profusion des mondes, des imaginaires pour colmater ou occulter l’inconnu, le non représentable, « l’impossible ». Les premières me semblent autrement moins illusoires que les secondes ; et capables de libérer de l’éternelle répétition du même.

2. j'ai aimé croire au père Noël
Ecrit par aliette. 29-04-2009
Je suis convaincue, certains xcientifiques le pensent aussi, que nous nous souvenons avoir été poissons.
Je suis convaincue, (p-ê pas pour l'oedipe lié à des civilisations occidentales, cependant la prohibition de l'inceste, dixit Lavy'Strauss est universelle, selon des modalités diverses, chez les humains, mais par ex: le déluge) qu'il y a des universaux culturels quand on plonge dans les rracines des mythes, fortement liés à l'inconscient est au rêve.
je me rappelle avec jouissance, déjà comédienne d'avoir bien fait rigoler mes copains d'hypokhagne en leur lis saponide et détergent de Barthes (mythologies) en traitant loe sujet: la réalité du mythe et le mythe dans la réalité.
j'ai trouvé comme une lassitude dans le début du texte de Carlos, qui m'a un peu inquiétée. Je crains plus le désespoir chez mes amis que la pandémie porcine.
amitiés
aliette

3. excuses
Ecrit par aliette. 29-04-2009
Comme certains le savent, je suis très myope, et je n'ai vu mes fôtes qu'en relisant mon texte.
désolée qu'il soit difficile d'écrire aussi vite que la pensée.

4. Une histoire à dormir debout et métaphore de la vérité
Ecrit par Nadia. 30-04-2009
Deux visions irréconciliables du mythe du chaman: Charles stépanoff chercheur au cnrs et carlos castanéda,anthropologue ,qu'on a qualifié de mystificateur et qui selon moi est un écorché vif, éperdu de Vérité. Pourquoi a-t-on remplacé la démonstration par une hisoire à dormir debout? Est-ce pour être compris par le commun des mortels qu'on a recours aux mythes ? Il y a sûrement une part importante de vérité là dedans mais on ne peut limiter le mythe à une tentative d'explication. A mon sens, il répond également au besoin d'apaisement et de beauté de l'âme humaine à travers une poésie vivante. C'est une Métaphore !!Là où le mythe ,de manière intuitive, met spontanément en lumière une part de vérité, la raison quant- à elle, éprouve la nécessité de mettre en scène par la création de concepts, par l'expérimentation pour valider, authentifier etc...c'est en quelque sorte une construction artificielle dont la valeur est reconnue mais qui est dénuée de toute sensibilité alors que le monde est sensible.

.

5. Définition du mot
Ecrit par Alain. 30-04-2009
Je crois qu'il y a un problème sur la définition du mot.
Nadia parle de la littérature, de l'art, auxquels je reconnais, comme cela s’impose !, la fonction vitale de représenter nos imaginaires, pulsions, fantasmes, angoisses, idéaux, etc. Mais si un symbole, un archétype, un personnage littéraire, une parabole sont des mythes, alors tout ou presque peut en être. Au sens contemporain et passablement édulcoré du mot, Zidane, Marylin Monroe sont des mythes, et même des objets « essentiels » du quotidien : pourquoi pas le téléphone portable, internet, le frigo (« mythes » de la société de consommation), ou le balai de la ménagère (objet « mythique » de l'aliénation de la femme) ?...

6. A quoi servent les mythes?
Ecrit par Hamm Robert. 30-04-2009
L'illusion,en philosophie,est toujours la même....Un "croire-
pouvoir-voir" de l'extérieur,une illusion d'objectivité....

S'agissant du mythe,également,faut-il se poser une autre question.....

Dans quelle mnesure,ainsi, la philosophie peut-elle enseigner autre chose que des mythes,que des croyances sans racines,pures images esthétiques ayant perdues toute signification?....

Ainsi peut-on trouver au moyen du mythe une herméneutique sauvage,libre....
Y voir ce que l'on veut ne fait qu'un pas....

Comme un sac plein d'idoles,noires ou pleines d'ombres envieuses , de goûts empoisonnés mais suffisamment sucrées,tel les exemples .....

...Mythes de figure esthétisées,abstraites elliptiquement de leurs origines,idées ou prototypiques chimériques d'une coïncidence entre le pensé et le réel,telle la définition....

Rien ne permet donc de dire qu'il s'agissent d'une utilité au premier degré,d'une évidence....
Au contraire.....
Complications plus ou moins abstraites ,recherche des contextes situatifs possibles,découverte possible d'une clef herméneutique de l'histoire,telles sont donc les domaines que suggèrent l'accès au mythe,sa forteresse .....

De cette manière peut-on comprendre "le mythe" comme le fragement d'une mosaïque, d'un éventail en arc-en-ciel qui montre une structure pour cacher son auteur,qui indique une connaissance pour soustraire à la vue sa bastille spirituelle....

Le mythe comme ornement livresque,tel le mythe de la caverne de Platon,par exemple, comment il obtient sa pleine signification....

Rien de vivant et rien que des images....
Il n'explique rien....
Il décrit,suit un ordre de succession,ne compare rien à rien
et ne révèle surtout pas sa base normative,sa régularité....

Parallèlement,l'homme peut resté prisonnier de son propre mythe,prisonnier de son ignorance,fuiyant comme Sysiphe,
au moyen du mythe de l'effort ou de la volonté tout ce qui lui
permetttrait d'acquérir un peu plus de Raison ou de bon sens.....

A quoi sevent les humains? Telle est donc l'autre question,la question mythique qui sert de masque aux autres mythes...


7. À quoi servent Les mythes ?, Gunter' Gorhan'
Ecrit par ROCA. 02-05-2009
À quoi servent Les mythes ?, Gunter' Gorhan',

pour nous, Français mythiques, " ici et maintenant ", gavés' Au Mythe'...errant,
France'...oie, en mains ...tenant ... tenants', Aboutissants, du service ... des mythes,
des mythes
fondateurs, qui nous peuplent ... habitent,
" Origine du monde "', en projet, en' Avant, Pensée, Parole', Action, en devenir, devant ... Le mythe,
hindou, Chiva, Chiva ... ou Chiva ... pas ? !, homme ... mythe ...
" deviens ... [ en ...fin ] ... ce que tu es ! ", Vérité, qui prend forme', Au fond du Mythe'...errant,
d'hommes ... qui se racontent ... des' histoires ... mythes,
Homme ... qui naît, qui sort du rang, service' ... À mythes,
hommes ... bouffés Aux mythes,
dévorés par Les mythes,
troués Aux mythes,
sans bornes ... sans Limites,
que suscitent,
res-suscitent,
mythomanes ... mytheux', ou, même', Anti-mythes,
...eux, Aux Phares ... devenus ... mythiques,
" meetic "',
Cas-fée-Philo, en peau ...éthique',
et ...tics,
du sens',
des ...sens',
un sens',
Le sens',
du monde ... L'Autre ... Soi,
Histoire ... Vie, ma foi !,
enfance',
Adolescence',
en ...transe',
Adulescence',
intime', universelle', At' home', Mythe'...Au ...Logis, d' illusion, évasion, en Vision, Adhésion, À L'existence',
Et ...Sens',
qui naît ...sens',
co-naît ...sens',
ou, comme'...un sens',
commun, collectif, élargi, À La maturité,
À La finalité,
À La féeminité,
À notre' humanité,
" [ tendue, de toute' son' Âme ... Vers La Vérité ] ",
Platon, " [ Justice ...Vérité, quoi qu'il doive' en coûter ] ",
T C,
passé, Gilles Roca,

Cas-fée-Philo-zoo-phi
des Phares,

mythe défi,
des Phares,
26'. 4'. 2009',
ces-jours de Floréal,
service mythe neuf',
phare Nord - boréal, G R

8. A quoi servent les mythes
Ecrit par roshan. 02-05-2009
Deux heures pour débattre, dimanche dernier, à quoi servent ces mythes qui entourent notre vie depuis l'antiquité, tantôt pour nous conforter, tantôt pour nous
laisser perplexe - mais nous restons toujours au point mort! Tous ceux qui jusqu'à nos jours ont étudié le mythe ont souligné, chacun à sa façon, l'importance qu'il a dans la construction idéale et concrète des institutions culturelles, sociales et réligieuse. Cependant, c'est justement cet aspect qui est resté en marge de la recherche, car on n'a jamais vraiment élucidé qui a inventé ou raconté le mythe.

Dérivé du grec "mythos", qui signifié chez Homère "parole ou discours", et aussi "projet, machination" (ruse, complot, intrigue), et qui, à l'origine, d'après W. Friedrich Otto, désigné "la parole au sens antique, dans laquelle la parole et l'être sont indissociables". A l'époque classique, le sens du terme se précisa en "récit concernant des dieux, des êtres divins, des héros et des descentes dans le monde de l'au-delà (Platon, République) et, dans la pensée philosophique, "mythos", en tant que discours qui n'exige et ne prévoit aucune démonstration, était opposé à "logos", qui, lui, implique une argumentation rationnelle. Autant d'explications que des philosophes, des anthropologues et des sociologues! Et toujours pas de réponse à l'horizon....

Pour moi,'explication la plus claire est celle donnée par Claude Lévi-Strauss, selon qui, l'objet (ou le rôle?) du mythe est "de fournir un modèle logique pour résoudre une contradiction". Il démontre comment tout mythe peut être représenté par un schéma, ou chaque élément figure à la fois sur une colonne horizontale et sur une colonne verticale (analogue à une partition musicale). Les récits mythiques sont, donc, l'exercise et l'expression de la pensée mythique, et c'est ce qui amène à la comprehension des valeurs et des rapports latents, immanents à tout le récit.

En fin et en somme, le mythe accomplit sa fonction symbolique en situant l'homme mythique dans son cosmos (ou monde) particulier en lui donnant sens à son existence.

9. Pourquoi les mythes
Ecrit par linda. 04-05-2009

Il me semble qu’au cours de ce débat on a traité les « mythologies » de Roland Barthes avec un peu de dérision et de condescendance. Son intention était de repérer dans la vie quotidienne, au gré de l’actualité de son époque (années 50) comment les représentations collectives sont transformées en signes, en messages par la culture de masse. Même si les exemples choisis paraissent bien démodés et oubliés, il semble que cet essai pourrait nous servir de modèle pour définir les mythes créés dans notre société contemporaine.
Les mythes anciens sont des récits de la littérature à prétention universelle et intemporelle imaginés pour expliquer l’origine du monde, le destin de l’homme, les rapports de l’homme avec la nature. En effet, les grands mythes grecs ont traversé les siècles, ont inspiré les grands philosophes et s’imposent encore à nous par delà la science, l’histoire et les croyances religieuses. Ainsi, si l’on évoque l’idée de progrès infini fondée sur l’essor des sciences et des techniques, c’est la figure mythologique de Prométhée qui apparaît comme métaphore de l’orgueil humain. Prométhée est puni par Zeus pour avoir volé le feu aux dieux. La science trouve ses limites dans les catastrophes qu’elle a produites et les menaces qu’elle engendre.
A côté de ces mythes fondamentaux, nos sociétés contemporaines produisent sans cesse de nouveaux mythes minuscules auxquels il est difficile d’échapper. Le football, le jeunisme, le « people » (pipol), le 4x4, ou le bio, la technologie, etc. ne sont-ils pas de nouvelles représentations collectives de la réalité créatrices de héros et révélatrices de la culture du moment ? Peu importe que l’on y croie ou que l’on n’y croie pas. Ils sont là.
Je me demande d’ailleurs pourquoi poser cette question utilitariste : « A quoi servent les mythes ?
Linda

10. La fonction du mythe
Ecrit par Gunter. 04-05-2009
Nos échanges de dimanche dernier à propos du mythe étaient sous-tendues par une opposition fondamentale quant à la valeur du mythe : est-il une survivance des temps obscures et dépassé par la science lumineuse, une illusion inventée par le marketing commercial ou médiatique (cf. R. Barthes qui lui opposait encore, à l’époque où il a écrit « Mythologies », le matérialisme « scientifique ») ou bien un élément fondamental et indépassable de notre humanité et humanisation ?
Olivier Rey (philosophe et mathématicien) m’a autorisé d’ajouter à nos échanges l’introduction d’un article non encore publié commentant le roman « Homo Faber » de Marx Frisch ; qu’il soit ici remercié…

On traduit par « vérité » ce qui, en Grèce ancienne se disait alèthéia, c’est-à-dire négation de léthé, l’oubli. La vérité était dévoilement, « inoubli ». La philosophie est née avec pour ambition de sortir le monde de l’oubli, de le saisir dans sa vérité. Cette vérité qui, jusque-là était demeurée voilée. Par quoi ? Par l’ignorance, et par un savoir inadéquat. Deux mots étaient à même de signifier la parole, le langage, le discours : mythos et logos. Avec des connotations différentes : mythos pouvait s’appliquer au dire des poètes, aux légendes, aux fables ; logos, parmi les nombreux sens répertoriés, pouvait désigner la rationalité, la raison.
Les dérivés français ne font qu’accuser la différence : d’un côté les mythes, de l’autre la logique.
La philosophie a vu dans les mythes, qui racontaient le monde au lieu d’enquêter à son sujet, un obstacle à la saisie des choses telles qu’elles sont, au présent. Platon alla jusqu’à proposer de chasser les poètes, les forgeurs de mythes de la cité (même si, pour sa part, il reprit ou forgea quelques mythes). A tout le moins la philosophie a fait prévaloir le logos sur le mythos. Elle s’est détournée du mythos qui, en recouvrant le monde d’un « vêtement d’histoires », cachait la réalité, la faisait « oublier ».
On trouve certes, dans la philosophie contemporaine, des réhabilitations des poètes. Mais c’est qu’une bifurcation est intervenue à l’époque moderne, quand les sciences, jusque-là partie intégrante de la philosophie, s’en sont détachées, ont pris leur autonomie. Et ces sciences, quant à elles, n’ont fait que radicaliser la distance à l’égard du mythos, rejeté au profit de la seule partie « logique » du discours.
Walter Faber, le héros de Max Frisch, est l’incarnation de ce rejet du discours mythique par l’homme de la technique. En tant qu’ingénieur travaillant pour l’UNESCO, il parcourt le monde pour installer des turbines et répandre sur la planète entière les bienfaits de la technologie moderne. Sa culture se veut exclusivement scientifique. Le reste, il refuse d’en entendre parler. Il lit des rapports, des revues techniques, mais jamais des romans, cette forme littéraire où subsiste, dans un monde dominé par le logos, une part de mythos. Les événements vont montrer qu’il a négligé une chose : les mythes détiennent sur l’homme et les forces qui le travaillent un savoir que sciences et techniques ne peuvent suppléer ou remplacer.
Avant de s’adonner à la science, il faut accéder à l’humanité, et s’y maintenir. L’humanité n’est pas un acquis, mais un bien toujours menacé, d’autant plus menacé qu’on méconnaît les histoires par lesquelles les hommes ont appris à s’avertir des dangers. Le roman de Frisch illustre le risque d’involution culturelle qui guette quand, an nom du logos scientifique, on en vient à mépriser les enseignements du mythos, à « oublier » les vérités sur l’homme qu’eux seuls sont à même d’exprimer.


11. Société
Ecrit par Inconnaissance. 04-07-2009
Ma réponse à la question : " Penser une chose, est-ce contribuer à la réaliser " peut être prolongée à propos des mythes.

Il s'agit de cohésion sociale, mais sutout de projet collectif.
Le mythe est une affaire de croyance collective dans une société future. Il faut que tout le monde croit à la même chose pour travailler ensemble à l'édification de cette société future.
Le mythe est donc l'expression de cette croyance collective à un moment donné. Les pouvoirs ont intérêt à le fabriquer et à le contrôler, car il permet de contrôler les hommes.
Il faut rendre ce mythe crédible et le diffuser.
(Vive les médias !)
Car il faut persuader chacun que tout le monde ou presque croit dans ce mythe.
Une croyance purement individuelle, solitaire n'est pas possible.

12. A quoi servent les mythes?
Ecrit par Hamm Robert. 07-07-2009
Le rôle du mythe est,naturellement, double.....

D'abord répondre à une question ou,du moins, en donner l'impression.....
Ensuite prendre la place d'une représentation sensée,faire l'économie d'une construction de l'esprit....

De ce point de vue la connaissance de l'âme humaine n'implique aucune surprise....

Trouver du crédible indémontrable reste un crédo très tentant pour tous...

Ainsi,du même coup, peut-on s'imaginer ce que fût l'invention de la première chimère,

pourquoi pas?

La tentative,de même, de réalisation d'un rapport de force précis:comment représenter de l'attirant qui soit,àprés coup,aussi répugnant?

Ce conflit qui,par exemple,peut être imaginé comme celui de certains zoophiles est,ouvertement, aussi celui que pose une certaine chimère....

Car la première question qui se posa ainsi est bien celle,aussi, du suicide comme grandeur spirituelle,comme représentation "absurde" ....

Mais,qu'est-ce que cela signifie?

Cela signifie que le paradoxe de la mortalité humaine et de son immortalité psychique
ensuite, sont comme les forces attractives et répulsives qu'inspirent deux chimères.....

A la croisée des chemins,entre hier et demain,entre la pseudo beauté des souvenirs,
et la laideur effective d'une vieillesse"venante".....Tel est l'être humain,saisi
entre les mensonges qui lui plaisent et les "réalités" d'une présence terrestre de plus en plus complexe et problématique....

Même ses mensonges écologiques n'y peuvent rien faire.....

Il peut même inventer de nouveaux problèmes,faire en sorte qu'ils soient effectifs:
il ne peut tromper son âme....
N'étant donc pas capable d'en finir avec lui-même,de s'auto-rationaliser psychologiquement alors choisit-il,comme une chimère, la voie d'un suicide collectif
qui aura,semble-t-il, le bon effet d'être surprenant....

Mais surprenant pour qui,en fait?

Certainement pas pour sa Chimère préférée:le Léviathan....
Dàjà,pour cet auteur,l'être humain,était,selon sa nature,réductible à un mécanisme
empiriquement "montable"....Ainsi le "connaît-toi toi-même n'implique pas par hasard la répétition du "toi"....
Face à lui-même comme face à un miroir remonté chaque matin "mécaniquement" l'être humain reste perplexe.....

Que ne peut-il comprendre de lui-même?

D'abord qu'il "se" mente n'est pas nouveau.....
D'autre part qu'il ne sache presque rien n'est pas un problème:beaucoup de générations
ne ce sont jamais intéressées pour elle-mêmes....

Mais aujourd'hui les choses vont de plus en plus vite et ce qui résulte d'une telle "accélération" est un probléme devenu ou devenant de plus en plus"précis" :
l'être humain devient de plus en plus incalculable.....

La vraie Chimère devient alors un quotidien invariable, un système de rituels omniprésnts qui permettent,toujours et encore de croire que rien ne changera jamais pour le collectif....

Pourtant les catastrophes écologiques s'accumulent en nombre et en force....
La chimère apocalyptique aiguise déjà ses griffes de lionne sous son front égyptien.....

Ce mystère de l'âge de l'humanité,du point final dans l'avenir ne peut,ne veut être vu....

Ainsi,avant toute preuve réaliste,pouvons-nous trouver,comme par hasard, une réponse à notre question....


Une que nous n'attendions pas,une servie par un destin qui n'a pas la
force d'une Egypte mythologique........
Elle nous sera servie selon le quand(?) et la qualité de ce que nous pouvons supporter:
une réponse mythique sous une forme chimérique....

Mythique,d'abord, parce que toujours identique....

Chimérique,ensuite, parce que mensongère sous une double forme....

Comme,donc,par exemple, une Bible avalée:
douce et sucrée dans la bouche,amère et mortelle
dans les entrailles.....

Où me suis-je donc trompé tout aussi bien dans le choix comme dans l'énoncé du mythe d'aujourd'hui:le 7/7/2oo9?

Veuillez donc bien vouloir m'excuser en pleine simplicité et ....indifférence....

...comme d'habitude....


Norbert,le champion de la lampe éteinte....

13. les mythes
Ecrit par nicolas. 11-02-2011
Recit legendaire mettant en scene des personnages imaginaires

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