Pourquoi la Fraternité est-elle remise au goût du jour ?
Écrit par Carlos Gravito   
05-05-2009
 A la Foire de Paris, proclame l’affiche, on ne trouve pas toujours que du saucisson, alors, le 3 Mai j’ai pris le chemin du Café des Phares pour voir si, là aussi, il y avait autre chose que des idées reçues et où, influencée par l’actualité, Britt se demandait « Pourquoi la Fraternité est-elle remise au goût du jour ? », (alors qu’en fait c’est le Tamiflu et le « tousse ensemble ! » qui battaient le pavé), Sylvie Pétin, l’animatrice, consentant à le déguster, en présence d’une journaliste qui faisait un reportage pour Télérama.fr.

Ça mérite une explication ; dans les traces d’Edgar Morin et de Sami Nair (« Politique de civilisation »), Régis Debré a repris récemment la harpe de Lamartine pour chanter « Le moment Fraternité », qu’Alain Finkielkraut mit sur les ondes à France Culture et, plongés comme des mécanos dans le moteur d’une voiture en panne, nous nous sommes prêtés à l’immersion verbale dans la triade « Liberté, Egalité, Fraternité », qui depuis 1790 brûlait les lèvres et couvrait les murs Parisiens, jusqu’à ce que la IIème République l’adopte en 1848. « Le moment Fraternité » équivaudrait donc à l’épiphanie d’une terre promise, en somme, bien différente de celle dont peuvent témoigner les laissés pour compte, incapables de décoder la ruse du double langage « qui continue la guerre par d’autres moyens » (Michel Foucault), les sans part ne comptant pas aux yeux d’un état fraternel qui, soumis à d’autres mots d’ordre libéraux, inégaux, frauduleux, les méprise, les chasse, les ignore (même en prison), transformant des formes de solidarité en division du travail, discrimination, expulsion ; exigences de l’économie qui, imposant un partage inégal des ressources et des biens, inclut pour exclure par classes visibles dans les revenus, dans l’appartenance, dans la couleur... une sorte d’apartheid libre, égal, fraternel, donnée fondamentale du discours politique national et mondial qui permet de comprendre mieux Derrida : « ...bien que la République associe presque toujours la fraternité à l’égalité et à la liberté, elle est rarement déterminée à la possibilité d’une fraternisation ».

L’auteur du sujet justifia sa question par le fait « d’y voir la manifestation d’une solidarité patente dans des luttes récentes, un vœux pieux irréalisable, réagissant au proverbial chacun pour soi des individus » et, Michel s’étant étonné « du désordre alphabétique de ‘liberté, égalité, fraternité’ », l’animatrice le lia « à la célébration de Darwin et l’origine des espèces », et l’expliqua par le fait « qu’il n’y a pas, au départ, de fraternité sans liberté et égalité car ce sont des valeurs politiques », Gunter indiquant pour sa part que « le mot Fraternité, plus idéologique, fut ajouté en 1848 aux deux autres les faisant ainsi tenir ensemble », Pierre « qu’il y a là une origine chrétienne », Annick le considérant « comme un supplément d’âme », Sabine « comme une éthique de l’amour par la constitution d’une famille », Irène « tel un élément de proximité entre les Hommes, perdus dans l’anonymat, bien que la révolution industrielle ait corrigé les inégalités via les impôts récoltés et redistribués par l’Etat », Linda justifiant « cet oubli par l’origine chrétienne du mot au cours de la laïcisation des mœurs ».

Nadia en fait une distinction « entre frères ennemis et les autres, mais tous dans la même galère, sauf à créer des alliances », Stéphane « entre amitié et fraternité, qui surgit en situation de danger comme dans les tranchées », Gunter revint sur « la différence entre fraternité laïque chrétienne (guerre de l’esprit) et celle de Régis Debré (guerre tactique de l’imaginaire) », Francis « sur l’incompréhension des frères (Abel et Caïn), la mort de l’égalité étant la fraternité », Michel se dit « choqué que l’on prenne le Darwinisme pour une nouvelle religion », Pierre-Yves considérait « que tout le monde était dans l’erreur, du fait que la mère c’est sûr, le père on peut se permettre de douter et, s’il n’y a plus de père il n’y a plus de frère », Loïc « que bientôt on ne pouvait plus financer la ‘sécu’ et qu’il va falloir se retourner chacun vers sa communauté (nouvelle laïcité) », une intervenante pointant « qu’il n’y a qu’en banlieue que l’on parle de ‘frères’ et on les accuse de ‘communautaristes’ », Gabriel « qu’il y a bien eu une fraternité entre Hitler et Mussolini mais que, finalement, on ne parle de fraternité que pour faire oublier ‘la lutte de classes’, la fraternité entre PDG n’étant pas une solidarité », Marlène « que jusqu’à présent l’on a eu tous le souci d’être bien placés pour y échapper mais que finalement ‘l’exclu’ nous saute à la figure », Michel II « qu’il y a, dans le livre, d’un côté la liberté et l’égalité (technique), et de l’autre la fraternité (sentiment indescriptible), un cul de sac », et Sabine « une névrose du pouvoir ».

Dans la même ligne, Roschan trouvait « Liberté, égalité, fraternité trop abstraits lorsque l’on est en crise, alors on s’accroche au rêve », Olivier opinait « que c’est la liberté (le libéralisme), qui permet de faire n’importe quoi nous opposant aux autres », Thierry évoquait « la ‘dignité’ pour surmonter la fragilité intime », Pascal transforma « la question en une équation dont la fraternité serait le troisième terme », puis Gilles déclama : « Complément d’air/ Ici et maintenant/ Proximité, champ d’honneur/ Frater, sororité/ Notre finalité/ Chemin de toi à moi, de moi à toi/ Envol de l’Humanité » et, pour terminer, l’auteur du sujet constata « que nous sommes en crise par négligence de la Fraternité et qu’il nous faut revenir à une certaine éthique, sans quoi ‘vivre ensemble’ n’est pas possible ».

Selon le point de vue, vertical ou horizontal, la Fraternité serait donc le troisième pilier ou la troisième marche du perron de la nation, suffisant pour faire croire à un vivre harmonieux, alors que les individus ne cessent de culpabiliser l’autre au nom du passé, du présent et du futur ; d’élever le relatif en absolu pour la frime de l’universel et de la morale institutionnalisée. Et pourtant, sédimentation de diverses significations qui lui donnent une valeur concrète conforme aux exigences de la raison, l’Etat est une circonstance de l’Histoire aussi imprécise que le nombre de ses républiques et constitutions, d’une valeur utopique que lui ôte toute pérennité et place chaque être dans la posture de Montaigne, citant Aristote : « O mes amis, il n’y a nul amy ».
Je me suis alors souvenu de ce petit écolier qui, ayant le devoir de faire une rédaction sur la Fraternité, demanda à son papa « qu’est-ce que c’est que ça ? ».
- Bon, dit le père. La Fraternité, en fait, concerne la devise de la République : « Liberté, Egalité, Fraternité », sous laquelle le peuple est réuni.
- Je ne comprends pas.
- Bien, reprit le paternel. Admettons le cas d’un foyer, comme notre maison, par exemple, qui serait la République. J’y garantis la Liberté d’action grâce à mon salaire, ta mère l’administre dans un souci d’Egalité par rapport à toi et à ton petit frère, qui représentez la Fraternité, ainsi qu’à la nounou que l’on peut appeler le peuple. T’as pigé ?
- A peu près, papa. Je vais y réfléchir.
Cette nuit-là, réveillé par les pleurs de son petit frère, l’enfant s’est levé pour aller voir ce qui se passait. Il a trouvé le petit gigotant dans le caca de sa couche défaite ; dans la chambre des parents, sa mère dormait à poings fermés puis, ayant regardé par la serrure de la chambre de la nounou, notre garçon a vu son père faisant l’amour avec la jeune fille. Personne n’a entendu son toc-toc sur la porte, alors il a finit par aller se coucher de nouveau.
Au matin, lors du petit déjeuner, l’enfant fit état de ses réflexions à son père :
- Papa, papa, je crois que j’ai compris la devise de la République.
Le père : Parfait, mon fils. Explique, alors, avec tes mots à toi.
L’enfant : Je pense que c’est comme ça : pendant que la Liberté baise le peuple, l’Egalité dort profondément ; le peuple se laisse ainsi abuser, et la Fraternité se trouve dans la merde.

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Besoin de personne
Ecrit par Mauvaise langue. 07-05-2009
Celui ou celle qui t'appelle un jour mon frère ou ma soeur et qui te tend pieusement la main, demande-lui un petit service juste pour voir, il ou elle ne tardera pas à te montrer son poing.

2. expat' en français : expatrié. Merci de ne pas écorcher la langue..
Ecrit par 7. 08-05-2009
Vous pouvez développer votre pensée ? J'ai du mal à comprendre les slogans. Vous pouvez traduire pour les sélénites mal intégrés ? Merci.

3. réclamation auprès de 7, qui demande qu'on n'écorche pas la langue
Ecrit par . 09-05-2009
Quand vous rentrerez du cinématographe vous ajouterez un e à bienvenu, sur la première page du site :
une faute d'orthographe rend la compréhension d'un texte plus difficile qu'une apocope utilisée par tous.

4. Je ne suis pas le burau des réclamations mais j'aime en effet le cinématographe.
Ecrit par Sélénite à Onze. 09-05-2009
Cher Onze,
Il faudrait avoir la délicatesse de demander à la personne concernée, le webmaster, de corriger cette faute d'orthographe. Quant à l'apocope utilisée par tous, elle rend le texte désagréable à lire. Pourquoi ne pas conjuguer l'utile à l'agréable ? Cela n'enlèverait rien à la compréhension du texte et ajouterait des syllabes qui font la beauté de notre langue. En voulant aller vite, on perd le plaisir de faire les choses belles. J'adore aller au cinématographe. Merci.

5. à François, voie sans issue
Ecrit par Crémilde. 11-05-2009
Un jour sans accents en France, comme ailleurs, ce sera un jour sans voix et sans voies…

La bêtise vous gagne terriblement !! Et arrêtez de parler de nos phonétiques !!… êtes-vous jaloux du charme de toutes ces intonations de voix ? ou de toutes ces vérités ?
Si vous avez que cette devise, François, il fait bon de passer sans vous voir.


6. Débats nulls, comptes-rendus médiocres
Ecrit par Michel Navré. 13-05-2009
Navrant ! Mais le problème est double :
1) Le débat a été si pauvre, l’animatrice ne trouvant rien à faire d’un sujet si important, tout en parlant beaucoup, comme d’habitude. Alors, les banalités fusent. Exemple : cette absurdité de l’ordre alphabétique de principes ou l’obsession de mettre encore Darwin dans l’affaire.
2) Le compte-rendu, qui ne va pas plus loin non plus, c’est peut-être pas son rôle, malgré tout. Heureusement il y a le paragraphe où on nous explique un peu le bouquin de Debray. Mais si la citation d’un livre est le seul élément important d’un café-philo, il doit avoir un malentendu, non ? Puis Carlos accumule les « un tel a dit ceci », « une autre dit cela », sans aucune cohérence, pour, à la fin, faute d’avoir des idées à lui non plus, il se fait plaisir à peu de frais en reproduisant in extenso une blague de bistrot de mauvais goût.
Ce qui donne le ton, évidemment. Car on pourrait simplement s’ennuyer, mais le problème est que ça a donné des manifestations de xénophobie stupide des uns et de mépris des autres. Et le niveau tombe à pique. Pourquoi ? La nature (des idiots) a horreur du vide ? Je ne sais pas. Par contre quand on a un vrai débat philo et que cela se traduit dans un compte-rendu réfléchi, on n’a pas ça. Et s’il y a de bêtises on peut facilement passer outre et le débat continue. Là on est face au vide et à la vulgarité. Plus facile à remplir d’ordures que lorsqu’il y a des pensées.

7. Et si vous releviez le niveau du débat et de cette société en général ?
Ecrit par Sophie catastrophée. 13-05-2009
Je suggère à Michel Navré de prendre sa plume pour donner un compte rendu à la hauteur de ses attentes subtiles et de prendre la parole durant les débats pour relever le niveau.
Quant au discours de François,il me choque mais n'ayant pas le courage ni ne me sentant l'aisance de lui répondre, je me contenterai de lui demander si le droit de l'étranger serait de rester bien à sa place, de dire merci et de se taire ?

8. Les araignées porte-croix...
Ecrit par Carlos. 14-05-2009
...s’apprivoisent mais ne se redressent pas ; elles ont huit pattes de trop, alors elles sont forcées de tisser de gluantes cocardes, qui comptent moins que le grisbi, et seront donc insidieusement mises un jour aux enchères, de la même manière que le label « Louvre », vendu pour 400 millions d’euros et que la marque « Sorbonne », franchisée contre 15% sur les droits d’inscription des élèves des Emirats Arabes, dans l’indifférence générale des plus fervents chauvins. Rançon de la médiocrité, le même destin est réservé à l’Ecole Militaire de Saint-Cyr comme à l’Ecole Nationale de la Magistrature, gravés pourtant, ainsi que tout le patrimoine, dans le cœur des humbles et la mémoire des métèques. Que restera-t-il de tant de chauvine faconde ?

9. Cf Article premier
Ecrit par . 15-05-2009
Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.

Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression.

Considérant qu'il est essentiel d'encourager le développement de relations amicales entre nations.
Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Considérant qu'une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.

L'Assemblée Générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

ARTICLE PREMIER
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

ARTICLE 2
1.Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2.De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

ARTICLE 3
Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

ARTICLE 4
Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.

ARTICLE 5
Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

ARTICLE 6
Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.

ARTICLE 7
Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.

../..

10. Suite code de la route
Ecrit par Café philiste. 09-02-2011
ARTICLE 8
La fraternité des frères musulmans imposera la charia aux femmes

ARTICLE 9
Les droits de l'hommistes européens n'ont aucun cours de démocratie à donner aux maghrébins.

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