La Loi et la conscience en cas de désaccord
Écrit par Carlos Gravito   
26-05-2009
 
Il y a des jours comme ça, surtout lorsqu’il fait chaud, où l’on a envie de s’interroger sans se poser de questions et ce 24 Mai en fut un, Simone ayant lancé au Café des Phares une pensée bulleuse : « La Loi et la conscience en cas de désaccord » que, tel un magicien, l’animateur Gérard Tissier a laissé fluctuer légère dans l’air de notre bistrot dialectique, tandis que les habitués mâchaient quelques remarques comme des chewing-gums qu’ils gonflaient pour les faire éclater après, en attendant la suite d’une phrase en souffrance qui, fatalement, rendait la proposition pour le moins obscure.

D’un côté, nécessité faisant Loi, il restait à savoir : quelle Loi ? Mosaïque ? Du destin ? De la jungle ? Du gang ? Puis, de l’autre côté, toute conscience étant conscience (pas savoir) de quelque chose, on se demandait : conscience de quoi ? D’exister ? Des sensations ? D’une situation ? D’un moment politique ? Quant à moi, le commentaire qui logiquement s’imposait donc à cette appréhension inexprimée était que, désaccord ou pas, face à une Loi inerte à observer dans sa froideur fut-elle démocratique, c’est à la conscience (fondement même de la pensée, tant de l’être que de l’idée), qu’il faut se fier et ne jamais transiger avec elle, sinon, comment viendrais-je à m’apercevoir de la sibylline discordance ?

L’auteur du sujet a voulu savoir « que fait-on devant l’actualité d’un problème où la conscience et la loi sont en désaccord, comme il arrive avec le travail de jour ou de nuit ? C’est à se demander pourquoi tant de gens respectent la loi ; sont-ils pervers ou lâches ? » Alors, l’animateur se prononça « pour un éclairage de la loi face à la conscience morale ». Se référant à Tocqueville, un participant attribua « la disparition de certaines libertés à la rupture entre la société aristocratique (fière) et la démocratie (obéissante) d’où une loi plus totalitaire », Britt prit « l’exemple de Kant qui, réfugié chez lui, a dû s’adapter comme les résistants à toutes les circonstances et prôna un consensus minimal pour vivre ensemble, encore actuel dans les entreprises, confrontées à des différentes lois, contrats et plans sociaux », Roschan établit « une relation avec la culpabilité qui nous rend malades au point de nous laisser psychanalyser pour tout et pour rien », Sabine faisant un lien « avec l’intrusion du milieu médical dans le quotidien, en raison de la profusion de lois qui se mélangent justifiant la disparition de la conscience ».

Christiane souhaita alors « que l’on définisse le concept de loi (votée en démocratie) par rapport à d’autres (comme la divine) qui ne doit pas être transgressée », Daniel considéra « l’importance morale de la conscience, qui intéresse plus les truands que la police, la loi étant une condition nécessaire pour assurer son bonheur et sortir de sa condition, le cas contraire étant la guerre de tous contre tous », et Marie-Sylvie objecta « que nous sommes disposés à mettre en cause le bien fondé d’une loi par notre conscience, sans nous questionner sur la pertinence de celle-ci. Pourquoi faire plus de confiance à l’une qu’à l’autre ? Comment cela se justifie-t-il ? ». Michel admettait « qu’un soldat puisse désobéir à un ordre choquant ou des médecins au refus de l’euthanasie », Marc II « qu’en matière militaire ou d’immigration, ce qui est injuste pour l’un ne l’est pas pour l’autre », et Simone rappela « qu’au fond, le problème qu’elle avait voulu poser était celui de l’obéissance, auquel Freud s’était confronté avant la dernière guerre, obéir ou se sauver si la loi ne le protège plus ». Daniel entendit que « l’idée de Marie-Sylvie était que l’on fasse une phénoménologie de la conscience morale et de la transgression nécessaire, un dilemme comparable à celui d’Antigone et à la théorie de Lévinas qui attribue la force de l’interdiction de tuer au visage de l’autre, bien différent du code de la route ou des impôts, optant donc pour le choix de la loi qui s’impose à moi », Gabriel II a voulu « évoquer la loi juste en opposition aux ‘lois scélérates’ dont le principe est de produire des milliards de marchandises qui provoquent un dérèglement général avec des conséquences morales graves » et, « un lait de liberté l’ayant nourri, Pierre-Yves s’inscrivit  en faux envers Daniel, posant le choix avant l’obligation, objet de divers conditionnements », quelqu’un d’autre ayant observé ensuite que « la loi ne peut pas obliger à obéir celui qu’elle exclut », l’intervenant suivant faisant remarquer « que Hitler est arrivé au pouvoir démocratiquement, qu’avec un Dieu unique la religion juive a inventé une morale universelle, que le Christ, avec le ‘donnez à César ce qui est César et à Dieu ce qui est à Dieu’ a créé l’état moderne, mais que la loi républicaine n’est pas plus juste pour autant », Alain « que ces concepts avides de légitimité morale, politique et sociale tournent en schizophrénie, transformant les problèmes philosophiques en problèmes psychologiques ». Puis, Simone loua « la mobilisation des consciences en faveur de certains droits comme celui de l’avortement », Daniel s’en prit à Pierre-Yves « répétant que la loi individuelle ne peut pas aller à l’encontre de la loi universelle tant qu’il n’y a pas de cas de conscience propre à quelques-uns », Pierre-Yves s’en défendit, arguant « que, très différents l’un de l’autre, le collectif ne peut pas exister sans l’individuel, lequel dispose de la faculté de désobéir », et Gilles ponctua enfin : « Esprit des lois/ De la lettre des lois/ Cadre juridique/ Si c’est la liberté qu’il affirme/ J’obéis mais je ne suis pas d’accord/ La loi ou sa transgression/ Faire de la libération une finalité ».     

« Se demandant, pour terminer, s’il est possible d’échapper à la conscience de groupe par la conscience personnelle », Simone confia « avoir mal posé le problème », mais, même s’il était trop tard pour roquer, on a enfin compris qu’il y était question du silence des agneaux.

C’est toujours la même histoire : le roi va nu. Le plus difficile est de recueillir les voix mais, celui qui succombe à la douceur du chant des sirènes démocratiques, est co-souverain. En son âme et conscience il approuve et signe des centaines de milliers de Lois (que « nul n’est censé ignorer »), sanctionnées par la force publique une fois publiées au « Journal Officiel ». Or, « le plus grand malheur des Hommes c’est d’avoir des Lois plus un gouvernement » (Chateaubriand), qui sont toujours en désaccord. C’est aussi ma plus intime conviction ; on ne se pose qu’en s’opposant et j’assume. De « oboedire », « obéir » consiste à « se soumettre à » et, dès lors, conscient que ce qui peut me permettre d’être heureux, selon mes désirs, ne vient certainement pas de l’extérieur, je refuse d’héberger la police à l’intérieur de moi-même.

Echafaudées par la pensée, il y a des Lois qui prescrivent pour les coupables les mêmes souffrances qu’ils ont infligées à leurs victimes et, confortés par un ensemble particulier de représentations, des tortionnaires exécutent consciencieusement leurs sadiques besognes. Pas étonnant donc que, à l’abri d’une part d’ombre créée par l’interprétation, une certaine stratégie d’accommodation, voire d’assentiment, soit adoptée par « l’être-là » vis-à-vis de la peur, disons, dès qu’un manque à être, réel ou imaginaire (en tous cas un afflictif rapport au néant), l’éloigne de soi et le rend obéissant comme un chameau, un échec dans la dialectique du « maître et de l’esclave » suppléé par la Raison qui, comme on sait, peut tout justifier (le Bien comme le Mal), caractéristique des belles âmes, dont l’idéal abstrait est une bulle vide. La conscience en soi n’ayant pas de contenu, c’est de cette indétermination qu’éclot le monde, une comédie ou une tragédie selon la sensibilité de chacun ; cela m’est égal que ça désole ou console, raison pour laquelle me faisant, honnêtement, une loi de désobéir à la joyeuseté de la Loi, je ne compte que sur la puissance de choix dont je dispose et, anticipant l’avenir, retiens l’expérience vécue du théologien Martin Niemöller, traduite dans son poème :
 
« Lorsqu’ils sont venus chercher les communistes
Je n’ai rien dit ; je n’étais pas communiste.
Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n’ai rien dit ; je n’étais pas syndicaliste.
..............
Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs
Je n’ai rien dit ; je n’étais pas juif.
Puis, lorsqu’ils sont venus me chercher
Il ne restait plus personne pour me défendre ».

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. La loi et la conscience en cas de désaccord
Ecrit par Hamm Robert. 28-05-2009
Le propre du citoyen est d'obéir à la loi....A la loi morale,bien évidemment,celle qui lui enjoint de ne suivre que sa conscience même si elle n'existe pas....

Mais comment pourrait-elle bien être si elle n'existe pas?.....

Il s'agit,là,bien sûr, d'une utopie,d'une impossibilité de fait,sans doute....

Car il ne peut être question que de la Raison,bien sûr.....

Comme Souverain-Bien elle juge de chaque chose en toute équité,comme elle le peut....
Elle peut se tromper,là est son destin,aussi....

Mais elle peut enjoindre,de même,le contraire... de ne pas juger,ne pas condamner....
De cette manière peut-elle plaider la prudence, la clémence, ou même la relégation
délibérée...

Elle sait que notre vie n'existe qu'en fonction de sa durée,que nous n'avons que celle-ci,en conséquence....
Il faut savoir apprendre de ses propres erreurs....

Et qui sait cela contribue à l'édification d'une conscience universelle,d'une Raison
valable pour chacun,peut-être....

Ainsi l'espérance comme lumière d'un avenir incertain ou comme flambeau de la vie dans le présent est la loi de l'âme humaine....Loi qui nous permet de vivre,d'espérer....

Ne laissez donc point éteindre cette faible lueur, mais plutôt conjuguer ou inventer la loi de la conscience,cette présence fidèle et introspective qui ne se trompe jamais....
Conscience ou présence de l'esprit,Paix universelle,vérité pour tout ce qui est....
Telle devrait être la LOI,l'unité au centre de toutes choses.....

Ainsi peut-on comprendre qu'un désaccord entre loi et conscience ne peut être qu'un accident....Un apparu avec le temps,les hasards et les accidents....

Ainsi l'histoire des lois n'est que celui de ses échecs,des impondérables de la raison humaine....
Autrement,peut-être, est celle de la conscience.Invention préméditée ou produit accidentel du hasard,résultat d'une révélation religieuse ou réaction psychique,résultat de nombreux exercices psychiques,présence du collectif au niveau individuel,peut-être,même....

De toute manière une conscience est toujours le résultat d'une histoire,une synthèse
historigraphique....
Ne fait pas ceci,ne fait pas cela....
Mais fait ceci....

Mais là,déjà, se montre le cadre très étroit de la compréhension individuelle,ses limites....
Or la conscience,comme la loi,obligent à une vision "objective", une donc bien au-delà des particularités individuelles et arbitraires qui encadrent chacun ,qu'il le veuille ou non....
Car personne n'est sensé obéir à une loi qu'il ne comprend pas ou de faire ce qu'il
ne veut ou ne peut....
Ainsi obéir à la loi de l'interdit n'oblige aucune conscience,ni même un intérêt pour celle-ci.....
Il suffit,ainsi, de croire en la Paix comme loi suprême,unique,valable inconditionnellement....et pour toujours...

Garder son calme,entrer en soi,rester dans un équilibre parfait entre présence et neutralité: voilà,à mi chemein entre Loi et conscience: la voie éternelle.....

Là ou Loi et conscience sont la même chose....

2. La Loi et La conscience', en cas de désaccord, Gérard Tissier
Ecrit par ROCA. 02-06-2009
La Loi et La conscience', en cas de désaccord, Gérard Tissier,

" L'esprit des Lois " ... L'esprit, de La Lettre ... des Lois, Le cadre juridique ... de L'Institution,
face' Au tableau Légitime ... de La conscience', en son' Âme' et conscience', intime ... conviction,
La représentation, du droit, face' À La conscientisation, du monde ... L'Autre ... Soi, son' humanisation,
si ... " c'est La Liberté qui opprime', et La Loi qui Affranchit ", Lacordaire, " La Liberté
du renard Libre, dans Le poulailler Libre ", c'est La Légitimité
de La conscience ... qui peut primer', et L'emporter,
sur L'illégale ... Loi, Vichyste ... de Vichy, si L'on considère ... cet' exemple ... pointé,
" j'obéis, mais je ne suis pas d'Accord " ... non !, je ne suis pas d'Accord, donc' je désobéis ... non ?
La prise de conscience ... de La Liberté, " Justice ... Vérité, quoi qu'il doive' en coûter ",
T C, et de L'égalité, est plus' importante ... que sa Légalité, L'accorder'...une Loi, Avec cette conscience',
une', et, universelle', ou ... s'opposer' À La Loi, en son' Âme' et conscience,
planétaire ... Le sel, de La Pensée, Parole', Action, ou omission, de conscientisation,
de La Loi, ou sa transgression, une nécessité, de L'humanisation, de sa Libération,
une finalité, règle ... béquille ... que La Loi,
c'est La conscience ... qui fait Loi ! " Jeu " de Lois ...
d'écriture ... d'élite ... de ...mains,
Aujourd'hui, de désordre', établi, ordre ... jeu de Vilains,
en Lieu et place de La conscience ... Le " Je ", personnel, collectif, du Lien,
Le," Cordien, nœud " ... cordial, convivial, sororien,
fraternel, de La conscience, une', et, universelle, qui Vient, Loi des'...accords, du Lien,
en cas de désaccord, Avec La conscience ... qui Vient,

désaccord Loi / conscience,
des'...accords Loi - conscience', Alliance ... Loi - conscience',
Alliance ... Loi - confiance, Gilles Roca,

Cas-fée-Philo des Phares, en ces-jours de Prairial, 24' mai 2009',
Loi de conscience phare cordial, convivial, des' Accords, toujours neufs, G R

3. ah oui, vraiment?
Ecrit par profilactique. 04-06-2009
je lis sous la plume d'un apparent éditorialiste ( carlos );"Echafaudées par la pensée, il y a des Lois qui prescrivent pour les coupables les mêmes souffrances qu’ils ont infligées à leurs victimes et, confortés par un ensemble particulier de représentations, des tortionnaires exécutent consciencieusement leurs sadiques besognes."
De quoi s'agit -il ? d'une réminiscence de la loi du Talion? Il parle de la France Plus loin ; "Suppléé par la Raison qui, comme on sait, peut tout justifier (le Bien comme le Mal),caractéristique des belles âmes, dont l’idéal abstrait est une bulle vide" Mais alors, si la raison peut tout justifier , qu'est ce qui justifie une telle assertion ?
Faut il prendre cela au sérieux ou faut-il attendre de mr Carlos qu'il produise des oeuvres un peu plus argumentées pour que l'on y comprenne quelque chose.


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