On rentre dans l’art par les sens et on y reste pour l’indécence
Écrit par Carlos Gravito   
21-06-2009

 

 « Yes ! Weekend ! » Rarement une fin de semaine ne fut si fertile en événements. Entre le 6 et le 7 Juin, une bonne partie de nos concitoyens ont rejoint « Obamabeach » pour célébrer le 65ème anniversaire du Débarquement, d’autres se rendirent aux finales de tennis à Roland Garros et de rugby au Stade de France, 40% des électeurs empruntèrent le chemin des urnes pour renouveler les locataires du Parlement Européen, huit millions et demi de mamans furent honorées par leurs bambins, et il restait encore une soixantaine de mordus pour se retrouver au café des Phares, afin d’éclaircir une étrange proposition de Nadia, « On rentre dans l’art par les sens et on y reste pour l’indécence », sur laquelle l’animatrice Sylvie Pétin a trouvé bon de s’interroger.

Ayant connaissance, comme tout un chacun, de la « Pissotière » de Duchamp et de la « Merde d’Artiste » de Piero Manzoni, c’est surtout la posture impudique qui m’a interpellée, ainsi que « la mise à mort de la beauté et de l’esthétique », je rappelle toutefois que Marc Goldstein fit, le 18/11/07, un excellent article sur le débat « Art et évolution », un panaché que Monsieur François Dagognet composa et orienta à partir de deux questions posées par Yves et notre inénarrable Nathalie, Daniel en étant l’animateur. Mais, revenant au 7/5/09, je me posais la question de savoir si, appliquée à l’esthétique, il y avait quelque part une correction morale à observer, lorsque l’auteur du sujet se dit « intriguée par l’‘indécence’ qui n’est pas forcément visible ; si elle reste derrière qu’est-ce que ça recèle ? » et que l’animatrice avoua « avoir choisi le sujet pas forcément pour la peinture mais pour l’art littéraire ». Sabine observa alors « qu’à la limite il faudrait aller vers les sens pour s’y retrouver », Georges fit remarquer « que l’être est ontologiquement lié à l’esthétique (‘aisthêta’), d’où le rapport entre sens et sensation mais, pour l’art moderne, l’indécence rompt avec la ‘doxa’ », Sylvie y ajoutant « que les premiers hommes sont rentrés dans ‘l’art rupestre part le ressenti ; à quelle sorte de ressenti voulaient-ils répondre ? », à quoi Pierre-Yves se proposa de donner « une version plus séduisante : ‘errare humanum est, sed perseverare diabolicum’, faisant dériver étymologiquement ‘Art’ de Artos, sensation esthétique du chaos et de l’artifice, d’où ‘artisan’ et la résistance à tout ce qui passe », l’animatrice y voyant une piste intéressante « l’artisan resterait dans le ressenti et l’artiste dans l’indécence, d’abord ».

Nicole entendait « que l’œuvre d’art dérive de l’idée et le rapport à la sensation (émotion) vient de celui qui regarde » et, « pensant à la grotte de Lascaux, Martine y envisageait un lien au sacré, quelque chose de sublime s’inscrivant dans le temps pour y demeurer représentant l’idée de ‘héro’ », alors que plus prosaïque, Roschan « y voyait un moyen de faire de l’argent aussi bien pour l’artiste que pour l’artisan », l’intervenant suivant estimait « que c’était une façon de laisser sa trace », un autre « qu’à notre époque, les ventes des artistes par Internet, c’est l’indécence en soi », Michel réagissant « car d’autres ne survivent pas en raison du piratage » puis, Sabine ayant rappelé « l’authenticité », Sylvie trouva là « une nouvelle voie pour vérifier, cette fois, la relation entre l’art et le beau », Nadia notant « que l’art est quelque chose de ludique et d’universel, fascinant par la réconciliation entre le culturel et la pulsion refoulée », ensuite Georges rapporta « la boutade de Roland Barthes ‘l’art n’est pas d’exprimer l’inexprimable mais d’inexprimer l’exprimable », poursuivant « que la banalité est la seule façon d’échapper à la représentation du banal produit par les medias, l’école, etc. ». Alain demandant « d’où vient le dérapage de l’indécent dans l’exhibition de puissance de la forme ? Du spectateur ou de l’artiste ? », Michel sembla penser que « dans un musée, il a assez de marge pour l’indécence ou le cliché,  le corps de l’observateur ayant tout le loisir de se mettre à parler » et, « reprenant l’énoncé », Marie prétendit que « si l’on rentre dans l’art par les sens et que la création est mise à nue, il y a là invitation à la transgression, indécence donc, comme dans l’Opéra Don Juan, alors que l’obscène est du vulgaire ». Se déclarant « peu sensible à l’art,  Olivier s’interrogea sur l’art et l’artifice, liés à des systèmes et des codes qui évaluent ce qui est art et ce qui fait sens dans les besoins de l’Homme, l’artiste signant son œuvre, l’artisan ne le faisant pas », quelqu’un, côté terrasse, préférant « ‘indicible’ au lieu d’‘indécence’ car, songeant au couple infernal formé par les Utrillo, mère et fils (exposés à la Pinacothèque de Paris), on voit comment l’émotion la plus intense aiguise l’observation », « pensant à l’urinoir (pas vraiment sublime), Yves opina que les artistes aussi perdent de leur sensibilité, une décadence qui marque la fin d’une civilisation et le début d’une autre », Christiane célébrant enfin « les œuvres qui, dans toutes les civilisations, résistent à l’épreuve du temps et, ne voyant rien d’indécent dans ‘L’origine du monde » de Courbet, trouva la phrase assez absurde ».

Tout Art ayant été passé en revue, il ne manquait que la poésie. Gilles s’en chargea : « On entre dans l’Art/ Par l’amour des sens/ Les sens à nu, la sensibilité à l’écoute des Muses/ Ô mon ailleurs/ L’art n’a pas de frontières/ Racine des ailes/ Tendance du sens », et Nadia termina affirmant que « mise en abîme, l’Art nous incite à la transgression et, comme disait l’autre jour Albert Jacquard, ça nous invite à progresser dans notre humanité ».

On l’a déjà souvent répété, l’Art (« l’ars » latin) est un « don ou talent» qui diffère du « savoir faire » (« tekhné » grec) mais, une fois dit ça, l’insinuation reste entière : où est l’indécence, bon Dieu ? Dans la façon de voir ou dans ce que l’on montre ? Une certaine réserve est à observer, quelque part ? Bien que philosophiquement liés, tous deux (talent et savoir) sont utiles à l’Homme... en s’opposant ; la science conçoit des théories et l’art réalise l’individu. S’il signe son travail, c’est pour le distinguer des autres, mais cette identification ne confère pas sa valeur à l’œuvre, elle a plutôt le sale effet de créer un pervers Marché de l’Art qui dévoie très souvent la portée plastique, la mode procédant alors à la séparation de l’idée et du faire. C’est peut-être ça qui est choquant toutefois, on dit que « c’est celui qui se brûle le cul qui doit s’asseoir sur les cloques ».

Liée directement aux perceptions, une force capable d’émouvoir peut transformer l’âme et pas simplement l’extasier. Mais elle n’est pas plaisir ; elle le dépasse et cesse même d’être émotion pour devenir un jugement esthétique. Le scandale est que, englouti par le goût dominant d’une inespérée manne financière, la flatterie brouille toute visibilité, malmenant sans vergogne le sens du sacré, la captation du regard par de simples « Situations » devenant l’essentiel. En effet, dans la frénésie de créer les absurdités les plus ensorcelantes, en réponse à un manifeste déficit de candeur, au-delà d’une certaine ‘cote’ toute œuvre sortie des mains de l’Artiste n’a plus à être belle, la seule chose qu’on lui demande étant de faire sens, le sens d’un investissement intéressant et il faudra donc se rendre à l’évidence que, comme le déplorait Hegel, « l’art est devenu quelque chose du passé ».

Poursuivant pourtant les envoûtants défis à la pesanteur, l’architecture ferait, peut-être, exception, si sa folle témérité ne devenait la stérile théâtralité d’un objet en guise d’harmonie, retombant dans l’irrationnel, dès qu’elle retranche certaines catégories de gens du milieu où la vie n’est pas vécue telle que l’architecte, enchaîné exclusivement à la performance passive et divertissante, a imaginé leur habitat. Mais, puisque la grille de lecture d’un chef-d’œuvre n’est plus le Beau, devons-nous nous soumettre aux nouveaux codes de la communication, soutenus par les Etats et les grands groupes financiers : les accumulations gigantesques, les expansions d’indécence, l’installation de la mort, autant de défaites sonnant tel un appel à l’adoration du « Moi », messager de toutes les horreurs, bizarreries et excentricités qui, entre innocence et exhibition, émotion et provocation s’acharnent à scandaliser, à provoquer sans réserve, afin d’exorciser un réel dont il ne reste que l’ennui, sa seule substance ? Or, l’artiste ne s’amuse pas et ne fait pas de spectacle (encore plus percutant s’il est indécent ou fondé sur des a priori opaques qui lui conféreraient le statut d’Art), sachant que dans ses fantaisies, comme souvent en philosophie, l’imagination ne sacrifie pas à des lubies ou des formules. Ce sont des beaux rêves ; des aspirations du désir.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. On' entre dans L'Art par Les sens', et L'on' y reste pour L'indécence, Sylvie Pétin
Ecrit par ROCA. 22-06-2009
On' entre dans L'Art par Les sens', et L'on' y reste pour L'indécence, Sylvie Pétin,

On' entre dans L'Art par L'un ...des ...sens', Artisan, " Origine du monde " ... qui est création,
Art pensant, produisant, pensé, re-produisant, dessein ... À nu, qui révèle ... tout', expression, pro-création,
re-production, transmission, transgression, éthique ... d'esthétique', et ...toile ... L'Accessible', Art, tension Vers, Art, Accès À ... L'indicible', impossible', ou, L'incompréhensible', un regard, expression,
À L'écoute ... des ...sens', regard, révélation, regardant, L'un ...des ...sens', originalité, d'origine', inconfort, mise' en' Abîme', Abysse', Art, qui prime ... prémice', un senti, ressenti, de sensations, de sensibilité, rapport ... Aux sens', essence ... des, cinq', sens', indécence ... de mise' À nu, du Sens', Art ...
est passeur, explorateur, et, éclaireur, et, transmetteur, hors Langage', en partage', œuvre d'Art,
Accompli, en recherche', Aboutie, de muses' ... en musée, rêve ... réalisé, jusque dans son Lin ...seul, où L'Art ... reste ... demeure, Stendhal, oh !, mon' Aïeul ... " L'Âme' et La musique " ... " des beautés nouvelles " ...
" petite musique' de nuits ", racines' ... Ailes, d'Aventure, ... sans frontières, " car, L'Art,
Lui, n'A pas de frontières ", Fernand Reynaud, " joindre L'utile' À L'Agréable ", Art est racines' des' Ailes' ...
et ...mouvant, sable', Art est souffrance ... chemin, Passion, dont La fonction ...
est de nous révéler ce que Malraux Appelle ... " La part nocturne ... du monde " ...
qui nous fonde ... que L'on fonde ...
sublimation,
mêlée, d'émotion, démêlée, de Camille ... " Cinq-Sens ",
où cigalent ... fourmillent, un ...des ...sens', et, cinq' sens', en musique ... Le Sens', L'indécence ... du Sens',
Gilles Roca,
Cas-fée-Philo des Phares, en ces-jours de Prairial, 7' juin 2009',
et, de L'Art, un ...des ...sens', et phare', et convivial, du Sens', mis' À nu, mis' À neuf', G R

2. L'art décence
Ecrit par . 29-06-2009
On entre dans l'art par l'un des sens et on y teste tous les autres.

3. Ressentir le beau
Ecrit par Blue Valentine!. 15-08-2009
Vous regardez une peinture de Delacroix, il y a un viol et 20 personnes au moins qui se font égorger, et vous vous dites "comme c'est beau"!
A l'évidence ce n'est ni le viol, ni les égorgements qui sont passés par les sens, c'est autre chose. Qu'est ce qui est ressenti, pressenti et qui nous fait dire "comme c'est beau"
Par quel(s) sens éprouve t-on l'harmonie, qu'est ce qui est profondément en résonance à ce moment là? Dans l'être-là?

4. J'entends passer l'art...
Ecrit par Crémilde. 03-09-2009
Pour moi, je rentre dans l’art par la sinueuse route d’une émotion qui engendre l’expression d’une pensée, ou en d’autres termes, -les miens évidemment-, par une vérité en générale à travers un mensonge particulier. J’y reste pour ne penser à rien, avoir une âme à moi et intégrale. J’y reste pour vivre intimement le flux et le reflux de la vie, par indécence aussi et dans tous les sens du terme.

5. Non, c'est vrai ?
Ecrit par Red Valentine!. 03-09-2009
ah bon ? Et ben, ça alors !

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