Penser une chose est-ce contribuer à la réaliser ?
Écrit par Carlos Gravito   
22-06-2009

 

 Journée mondiale du don de soi, sous forme d’hémoglobine, le 14 Juin a été le jour que choisit Charles pour solliciter des habitués du café des Phares leur proverbial dévouement, histoire de sonder son idée : « Penser une chose est-ce contribuer à la réaliser ? » et l’animateur, Gunter Gohran, ayant fait état d’une réflexion de Christian Godin, « n’importe quelle question, même naïve, mérite que l’on s’y attarde » (« Petit lexique de la bêtise actuelle »), l’auteur du sujet, « tout en se montrant circonspect sur l’interrogation, l’attribua à Alain Mink, qui veut nous faire croire à la sortie de crise ».


« Celui qui pense est un être étrange, inquiétant, suspect... », a dit Anatole France ; d’un autre côté, « toute la dignité de l’Homme est de penser et son devoir est de penser comme il faut », rappela Pascal. Alors, ayant appris à penser avant de parler, sans se montrer avares de leurs opinions les plus hardies, les amis des Phares sortirent de leurs réflexions pour les exprimer, combinant les jugements respectifs, à commencer par Michel « car le sujet lui faisait penser aux prédictions auto réalisables, en cercle vicieux », Pierre-Yves  lui succédant pour dire « que penser les choses c’est les faire, mais que tout dépend du penseur ; que et comment pense-t-il ? Ça dépend aussi des quatre états : veille, éveil, sommeil et hypnose, celui-ci transportant la pensée en dehors d’elle-même pour la réaliser (deuxième axe à laquelle se heurte le penseur, le troisième étant  le réel en soi) », suivi d’Alexandra qui souleva « le problème du sujet qui adhère à l’objet, y subodorant une interrogation sur la transcendance/immanence s’il se met à la place de Dieu (la Pensée et l’Etre) », Georges préférant « établir d’abord la distinction entre l’espace de la pensée et celui du vivant, plus perturbant parce que partagé en ‘virtuel’, ‘langagier’ et ‘vécu’, avant de passer à son actualisation », et Nicolas entendait, tout bonnement « que penser, c’est avoir un projet », tandis que Marie se demandait « si réel et réalité ne sont pas la même chose, car on ne peut pas tout penser et que, arrivés à la réalisation, nous sommes obligés de penser autrement », Michelle  étant d’avis « qu’il faut penser en termes d’espace ; entrer d’abord dans la réflexion pour passer après au détail, laissant toute liberté à l’imaginaire ».


- Penser une chose, fait que je me réalise, moi, et pas la chose ; c’est ça ?, commenta Gunter, sans obtenir de réponse.
S’appuyant sur « ‘Le triomphe de la Volonté’ de Christian Godin et ‘Storytelling’ de Christian Salmon, Britt revint alors à Alain Mink et à sa façon de nier la crise mettant le symbole à la place du réel », Marlène supposait « ‘penser’ comme compréhension d’une situation donnée avec des nouveaux éléments », Roschan compensa « la position de Dieu, avec celle du Diable, une chose étant ‘penser’, l’autre ‘réfléchir’ », Simone, « retournant aux ‘fondamentaux’, s’interrogeait sur ‘ce qui est pensable’ dans la réalisation de l’imaginaire : (petites questions ou grandes émotions ?) », Milo se référa « à la réalisation ‘a-causale’ de la pensée créatrice de tout ce qui surgit et dont nous sommes responsables même sans nous en apercevoir », Annick eut « une pensée pour les Utopistes, de Da Vinci à Jules Vernes et au chocolatier Meunier », Alain s’interrogea « sur la continuité ou discontinuité, de la conception au projet », André convint « que la pensée est quelque chose d’intime, pas en interaction avec les autres, sauf lorsque l’on passe à l’action », Gabriel s’est rappelé « un jeu d’enfance où l’on ‘ferme les yeux, on pense fort à quelque chose et elle se réalise’ », Suzanne (de Narbonne) souligna « l’interaction permanente entre ‘penser’ et ‘agir’ », Christine pointa « que penser est ‘organiser’ et fait partie de notre humanité », un autre intervenant notant « que c’est un rapport entre le cerveau, qui conçoit le plan, et la main qui le dessine ; que la mondialisation crée de la richesse, mais la démocratie la détourne de son but ».


Ensuite, Britt qualifia « d’intéressant le fait d’introduire dans le sujet le mot ‘contribuer’, qui permet de réfléchir à la façon de passer à l’action (portée par le ‘ménagement’ et le politique), comme on l’observe dans le processus qui conduit de Luther King à Obama, des exemples positifs, alors qu’il y en a des négatifs, tel celui d’Hitler, quoique ce soient les populations qui se laissent souvent bercer », Martine établit un rapport « entre ‘pensée’ et ‘réalisation’ relevant dans le discours d’Obama, au Caire, une façon de penser un monde possible, tandis que l’Occident se fige dans une certaine idée de l’Islam et l’Islam de l’Occident », Michelle voulut « parler de la richesse de la pensée positive, qui crée l’action, repoussant la pensée négative ou le refus de se mettre ensemble », Gilles étala le brio de ses vers : « Penser ce que l’on fait/ Faire ce que l’on pense/ Parole et acte à réaliser/ Pensée libre, des livres/ Pensée éveil, un secret qui se crie/ Etre blessé, humanité/ Y accéder ! », après quoi Irène « a parlé de l’intuition, l’irrationnel devançant le rationnel, comme le dit Einstein : ‘La théorie précède l’expérience’ », Charles concluant « que le débat fut riche, grâce à la culture de Gunter et à sa rigueur germanique, ajoutant que, lui-même, il a plus peur de l’ordre que du chaos, lequel d’après Nietzsche, ‘permet de voir une étoile qui danse’, et l’animateur rappela, pour terminer, « que rien ne nous est garanti, mais que l’imaginaire radical peut rendre intelligible ce qui est ».


 Encore une fois, entre « logos » et « doxa », on constate qu’en général il nous est permis d’exprimer les opinions les plus diverses au sujet de toute chose et ne réfléchir sur aucune ; toutefois, n’étant soumise à aucune obligation de résultat ou besoin d’indemnité, la pensée reste ouverte à l’art, à l’imaginaire, au rêve, à la divagation, et même à l’absence, un minimum syndical pour ne pas cesser d’être.


Cinq mots qui excluent toute réalisation, « je pense donc je suis », ont suffit à Descartes pour, dans cette matière, dire tout haut ce que chacun pense tout bas, i.e. l’évidence « d’être-là » opposée à tout déni de naissance, « penser » ayant tout juste la connaissance comme but, c’est-à-dire, appliquer son esprit à considérer un objet concret comme le lendemain, par exemple, en prévision d’une action éventuelle. Comme ça, je songe à régler mon réveille-matin pour qu’il sonne à une certaine heure, car je doute que ma seule pensée me sorte du sommeil à l’aube. « A quoi tu penses ? », me demandait ma mère, « à rien », lui répondais-je ; « ce n’est pas possible, on pense toujours à quelque chose », insistait-elle. Et non ; la réalité est que l’on pense comme on respire, sans se soucier de la qualité de l’air. L’avenir est ce qui n’existe que dans nos pensées mais, si toutes les spéculations qui passent dans nos têtes bénéficiaient d’un soupçon de réalisation ou de visibilité, nous serions bien embêtés. En effet, à côté d’édifiantes réflexions, poétiques inspirations ou de prosaïques calculs de subsistance (qui, pour se réaliser, demandent des projets fiables, une sensibilité lyrique, une tenace disposition), que de velléités, mesquineries et rancoeurs affectent nos consciences, mobilisant la sottise, l’ineptie, l’aberration... Au lieu du sublime, que de bassesses.


Enfin, tout ça ne sont que des manières de penser inhérentes à l’existence, bien que pas forcément nécessaires alors, terminée notre polémique, bon nombre d’entre nous se sont déplacés ensuite à l’Entrepôt pour assister à la projection du film de Fabienne Godet « Ne me libérez pas, je m’en charge », suivi d’un débat animé par Daniel Ramirez. On a pu approcher ainsi le témoignage d’une pensée écorchée puis patiemment reconstituée, celle de Michel Vaujour, qui a conclu, en somme, que la pensée ne scie pas les barreaux de la prison ; pense-bête, rappelant ce que l’on a projeté de faire, elle permet à peine de s’évader.


La fraîcheur de ses propos m’amena à considérer que « Penser », selon Hegel, est pour l’Homme une « façon de faire ». « Faire », certes, mais « faire un ‘être pour soi’, c’est-à-dire, se donner une conscience » ; il s’agit d’une activité cognitive et non volitive. Or, dans son constant appel à la « pensée désirée », l’argutie du philosophe  prend sa propre voie pour un gouvernement de la pensée, au lieu d’un art de vivre, et fait de la sagesse un savoir bien aligné sur les tombeaux du passé, une spécialité comme les autres qui me charme autant que celle de mon garagiste. Sentant venir le « contrôle technique », je lui ai laissé l’autre jour ma voiture, afin qu’il revît son système de freinage. Lorsque je l’ai reprise, il me dit : « Je n’ai pas réussi à ajuster vos freins, alors j’ai pensé augmenter le volume du klaxon ! Ça doit aller. »

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Penser ce que l’on fait/ Faire ce que l’on pense/ ??... de Gilles Roca
Ecrit par Crémilde. 23-06-2009
Penser ne me paraît pas être de l’immobilisme ; penser une chose est une sinuosité et ce mouvement est versé vers une réalisation, qui peut être de construction ou de démolition.
Cette réalisation peut être un acte vivant ou non, visible ou invisible, pourquoi pas envers soi, -d’accomplissement par exemple- ou vers l’extérieur, où la confection d’un ordre de pensées vise à un dénuement de la pensée.

… « l’on pense comme on respire, sans se soucier de la qualité de l’air …. », nous écrit Carlos. Certes, mais, ou sauf… quand l’air nous manque.

Même si la pensée n’est pas permanente et le penseur non plus, est ce le penseur ou la pensée qui ajuste, qui modifie, qui réalise ?
C’est important. Il est important de découvrir si le penseur voit qu’il est limité, ou si c’est la pensée en tant qu’idée – l’idée étant de la pensée organisée – qui pense qu’elle est inerte ? sachant que la pensée est énergie.

2. Penser une chose,est-ce contribuer à la réaliser?
Ecrit par Hamm Robert. 30-06-2009
Il faut toujours se méfier du"je voudrais bien savoir" en son sens oblique, en ce qui permet d'éviter le:qu'est-ce que penser?

De cette manière,matérialiste,voudrait-on éviter la question de l'essence pour mesurer l'arbre à ses fruits....
Qu'est-ce qui est pensé?quel en est le résultat

Pour,au moyen d'un mouvement récurrent mais progressif arriver à une sorte de causalité cognitive,un moyen sémiotique en indiquant le pouvoir....

Ce n'est pas que,de toute manière,s'agissant de la chose,l'intention par rapport á l'objectif n'est pas suffisamment direct mais,aussi, que la détection du pouvoir cognitif n'est qu'une hypothèse....

Bien loin de moi,ainsi,l'impression de vouloir,peut-être, détourner l'attention de
ce "QU'EST PENSER"...Un art,une technique,une illusion(?)
Mais la manière dont la pensée "réalise ses objets" n'est,bien sûr,qu'un "sans rapport avec celui des sens....
Bien que là,aussi,d'un point de vue "théorique".....

Finalement le problème,ici,comme d'habitude,restera simple si ses solutions doivent être complexes et inversement....


Inversement la pensée "libre" de complication que faire de l'authenticité du trouvé,du "c'est ainsi...."

Ce qu'elle cherche donc est sa propre réalisation,l'objet donné n#étant qu'une étape en ce sens...
Sous cette forme la pensée est male définie comme serveuse"d'une réalité bien cuisinée..."

Que ce soit ainsi ou presque n'est pas central....

Ce qui compte c'est le caractère décisif de l'explication,la portée opérative du résultat....

Ainsi la pensée doit,au lieu de chercher à tord et à travers "au milieu d'une multitude
de possibilités ou bien trop étroites ou bien sans perspectives,... se donner sa propre règle.....
Règle délibérée,forgée par soi-même pour une cognitive ....

Ainsi faut-il,souvent,baucoup de présupposés pour peu de moyens régulatifs utiles...

Exemple.
Il faut un objectif précis :UNE DÈFINITION de ce qui est à trouver.
Ensuite une question calibrée,correspondante.... .
En principe plusieurs heures sont déjà nécessaires pour cela,s'il ne doit pas être uniquement question que de bouger du vent....
Ensuite faut-il y regarder déjà de plus près:le matériel gnoséologique doit être suffisant
les lacunes correspondantes,éventuelles, également connues....
Enfin faut-il,toujours de nouveau, se refaire une image aussi précise que possible du résultat recherché....
Ainsi peut-on,par exemple,corriger ses propres pensées au moyen deux paramètres concordants:utilité et intérêt intéllectuel....

Sans l'un ET l'autre avons nous, en effet, le vieux probléme des mensonges faciles,de "l'inéffectivité" des bouts de chandelle.....
...Ou le vieux refrein du "pourquoi se donner la peine de"?
Voilà donc le problème central ainsi posé.....
Combien de temps,d'exercices intellectuels(peine+difficulté) ai-je"ENVIE" d'investir
dans quel but?

Sans un tel résultat "comptable" avons nous déjá une sorte d"auto-escroquerie potentielle,quelque chose d'obscure qui doit permettre á l'inconscient propre de falsifier le résultat recherché....
Penser est donc,contrairement,á l'opinion n'existant pas en la matière,une sorte de commerce de soi à soi,un calcul approximatif du degré de rendement de la réflexion
propre.
Ainsi peut-on donner au pensé une base existentielle...
une contribution pour sa perception...


Tout ce que je viens de dire n'a de sens , de signification ou de valeur,bien sûr,
que si l'on accepte de penser et de comprendre l'importance de l'opposition aristotélicienne entre le potentiel et l'actuel comme moyen herméneutique de"réalisation de la pensée"....
Du même point de vue résulte que la question ici posée est "trop imprécise "
pour pouvoir être répondue autrement que par la négative...

3. Foi
Ecrit par jean louis. 03-07-2009
"Avoir une foi à déplacer des montagnes" dit-on, en référence à l'Evangile et en parlant de personnes particulièrement motivées.
On dirait que le scientifique n'a pas la foi. Il doute, remet en cause etc
Penser une chose revient fort probablement à la réaliser si on croit très fort à son idée. On peut même aller très loin dans la poursuite d'une parfaite utopie ou d'une chimère.

C'est la foi, la croyance qui mènent le monde. Il faut parfois attendre très longtemps avant d'admettre qu'une pensée était stupide.
On ne se pose pas la question : d'où vient cette pensée ? Pourquoi y adhérai-je ?

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