Le changement est-il dû à des invariants ?
Écrit par Alain Parquet   
23-07-2009

 Notre animateur invité Eric Auzanneau a choisi l’un des sujets proposés autour du thème du changement : « Le changement est-il dû à des invariants ? » S’il y a des « lois », c’est parce que quelque chose ne change pas. Et pourrait-il y avoir de l’innovation sans tradition, sans conservation ?

La question, posée par une participante scientifique, était de savoir s’il y avait des relations de cause à effet entre invariants et changement, mais on y répondit par l’exploration des deux notions, en les opposant le plus souvent.

Quels sont au juste les « invariants » ? Les idées, les relations entre les choses, tandis que les objets, eux, évoluent ? l’humanité comme référent, tandis que les hommes changent ? la « nature humaine »... mais comment la définir, qu’est-ce que l’homme ? Attention ! le pire, génocides, etc., fait aussi partie des invariants.

En anthropologie, ils sont au nombre de quatre : l’irréversibilité du temps, la valorisation des fins, le rapport à la finitude (la mort), l’inscription dans un ordre symbolique par la généalogie.

Mais le mot « invariant » est peut-être impropre ; il s’agirait plutôt de points d’appui ou de « rotation », de repères, à distinguer du passé, de la reproduction du même.

En fait, est-on sûr qu’il y a des « invariants » ? Sont-ils de l’ordre du réel ou de nos représentations ? Le passé est proposé comme invariant dynamique : ma remise en question passe par la connaissance de celui-ci ; mais « je ne sais pas ce que le passé me réserve », suivant le bon mot de Françoise Sagan.

Dans les mathématiques et les sciences de la nature, l’homme a calculé des constantes, mais lesquelles sont « fondamentales » ? Avec le probabilisme une révolution a été accomplie, qui nous conduit aux limites de la pensée rationnelle ; le déterminisme est remis en question, on sait qu’il n’y a pas de réponse absolue.

Plus on plonge dans la complexité, moins on a de chance de trouver des invariants. Mais on est obligé de s’en donner pour travailler.

L’invariant, qui annule le temps, donne aussi un cadre rassurant. A ceci près que des choses angoissantes sont à découvrir, et qu’il faut surmonter nos peurs pour les nommer et les intégrer : la mort, tous nos besoins vitaux.

Mais les mots ont un sens : s’il y a des « lois », c’est que rien ne change. L’homme a pu sembler immuable, pourtant à en juger par l’Histoire les « invariants » ne l’ont pas satisfait. C’est le « changement » qui apporte souffle et vie. Pour le nommer, on a employé les mots évolution, métamorphose, rupture, table rase, mutation, transformation.

L’évolution technique a entraîné des modifications radicales dans les rapports sociaux, les relations interpersonnelles - demain, des utérus artificiels ?...- et aussi plus d’inégalités. Depuis la modernité nous nous pensons différemment, sur le mode d’identités multiples et non plus à travers des rôles sociaux définis, d’où une angoisse face à la liberté, à l’indétermination, qui entraîne le dépérissement du politique ; ne restent que les aventures et les stratégies individuelles.

Pourtant, comment change-t-on ? Cette opération est liée à un contexte, c’est l’échange avec l’autre qui crée le changement. On ne peut accoucher que collectivement, nous participons à une histoire.

Mais voir le monde tel qu’il est rend difficile la perception de ce changement et de la capacité de changement avec l’autre. La transmission, l’enseignement peut nous y aider ; l’enfant nous apprend à changer, à créer du neuf.

Quel est le statut du changement ? Est-il extérieur à l’homme ou inhérent à lui ? L’homme doit-il « s’adapter » ou suivre un chemin qui est inscrit dans sa qualité d’être humain ? Où est le « sujet » ? Avec quel désir, quelle finalité ? A quoi rêve-t-il ?

Le changement est un mouvement naturel de l’homme, qui prend des formes multiples : curiosité, jeu, voyages, découverte, etc. Il veut vivre un présent pour se projeter dans l’avenir, une rupture pour aller vers le nouveau ; l’événement « troue tout horizon d’attente » (Derrida). Un mot grec, « kairos », désigne le moment qui ouvre sur une autre perception de soi et de l’univers. Contre la résignation, l’homme doit assumer les risques du changement, en art, en sciences, en amour..., accepter de perdre sa sécurité, voire de se perdre.

Et puis, le changement rend l’homme perfectible.

Dans le bouddhisme, l’impermanence est une notion fondamentale, « le changement ne change pas ».

Mais quel pouvoir a-t-on sur lui ? Croire qu’on peut le planifier, c’est prendre le contrôle sur sa vie, et le contenu du changement devient prévisible ! Qu’on se rassure, cette prévisibilité est illusoire. Dans les rêveries futuristes des années 50, l’homme de l’an 2000 se baladait dans son petit hélicoptère individuel...

La condition d’un changement authentique est qu’il soit non causaliste, non utilitaire.

Doit-on faire intervenir quelque chose d’extérieur à l’homme, ou au-delà de lui ?

Le vivant est changement permanent, la vie un processus de transformation. La phylogenèse a été utilisée comme modèle pour se représenter une ontogenèse : la vie nous force à..., nos « forces internes » sont notre destin.

 « Je ne crois pas en Dieu mais il me manque », dit Julian Barnes dans son roman « Rien à craindre » (paru en février 2009 au Mercure de France). Ou encore, « il y a dans le cœur de chaque homme un vide en forme de Dieu » selon Pascal.

Pour Heidegger, cependant, « seul un dieu » qui serait en nous, ni Dieu ni Surhomme, « [pourrait] encore nous sauver ».

Chez les enfants et les adolescents on observe un grand progrès de la conscience, notamment dans la perception de leur entourage.

Mais où cela mène-t-il ? A se prendre pour Dieu, justement, en croyant connaître toutes les lois qui gouvernent l’univers et nous-mêmes ? On découvre plus qu’on n’invente,  et par nécessité.

Limites du changement...

Y a-t-il une « (re)création » de l’être humain ? Peut-on inventer d’autres formes de vie ? Allons-nous vers une nouvelle forme d’humanité ou bien vers la déshumanisation de l’homme ?

Les idéologies de la « table rase » consistant à inventer, et non découvrir !, un homme nouveau ont produit les pires barbaries ; cette utopie est impossible pour l’homme.

Avec le « progrès », on assiste à une extension infinie de l’esprit scientifique à l’humain. Or, l’extrapolation des sciences de la nature à l’homme est impossible ; les scientifiques découvrent des lois extérieures à eux-mêmes tandis qu’en sciences « humaines » on parle de soi.

Aujourd’hui, nous « fabriquons » de l’humain, c’est un homme « bricolé » qui ira sur la planète Mars.

Le changement, un processus sans sujet ?

On a aussi dénoncé « une immense illusion sur notre désir de raison », sur la croyance en une science comme construction intellectuelle finie, chez Auguste Comte comme chez Thomas Kuhn dans « la Structure des révolutions scientifiques ». Tous nos cadres de référence s’effondrent... pour faire place à une joie. Nous sommes des êtres de chaos, et c’est heureux car « il faut encore avoir un chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse » (Nietzsche dans le prologue de Zarathoustra). Nous devons nous resituer dans l’univers, refonder notre relation avec nous-même ; l’ego explose, l’éthique ne passe plus par l’individu, une nouvelle sagesse est en train de naître.

A moins que les cadres ne s’effondrent pas mais évoluent... La théorie de Newton est toujours valable à moins de 90% de la vitesse de la lumière. Simplement, une autre théorie attendait ses théoriciens.

Peut-on encore défendre un humanisme ? L’être humain reste un concept à inventer, entre invariant et changement. La « nature humaine » associe biologie et conscience, l’homme a découvert des « lois » de l’évolution, et se donne du sens. Il paraît assez facile de savoir ce qui l’humanise : accéder au langage et aux créations de l’esprit, vivre en société, mourir... Comment cela pourrait-il changer ? La déconstruction par un rationalisme absolu de ce qui touche au fondement de l’humain participe à sa déshumanisation.

Suivant les points de vue abordés, anthropologie, sciences de la nature, société, art, on a dû, sans le dire, traiter la question différemment. Le rêve de table rase semble étranger aux révolutions scientifiques, alors que le mouvement Dada, en 1916, a ouvert une voie nouvelle pour l’art ; c’était l’année de la bataille de Verdun, autre table rase... en attendant Auschwitz après quoi « on ne peut plus penser comme avant ».

Dans l’ensemble, le changement a été chargé plus négativement que les invariants ; cette psychologisation du sujet était sans doute nécessaire pour qu’il nous affecte.

Pour finir, concluons avec Eric. Nous sommes passés du rôle de « spectateur », en cherchant à définir les choses, à celui d’« acteur » dans l’épreuve de réalité. On s’éprouve dans le changement en s’aidant avec les invariants, au risque de devenir un autre.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. formattage
Ecrit par Alain. 23-07-2009
Je ne sais pas qui a publié le texte puisque le webmaster est en vacances, mais serait-il possible de reproduire le formattage original (paragraphes regroupés en parties) ? Merci d'avance.

2. Le mot et la chose
Ecrit par Inconnaissance. 24-07-2009
" Dans le bouddhisme, l’impermanence est une notion fondamentale, « le changement ne change pas ».

Oui, en tant que savoir pour un connaisseur. Tout savoir, tout concept est figé pour son possesseur. Mais l'impermanence caractérise la perception du monde. Et cette perception change tout le temps.

3. in-variant ou naturaliste-humaniste
Ecrit par Georges. 24-07-2009
Alain:
Or, l’extrapolation des sciences de la nature à l’homme est impossible ; les scientifiques découvrent des lois extérieures à eux-mêmes tandis qu’en sciences « humaines » on parle de soi.

Georges:
Le naturaliste a-t-il été accouché par la nature ou a-t-il une mère comme tous ceux de son espèce ? ...mais alors... pourquoi le naturaliste n'aime pas extrapoler en humaniste ?

L'humanisme est-il extérieur au naturaliste comme un chapeau qui couvre sa tête ?

Cordialement,
par Georges de Bruxelles

4. nature / culture
Ecrit par Alain. 24-07-2009
Je n'ai fait que transcrire un point de vue exposé dans le débat, mais je le partage. Naturaliser l'homme conduit à la régression idéologique (darwinisme social, eugénisme, brutalité revendiquée par ceux qui trouvent que l'homme est trop civilisé...) et à sa déshumanisation. Anthropologiser la nature nous fait rater le jeu d'altérité avec elle et nous éloigne du réel.

5. Le changement est'-il dû À des' invariants ? Irène
Ecrit par ROCA. 17-08-2009
Ces' invariants qui sont Le moteur du changement / Le changement est'-il dû À des' invariants ? Irène / Éric Auzanneau,
" Présent Passé / Passé Présent ", Ionesco, souvenir d'À-Venir, mémoire d'À-Venir,
passé À dépasser', en repère', en rupture', en projet d'À-Venir, se projeter dans L'À-Venir,
La présence', Au présent, de nature', en culture', idées' et relations', entre Les choses, évolution,
points, fond, fondamentaux, d'Appui, de rotation, et, de cause' À effet, propre révolution,
en préVision, en prédiction, du monde La Vision, du monde L'Autre Soi, La " terre'-humanité ",
Edgar Morin, science savoir, et foi, hasard / nécessité ( née-cécité ), Les probabilités, Les' irréversibilités', immuabilités, " Principe' d'humanité ", J Cl Guilbaud, et " L'humanité de L'humanité ",
Edgar Morin, de L'être, humain, en mouvement, en projet, changement, La Volonté,
de changement, progrès, ou, illusion, en conscientisation,
en représentation, en réelle Vision, Autant de Variations,
sur cette Variété, des' invariants, sur Leur complexité, Leur relativité,
du chaos, L'invariant, dû ... À ces' invariants ... Leur Absolu, Le changement, de La question ?, L'humanité malade ... blessée, déchirée,
L'être, humain, malade ... blessé, et, déchiré ...
qu' il faut soigner, qu' il faut panser ..." Mieux Vaut penser Le changement que de changer Le pansement ..."
et," Rien ne change sauf Le changement ", son moteur, Les' invariants, désir moteur du changement,
son' invariant ... " des' Ailes du désir ..." basique', Aux racines, Animées, cosmiques, événement' ...
Avènement, et, derrière Le Voile',
" une' Accessible' étoile ",
une', et, universelle, ... de La terre ... Le ciel, " La Condition humaine ", ... des' invariants, du changement, ses' ingrédients', Et ...Les' Aimants ... de mutation en conversion, de sa transformation,
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du monde ... L'Autre ... Soi,
traversée du miroir, un ...dû, don de La foi,
du don, Amour, espoir, Au diapason, À L'horizon, du " Hérisson ",
À L'unisson ... unifié, pacifié ... Alunissons ! Gilles Roca

Cas-fée-Philo des Phares, 19'. 7'. 2009', ces-jours de Messidor,
L'invariant du moteur du changement phare, du neuf' !, mais non, mais non ... mais ...si ...d'or ! G R

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