En quoi la vie nous tient si nous y tenons tant ?

Cet article fait référence au  café- philo que j’ai animé en Août.  

Voir le compte rendu les  commentaires qui s’y rapportent.

 

Ce qui fait que nous nous gardons en vie -ou que la vie nous garde,-est pour moi ce qui la tient ensemble. Au sens large, je veux dire  son englobant ;  sa structure, sa force unificatrice, sa capacité à se transcender au-delà du présent, à sublimer ses passions, à nourrir son vécu  de la force des émotions mais aussi  de ses faiblesses  face au devoir d’exister. L’incomplétude et l’inachevé en sont le lot. Autant s’en consoler, ne pas s’en flageller, puisqu’au pire de nos turpitudes, les moments d’une vie ne sont  toujours que des essais et qu’une suite nous est souvent  offerte pour que nous ayons le temps d’apprendre à vivre.

 

Mais  «  une vie »  n’est pas -évidemment, et j’y insiste -une suite d’instants qu’aucune  mémoire ne saurait restituer. C’est à cette échelle de temps,  un parcours, une trajectoire dotée d’une visée soit consciemment  présente à l’esprit ou connue rétrospectivement au point d’arrivée de l’examen, du retour sur soi. Ce peut être aussi, c’est selon,  un chemin vécu comme tel,  fait d’allers-retours, de bifurcations, de points d’arrêt et d’envolées.

 

Quoiqu’il en soit, comprendre une vie et sa vie en tant que biographie, en appréhender le sens, c’est exister en esprit. C’est-à-dire, et par delà un corps qui nous parle dans l’instant, notre capacité à  produire le sens de ce que nous vivons. Non  pas en termes de bon ou mauvais pour nous, mais dans le  rapport au temps d’une vie. Dans un bain de sens dès que nous plongeons dans le puit des pourquoi .

 

Cette vie pensée – même par fragment - situe chaque évènement, grave ou exaltant, dans une histoire. Et cette histoire n’est pas vraiment la nôtre puisqu’elle est intriquée avec le monde, c’est en fait  notre historicité, notre capacité à produire du soi dans le sens que nous donnons à notre histoire. C’est dans la  profondeur des réseaux de significations que nous émergeons en tant que singularité d’un soi-sujet ou encore un soi-ego ( selon la tradition brahmanique ).

 

Ce soi-sujet ou cet ego-soi  est  pleinement conscient  d’être acteur de sa vie dans l’accomplissement de sa liberté ( et non l’individu lambda aussi égal en droit soit-il  Est_ce que cette conscience  incarnée, cet être en train d’actualiser son essence ( ce par quoi il ne serait pas ce qu’il est )se pose la question de « à quoi ma vie tient- elle ? Non. Ce sujet- soi  EST  la vie et la vie est en lui. Je veux dire en vérité de lui-même, dans sa vie incarnée, et en esprit.

Je cite ici Karl Jaspers dans son " sens philosophique de la vie "   Si nous ne voulons pas que notre vie se dissolve et se perdre, il faut qu’elle se saisisse elle-même au sein d’un ordre, qu’elle coordonne en une structure, le travail, l’accomplissement et l’éclat d’instants privilégiés, enfin qu’elle s’approfondisse par la répétition »

 

Pourquoi les individus d’aujourd’hui supportent-ils l’obscurité de leur finalité une fois leur énergie détournée des réalités tangibles, leur anonymat sous  le règne  de la technique, ou des travaux absorbants ou vides qui les rendent complices malgré eux d’un monde absurde qui nie leurs aspirations  humaines ?

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Je propose une clef fournies par les sciences humaines : la dynamique identitaire. Elle alimente  un moteur puissant de quête de reconnaissance pour le sujet-individu- contemporain. Associé en couple et en miroir à  l’envie, ces deux vecteurs du désir de vivre ont la vertu d’être sans limites. Pas de satiété, pas de repos et donc aucune raison que cela cesse..Cela nous tient.

 

Une autre polarité  de l’existence –disons plus pleine et plus généreuse -serait la prise  au sérieux des échanges humains  autant que l’expérience du bonheur et de la peine. Une vie se tient alors et aussi d’une représentation bonne de soi pour soi et de soi pour les autres. Sa trame  se tisse  des appartenances multiples, des liens, des solidarités, des fonctions  sociales, de ses engagements pour des valeurs, le tout constituant un«  contenant ». Là aussi identitaire, d’un certain point de vue, mais pour une visée humaine- la relation aux autres- et pour des institutions justes  ( cf Ricoeur :la visée éthique d’une vie bonne)

 

Un autre plan d’explicitation- plus psychologique et affectif  - est celui des  étayages ; compter pour quelqu’un, être aimé, accepté, pardonné et compris, permet de se nourrir d’une réciprocité dans condition et une nature humaine partagée. Cela  nous vaut les uns pour les autres, compassion, sympathie et fidélité, capacité de résistance et estime de soi.

 

Ainsi  s’il n'est pas faux de se poser la question du "à quoi tient une vie" dans le registre de l’angoisse, de se dire que  dans sa vie d’Homme «  rien n’est  jamais acquis  » ( Aragon), il aussi juste et vrai  de penser que nombreux sont ceux pour qui l’espoir est son exact contraire et qu’il tient, lui,  d’une  promesse et non d’un simple constat : l’espérance et l’idée de Dieu.


 

C’est pourquoi je propose l’idée que  la vie qui nous tient et à qui nous tenons tant, c’est l’Homme en nous ; celui  qui veut savoir qui il est et qui ne peut le comprendre qu’en marchant.

 

 

 

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