Le libéralisme libère-t-il de la perversité ?
Écrit par Alain Parquet   
12-11-2009

 

Ceux qui connaissent Christian Godin, animateur invité de ce dimanche, attendaient un débat très riche, et ils ne furent pas déçus. Après avoir choisi comme sujet « Le libéralisme libère-t-il de la perversité ? », qui associait les deux grands thèmes présents dans les propositions, sujet et liberté, il commenta le fait que la quasi-totalité de ces propositions touchaient à la subjectivité et qu’aucune ne portait sur de grandes questions « objectives » comme la connaissance, le réel, la vérité. Sans « Dieu », penser à « quelque chose de tout autre que soi »…

L’auteure du sujet dit avoir été inspirée par le livre « La Cité perverse. Libéralisme et pornographie » de Dany-Robert Dufour (éd. Denoël, octobre 2009). La crise actuelle révèle la perversion du système consistant à exhiber la jouissance et à en tirer du profit. Avec l’idéologie dominante d’aujourd’hui, il faut abandonner l’idée que la somme des intérêts individuels coïnciderait avec l’intérêt collectif.

Toutefois cette vision du monde fut jugée très « exagérée » et manquant de recul historique ; comment vivait-on dans le passé ?

Perversité choisie

Par son très fort présupposé, le sujet renvoie à « l’optimisme anthropologique » initial du libéralisme et des Lumières : si l’homme est méchant c’est parce qu’il est malheureux, et s’il est malheureux c’est qu’il est misérable. Mais c’était faire l’économie de la psychologie humaine. Certes, la société joue son rôle pour produire, ou non, des êtres équilibrés, mais dans la perversité il y a un choix éthique qui se tourne vers la destruction plutôt que vers la vie.

Il faudrait la distinguer de la perversion, ce qui n’a pas toujours été le cas, car elle est irréductible à une pathologie ou à un mal agir ; elle reste une énigme, « au-delà de la méchanceté » ; dans « l’Ethique de Nicomaque », Aristote évoque le cas d’une femme avorteuse qui dévorait les fœtus qu’elle venait de faire avorter.

La psychanalyse paraît s’imposer ici. Mais Freud parle-t-il de perversité ou de perversion ? En tout cas, contre l’optimisme des Lumières il nous ramène au pessimisme du péché originel inventé par Saint-Augustin et supposé se transmettre indéfiniment de génération en génération.

 La perversité, un progrès

Elle ne peut se concevoir que « dans une culture de l’action individualisée et de la responsabilité de l’individu », qui représente un progrès fondamental du Droit par rapport à la notion de responsabilité collective dans les sociétés traditionnelles. Seule exception, au tribunal de Nuremberg la S.S. - et non la Wehrmacht ni le parti nazi - fut reconnue collectivement coupable.

Un participant jugea notre travail de définition insuffisant. Le libéralisme ne doit pas être confondu avec le capitalisme. La psychanalyse ne fait pas la morale. Y a-t-il une définition universelle du Mal, celui-ci n’est-il pas toujours « relatif » ?

Mais Freud évoque bien la morale avec la pulsion de mort comme cause de perversions. Et, s’il ne revient pas au Droit de dire ce qu’est le mal, la Déclaration universelle des Droits de l’Homme définit implicitement un Mal absolu, la destruction de l’humanité, à travers la notion de crime contre l’humanité.

Toutes les définitions sont-elles permises ?

On pourrait dire que chacun voit la perversité à sa porte, selon son point de vue...

Ainsi, elle se manifeste chez les financiers qui repartent de plus belle dans une spéculation déconnectée de l’économie réelle. Perversité transgressive ou jouissance du système et négation de la liberté ?

Le fait que notre faculté de juger soit « barrée par la loi » ne serait-il pas de la perversité ? Pour Saint Paul c’est la loi qui rend pervers. Mais, selon Hegel, au terme d’une éducation même difficile, ce qu’elle a permis au sujet d’acquérir est devenu pour lui une « seconde nature » qui rend surmoi et lois inutiles.

Le discours libéral aussi peut être pervers : tu avais les mêmes chances que les autres pour réussir, tu es donc responsable de ton échec !

Il existe une version sociologique récente de la perversité comme produit d’un conflit d’intérêts. D’après Alfred Sauvy, l’individu cherche à prendre au maximum à la collectivité en lui donnant le minimum.

La prétendue « loi de la jungle » est une fausse piste car elle exclut la perversité avec ses huit relations possibles entre les espèces, dont de multiples ententes, alliances et autres dépendances mutuelles !

La perversité (ou plutôt la perversion) se caractérisant par le fait de réduire l’autre à un objet, on pourrait s’en tenir au principe suivant : dès lors que mon comportement ou mes actes impliquent d’autres personnes qui en supportent les effets, celles-ci ont voix au chapitre et je ne peux pas prétendre en être seul juge... ce qui serait précisément un signe de perversité.

Tocqueville a décelé une perversité dans la démocratie : celle-ci produirait des individus dépolitisés se repliant dans leur sphère privée et pouvant amener à un Etat autoritaire.

Aujourd’hui, la perversité consiste à faire croire que le bien de tous, c’est que chacun recherche son bien propre. Or l’individu agit toujours dans un groupe.

Perversité et irrationalité

En revanche, si l’individu agit pour son intérêt il n’est pas pervers car il agit de manière rationnelle. A l’appui de cette affirmation, l’« intérêt » se définit avec des limites car il implique l’interaction, ce que son étymologie confirme (« inter esse », être entre) ; il s’inscrit donc dans une rationalité. Or la perversité est irrationnelle, même si elle est calculatrice et organisée ; la Shoah reste étrangère à toute notion d’intérêt. Et les jurés de cour d’assise savent que la rationalité ne suffit pas pour expliquer un crime.

L’animateur lança une idée insolite, et même stupéfiante dans l’horizon intellectuel post-moderne : « Si l’homme agissait de manière rationnelle, le monde serait un paradis ! » Ce dimanche, on aura donc fait une place exceptionnelle aux effets vertueux de la « modernité » : libéralisme, progrès du droit, droits de l’homme, rationalité…

Mais c’est oublier que la rationalité est toujours contaminée, les individus entrant en interaction avec leurs désirs, leurs passions, leurs intérêts… Il faut donc inclure « l’aléa moral », en accepter le risque ou l’anticiper. A quoi l’animateur répondit que l’on confondait intérêt et recherche d’avantage, par ex. devenir très riche.

De quoi le libéralisme libère-t-il ?

Le libéralisme a aboli l’autoritarisme de l’Etat, lutté contre l’arbitraire du Pouvoir et la toute puissance de l’Eglise, il a mis fin aux guerres de religion et, grâce à lui, chacun peut choisir sa conception du bien. Doit-on en conclure qu’il a libéré de la perversité de l’Etat ? Ce serait conforme à l’idée que l’homme est naturellement libre et que c’est l’Etat qui l’emprisonne, d’où la recherche d’un Etat minimal.

Mais toute société impose ses contraintes, ses cadres. Il faut d’abord se connaître soi-même pour faire un choix éclairé de nos idéaux. Notre finalité est d’agir, et d’agir selon nos principes.

Nous concevons deux formes de liberté, la « liberté négative » qui émancipe d’une servitude existante, et une « liberté positive » qui ne se définit pas contre autre chose mais pour la création de cette liberté, ce qui est beaucoup plus difficile.

Deux conceptions de l’individu s’opposent aussi : celui de la société idéale où il réalise sa liberté, celui du pragmatisme qui assure sa survie.

Y a-t-il de la perversité dans le libéralisme ?

 Ce n’est pas exclu. Parti d’un pessimisme puritain, le libéralisme aboutit à une idéologie progressiste totalisante incluant, non seulement le politique et la science mais aussi la morale. Sa promesse d’une vie meilleure implique logiquement que le monde d’aujourd’hui est mauvais et qu’il faut agir pour le changer. Cela pourrait-il conduire au totalitarisme ? Au XVIIIème siècle, le progrès moral était vu comme la conséquence nécessaire des deux autres ; le « doux commerce » des biens allait remplacer la guerre. En effet le mot « commerce » a d’abord désigné des « relations sociales, amicales ou affectives entre plusieurs personnes » et « l’échange d’idées » (Trésor de la langue française), même si son radical –merce signifie « marchandise ».

Le libéralisme étant la version économique de l’individualisme, il en a les attributs et par conséquent les défauts, notamment celui de déchaîner des passions comme le travail ou l’enrichissement personnel. Ainsi, il prend les hommes tels qu’ils sont, et non tels qu’on a décidé qu’ils devraient être. Mais cette idée est historiquement fausse car « l’individu » est une création culturelle, c’est à la fin du Moyen Age que commença le « processus d’individualisation » qui distingua nos sociétés des sociétés holistes étudiées par Louis Dumont.

Il existe au moins deux visions de la richesse : selon Marx celle des rapports humains, selon le capitalisme l’accumulation de biens. Mais l’utilitarisme anglo-saxon écartait toute conception grossière de l’utilité. Marx et le libéralisme des origines se rejoignent dans l’idée que le capitalisme bloque le développement des forces productives de richesse.

Démocratie et perversité

On ne doit pas espérer se libérer de la perversité car elle fait partie de la « nature humaine ». Aucun système ne peut la supprimer, et d’ailleurs serait-ce le rôle du politique de vouloir l’éradiquer ? Mais, tandis que des systèmes l’organisent afin d’assoir une domination, par ex. les procès staliniens ou de l’Inquisition qui obligeaient la victime à s’accuser elle-même, la démocratie traduit le libéralisme en institutions politiques où la perversité n’est plus au centre de l’organisation humaine. Liberté et perversité sont antinomiques.

Cela étant, il y a des poches de totalitarisme dans les démocraties. Mais pas partout, pas dans tous les domaines ; avec le libéralisme, les rapports commerciaux ne présupposent pas l’escroquerie ; de même il est absurde de qualifier de pervers le fait de faire de la publicité ou de vendre ; tout devrait-il appartenir à l’Etat et être géré par lui, doit-il définir le Bien pour tous ?

L’effet pervers n’est pas la perversité car il n’est ni anticipé, ni voulu et appartient aux mécanismes de l’action inconsciente. En réalité, on agit selon l’idée que l’on se fait de son intérêt. Il semble cependant que l’espace de liberté créé par le libéralisme diminue aujourd’hui, l’idéologie néolibérale étranglant le libéralisme.

En guise de synthèse, Christian Godin dit simplement que la question de la perversité se situait sur deux plans : le plan individuel, celui du « je » de la liberté intérieure qui touche la morale, et le plan historique et culturel du libéralisme politique.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Petite présentation de l'animateur invité
Ecrit par Daniel Ramirez. 12-11-2009
Christian Godin,
Agrégé de lettres, il a longtemps enseigné en lycées, actuellement maître de conférences à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Il collabore à de nombreux journaux (Marianne, Le Magazine littéraire, Sciences et avenir…) et a publié, outre les cinq volumes de son imposant travail sur "La Totalité" (5 volumes) plusieurs ouvrages universitaires. Il est aussi l'auteur d'un "Dictionnaire de philosophie" (Fayard/Éditions du temps, 2004), de "La Philosophie pour les Nuls" (Éditions First, 2006), d'un "Petit lexique de la bêtise actuelle" (Éditions du temps, 2007) et "La fin de l'humanité (Les Editions Champ Vallon 2003.

Christian Godin nous a fait l'amitié de venir à 4 reprises au Café des Phares, il à écrit la préface du livre de Carlos Gravito, Le côté du café des Phares (L'Harmattan,2005). Il est pour nous une joie de l'accueillir au café-philo.
Les animateurs

2. Le libérralisme,libère-t-il de la perversité?
Ecrit par Hamm Robert. 13-11-2009
le libéralisme libère de la perversité en la sacralisant....
Il la libére même pour permettre sa propre perversion,pour faire voir "comment il devient un objet d'étude par la question suivante:
comment faire de la liberté un objet de perversion,un objet mercantile?...
C'est ainsi que la recherche du faux doublé du nuisible devient un vice de l'esprit,un moyen d'investigation de l'interdit....

Aussi suffit-il que la loi ait oubliée quelque chose de faux pour que les plus malins puissent dire:c'est possible....

Ce dernier mot devient,de cette manière, une clef spéculative pour toute une série de recherches illicites....

On veut d'abord "utiliser" les malheurs humains pour les commertialiser,ensuite faire de la liberté un droit commertial....Rien,finalement ne peut être,mercantilement,non-rentable,ainsi....

La "libération" de la perversité devient,de même, du pecunia non olet ou,plus exactement,une convention qui permet de tout échanger en fonction du gain,lui-même d'une diversité presqu'illimité.....
Ainsi pervertir la liberté au moyen de croyances stupides(le choix entre deux crèmes serait une forme de liberté,par exemple) voilà
l'idéal "objectif" du libéralisme:plus on les rend bêtes plus il devient possible de faire "avec eux" ce que l'on voudra:

n'importe quoi,à la rigueur.....

Car le chemin politique du libéralisme est clair:stupidité et ignorance permettent une marge de gain supérieur.....
Sous ce rapport le libéralisme ne peut utiliser la perversité qu'à des fin fiduciaires.

Libère-t-il de la perversité en n'en déclarant que le changement de nature?...

Elle devient "besoin",envie,friandise ou même nécessité irrésistible....

Les "philosophes" ne vont donc(comme d'habitude) ne pas faire obstacle à de tels "jeux de mots",eux-mêmes habitués à une sorte de "qui perd gagne bien connu":en dire toujours beaucoup,volontairement,selon des directions aussi inutiles que possible....
De l'insignifiant,de préférence,permettant de faire beaucoup de bruit.... pour rien....

Cette politique"philosophique" n'est donc pas tout à fait"étrangère" à la politique "libérale"....

Elle,aussi, laisse"crever" ceux qui ne peuvent se défendre au nom d'un principe "concurrentiel" bien connu....

Les philosophes,de même,n'ont que faire d'une vérité...Il est plutôt question de faire d'elle un objet "considérable",représentatif,une sorte de Dieu du paraître.....
On n'en finirait donc jamais,ainsi,au sujet d'une multitude de comparaisons permettant de faire "voir" en quoi consiste
le libéralisme des philosophes et la perversité intellectuelle que représente le libéralisme
comme "genre de sagesse"....

N'ayant donc pas voulu "comprendre Marx" ou sa réflexion antimercantile il en sont"advenus" à de venir les serviteurs"inconscients" d'une système économique hypocrite qui n'utilise la liberté que pour faire de l'argent....

Mais,enfin,pourquoi pas?
Le seul défaut,par contre,des philosophes, est de ne pas vouloir le savoir....
Mais savoir quoi,au juste?
Savoir que la liberté dont parle la Philosophie n'a rien à voir avec notre monde.....

Ainsi tout serait en bon état.....
Les libéraux avec une chasse à l'argent qui étudie les faiblesses humaines comme de nouveaux marchés et les philosophes
qui,au moyen de la chaleur de la parole humaine(ou du nombre de calories perdus en parlant) parlent d'une liberté
impuissante face à sa perversion.....

3. D'où il sort Hamm Robert ?
Ecrit par Des visiteurs de dim. 13-11-2009
Permettez-moi d’abord de dire toute ma reconnaissance aux animateurs des Phares pour l’invitation de ce philosophe remarquable qui est Christian Godin. La justesse et l’érudition de ses remarques nous ont fait passer un moment vraiment très enrichissant. Ce n’est pas le cas de tous les invités, qui parfois n’apportent pas grand-chose, il s’en sortent comme ils peuvent, on a l’impression qu’ils attendent que ça passe.
Maintenant, le morceau anti philosophes de Robert Hamm est parfaitement mal venu. Qu’il fasse dans l’antilibéralisme de base, encore, ce n’est pas rare dans le café-philo, mais qu’il affirme que les philosophes son presque complices de la perversion est franchement bizarre, surtout après avoir eu la chance d’entendre un philosophe de ce niveau-là.

4. A l'auteur de l'article
Ecrit par Visiteur. 14-11-2009
Pourriez-vous, par respect pour Monsieur Godin, corriger l'orthographe de son nom ?

5. Le Libéralisme Libère-t-il de La perversité ? Christian Godin
Ecrit par ROCA. 16-11-2009
Le Libéralisme Libère-t-il de La perversité ? Christian Godin,
___
Le Libéralisme Libère ... La perversité ! Le Libéralisme génère ... La perversité !, pervertit, rend pervers, génère ... perversion, irrationnalité,
impartie, qui se génère', en' exacerbation de L'individualisme ... de L'irresponsabilité,
La transgressivité ...
Les manipulations' ... Ailées malversations, de La spéculation,
La marchandisation, financiarisation, La " chosification ",
de La " Cité perverse ", marchande ... qui commerce', et tous ses dérivés',
en jungle ... Loterie, Zoo ... est' Arrivé ...
nouvelle barbarie, système trompeur de La peur ... La productivité, compétitivité, comparatitivité, La rentabilité ...
capitalisme " canibalisme ", domination, et soumission,
et instrumentalisation, dépersonnalisation,
et déshumanisation, rebestialisation, et Abêtisation ...
infantilisation, toujours, Aliénation ... " immondialisation ",
La perversité institutionnalisée,
Libéralisme Libéré finalisé ... Gilles Roca,

Cas-fée-Philo des Phares, 1er novembre, Brumaire 2009',
Libéralisme phare' ?, élitisme ... perversité ? Brume'- ère ... quoi de neuf ?! G R

6. Idéologie politique contre philosophie
Ecrit par Caféphiliste heureux. 17-11-2009
Je trouvé très réjouissant que Christian Godin, avec sa tranquillité et son érudition, a déjoué la tentative militante de la dame qui a proposé le sujet. Il s’agissait, et c’est pas nouveau, sous couvert de formule compliquée, de suggérer que le libéralisme est pervers en lui-même parce que basé sur le fait que chacun cherche ses intérêts propres. L’alternative, sans doute le socialisme, serait de chercher l’intérêt général, quelque chose de commun, de collectif. L’éternelle critique de l’individualisme, en somme. Soyons solidaires, soyons collectifs (sans que l'on sache comment).
Godin, qui n’a rien d’un penseur de droite, a montré que si chacun suivait véritablement son intérêt il n’y aurait pas les catastrophes qu’on connaît, le nazisme, le fascisme et autres idées guerrières ont nuit à l’intérêt de chacun dans chaque société où ils on été pratiqués. Cela parce que l’homme n’est pas vraiment rationnel, c’est pourquoi il n’y a pas de système pervers en soi, mais l’homme est en partie pervers, lui appartient de se munir contre ses propres tendances.
Il y a eu de systèmes qui organisent la perversion, les exemples de l’inquisition et du stalinisme donnés on été suffisants, et des systèmes qui permettent de mieux s’en protéger, comme le libéralisme, lorsqu’il est démocratique.
Les Besancenistes et autres ex maos, parfois très actifs dans les café-philo peuvent aller se rhabiller. Une belle démonstration que la philosophie ne peut se réduire à la politique partisane.

7. mais ou est donc la perversion ? dans les arguments ?
Ecrit par Gérard René. 17-11-2009
Je ne sais pas si le libéralisme est pervers ce qui n’était pas la question mais je trouve assez pervers cette manière qu’a caféphiliste à nos enfermer dans une alternative libéralisme ou socialisme. Il semble avoir oublié que nous sommes en République dont les fondements reposent sur le concept de chose commune ou de bien commun.(la Res Publica) Cela suppose des décisions prises dans l’intérêt général et après délibération.
Ors, l’intérêt général est difficile à trouvé dans l’exacerbation de la révolution des droits individuels au XVII et XVIII éme sinon a croire comme Adam Smith, à la main invisible du marché et la vertu comme produit du rationnel.

Aux USA, le temple du libéralisme, il ne faut pas s’étonner qu’OBama se heurte comme Clinton aux lobbies de la santé contre son assurance maladie des pauvres ( je simplifie).C’est que du point de vue de l’intérêt de certains, il est difficile d’invoquer la justice ou de la compassion pour d’autres que soi car cela relèvent, pour un libéral, d’une décision privée. Tout au contraire il est encore légitime pour ces libéraux de hurler à la concurrence déloyale et au socialisme si l’Etat s’en mêle. Que cela attriste la terre entière n’empêche pas semble t-il de penser à une utopie rayonnante de l’intérêt triomphant nouvel Etre suprême ! (on est loin autant de Robespierre que de Kant et son progrès moral )

Le bien commun, cher caféphiliste, n’est pas la solidarité en soi , le collectif en soi mais ce que nous construisons ensemble et que nous voulons, en tant que nous faisons société, préserver comme capital trans-générationnel institué pour tous aujourd’hui et demain ( la santé, l’éducation, les services publics, les régimes de prévoyance, de retraite etc).
La fraternité est le produit de la liberté et de l’égalité partagées et non d’un impératif moral tendanciellement totalitaire .Cela est simplement socialement humain de vouloir la justice dans la société Poursuivre son seul intérêt ne l’est pas « nécessairement » si cette finalité - que l’on voudrait saine parce que rationnelle- ne respecte pas un impératif de cohésion sociale.
Le libéralise n’est plus une idée philosophique telle que défendue naguère. Il s’est traduit et actualisé dans les faits des systèmes politique, des idéologies et dans « le déploiement du logique des marché comme logique normative , depuis l’Etat jusqu’au plus intime de la subjectivité » ( in La nouvelle raison du monde -Pierre. Dardot – la Découverte )

Laisser croire que la philosophie est l’axe unique et suffisant pour se doter d’un appareil critique des sociétés, des systèmes sociaux et des idéologies est un peu court ( voire ici la contribution massive des sciences humaine en général ).

J’ajoute qu’il n’est aucunement pertinent de penser que le libéralisme aurait besoin d’un contre système, d’une utopie globale ou radicale pour trouver un moyen terme entre libéralisme et socialisme. Parce que les sociétés sont en mouvement à une échelle époquale selon le cheminement long et complexe des idées. Ensuite parce que le processus d’individualisation à des causes historiques ( la montée de la bourgeoisie, des techniques et de la connaissance ) et qu’il suffit de lire la revue Philosophie magazine de Février pour répondre à la question piège (c’est cela ou le socialisme ) question piège l’on n’ose plus même avancer dans le débat politique en France.

Dans le numéro cité, je lis ATTALI ( page 54 )« le capitalisme pose évidement un problème moral : celui de la primauté de la liberté individuelle. Le marché est fondé sur l’apologie de cette seule valeur, qui donne le droit de changer d’avis. Or tout ce qui est réversible est précaire. Cette instabilité propulse une dynamique de la déloyauté, entre générations notamment, avec les résultats que l’on sait en termes d’injustices et d’écologie. Aujourd’hui, un mouvement inverse se profile ;: une prise de conscience, à la fois rationnelle et morale de ce que j’appelle l’altruisme intéressé. Dan une société de réseaux, j’ai intérêt à ce que les autres ne soient pas pauvres. Plus nous entrons dans une société intégrée, plus l’altruisme intéressé pourra renverser les comportements, bousculer l’équilibre entre le marché et la démocratie et compenser les excès de la liberté individuelle ».

Bref, devant cette alternative d’un autre age ( on se croirait en 68) caféphiliste me rappelle un auteur comme Milton Friedmann qui avec Hayek « menaient froidement le combat conte toute les formes de progressisme et de réforme sociale, germe selon eux du totalitarisme. » op.cité. Les aurait t-il lus ?



8. Tant mieux ! Encore que...
Ecrit par Caféphiliste heureux. 18-11-2009
Non mais, vous avez raison sur presque tous les points, cher René non Girard, ce qui ne vous oblige pas à accuser de pervers (tout est pervers aujourd'hui) les arguments discutés. Si vous pensez qu’il y a une alternative autre que la bipolarité socialisme-libéralisme, je suis d’accord. Mais comme je suis caféphiliste et pas seulement lecteur de Philosophie Magazine, je suis confronté à l’omniprésence d’un critique unilatérale et « d’un autre âge » du libéralisme et de l’individualisme, tout confondu, et à une fascination par des nouvelles radicalités (sans trop comprendre ce qu’elles ont de nouvelles), comme Badiou.
Ce qui explique mon contentement devant la réfutation du philosophe, et non pas le fait que je sois de droite, comme vous semblez croire. On peut vouloir sortir de cela sans être disciple de Hayek ou Fridmann .
D’ailleurs ce qu’Attali appelle « altruisme intéressé » n’est autre chose que ce que Godin à montre être l’intérêt tout court, l’intérêt bien entendu et non pas irrationnel. Evidemment, « dans une société de réseaux, j’ai intérêt à que les autres ne soient pas pauvres ». Mais, comment faire pour qu’ils ne le soient pas ?
Le commerce équitable et l’écologie me semblent aller dans la bonne direction… seront-ils suffisants ? La société des réseaux, d’ailleurs, c’est quoi ? Qui est dans ces réseaux ? Visiblement pas les immigrés qui s’entassent dans des camions ou qui chavirent dans des bateaux le long de nos côtes méditerranéennes… Comment comptez-vous faire pour que la solidarité républicaine (inter-générations) se réalise ? En augmentant les impôts ? Et qui va voter pour cette idée ?
Quand je vous lis : « ce que nous voulons, en tant que nous faisons société, préserver comme capital trans-générationnel institué pour tous aujourd’hui et demain (la santé, l’éducation, les services publics, les régimes de prévoyance, de retraite etc) », cela ne me sonne pas à des idées bien nouvelles, mais plutôt à préserver les acquis, défendre le « modèle français », etc… comme s’il tenait dans la « société de réseaux » mondialisée. Vous m’accusez d’archaïsme néolibéral, je pourrais bien ne trouver dans cette dernière idée que du vieux socialisme ou cégétisme réchauffé: protection des acquis à tout va, bon pour les fonctionnaires de la SNCF, et pas trop d’idées nouvelles (on se croirait en 95), Attalistes ou pas.
Je suis donc d’accord pour sortir de l’alternative que vous pointez, mais en sortez-vous vraiment ? et par où ?

9. Je ne partage pas la vision de Christian Gondin.Désolé.
Ecrit par Gérard Tissier. 25-11-2009
Caféphiliste parle d’une réfutation qu'aurait apportée le philosophe Christian Godin aux critiques du libéralisme. Pour ma part, j’ai pris le micro pour donner corps à l'idée de" perversité" (disons résiduelle) propre au libéralisme,la perversité relavant, dans une définition appliquée, d’un discours qui cacherait le mal sous un bien..

Je m’étonne encore de ce propos :« si les hommes avaient suivi leurs intérêts - ce qui est sain et rationnel- on aurait vécu dans un monde idéal. Vraiment bizarre cette affirmation.. Quand bien même cela serait, et, sachant que nous n'y sommes pas,dans ce monde idéal, que faire pour que les passions et la médiocrité se taisent ? Relire les philosophes libéraux, repartir avec les mêmes rationalisations alors que l’Histoire, ses avatars et la terrible dictature des faits ont sérieusement entamés leurs certitudes ?
Comment peut-on, raisonnablement et au vue de la puissance des organisations, prendre en compte l'intérêt comme un principe normatif à vocation universelle? J-C Trichet (président de la banque centrale européenne) répond très bien. Il déclare, à propos de l'économie de marché :" ma conviction est qu'il s'agit d'un problème de valeur dans nos sociétés. C'est une anomalie grave que certains secteurs de l'économie et de la société considèrent comme normaux des comportements qui ne correspondent pas à ce que nos démocraties acceptent. Tout ne peut pas reposer exclusivement sur la législation..../...Au delà des règles, il faut qu'il y ait une convergence éthique des valeurs qui régissent les comportements dans les grandes démocraties."

Au chapitre de la perversité résiduelle on peut pointer les effets de la concurrence généralisée, la compétition, la concentration de puissance économiques et financières qui peuvent, de fait, échapper au contrôle démocratique national, à l'exigence de la transparence financière et au débat avec ceux que leurs actions atteignent dans leur vie propre..Sous couvert de critères fédérateurs, l'Europe avait entériné le culte de l'intérêt économique comme ciment de sa construction.Il n'est pas étonnant que le traité qui allait graver ce crédo dans le marbre ait été rejeté. Pour les plus conscients, il changeait jusqu'aux fondements du contrat social des démocraties en Europe.

Le rationnel de l'intérêt au collectif, c'est la société dite « sociale de marché". Sa finalité est de créer les conditions de la liberté économique comme rationalité sociale, cette dernière ne plus être régulée que du point de vue de son efficience, de la fluidité et de la capacité au changement de ses composantes.. Dans cette visée, je soutiens ici que la « perversité » est de définir le bien social et humain comme rattaché à la prospérité de tous alors que les développements du libéralisme conduisent à une explosion des inégalités de toutes natures, à la précarisation et à l’exclusion.Sur le plan humain, cette vision et sa logique interne induisent de nouvelles formes d'assujettissement et des souffrances dont on mesure maintenant l'ampleur dans la vie active avec des managements pervers qui supposent l'adhésion aux facteurs de domination.

Christian Godin, a fini par concéder que si l'intérêt est rationnel, les hommes "croient" seulement le savoir ce qui atténue sérieusement les choses. Encore faudrait- il s'entendre.S'agit-il d'un rationnel qui ne prendrait pas en compte les conditions nécessaires de son intérêt à long terme, de myopies court-termistes ou d'intoxications a-moralisante. Une chose est pour le moins sûre: le libéralisme qui sévit depuis les années 1980 à du plomb dans l'aile pour voler au secours de sa réputation. Ceux qui se trouvent du mauvais coté de l'intérêt vont bien finir un jour à trouver le leur en n'écoutant plus certains discours. Tant mieux.

Pour finir, une citation (de Bergson :"…quand les philosophes avancent que la raison peut faire taire l’égoïsme et la passion, ils nous montrent –et nous devons les en féliciter– qu’ils n’ont jamais entendu résonner bien fort chez eux la voie de l’un ni de l’autre"

Et si nous sortions de l'évidence?





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