la tolérance
Écrit par Alain Parquet   
26-01-2010

 Après avoir lu les sujets proposés sur le thème de la tolérance, Daniel Ramirez choisit de se demander « quels seraient les critères pour établir des limites à la tolérance. »

 

Le mot, étymologiquement, renvoie à l’idée de supporter, de faire un effort (latin classique tolerantia « constance à supporter, endurance »), et le premier sens donné par le Trésor de la langue française le définit ainsi : « admettre avec une certaine passivité, avec condescendance parfois, ce que l'on aurait le pouvoir d'interdire, le droit d'empêcher ». Le deuxième sens, lui, est positif : « état d'esprit de quelqu'un ouvert à autrui et admettant des manières de penser et d'agir différentes des siennes », et plus philosophiquement : « respect de la liberté d'autrui en matière d'opinions et de croyances. » Sans oublier les sens concrets : capacité d’un organisme vivant à supporter des agressions, ou encore « écart d'inexactitude admissible, en plus ou en moins, pour la cote d'exécution d'une pièce usinée. »

L’ensemble de ces définitions a été passé en revue, mais on a aussi abordé la tolérance à travers une finalité : la recherche d’un vivre ensemble, d’un « bien commun dans la diversité » ; un état d’esprit et de coeur : l’amour de l’échange, une sagesse amenant à remettre en question ses propres « vérités » ; une vertu : rendre possible l’évolution de nos lois ; une méthode : la tolérance fait partie de la vie et demande un travail sur soi au quotidien. On a aussi projeté pour elle un « au-delà » : la compassion (pour le chrétien), le détachement (pour le bouddhiste).

 

La tolérance est un concept moderne, qui n’existait pas dans l’Antiquité. Ce sont les terribles guerres de religions de la Renaissance qui ont amené à se méfier des convictions trop fortes et de la prétention à savoir la vérité. C’est pourquoi la connotation négative du mot ne doit pas faire oublier que la tolérance est le contraire du fanatisme, qu’elle garantit le respect de la liberté d’opinion et des façons de vivre. Ses différents niveaux d’application sont donc : la douleur physique, les comportements, les actes, les idées.

 

Mais ce concept nous est-il bien naturel ? On peut le voir simplement comme une limitation de notre intolérance ! Ou comme la recherche d’une bonne conscience, à défaut de s’intéresser à la pensée de l’autre. De plus, il est facile d’être « tolérant » quand on est riche et en bonne santé...

 

« La tolérance n’est pas une valeur », a-t-on dit, car on doit se situer par rapport à une intelligibilité du réel. Quelqu’un s’est demandé quoi penser d’un tel débat pendant que les théocraties et le prosélytisme religieux font tant de ravages dans le monde.

Car la « tolérance » peut servir à occulter le débat politique. Pour Slavoj Žižek c’est aujourd’hui une injonction qui participe à la dépolitisation générale (cf. son « Plaidoyer en faveur de l’intolérance »). On oublie en effet qu’une intolérance doit s’appliquer aux systèmes, et non aux idées. Aujourd’hui, on ne tolère plus l’idée d’avancer des convictions car on est aussitôt accusé de vouloir les imposer.

 

Peut-on imaginer une société dans laquelle on n’aurait pas besoin de tolérance ? Elle serait un modèle parfait de compréhension, de reconnaissance de l’autre et d’harmonie.

 

En conclusion, Daniel a rappelé que la majorité des sujets proposés révélaient une méfiance à l’égard de la tolérance. Sans aucun doute, l’intolérance appartient à un système de pensée non démocratique. Pourtant, en démocratie, on peut se sentir menacé, aussi bien par une tyrannie de la majorité, obsession de Tocqueville, que par une tyrannie des minorités et des lobbies, obsession de nos républicains.

La tolérance s’applique à ce que nous n’aimons pas ; comme la loi ne peut pas définir tous les « intolérables », elle constitue un défi en nous renvoyant à nous-même. Elle représente une sorte de vertu minimale pour une société non parfaite, vertu qui a besoin de toutes les autres pour exister.

Si nous étions tous identiques, la vie nous serait intolérable !

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. merci alain
Ecrit par . 26-01-2010
ca fait longtemps que je sèche les phares, trop pris par des pbs perso, mais je suis heureuse, que mêm absent on reste relié au "parfum des phares" via internet.
Ce sujet a été le bienvenu ce soir chez moi , alors que, pleine de colère, j'étais à 2 doigts d'exploser.
Ton résumé était très clair, distancié par rapport à ce que je vivais d'insupportable.
MOi, j'ai des progrès à faire pour ne pas supporter l'intolérable!
Je n'attends de mes amis aucune indulgence, mais un minimum de compréhension
moi , le mort français que kje préfère c'est: conivence"
amitié et à bientôt

2. signature
Ecrit par aliette. 26-01-2010
J'avai perdu la main, c'est moi qui avais écrit le texte précédent.

3. tolérance valeur, tolérance limite?
Ecrit par evy. 27-01-2010
Pourquoi serait-on plus tolérant quand on est riche et en bonne santé? Parce que pauvre et malade, je ne suis que haine de l'autre? Avouez que c'est souvent le contraire. L'opulance et le bien être me font parfois oublier les souffrences des autres. Tandis que d'avoir souffert, je suis souvent plus sensible à la douleur de mon voisin, même noir, chinois, arabe, juif ou hadicapé.... Il y a l'intolérance idéologique, que la pensée fanatique revendique: ce porc qui ne reconnait pas mon dieu mérite la mort! Il y a l'intolérance de cette intolérance qui ne se borne pas à s'indigner du traitement des femmes ou du port de la burka, mais qui défend avec ses griffes les valeurs de la tolérance qu'il a fallu bien des siècles de souffrance pour implanter, dans les pays et dans les têtes.... Il y a l'intolérance, limite, qui se borne à verbaliser la place de parking que j'ai prise sans payer.... Le résumé n'ayant pas posé ses différences fondamentales, on s'y perd un peu, non? qui pourrait, de plus m'expliquer "la tolérance peut servir à occulter le débat politique" LA TOLERANCE EST UN DEBAT POLITIQUE PAR EXCELLENCE; C'est la démagogie politique qui préfèrerait se passer de ce débat!

4. Etranges éloges de l'intolérance
Ecrit par Daniel Ramirez. 28-01-2010
Je suis satisfait d’avoir suscité ce débat, y compris avec le « pré-débat » (voir forum ouvert à ce propos). Il n’était pas simple et l’ambiance n’était pas de toute sérénité. Bien de personnes se méfient de la tolérance, et aujourd’hui on fait feu de tous bois pour la combattre. Evy a raison de dire que c’est « un débat politique par excellence », c’est pourquoi l’hypothèse de la dépolitisation ne tient pas début. L’argument comme quoi ce serait « condescendent », donc à éviter aussi, ne va pas bien loin non plus, car la tolérance n’a pas à s’appliquer là où chacun à le droit au respect (qui n’est pas condescendant) en tant que personne, et la liberté de culte par exemple, inscrite dans la constitution. Je suis souvent surpris par l’idée qu’on pourrait ou qu’on devrait « tolérer » telle ou telle religion ; on est ainsi très souvent en deca de ce que la loi actuelle prévoit et l’on revient à l’époque de l’Edit de Nantes. On n’a plus besoin d’« Edits de tolérance » pour les religions car il y a liberté de culte, ce qui est bien plus fort et plus digne d’une démocratie moderne, malgré les mérites du brave Henry IV.
La tolérance, comme on l’a bien établi dans le débat s’applique à ces choses (des pratiques, des mœurs, des idées) que nous reprouvons (donc rien à voir avec la connivence, qui mentionne Aliette plus haut), que nous dérangent, que nous pourrions combattre, voire empêcher… mais nous renonçons à ces combats et à ses empêchements afin de favoriser une coexistence pacifique dans un climat de liberté.
Une des choses qui m’a le plus intéressé c’est de prendre le pouls à ce diffus sentiment actuel contraire à la tolérance ; il n’est pas à négliger car il pourrait évoluer. L’opinion publique (et la doxa actuelle) se laisse mener en bateau par des pseudo-débats introduits par le pouvoir. Si nous considérons, pourtant, que nos sociétés ont conquis, avec raison, au fil de ses luttes, libertés, droits, respect et protection de la personne, il est paradoxal que nous nous mettions à croire qu’une bonne dose d’intolérance mettrait certaines choses à leur place (c’est comme ça que je traduirais ce vague sentiment). Cela me rappelle l’expression « une bonne guerre de temps en temps… ».
Tout cela me conduit à penser que ce n’est pas rationnel. A surveiller, donc, mais en soi-même. Chacun a sa dose d’intolérance comme d’autres pulsions. Il a été ainsi pertinemment dit que la tolérance est plutôt un frein à sa propre intolérance qu’une vertu à part entière, à cultiver comme telle. En tout cas, il s’agit d’une des moindres, elle a besoin des autres, de l’amour, par exemple, de la générosité, de la curiosité aussi (comment s’intéresser à ce qui nous est étranger sans cette joie de découvrir ?), de l’ouverture d’esprit. Celles-ci, ce sont de vraies qualités, positives ; mais sans celle-là, négative, minimale, mais nécessaire, elles ne pourraient pas s’épanouir et notre monde deviendrait invivable.

5. Comment peut-on établir un seuil de / des Limites À La / tolérance ?, Daniel Ramirez
Ecrit par ROCA. 29-01-2010
Comment peut-on établir un seuil de / des Limites À La / tolérance ?, Daniel Ramirez',

entre ..."fluide glacial" etdit "métal hurlant", La " tôle'...errance" dite' ondulée, ondulant' entre ... Le Vivre'- ensemble dans La ... " differrance' ", et La diversité, et un premier palier, dans L'Attitude de porter', et supporter, différence' et diversité, À re-Li-er,
" échanges' et dialogue' ", enrichissant', et, éclairant', et Vigilant,
dialogue, travail sur soi, sagesse ... de La Vérité,
plus' que son propre camp, Aimer La Liberté,
principe de L'égalité, dite', et Actée,
La " générosité ", La solidarité,
plus' que La contrainte ... Le débat, entre nous,
plus' que La Victoire ... La paix, du Lien, humain, qui noue, et qui dénoue,
notre ... bout de chemin, Les' uns Vers Les' Autres ... marche ... du Je Au Nous,
Articulé, Je-Nous, qui nous Lie, nous nourrit, Lien, humain, qui nous ...noue,
Tolérance ... j'écris ton nom, oui À La tolérance, " Non À L'intolérable ! ",
de Cardonnel, est-ce ... " manquant chaînon " ?, de L'indulgence ... bienveillance', intelligence, du " cœur intelligent ", de Finkielkraut', du don, inépuisable',
empathie, compassion, oui / non, compréhension ... marges ... Limites ... seuil, de tolérance ... porte',
ouverte ... sur Le ... Lien, humain, qui nous porte, ... Gilles Roca,

Cas-fée-Philo des Phares, 17' janvier 2010', en ces-jours de Nivôse',
en tolérance phare ... récurrent phénix', et sans Limites ... ose !, G R

6. Belle démonstration !
Ecrit par urbaine. 31-01-2010
Je suis d'accord avec l'animateur, c’était une superbe occasion de d’échange philo, entre une bonne partie de la salle qui, c’était évident, était tentée par une dose d’intolérance, et, une minorité entre lesquels, l’animateur, car il ne se faisait pas prier cette fois pour prendre position. Il a constamment encouragé une analyse philosophique qui garde une place importante à la tolérance, tout en faisant la part aux limitations du concept. C’est ce que l’on peut espérer de mieux d’un café-philo !
Pourtant les oukases ne manquaient pas, comme cet homme avec une voix tonitruante (d’ailleurs ce monsieur s’exprime souvent comme ça, en pontifiant) qui a parlé de la burka, pour dire une chose assez bébête. Si on était tombé dans ces pièges le débat aurait été gâché. Beaucoup ne rêvent que de ça : s’affronter. Et ils voudraient à chaque fois ramener l’actualité pour éviter de penser. C’est tellement facile d’avoir raison ! C’est pour ça qu’on se met à parler des extrêmes. Bien entendu, il s’agit des positions d’autrui, de l’altérité, de la différence. La trouvaille c’est de les accuser d’intolérants pour justifier notre intolérance.
Je bien aimé la démonstration de l’absurde de certains sujets, comme "peut-on tolérer l’intolérable" : montrer que la tolérance ne s’applique qu’a ce qui est tolérable, puisque c’est une question de marges, de frontières. Les exemples de l’habillement, du niveau du bruit dans les transports, au fond des questions de vie commune, on été très pertinents. Nous pouvons ainsi décider de ne pas tolérer quelque chose, mais il est évident que cette chose est du domaine du tolérable, car lorsqu’il s’agit du crime, de l’esclavage ou de la torture, la tolérance est totalement hors sujet. Au fond ce qui a été brillamment démontré est que nos intolérances nous les décidons nous-mêmes, et que c’est pas la peine de prouver « qu’il y a des limites à la tolérance », par exemple, ce qui est l’évidence même, pour se donner une bonne conscience.

7. logique ou absurde?
Ecrit par Gérard Tissier. 31-01-2010
Je n’arrive pas à comprendre comment l'auto-conviction peut servir d'argument. Si l'un des fondements de la tolérance est de ne pas détenir la totale vérité, ne serait-ce pas bon de s'approprier un droit résiduel à l'erreur, avant de taxer les questions des autres d'absurde ?
Ainsi si, dans les années 80, le forum Le Monde- Le Mans avait eu pour titre " jusqu'où tolérer " et lançait un débat avec le concours de nombre d'intellectuels c'est que la question sousjacente (la tolérance a-t-elle des limites ) est évidemment non absurde. Est-ce que les travaux de ce forum ( et le livre qu'il en reste) n'a pas tenté de conceptualiser le concept de limites dans sa complexité même? Bien sur que oui !
Dire que la tolérance est une question de limites est tout autant de l'ordre de l'évidence mais n'en dit pas davantage car il faudrait au moins définir de quel coté on se place pour poser les limites.

Ce qui me paraitrait à moi important ce serait d'interroger une supposée nécessité axiologique de tolérer ce qui n'est pas intolérable (et qui fait consensus en tant que tel ).Sur beaucoup de terrains, ce n'est pas une affaire de mots mais de contexte, de contenus et d'enjeux de cohésion sociale.

L'idée selon laquelle la résistance à la tolérance serait de l'ordre de la névrose ou d'une non-complétude humaine est simplement idéologique ( et non logique, pardon de le dire ) Quel est le sens sens d'une psychologisation normative alors que le champ de la tolérance concerne les religions, la morale, les règles civiles, les normes etc, bref, l'état d'une civilisation à un moment de son évolution, la civilisation produisant ici et là, de la « société » , des processus d'affilation et de reconnaissances mutuelles dont l'abord conceptuel est délicat en termes de frottements sociaux.


Pour moi, si par exemple la norme se révèle dans sa force par la conscience de l''a-normal,le tolérable est un en « deça de l'intolérable » par la faiblesse d'une légitimité à ne pas tolérer. C’est différent d’un devoir de tolérer. En tant que système, le champ du tolérable n'est pas celui du culte de la différence , de l'altérité, de l'autre ( toute chose appartenant plutôt à l'individu )mais celui des « accommodements raisonnables » dans un espace où le débat reste à instituer sur de bons pré-requis pour êre légitime- et démocratique.

La tolérance est devenue au fil e l'histoire et du mélange des cultures une vertu pacificatrice. En se donnant le statut d'injonction, la tolérance se pervertit dans le politiquement correct, d'avancée de la conscience comme sortie de l'angoisse du différent, elle risque fort de se réduire ainsi au conformisme peureux face à un essentialisme conquérant.

je voudrais citer le texte d'Alain ( merci à lui ) :"Car la « tolérance » peut servir à occulter le débat politique. Pour Slavoj Žižek c’est aujourd’hui une injonction qui participe à la dépolitisation générale (cf. son « Plaidoyer en faveur de l’intolérance »). Non ce n'est pas absurde d'ouvrir le débat sur le bon terrain;c'est logique.




8. Quelques explications, s.v.p.
Ecrit par urbaine. 01-02-2010
Excusez ma naïveté mais je ne comprends pas tout ce qui dit Gérard Tissier. Je n’ai pas vu beaucoup d’auto-conviction… Je ne comprends pas non plus certaines phrases, par exemple : « le tolérable est un en « deça de l'intolérable » par la faiblesse d'une légitimité à ne pas tolérer » (?) Et pourtant j’ai fait un peu de philo. Mais une chose est sur, Gérard, vous confondez : le sujet qui était déclaré absurde est « peut-on tolérer l’intolérable ». C’est Alain qui avait avancé cette formulation. C’est déjà expliqué dans le forum. « Jusqu’où tolérer » semble une bonne question, à peu de choses près, celle que Daniel a choisi. Mais introduire la question de l’intolérable est souvent une ruse pour justifier son intolérance, un peu comme « quand on veut tuer son chien on l’accuse d’avoir la rage ».
J’ai une question : qu’est-ce que ça veut dire « l’essentialisme » ? Alain parle de la même chose, c’est quoi ce nouveau épouvantail ? C’est qui les essentialistes ? Soit je suis à l’ouest, soit il y a une sorte de goût pour le jargon de la philo.
Je ne vois pas non plus pourquoi être tolérant deviendrait « un conformisme peureux », ce n’est qu’une affirmation. Souvent la tolérance demande du courage.
Encore un doute : j’ai bien entendu M. Günter parler de Zizek et sa théorie comme quoi la tolérance amène la dépolitisation, mais ni lui (qui a dit que pour ça il fallait lire le livre, merci !), ni vous qui citez exactement la même phrase, n’ont rien expliqué de l’argument. Pourquoi ce serait de la dépolitisation ? Il suffit pas d’évoquer un nom prestigieux pour que ce soit accepté, chers messieurs.
Pendent le débat on a plutôt montré que chercher à établir les limites de la tolérance c’était éminemment politique.
Vous terminez en disant ce n’est pas absurde d’ouvrir le débat. Mais oui, c’est bien pour ça qu’il a été ouvert, non ? Mais quel est le « bon terrain », d’après vous ? Celui de l’intolérable ? De l’extrémisme ? Ce que j’ai vu c’est que plusieurs voulaient à tut prix ramener la discussion sur ce terrain. La meilleure façon de ne pas faire un café-philo mais le café du commerce.
Agnès

9. Explications bis
Ecrit par Alain. 03-02-2010
Pour l'essentialisme et pour le reste, j'ai écrit dans le forum créé par Daniel sur ce thème, je vous invite donc à le lire.

"Essentialiser" une identité, c'est la couper du réel, occulter ce par quoi elle est constituée : une histoire, des conflits, une ALTERITE INTERNE, et donc la rendre non discutable, voire interdire d'en discuter.
Dans la "république une et indivisible" à la française, il y a eu et il y a encore des différences de valeurs radicales (par ex. sur l'avortement, la peine de mort) mais ces conflits de valeurs sont construits dans une culture démocratique, où toutes les positions sont par définition discutables.
Le problème, c'est quand on DEPOLITISE la question en ne tolérant pas la "discutabilité" (excusez le mot barbare) d'une position, parce qu'il s'agirait par ex. d'une "identité" potentiellement victime d'intolérance. Or, ce sont des musulmans qui qualifient l’islamisme radical de "fascisme vert". Il s’agit de conflits de valeurs et de rapports de force, qui se ressemblent étrangement d’une culture à l’autre, et la question ne se pose pas en terme d’identité et de tolérance !!
Mais cette décomposition du politique et l'oubli de l'Histoire sont hyperconformes à l'idéologie néolibérale qui conçoit le monde et les sociétés humaines sur le modèle de la biodiversité : un zoo avec des espèces différentes.

Pourquoi avoir utilisé encore cet exemple ? Parce que j’y vois la seule raison véritable de ce débat. Pourquoi, en effet, ce thème de la tolérance alors que toutes les études montrent que la SOCIETE REELLE est de plus en plus tolérante, justement, envers les choix de vie individuels ? Il y a trente ans, déjà, au fin fond de la France rurale, on pouvait laisser la fille de la maison vivre maritalement avec son ami, et même avoir des enfants naturels. Aujourd’hui, une majorité de Français est favorable au mariage homosexuel. Etc. etc. Je trouve tous les jugements convenus sur les prétendus intolérants assez déplacés, c’est une vision ignorante, caricaturale et méprisante de la société, l’intolérant c’est l’autre... Nous devrions arrêter de nous regarder le nombril (quelqu'un l'a dit, d'ailleurs, pendant le débat) et de ratiociner dans le vide.

10. Explications ter
Ecrit par Alain. 03-02-2010
A propos d’une évolution continue de la société réelle, j’ai oublié de citer le droit de vote des étrangers, de plus en plus accepté dans les esprits. Où est donc la "peur de l’autre" régulièrement donnée comme explication d’une prétendue "intolérance" ?
Encore un exemple d’essentialisation des problèmes, avec toujours la même conséquence de méconnaître la réalité. Apparemment, les grandes explications anthropologiques du type peur de l’autre, violence, haine, n’expliquent rien ; celles-ci se manifestent toujours dans des situations précises et ont des explications rationnelles, sociales et/ou politiques, ce ne sont donc pas des absolus.
Par ex., la "violence anthropologique" n’explique rien des massacres de septembre 1792 et de la condamnation à mort de Louis XVI, seul un travail rigoureux d’historien permet de reconstituer et de comprendre les raisons de ces actes. Même la Solution finale a été le produit d'un enchaînement de circonstances et de décisions humaines, l'idéologie nazie seule ne permet pas d'expliquer qu'elle ait été mise en acte.
Retour sur notre terrain : le politiquement correct et le sentiment par une certaine partie (populaire) de l'électorat d'être prise pour des imbéciles par des donneurs de leçon ont ouvert un boulevard au Front national dans les années 80. Essentialiser le racisme et la xénophobie, et l’intolérance, peut être une erreur politique grave, qui crée la maladie en prétendant la combattre.

11. Se regarder soi-même au lieu d'accuser l'autre
Ecrit par urbaine. 03-02-2010
Merci, Alain, vous au moins, on comprend, c’est plus clair que votre collègue Gérard. J’ai compris au moins que les essentialistes n’étaient pas seulement les adversaires des existentialistes (lol). Le problème avec vos explications, et c’est tant mieux qu’elles soient claires, c’est qu’elles laissent apparaître une rage contenue (à peine contenue). Vous voulez à tout prix réduire le débat à une question d’islamisme radical, ou « fascisme vert ». Mais n’est pas ça « essentialiser » ? Ils sont comme ça, « ils » ne veulent pas discuter… Mais avez-vous essayé ? Ne voyez vous pas que votre phrase « l’intolérant c’est l’autre » s’applique parfaitement à ce que vous dites vous-même ?
Penser que l’Islam radical est plus ou moins intolérant que le Judaïsme fondamentaliste (j’en connais quelque chose) ou que l’intégrisme Catholique (ne vous rappelez-vous pas des attentats des anti-avortement ?) ou que le maoïsme ou même que le fanatisme républicain, me paraît pas très philosophique. Pas très intéressant, en tout cas. C’est comme un concours : qui possède les plus bêtes et récalcitrants ; celui dont les récalcitrants son moins bêtes et méchants gagne et a le droit de traiter les autres d’intolérants (et de les essentialiser, n’est-ce pas ?).
Accuser l’Islam de poser LE problème à la société me rappelle le langage à propos de « la question juive » : il faut bien qu’il y ait un ennemi, un bouc émissaire. Les autres sont tous acceptables. Le racisme est une invention de SOS racisme, le FN une création ex-nihilo de Mitterrand,il n'ya pas de peur de l'autre, voyons!… et vous vous insurgez contre le fait qu’on maltraite la connaissance historique !
Il est vrai que notre société est assez tolérante. Encore que vous donnez deux exemples qui laissent pantois : le vote des étrangers et le mariage gai. Que je sache tous les deux sont hors la loi en France. C’est rigolo, non ?
Mais c’est vraie que c’est assez tolérante la France. Je l’aime pour ça. Et si j’ai compris quelque chose au débat, c’est là que le bât blaise, car dans certains discours on entend clairement qu’elle devrait l’être moins. Evidement vis-à-vis des essentialistes, des non-discutabilisateurs (je m’excuse aussi), les autres, bien sûr. C’est étonnant, c’est comme une tâche aveugle. Et pourtant vous donnez tous les arguments pour la dépasser.
Je crois que j’apprends finalement ici qu’est-ce que la philosophie : pouvoir questionner là où tout nous paraît évident, éclairer notre tâche aveugle.
Agnès

12. Quelques précisions
Ecrit par Alain. 03-02-2010
Merci pour votre réponse, somme toute très tolérante.

Je parlais d'une évolution dans les esprits, sachant très bien que ce qui est admis aujourd'hui majoritairement (situation impensable il y a quelques années) n'est pas légalisé, mais cela ne pourra pas ne pas l’être un jour.
Si j'ai parlé d'islamisme radical, c'est en fonction de la situation ! Je ne vois pas d'équivalent, du point de vue de la puissance de nuire (n'oublions pas que leurs cibles sont d'abord les musulmans et les sociétés musulmanes !), dans les autres fondamentalismes. Un concurrent malgré tout : les évangélistes protestants américains, mais je ne vois pas, chez eux, d'équivalent à la violence du radicalisme islamiste (je ne pense pas aux attentats mais à l’ordre social et politique).
Quant à la "question juive", expression qui me fait frémir mais qui est toujours employée (cf. le titre du dernier livre d'E. Roudinesco !), elle s'applique à TOUS les juifs. Or, il faut vraiment aller chercher loin, dans les esprits les plus sous-informés ou désespérés, pour trouver une confusion entre les musulmans dans leur ensemble, avec lesquels nous vivons, et les fanatiques islamistes. Sans avoir vérifié, je fais le pari que les études d'opinion montrent sans appel qu'il n'y a pas amalgame, y compris chez les électeurs du Front national.
Alors, c'est vrai... je n'ai pas essayé de discuter avec un islamiste radical, à vrai dire je n'en connais pas, mais je peux imaginer cela tout à fait possible dans un rapport d'individu à individu. Mais cela ne prouve rien, je pourrais l’envisager aussi avec un nazi ou un grand criminel, il y avait des nazis avec lesquels ont pouvait discuter, qui étaient même cultivés, et le pire criminel peut être accessible aux échanges... C’est au-delà du niveau individuel, dans la réalisation politique des "idées", que les problèmes commencent.

J’ai encore quelques réflexions en réserve, à suivre donc, mais sans abuser...

13. A propos de l'essentialisme
Ecrit par gtissier. 07-02-2010
Quelques précisions sur ce que dit Alain quant à la question d' Urbaine sur l'essentialisme. Alain dit essentialiser c'est ne plus pouvoir discuter.

pourquoi ? Parce que l'essence s'applique aux choses et non aux idées; l’essence c'est l'être des choses, ce par quoi une chose ne peut pas être différente de ce qu'elle est en tant que chose. être accidentelle. Essentialiser le concept de différence ( le transposer en essence) revient a rendre cette différence irréductible. Le féminisme est porteur par exemple de tels glissements s'agissant de la différence homme femme.( on parle alors de différentialiste)

Sur les enjeux sousjacents de ce débat je me sens l’allié d’Alain sur le mode du « pas discutable. » Je relève de la part de Daniel ce commentaire d'un texte d’Alain sur le forum : » Pourquoi introduire la question de la diversité et de la reconnaissance en guise d’épouvantail ? Il ne suffit pas de la nier pour qu'elle disparaisse. Que devrions-nous tolérer si ce n’est la diversité ou la différence ? La tolérance est superflue pour ce qui est semblable. "


Nous sommes ici, selon moi, dans l’essentialisation dont je parle. Cela pose la question du distinguo fondamental de savoir quel est l'objet de la tolérance. Porte- t -elle sur les gens et leur identité ou sur leurs croyances, sur leur actes et par extension, sur le registre d’argumentation qui justifierait un droit au respect de leur expression particulière, dans la sphère publique, dans les lieux publics ou sur le droit à incarner la diversité à partir d’une liberté à être ce que l’on veut Est-ce cette fameuse différence ? Vraiment ?

Par conséquent, où est le problème posé dans notre société pour faire ce que serait de la philosophie appliquée et non du hors sol ? Est-ce la problème philosophique de la tolérance que des personnes agissent sur un plan moral, vis- à -vis de règles civiles ou par extension, de normes, de pratiques de telle manière que cela impacte sur la vie des autres ? Que cela puisse e soulever la question dans l‘espace politique voire de soulever un malaise eu égard précisément à un «  consensualisme républicain «  intégrant certaines différences tout en refusant l’imposition de la différence comme fondement relève t-il de la tolérance ?.

La question posée serait que cette réalité dérangeante cherche sa légitimité sociale dans une identité d’appartenance ou d’adhésion référée à une vison du monde et de la société et qui serait le socle de droit spécifique autre que le respect découlant des valeurs de la république et de lutte légitime contre la discrimination et la relégation sociale.


Pour certains - les libéraux tolérants - cela ne serait pas possiblement abordable sous le fait que les sociétés puissent ritualiser ( socialiser) les limites, les seuils ( la liminalité) ) au vivre- ensemble sur la modalité de l'intégration ou du rejet. Une intégration de ce qui vu ou pensé d’abord comme intolérable avant de descendre dans une sphère ou la culture du compromis produit de fait du tolérable.(l‘en-deça du tolérable dont j‘ai parlé)

Mais aussi rejet de ce qui après débat reste incompatible et pas acceptable car portant la question des valeurs sur d’autres plans avec un réseau d‘interférences parfois délicat à dénouer.

Rejet enfin de l’autre versant des « frontières intérieures » par refus d’intégration et par attachement à ses particularismes souvent associés à une lutte pour la reconnaissance qui a bien du mal à trouver sa conceptualisation ailleurs que dans l’ordre libéral..

Dans ce double mouvement, il est clair que la loi doivent quelquefois trancher car la légitimité » a accepter ou a refuser est problématique au niveau individuel peut déplacer les tensions dans la collectivité de base( c‘est la caractère intolérant de l‘intolérable ou la xénophobie par projection de la peur ou de l‘angoisse venant du différent ).

Non, la tolérance n’est pas la porte d’entrée de ces problèmes car la raison qui la fonderait ne participe pas de l’histoire et de la culture républicaine. Tout au plus peut- on parler d’un abord raisonnable et d’un vigilance à ne pas essentialiser au sens qu'Alain donne à ce mot. Ni la république, ni la différence et la diversité.
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14. Au tant le dire deux fois qu'une..
Ecrit par gtissier. 20-02-2010
Je relève dans la Philo magazine de ce mois,cette réponse de Charles Pépin à la question ." mais peut- on être intolérant avec l'intolérance ?" trois extraits ci -dessous 1/"qu'elle dépende d'une seuil quantitatif prouve que la tolérance n'est pas une valeur en soi.
2/ la tolérance est une valeur négative;le respect est une valeur positive.Respecter la différence c'est aller vers elle, au risque d'ailleurs d'en revenir changé.Tolérer l'autre , c'est ne pas aller vers lui alors que l'on voudrait le frapper. Le respect vise le bien, la tolérance, le moinde mal."
3/ "Si l'intolérance vous heurte, il faut la combattre.Ce n'est donc pas au nom de la tolérance que vous combattez l'intolérance.L'intolérance est intolélarable, mais la tolérance n'est que tolérable "

Tout cela pour signifier, comme l'auteur cité, que la tolérance n'est qu"une pseudo -valeur car poussée à l'extrême, elle s'annulerait en acceptant l'intolérable.

Ainsi la question de la différence dans la société est d'une part une question d'accueil et d'empathie et d'autre part une question de quantité, de seuil et de contenu.Dans la sphère du politique ces extrêmes sont en tension.Ce qui est clair pour moi, et je me répète, c'est qu'on ne peut opposer la tolérance aux éléments du débat sauf , sans le dire , à adopter le paradigme du multi-culturalisme.


15. à chacun son seuil d'intolérance
Ecrit par . 28-02-2011
"ce qui est clair pour moi, et je le répète ( "autant le dire deux fois qu'une" dit gtissier....attention au pourrisement promis par le dernier aphorisme ! pourissement avec un seul r heureusement,vous échappez au pire), c'est qu'on ne peut opposer la tolérance aux éléments du débat". J'avoue que je ne comprends pas. Vous pouvez développer votre pensée ?
La phrase de Alain "il est facile d'être tolérant quand on est riche et en bonne santé" m'intrigue aussi , je ne vois pas le rapport entre l'aisance financière et la tolérance : les richissimes dictateurs du Maghreb vous paraissent vraiment tolérants ? la définition du mot ne doit pas être la même pour tout le monde.
On a tous je crois des seuils de tolérance différents, aux gens et aux choses, aux idées et aux bruits du monde, à la douleur et à la bêtise, ils peuvent évoluer au cours du temps, mais resteront toujours personnels.

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