L’humanité est-elle une espèce nuisible ?

sujet du 14 février au café les Associés

Notre animateur invité Yves Cusset, qui voulait un sujet politique, a choisi cette question qui le « dérangeait » :

L’humanité est-elle une espèce nuisible ? Il a rappelé d’abord les trois présupposés pragmatiques pour une discussion selon Habermas :

  • la liberté des participants (ils ne doivent pas débattre sous la contrainte)
  • la symétrie des participants (qui ont un droit égal à parler et dont les arguments sont de valeur égale)
  • la sincérité (c’est-à-dire adhérer à ce que l’on dit).

Une discussion n’est pas une négociation.

L’auteur du sujet expliqua que l’espèce humaine était apparue très récemment sur terre et qu’elle y faisait plutôt figure d’étrangère à ses yeux ; il ne voit pas quel sens donner à son existence. Avec le feu de Prométhée, l’homme a créé un mythe pour célébrer sa toute puissance, mais en oubliant la lumière. L’idéologie du progrès entraîne un aveuglement, une facilité, une paresse de la conscience.

Quelques préalables au débat ont été avancés, quoique en ordre dispersé.

Comment porter un jugement sur le monde tout en appartenant à celui-ci ? Nous sommes obligés de supposer que c’est possible...

Trois critères de « nuisibilité » ont été proposés :

  • la production de souffrance
  • ce qui favorise la mort plutôt que la vie
  • ce qui compromet une bonne évolution (à définir).

 

Regards autocentrés sur l’humanité

Peut-on envisager « l’humanité » en bloc ? Il y a des êtres humains, très différents les uns des autres ! Les innombrables conflits de valeurs et d’intérêts qui les agitent ne permettent pas de les considérer d’un point de vue global.

Une angoisse millénariste pointe à travers ce sujet, l’apocalypse serait pour bientôt... Mais une lourde culpabilité pèse sur nos épaules : l’homme « n’a pas réglé la question de la mort », d’où ce puritanisme, ce pathos.

L’aspect quantitatif doit aussi être pris en compte : nous sommes aujourd’hui près de sept milliards sur terre. Toutefois la démographie, thème catastrophiste récurrent, est un faux problème1 : les démographes tablent sur un plafonnement de la population mondiale à 10 ou 11 milliards d’habitants. Christian Godin, philosophe et fidèle invité des Phares, prédit quant à lui une extinction à terme de l’humanité par extinction du désir2.

En ce sens, le sujet pourrait bien être l'expression d’une « fatigue d’être là »... Ou, plus gravement, d’une haine de soi qui est en réalité une haine de l’humanité, très mauvaise conseillère !

On est allé jusqu’à suggérer que penser pouvait être nuisible... En effet, pour quoi pense-t-on exactement ?...

L’inévitable rapport nature-culture

Comme toutes les métaphores naturalisantes, « espèce nuisible » prête ici à confusion. Si des animaux sont « nuisibles » aux hommes parce qu’ils mangent les récoltes ou diffusent des maladies, pour la nature aucune espèce ne peut être considérée comme telle ; même si certaines se disputent, comme nous, des territoires, chacune participe à un équilibre global qu’on appelle « biodiversité ».

L’humanité est-elle une espèce ?

La naturalisation de l’homme, courant idéologique fort aujourd’hui, est dangereuse car elle légitime le « darwinisme » social et la marchandisation des corps ainsi que le racisme, l’eugénisme, le culte de la violence et de la force. Les hommes créent leur histoire avec « l’infini de leur désir », qui excède la satisfaction de leurs besoins vitaux et l'adaptation à leur environnement. « L’homme passe infiniment l’homme », dit Pascal. Ce désir étant dévoyé par la consommation, ils sont contraints à une violente frustration pour « trouver des limites au désir d’abondance » ou réguler leur « cupidité » selon Joseph Stiglitz3. Il y a un risque à prendre, l’être humain est « terrible », comme Sophocle l’avait compris.

Ainsi, chacun de nous est renvoyé à sa responsabilité, doit se demander quel mal il fait à travers ses comportements et ses modes de vie. Pour Dostoïevski, il faut savoir à quelles conditions l’humanité mérite d’être sauvée !

Sortir de l’anthropocentrisme

Nous nous sommes beaucoup détournés du sujet en restant attachés à une lecture anthropocentrique. Fait plutôt rare, celui-ci nous invitait au contraire à nous décentrer ; pour une fois, les « crimes contre l’humanité » devaient s’effacer devant les crimes contre les animaux, atrocement torturés ou mis à mort tous les jours pour des expériences de laboratoire ou pour satisfaire nos appétits carnassiers. Le philosophe utilitariste Bentham fut le premier à reconnaître aux animaux la qualité d’êtres sensibles. Ces souffrances infligées sciemment, et qui plus est inutiles, relèvent du « spécisme », problème non pas écologique mais éthique du même ordre que le racisme.

A travers l’écologie, les hommes s’inquiètent surtout de leur propre survie, s’effraient des conséquences, pour eux, de dérèglements violents provoqués par leur capacité spécifiquement humaine de détruire la nature par l’exploitation industrialisée de ses ressources. Mais, qu’ils soient fantasmes ou réalité, ces dérèglements laissent la nature désespérément indifférente ; avec ou sans hommes, la vie sur terre continuera, évoluera, se transformera !

En réaction contre ce tableau très noir, on a bien tenté d’introduire une vision positive avec les créations du génie humain, l’amélioration spectaculaire de nos conditions de vie. L’homme « comme maître et possesseur de la nature » a bel et bien créé une vingtaine d’éléments artificiels qui se sont ajoutés au tableau périodique de Mendeleïev... Point de vue optimiste sans être angélique, l’autodestruction n’est pas un absolu, ni une fatalité ; pendant la guerre froide, quand le monde a frôlé la guerre nucléaire, une conscience humaine a opté in fine pour le « maintien de la vie ».

Il y a corrélation entre une diabolisation de l’homme et la vision idyllique d’une nature bonne essentialisée. Les « belles âmes » (schönen Seelen) attiraient déjà l’ironie de Hegel.

Mais positiver n’était pas à l’ordre du jour... dans un débat anthropocentré à 80 %. Cela donne à réfléchir : ne faudrait-il pas dépasser l’orgueil blessé, le sentiment de déclassement, la Chute, pour trouver autre chose ?

Après avoir modéré plus qu’animé le débat, tout en l’émaillant de bons mots, Yves Cusset donna une conclusion très substantielle. Exercer sa responsabilité consiste à assumer ce que l’on ne peut prédire, et non pas à se donner un programme. Le débat a oscillé entre deux positions éthiques : soit participer à la vie, à cette force qui « nous pousse à avoir envie d’être là », soit se poser comme sujet jusqu’à soutenir l’insoutenable : « moi seul m’intéresse ». Pour Kant, la question morale dépasse la subjectivité et se situe au niveau de l’humanité ; ainsi, elle peut s’appliquer à l’animal, donner une dignité morale à celui-ci en même temps qu’à celle-là.

Quel rapport devons-nous entretenir avec la Terre ? Elle est « le lieu commun que nous habitons comme pluralité ». D’où la question cruciale de l’hospitalité : nous devons nous accueillir sur le même sol et nous y rencontrer ; d’où aussi le préalable d’une équité dans l’accès aux ressources. Nous ne sommes pas dans le naturalisme, mais dans la philosophie.



 
1 Entretien avec Hervé Le Bras : « La population mondiale n’est pas une menace. » http://www.scienceshumaines.com/trois-questions-a-herve-le-bras--la-population-mondiale-n-est-pas-une-menace_fr_24894.html

2 « La Fin de l’humanité », Champ Vallon, 2003.

3 prix Nobel d’économie et auteur du livre « Le triomphe de la cupidité » (2010).

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. L'avenir de la rhétorique...
Ecrit par Georges. 24-02-2010
>...présupposés pragmatiques...la sincérité (c’est-à-dire adhérer à ce que l’on dit).

La sincérité est de la pensée puérile des enfants. L'enfant n'adhère pas à ce qu'il dit mais à ce qu'on lui a dit en famille, à l'école, à l'université, etc.

L'honnêteté intellectuelle est plus pragmatique que la sincérité...même si elle fait défaut pour des raisons de réussite (fallacieusement) facile.

>Pour Kant, la question morale dépasse la subjectivité et se situe au niveau de l’humanité ; ainsi, elle peut s’appliquer à l’animal, donner une dignité morale à celui-ci en même temps qu’à celle-là.

Cette lutte éternelle et indispensable entre notre humanité et notre animalité (Comte, Philos).

Le chien qui dort dans le lit a trouvé sa dignité morale semblable à celle de son maître qui a retrouvé chez les cyniques son totem animalier.

C'est qu'autrefois, la classe chic des humanités françaises était la classe de rhétorique, la classe des élèves promus à un grand avenir et des professeurs en vue (Goncourt, Journal).

Le grand avenir de la rhétorique est le café-philo, là où nous devons démêler l'animalité de l'humanité...car le cynisme et les totems animaliers sont une espèce nuisible à l'évolutionnisme-créationniste.

par Georges de Bruxelles / Geo Brux Belg

2. La sincérité
Ecrit par . 25-02-2010
La sincérité, c'est faire s'accorder ses pensées et ses dires.
Rien que de très noble là-dedans, et cela ne préjuge en rien de l'origine de ces pensées.

La rhétorique, c'est la manipulation du langage afin de manipuler son prochain. C'est peut-être chic, mais ça ne fait pas partie des choses à porter au crédit de l'humanité.

C'est la dialectique qui est le signe d'un certain avantage de notre espèce sur les autres.

3. Mettre le (.) point plus haut sur i ...
Ecrit par Georges. 27-02-2010
>La sincérité, c'est faire s'accorder ses pensées et ses dires.

Le contraire du mensonge n'est pas la vérité mais la sincérité.
sincérité = naïveté
mensonge = malignité

>La rhétorique, c'est la manipulation du langage afin de manipuler son prochain.
C'est la dialectique qui est le signe d'un certain avantage de notre espèce sur les autres.

L'art de bien parler n'est pas celui de faire semblant de bien parler.
Le malin peut persuader un naïf non un critique.
Demander de la sincérité (naïveté)... n'est-ce pas les préparer pour la persuasion ?

"La dialectique a une portée générale; la rhétorique lui est précisément apparentée.
Aristote la définit dans les Topiques. La rhétorique n'atteint son idéal que si le praticien est aussi l'homme honnête, vertueux, idéal." (dico rhétorique)

par Georges de Bruxelles

4. sincérité et naïveté
Ecrit par . 27-02-2010
Donner un peu plus d'information sur ce qu'on pense réellement peut donner des armes au "malin" mais peut surtout enrichir le débat avec une personne honnête. Accorder de la confiance reste le meilleur moyen de savoir si l'autre est digne de confiance. Mieux: se voir accorder de la confiance le pousse dans le bon sens.

L'enfant peut être sincère par naïveté puis ne plus l'être au fil de son apprentissage du monde, mais la maturité le ramène à la sincérité chaque fois que c'est possible.

5. La maturité à l'endroit ou à l'envers ...
Ecrit par Georges. 01-03-2010
Comme le malin ne pense pas réellement...les armes qu'on lui donne s'enfonceront ironiquement dans son ego empirique. Il sera vexé comme pas mal de touristes du café-philo.

Devenir adulte (grand enfant) est-ce de la maturité à l'endroit ou à l'envers ?

La sincérité arrive à sa maturité grâce à l'ensemble de ses synonymes...la malignité aussi.

par Georges de Bruxelles

6. Bon, ben revenons au sujet alors.
Ecrit par . 01-03-2010
Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris tout ce que vous venez de dire mais je crois qu'on est tombés à peu près d'accord... La maturité prend du temps, mais n'est bien sûr pas forcément liée à l'âge.

Revenons au sujet, donc:

Si on se met à la place d'à peu près n'importe quelle espèce connue, l'humanité est évidemment nuisible puisqu'elle cherche à contrôler tout ce qu'elle connaît. Les espèces que nous appelons nuisibles sont simplement celles qui nous résistent, auxquelles nous n'arrivons pas à nuire assez: rongeurs, insectes, microbes... qui ne font que s'adapter au nouvel environnement que nous leur avons créé.
L'idée d'espèces "nuisibles" est en fait tout à fait anthropocentrique. Quoi de plus humain que de ranger d'un côté les espèces qui nous gênent et de l'autre le reste?

Du point de vue de la vie, le seul intérêt de l'intelligence est de peut-être finir par répandre la vie sur d'autres planètes. La vie n'a pas d'éthique: c'est un processus qui recherche sa propre extension. Donc l'humanité est une force "positive".

On pourrait imaginer notre planète horrifiée ou ravie des changements brusques que nous lui faisons subir, mais une chose est sûre: les principales victimes des changements incontrôlés provoqués par les hommes seront les hommes eux-mêmes.

7. Revenons au sujet, s-v-p.
Ecrit par Daniel Ramirez. 01-03-2010
Ce riche compte-rendu d’un débat qui a été très vivant, animé avec humour et finesse par notre invité, mérite qu’on s’exprime sur le sujet et non sur des thématiques secondaires. Ce n’était pas du tout un débat sur la sincérité ni sur les propositions de Habermas, qui méritent plus de développement.
Je voudrais commenter d’abord ce que dit Alain sur la grande difficulté des nos débatteurs à envisager une perspective autre qu’anthropocentrique. C’était même plus que ça, presque une tache aveugle dans ce débat : à chaque fois le sens c’était ce qui est « nuisible pour l’homme », et même la pensée écologiste évoquée était celle qui s’inquiète de que ce qui compromet la survie de notre espèce… c'est-à-dire que si la nature est déréglée, contaminée, la biodiversité détruite, c’est dommage parce que c’est mauvais POUR L’HOMME. Il y a eu même des tentatives pour politiser le débat en ramenant la question de l’injustice sociale, bien plus importante pour certains que la question de la biodiversité : l’homme serait nuisible parce qu’il y aurait domination de l’homme par l’homme et abus de pouvoir de classes. Histoire de faire du vieux avec un sujet tout neuf (!).
Finalement c’est bon signe, cela montre que le politiquement correct n’a pas trop de prise sur le café-philo : on a entendu des éloges décomplexés de Claude Allègre (chef de file des « climato- sceptiques ») et des déclarations de fierté humaine (!) : quelqu’un a dit que si l’homme disparaît, il n’aurait rien à faire des animaux et des plantes… Un peu comme si la biblique prééminence de l’homme, placé au centre du jardin d’Eden, joyaux de la création, car fait « à l’image et ressemblance du Créateur », ce vieux fond monothéiste, avait du mal à laisser la place à d’autres pensées. Souvent on évoque Prométhée et la volonté de puissance humaine comme issue de la modernité, sans considérer cette origine biblique.
Il est vrai que la pensée de la nature est un sujet passionnant. Nous avons maintenant la possibilité de pensera autrement que dans cette lignée anthropo-centrée ; d’autres traditions nous y invitent, comme le bouddhisme, mais surtout et simplement l’écologie, la connaissance de l’interrelation de tout le vivant…
Je reviendrais sur la question des animaux…

8. En revenant au sujet
Ecrit par Georges. 02-03-2010
>...l’homme serait nuisible parce qu’il y aurait domination de l’homme par l’homme et abus de pouvoir de classes. Histoire de faire du vieux avec un sujet tout neuf (!).

Pour faire plus neuf que tout neuf ... il faut poser la question autrement... ;-)
Pourquoi une partie de l'humanité est-elle une espèce nuisible ?

>Je reviendrais sur la question des animaux…

Pourquoi pas sur la question des totems et symboles animaliers ? C'est par là ... le nuisible d'une partie de l'espèce.

par Georges de Bruxelles

9. Bravo Georges, ça fait honneur à la Belgique !
Ecrit par Habitué. 03-03-2010
Mais il est nul ce Georges, et il est têtu, hors sujet et pas à la hauteur...

10. Argument ad hominem
Ecrit par Georges. 03-03-2010
Tiens...un touriste Habitué à l'argument ad hominem ! Par manque d'argument il se fait déshonneur à lui même...il projet sur un autre ses propres malformations de caractère.

11. Mr Ramirez, je relève quelques anachronismes qui m'interrogent.
Ecrit par ULRICH. 03-03-2010
S'il existe des "climato sceptiques" il faut croire que ceux-ci sont la risée des majoritaires climato-convaincus ? Les certitudes restant fluctuantes en fonction de la météo diront les climatologues. La domination de l'homme par l'animal on ne sait pas ce que c'est, par contre, malheureusement, on sait que la nature domine imprévisiblement l'homme.

12. Mais encore ?
Ecrit par Daniel Ramirez. 04-03-2010
Oui, Ulrich ? J'écoute... Quels sont les anachronismes qui vous interrogent ?

13. Pouquoi vouloir ridiculiser l'écologie ?
Ecrit par Un nouveau participa. 09-03-2010
Ulrich ne dira rien, évidemment. Ce n’est pas grave.
Ce qui m’a paru plus triste lors de ce débat c’est d’avoir entendu l’animateur Günter caricaturer grave l’écologie. Monsieur Charles et sa sympathie pour Claude Allègre c’était presque mignon, mais cet animateur, qui n’arrêtait pas de prendre la parole (4 fois dans le débat, merci l’invité ! Mais il était très drôle par ailleurs), a dit au moins deux fois que les écolos voulaient nous faire revenir au stade d’une vie animale, de bons sauvages, pour surenchérir ensuite en disant que le modèle était les vaches qui regardent passer les trains. C’est normal de se lâcher comme ça quand on est animateur des café-philos ?
Non content avec ça il a comparé les indigènes bleus du film Avatar (en dehors des naïvetés hollywoodiennes qu’il peut contenir une telle production), personnages probablement inspirés par des peuples premiers de Nouvelle Zélande ou d’Australie, encore une fois, avec des animaux ! Quelqu’un y était qui pourrait me le confirmer ? Ou j’ai rêvé ?

14. Sans prédateur, c'est à nous-mêmes de nous contrôler
Ecrit par . 10-03-2010
Si l'homme est si nuisible, c'est parce qu'en dominant la nature il a perdu ses limites.
Il finit par pousser ses semblables à consommer pour pouvoir leur vendre ce qu'il produit et ainsi consommer lui-même. C'est une spirale infernale dont on ne sort plus parce que la survie du système dépend de la consommation toujours croissante...

En plus d'exploiter les ressources de la planète à une allure frénétique, cette production effrénée épuise les travailleurs-consommateurs et les maintient dans état de perpétuelle insatisfaction.

Il y a de la marge entre cesser ce gâchis et revenir à la préhistoire!

15. L'inquisition revient ?
Ecrit par urbaine. 11-03-2010
Non, le nouveau de 13 n’a pas rêvé, je confirme. Pas facile de tout entendre dans ce débat sans micros, mais ce M. Günter on l’entendait très bien. Il a bien dit que les écologistes voudraient nous faire vivre comme des animaux. Mais je commence à penser que la caricature est d’usage fréquent dans le café-philo, les raccourcis, les lieux communs passent comme des lettres à la poste. Est-il plus grave quand c’est un animateur qui le fait ? Je sais pas, après tout s’il est là en simple participant, par contre, s’il a 4 fois et très longuement la parole, il n’est pas un simple participant.
J’ai été aussi choquée que 13 par le commentaire sur Avatar, je crois que les aborigènes de cette planète ressemblent simplement à des communautés d’indiens d’Amérique, que j’admire, des guerriers rituels et des chasseurs avec un grand respect pour la vie de la nature, qu’ils considèrent divine, typique des systèmes chamaniques.
On peut considérer ça primitif, mais pas animal. Et ils ne tomberaient pas dans le tort que signale 14, la spirale de l’hyperconsommation qui s’autoalimente. Des hommes comme ces indiens n’étaient pas une espèce nuisible, eux. Dire qu’ils ressemblent à une meute d’animaux est terrible, ça rappelle les discussions à l’époque de l’inquisition pour savoir si les aborigènes (et les femmes) avaient ou pas une âme.
L’animateur invité était très doué et amusant, mais sans doute par courtoisie il n’a pas voulu pointer les énormités qu’il entendait.

16. Relativisme culturel?
Ecrit par Un bruxellois. 14-03-2010
Ca parait incroyable, ici en Belgique, si on entendait quelqu'un dire que les aborigènes vivent comme des animaux, des associations sont capables de poser une plainte judiciaire. J'imagine que dans les cafés philo parisien cela doit passer pour le compte du relativisme culturel.
Pour ce qui est de se moquer des écolos c'est de plus en plus à la mode. Après que les Hulot et autres Bertrans ont fait tellement de bruit, c'est le tour d'Allègre et des climato-sceptiques.

17. Anthropocentrisme et caricatures
Ecrit par Daniel Ramirez. 15-03-2010
Une des grandeurs de la pensée humaine est la possibilité de pouvoir concevoir les choses en se plaçant dans un ailleurs que soi, dans une position décentrée... c'est pourtant difficile, comme l'a montré ce débat, dans lequel l'aspect nuisible de l'espèce humaine était interprété d'une façons insistante sous le seule aspect de ce qui est "nuisible pour l'homme". Si nous avions une supériorité si évidente sur les animaux non-humains, il faudrait au moins que nous soyons capables de nous mettre à leur place, de penser comme ils penseraient (s'ils le pouvaient)... Mais le pouvons-nous ? Et tout cas cela a été difficile dans ce débat.
Il es vrai que l'homme n'est pas la seule espèce nuisible, les éléphants peuvent détruire la flore de toute une vallée en une journée... Mais si l'on s'arrête un petit moment a considérer ce que l'homme fait, non pas à l'homme, cela nous le savons déjà si bien, mais aux animaux non-humains, l'on s'aperçois assez vite que la somme de malheur et de souffrance inutile que nous semons autour de nous est... inqualifiable autrement que comme... inhumaine (!). L'homme est la seule espèce capable d'inhumanité.
Une écologie que ne considère la nature comme "environnement" est encore bien trop anthropocentrique, car l'environnement est celui de l'homme. Evidemment, il faut le préserver pour préserver l'homme... C'est assez incroyable, mais à chaque fois nous tombons sur les mêmes formules grammaticales. Mais si l'homme est inhumain, il y a quelque chose d'incongru dans l'opération. Autant préserver les espèces qui ne font pas ce que nous faisons, celle qui ne tuent que pour manger, par exemple, et que ne détruisent que par mégarde o font mal juste à ses proies alimentaires. Nous le faisons comme amusement (chasse, pêche à la ligne, corrida) ou comme moyen d'enrichissement (déforestation pour planter ou chercher de minéraux).
Une bien étrange contradiction morale : préserver l'environnement pour préserver l'espèce qui ne préserve l'environnement que pour se préserver elle-même.

Pour terminer, ne soyez pas trop surpris par les caricatures et raccourcis dans le café-philo, cela est une tradition, malheureusement. Je me permet seulement de répéter ce que j'ai proposé lors de ce débat, justement pour éviter ce genre d'échange décourageant : si vous voulez vraiment réfuter ou contester une théorie, une doctrine, une position, donnez d'elle la meilleure version possible. L'exemple le plus spectaculaire est Platon, qui donne une place si important à ses adversaires que les meilleurs arguments pour réfuter le platonisme, notamment la dite "théorie des idées" se trouvent dans ses dialogues.
Si vous réfutez une caricature, tout le monde perd son temps.

18. La question EST anthropocentrique
Ecrit par . 15-03-2010
Les animaux qui se nuisent les uns aux autres le font dans le cadre d'un équilibre qui relève de la destruction créatrice. L'homme détruit sans se poser de limites. Evidemment qu'il est nuisible aux autres espèces, la question ne se pose même pas! Même les espèces qu'il souhaite conserver sont remodelées et mise dans dans une dépendance totale vis-à-vis de lui!

La division des espèces entre "utiles" et "nuisible" ne peut se concevoir que par l'homme, et vouloir sortir de l'anthropocentrisme sur ce point est un leurre...

19. P.S:
Ecrit par . 19-03-2010
(mais n'hésitez pas à donner des arguments contraires si vous pensez que j'ai tord...)

20. Mais qui donc ?
Ecrit par Anonyme. 20-03-2010
Mais vous êtes qui ? Comment répondre à quelqu'un qui n'a pas de nom ? Qu'est-ce que vous avez dit déjà ?



 
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