« L'ennemi est bête : il croit que c'est nous l'ennemi alors que c'est lui »

Débat du dimanche 30 mai au Café des Phares,

animé par Daniel Ramirez

Cette citation de Pierre Desproges nous a été rapportée par Anthony, un nouveau participant, bien qu’avec une légère variante : « l’ennemi est bête : il croit que c’est moi l’ennemi alors que c’est lui ».

J’ai eu plaisir d’accompagner ce dimanche le café-philo dans un exercice un peu délicat. En effet, certaines phrases d’humoriste ont un pouvoir redoutable, dès qu’on s’y frotte, on peut avoir l’impression de tomber dedans comme dans un trou noir. Celle-ci est un de ces objets dangereux. Ce fût le sentiment de certains au début du débat : elle parait, soit une contradiction, soit un paradoxe. Regardée de plus près elle n’est ni l’une ni l’autre, bien qu’elle révèle un paradoxe de notre façon de penser, qui pourrait bien être lovée au fond de nos habitudes guerrières et notre incapacité à accomplir, plus de deux siècles après le rêve (ou projet) de Kant, une paix perpétuelle.

Que ce jeu de miroirs nous renvoie à la projection hallucinatoire paranoïaque mise en lumière par la psychanalyse : nous projetons sur autrui la partie de nous-mêmes que nous rejetons… Ou qu’il nous mène plus loin, dans cette structure essentielle de l’opposition de subjectivités : dialectique du maître et du cerf ; ou encore dans la violence mimétique de l’accusation et de la haine étudiée par René Girard, nous sommes bien dans un labyrinthe de l’accusation.   

Il a été question de l’étymologie du mot ennemi, mais comme d’autres fois, ceci ne nous fût pas de grande utilité, car, ce qui a été évoqué sans vérification, ne s’avère très précis. Ennemi ne vient que du latin « inimicus », c’est-à-dire la négation de l’ami (amicus). Le bon sens est parfois plus direct que la fantaisie.

Il fût aussi question de la différence entre ennemi et adversaire, ce dernier étant respecté dans le cadre d’une légitimité, civile, l’ennemi étant celui que je peux, ou encore plus, que je dois militairement éliminer.

Mais revenons. Qu’est-ce qui fait que nous nommons l’autre comme ennemi sinon ce qui fait qu’il nous nomme à sont tour comme ennemis ? L’apparent paradoxe vient du fait que nous confondons la nomination d’une pure relation (ennemi/ennemi) avec un objet en lui-même. On n’est jamais que l’ennemi de quelqu’un et personne n’est ennemi tout court, en lui-même. Il n’est bête donc que celui qui substantialise l’un de ces termes de la relation, tentant ainsi vainement de s’extraire de cette relation.

Quoi qu’une certaine asymétrie soit possible ; on s’est posé la question, avec une jeune participante : peut-on avoir un ennemi sans être son ennemi ? D’une certaine façon oui, puisque toute une gamme d’artifices sont employés pour créer des ennemis là où il n’en a point. Pourquoi faire ? Pour consolider les nationalismes, souder une société, voire faire marcher au pas. L’approche dite civilisationnelle (du fameux « Choc de civilisations », de Huntington) et tout ce que l’inventivité belliciste a produit une fois que le commode schéma Est/Ouest de la guerre froide est tombé comme un mur de cartes.

Un philosophe a même fait de l’ennemi le concept clé de la politique, ou plutôt de la distinction ami/ennemi. La politique c’est le terrain de la définition d’un ennemi et de la réalisation d’une société par opposition, dans cet antagonisme qui lui est constitutif. Il s’agit de Carl Schmitt, antisémite avoué, dont la proximité avec le régime nazi fût bien plus importante que celle de Heidegger, mais qui reste pourtant l’inspirateur d’une certaine droite américaine dont l’ex-président Bush était bien entouré de ses faucons. On peut alors soupçonner où nous mène tout cela. On peut considérer que c’est tirer les conséquences extrêmes de cette difficile parole de Von Clausewitz, « La guerre n'est qu'un prolongement de la politique par d'autres moyens ».

C’est pourquoi près de la moitié de notre parcours, il nous a été possible de reformuler notre problématique ainsi : Est-il raisonnable (et jusqu’à quand ?) de continuer à comprendre les choses humaines en termes d’ami/ennemi ? Jusqu’à quand seront-nous (l’humanité) aussi bêtes que l’ennemi de Desproges ?

La phrase peut, malgré tout être comprise d’une façon plus simple : l’ennemi (c’est-à dire nous tous) est bête parce qu’il continue de façon hallucinatoire à croire qu’il y a un ennemi dehors alors qu’il est lui-même son propre ennemi. En effet, une tradition qui va des éthiques de guerriers au stoïcisme, nous donne cette conviction comme quoi il faut vaincre de soi-même pour être un vrai guerrier. La notion de « Jihad majeur » dans l’Islam en garde encore la trace : le combat contre soi-même est le plus important.     

Mais comme nous ne sommes plus dans un contexte d’éthiques de la guerre, nous devons nous demander pourquoi faudrait-il lutter contre soi-même, sous peine de cultiver la haine de soi… peut-être justement, pour combattre cette tendance ancestrale à voir des ennemis partout, à se construire dans l’opposition haineuse, face ou à l’encontre et non pas avec l’altérité.

L’étrangeté étant cette condition qui ne nous permet pas d’avoir de rapport. Il a été rappelé, comme souvent, qu’« il n’y a pas de rapport sexuel », selon Lacan. Tout comme on ne peut jamais diviser entièrement un bien sans qu’une part plus grande ne tombe dans un côté ou dans l’autre, provoquant toujours un déséquilibre qui ouvre sur des nouvelles inimitiés. C’est pourquoi nous avons fait le lien entre ce sujet et un autre traité quelques mois auparavant « Partager ce qui nous sépare » (à consulter ici même: http://www.cafe-philo-des-phares.info/index.php?option=com_content&task=view&id=251&Itemid=37).

Car il peut y avoir de vrais conflits d’intérêts, lorsque nous aspirons à des biens qui ne sont pas partageables, ou tout au moins pas de façon équitable. Mais là, c’est toute la différence qui va de la situation belliciste à celle, civile (de « civitas », donc civilisée), où des adversaires se livrent à une (seine?) compétition, avec des règles si possible équitables, comme dans le sport…

Du sport il a été question, justement, sous l’œil de la lucarne plate qui nous envoyait des images heureusement muettes de Rolland Garros. A des stratégies d’opposition, sublimées dans le jeu d’échecs il a été opposé ce que le jeu de go présenterait comme stratégie de contournement, typiquement chinoise… Le judo a été donne en exemple, puisque l’on utilise la force de l’adversaire. Quoi que, si l’on observe tous les sports, on s’aperçoit que beaucoup utilisent la force de l’adversaire - athlétisme mis à part - autant que la propre, les contournements et les évitements, questions de rythmes et astuces variées, qui ne sont nullement spécifiques à l’Orient.

Ainsi, il est important d’anticiper pour essayer de déjouer, entre autres la stratégie de distraction en grande échelle qui se joue dans le sport mondialisé, par temps de coupe du monde, qui plus est, dans l’ex-pays de l’apartheid.

Cette symbolique est puissante : une situation terrible a été dépassée par l’histoire, mais il n’était pas évident de le faire. Les adversaires (ennemis ?) tenus à l’écart (Apartheid) dans une société consacrant un mode d’inégalité jugée indigne à la fin par tout le monde, auraient pu devenir des ennemis mortels et mortifères. Mais dans ce pays, deux inventions prodigieuses ont aussi vu la lumière : la non-violence active de Gandhi (à ne pas confondre avec le pacifisme) et puis, si le pire à été évité c’est surtout parce qu’un leader lucide et un homme hors du commun ont étés pas bêtes du tout en ne reconnaissant pas le statu d’ennemi à l’ancien adversaire, malgré presque une vie passée dans ses geôles, pour Mandela.

Il faut une force si grande pour contourner tout un monde de menaces, des peurs et de rancœurs, pour devenir un peu moins bête, et se dire qu’il n’y a point d’ennemi mais des partenaires d’une tâche longue et difficile. Car « vérité et réconciliation » ne sont pas la plus facile des options et tout arc en ciel n’existe que sur fond de nuages orageux. N’empêche, c’est le contraire de la phrase de Desproges qui a été préféré : ni l’ennemi ni nous ne sommes bêtes, car nous savons, ou nous affirmons contre vents et marées qu’ils ne sont pas vraiment nos ennemis.

Vers la fin de notre parcours, en constatant, dans le voisinage de Levinas, la proximité étymologique entre le latin « hostis » (l’ennemi) et « hospis » (l’hôte), qui donne en français les très proches, et pourtant si éloignés dans l’échiquier des choses humaines, « hostilité » et « hospitalité » ; nous nous sommes dit que, face à ce miroir redoutable du langage, qui nous rend par les mots l’impensée de l’expérience humaine, qu’il a été finalement bien normal que l’ennemi fût bête puisque nous le fûmes aussi, et que l’option soit mince et fragile mais maintenant réelle : que l’humanité évoluera tôt ou tard vers un stade où la guerre sera interdite, l’inimitié aura disparue, la haine sera contenue, la violence mimétique réduite à un souvenir des âges révolues, des temps où on était si bête de penser que l’ennemi c’était l’autre, alors que c’était nous-mêmes, les humains.   

Daniel

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Ennemis si proches, si lointains
Ecrit par Daniel Ramirez. 02-06-2010
Pendant que j'écrivais ce compte-rendu, lundi, avait lieu l'intervention israélienne sur la flottille qui faisait route vers Gaza, ravivant, comme si besoin était, cette situation où des "ennemis" ne se reconnaissent qu'en tant que tels, voir en tant que ennemis éternels. Je n'ai eu notice qu'après avoir posté mon compte-rendu. Je n'ai pas beaucoup de goût pour les "coïncidences significatives", car il est toujours difficile, voire ridicule, dire de quoi sont-elles significatives... Surtout lorsqu'il s'agit d'événements navrants. Simplement cela me laisse pantois. Les choses qui donnent à penser méritent un peu de temps.
Seule élément d’espoir : je crois que cela confirme au moins que nos débats de café-philo sont véritablement de la philosophie dans la cité et qui peuvent aider à une ouverture vers le monde. Après, c'est à chacun de prendre position, mais j'aime à croire que ces positions ne resteront pas inchangées, que les pensées ne seront pas inutiles.

2. Merci pour la philo
Ecrit par Gwenola. 03-06-2010
Un mot pour dire mon admiration pour ces moments de philosophie, que je connais depuis peu de temps. Si je n’avais pas été dimanche au Café des Phares, je prendrais ce compte-rendu pour une belle dissertation, assez originelle, où l’on tire les ficelles de ce mot d’esprit brillant. Ce qui est difficile à croire pour ce qui n’ont pas l’expérience, est que tous les éléments de cette réflexion qui nous restitue ici Daniel Ramirez, ce sont vraiment des moments du débat. Nous avons produit cette méditation ensemble. C’est presque trop beau pour être vrai, et pourtant...
Encore que ça n’avait pas l’apparence d’une telle cohérence, surtout au début, nous avons mis un certain temps pour comprendre que la phrase n’était pas une simple boutade ou un piège logique.
Sur le fond, je n’ajouterai rien, sauf que l’allusion au conflit en Palestine était à peine voilée, même si l’animateur à choisi de parler de l’Afrique du Sud, peut-être par prudence. Mais comme il le constate lui-même dans son épilogue, la réalité se charge de nous obliger à l’assumer. Je ne suis pas si optimiste que lui, je ne crois pas que l’espèce humaine puisse se passer des rapports ami-ennemi, vu tout le profit qu’elle en tire.

3. Ennemis de nous-mêmes?
Ecrit par Françoise K.. 04-06-2010
Il vaut mieux ne pas s’occuper des débats médiocres et profiter ceux qui son riches et bien tenus, comme celui-ci. Il est évident que la question de l’ennemi –qui est l’ennemi et de qui l’est-il ?- est centrale pour le monde actuel. Daniel pense que l’humanité un jour mettra les guerres au rayon des objets de musée de curiosité. Je l’ai entendu le dire une fois dans une conférence à Nantes sur la guerre en philosophie. Malheureusement, je suis d’accord avec Gwenola, cette position est terriblement optimiste. Si l’on suit le raisonnement dans son propre compte-rendu, il y a beaucoup de raisons pour continuer à se « faire des ennemis », ça permet de tout justifier, et on dirait que seulement des hommes exemplaires (Gandhi, Mandela) et des actes admirables seraient capables de dépasser ce stade guerrier de l’humanité.

4. quelques réflexions
Ecrit par gtissier. 06-06-2010
Je trouve le compte_ rendu de Daniel très révélateur en effet de sa capacité de faire d'une dissertation, par bribes et à plusieurs voix, une sorte de mini essai montrant, par le miracle de sa plume, qu'un café philo partant d'un « presque rien » peut produire un « je ne sais quoi»de philosophie.
Dans les angles de vue rapportés, je trouve que la projection mérite toujours d'être explorée car c'est un processus dont nous sommes victimes assez souvent, qui empoisonne nos rapports et dont il faut bien comprendre la complexité pour mieux s'en protéger.
La question de la réciprocité est profonde. Comme en amour elle n'est pas automatique.Une manière de paradoxe et de renversement de perspective à ce sujet, n'est-elle pas dans le "aimez vos ennemis " suggéré par l'évangile suggérant le chemin de la sortie de la loi du talion, du mimétisme victimaire, dont une bienveillance retrouvée figure ici la grande séparation entre la personne et la faute, et pose la liberté ainsi comme possibilité..
Je crois que dans une vie, on ne peut se passer de rencontrer l'ennemi : en soi -même, et en cet autre dont on ne devinait pas toujours – c'est mon cas-la jalousie et la capacité de nuisance à notre endroit
L' ennemi, - comme l'ami -est une figure obligé du passage à la maturité c'est à dire à la reconnaissance de soi et à la frustration assumée.. Parce que ces deux figures opposées, une fois acceptées et intégrées, symbolisent la sortie de la dépendance affective et le caractère électif de nos inclinations..
Si quelqu'un nous envie, nous jalouse, c'est bien que nous avons quelque atout. Si un autre nous déteste pour des motifs qu'à raison, nous ne reconnaissons pas, et que cela nous indiffère, c'est bien que nous savons nous protéger du jugement d'autrui, que nous ne perdons pas notre énergie à vouloir réparer les fautes que les autres nous attribuent pour des raisons qui ne concernent qu'eux et pas la relation que que nos avons avec eux.
En ce sens, savoir que l'on n' est pas aimé de tous c'est peut -être la plus grande preuve d'amour que l'on puisse se donner à soi.
D'ailleurs logiquement un véritable ennemi c'est celui qui nous veut du mal sans raison.( si non il ne serait qu'un adversaire, un concurrent , un rival ou bien un homme qui nous fait la guerre sans nous en vouloir à nous en tant que personne)
Si donc il n'est rien de tout cela, nos déteste par pure projection ,alors il se fait du mal à lui-même nous détestant, en bon ennemi qu'il est pour lui.
Mais alors, où serait l'erreur profonde à lui tendre l'autre joue, pour bien le lui montrer ?

5. ultra optimisme
Ecrit par Pirmin. 07-06-2010

Juste une remarque sur l'option optimiste citée par Daniel à la fin de son compte-rendu:
"[...] l’humanité évoluera tôt ou tard vers un stade où la guerre sera interdite [...]"

Quitte à être optimiste, j'ai envie de dire allons-y alors carrément : on pourrait dans ce cas faire plutôt l'hypothèse d'une humanité où la guerre n'est pas seulement interdite, par qui d'ailleurs pourrait-on demander, mais où celle-ci n'est même plus envisagée par quiconque. Son interdiction elle-même serait caduque dans cette hypothèse, un peu science-fictionnesque selon moi, où l'humanité aurait dans sa globalité atteint un niveau de conscience supérieure. Y a-t-il des exemples dans l'histoire qui étayent un tant soit peu cette hypothèse ? Pour ma part, j'en doute. Les progrès de la civilisation me semblent venir d'un ensemble complexe de règles, de lois et de conventions lentement élaborées au cours des siècles et des régimes politiques, pour que progressivement règnent un peu plus de justice et d'équité parmi les hommes. Il me semble donc que l'histoire montre davantage un progrès possible au niveau de l'organisation politique des sociétés plutôt qu'une augmentation globale d'un niveau de conscience.

En faisant un pas de plus, on pourrait se demander même si une telle société, dépourvue de conflits, où il n'y aurait plus d'ennemis est vraiment souhaitable. C'est un sujet, là encore à creuser, mais on pourrait imaginer que l'on mourrait d'ennui dans un société sans conflit. Il me semble qu'une part de conflit est non-seulement inévitable mais même souhaitable. Le conflit a partie liée avec la vie, avec l'expression d'une personnalité et d'une vision du monde. Il y a des visions du monde incompatibles et ces visions portent en elles des injonctions à l'action qui conduira à des conflits.

Pour redescendre sur terre, mon expérience personnelle dans le monde de l'entreprise notamment, me font croire que les sociétés humaines où l’on ne cherche pas tous les moyens à étouffer les conflits provoquent des atmosphères bien plus délétères que celles où, de temps en temps les conflits peuvent exploser. Les conflits sont des comme des soupapes !

Tout ça pour dire que je me méfie terriblement d'une société lénifiée et sans conflits. On n’est pas loin du cauchemar...

6. " L'ennemi est bête' : il croit que c'est moi L'ennemi, Alors que c'est Lui " ...
Ecrit par ROCA. 08-06-2010
" L'ennemi est bête' : il croit que c'est moi L'ennemi, Alors que c'est Lui " ...
Pierre Desproges, Daniel Ramirez',

" L'enfer', c'est Les' Autres " ... Sartre ..." L'enfer', c'est moi ! ", dit Jean-Édern' Hallier, fou À Li-er, mais ...sage', interne, c'est celui qui Le dit qui y' est,
c'est toi qui tue ...toi, c'est Vous qui Voyez ...
tu Vois, Vous ...voyez,
" tu n'Auras jamais / toujours qu'un seul ennemi, c'est toi " ...
ou, ton pire' ennemi, c'est toi,
en franc-maçonnerie, frère', Ami / ennemi, fantasmes ... projections, transfert, reflet, miroir,
" miroir, mon beau miroir ..." on ne parle jamais que de soi, son miroir ...
et, son propre' Adversaire', Au combat, contre soi,
en guerrier, militaire, haines ... jalousies, guerres, " bête' et méchant ", Hara-Kiri ...
homme ... de peu, homme ... de guère, homme ... qui pleure', homme ... qui rit,
comment ...taire ... qu' humanimal il est bête',
il se fait du mal ... ennemi / mi-haine ... mi-bête ... c'est tout bête' !, Gilles Roca,

Cas-fée-Philo des Phares, 30 mai 2010', en ces-jours de Prairial,
bêtise', ennemie, phare, Phares ... comme' un' indice', immémorial ... G R

7. "Tendre l'autre joue", mais à qui ?
Ecrit par Daniel Ramirez. 08-06-2010
Je répond d'abord sur le christianisme, introduit par Gérard. Il est dommage que tu ne soit pas venu car il y aurait été pertinent de dire cela pendent le débat. Je te rappelle qu'il ne s'agit que d'un compte-rendu de débat et non d'un "mini essai" avec mes idées.
En effet, la parole évangélique est connue comme la plus difficile et la plus incompréhensible. Il s'agit de Mathieu 5 : 43-48 "Vous avez appris qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis". C'est une conception sacrificielle de l'amour que la bible charrie partout qui arrive ici au sommet. Pour qu'il n'y ait pas d'équivoque sur la question, Jésus continue: "bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent". Il s'agit d'actes d'amour et non pas de sentiments; autrement tout le monde comprend cet impératif est excessif et même absurde. Kant (le roi de l'impératif) savait que l'amour comme sentiment ne peu pas se commander. Et dans ce cas même "aimez votre prochain" n'a pas de sens.
Je comprend bien ce que tu dis par rapport à rencontrer l'ennemi dans sa vie, sans que l'on sache pourquoi et je suis d'accord que le motif est souvent la jalousie (je suis bien placé pour l'avoir expérimenté) et que l'accepter est signe de maturité. Il y en a qui voudraient avant tout être aimés de tous ou, à défaut, être admirés, adulés. Toute leur vie est sous-tendue par cette quête.
Ainsi, je trouve particulièrement réussie ta formulation "savoir que l'on n'est pas aimé de tous c'est peut-être la plus grande preuve d'amour que l'on puisse se donner à soi".
Je suis en revanche réservé par rapport à l'efficacité de tendre l'autre joue. Avec tout l'admirable force des paroles de Jésus, je crains qu'il n'a connu que la méchanceté ignare et la violence plutôt brutale de son temps. Il lui a manqué la connaissance des personnalités perverses, qui ne feront qu'une buchée de celui qui tend l'autre joue, et continuerait de l'accuser même une fois anéanti; sans rien apprendre de la démonstration. C'est une peu pour ça que "l'ennemi est bête"


8. Ennemi de soi... mais quel soi?
Ecrit par Massimiliano. 09-06-2010
J’ai lu avec intérêt le compte rendu de cette discussion. Ma petite contribution au sujet sera celle-ci : il est important, lorsqu’on se pose la question de l’amitié ou de inimitié à soi (et aux autres), de bien comprendre avec qui et quoi l’on a réellement à faire. L’homme ordinaire, en effet, vit la triste illusion de posséder une identité unitaire, quand en réalité il est légion. En lui vivent une multitude de moi différents, souvent en opposition, avec lesquels, selon les circonstances, il s’identifie, produisant un jeu de contrastes multiples. Ces moi intérieurs, bien qu’en opposition les uns avec les autres, on tout de même l’avantage d’être réels, et le grand travail de l’être en évolution est de réussir à créer un centre magnétique qui, comme un majordome, serait en mesure de conduire cette multiplicité à une possible collaboration. Ce majordome, est alors ce que l’on pourrait à proprement parler appeler « soi-même », ou, du moins, une ébauche en devenir de soi-même : un vrai moi en formation. Mais ce travail d’intégration est rendu difficile par la présence d’une entité qui s’oppose à la légion des moi multiples : la fausse personnalité. Il s’agit d’une identité illusoire, mentalement construite, qui correspond à ce que nous pensons être, mais ne sommes pas. S’il y a ennemi en soi, il s’agit bel et bien de la fausse personnalité, qu’il faut apprendre à démasquer et, petit à petit, à déconstruire. Tout ce travail (condensation des moi réels en un centre magnetique et déconstruction de la fausse personnalité) devient possible si l’on devient conscient d’une troisième entité, parfois appelée « moi supérieur » : c’est un témoin, un espace de rencontre, dans lequel l’opposition apparemment sans issue entre la légion de moi réels et la fausse personnalité (qui à son tour est au fait fragmentée) peut trouver solution.

9. Impossible ?
Ecrit par Daniel Ramirez. 11-06-2010
Je réponds maintenant à Pirmin. Je pense pas à une société sans conflit ou une où on chercherait à étouffer les conflits. Non, les conflits font des adversaires, des rivaux, des concurrents, mais pas d'ennemis. Les conflits se règlent, c'est une question où l'on peut aspirer à "un peu plus de justice et d'équité parmi les hommes" comme tu dis. Tout n'est pas rose mais c'est humain.
Mais la guerre, qu'elle se gagne ou se perde, donne pour beaucoup misère, mort, douleur et rancune. La justice qui en sort n'est jamais qu'une justice de vainqueurs. Regarde la guerre que Bush à faite, elle devrait tomber sur le très précisément défini "crime d'agression", une forme du "crime de guerre" ou du "crime contre la paix" qualifié par la jurisprudence internationale actuelle. Mais rien ne se passe, car c'est une puissance victorieuse. Même incapable de gagner la paix par la suite. On ne revient pas sur le mal fait. On se tait, on est sommé d'oublier. Pourtant le compte est simple : les victimes de la longue dictature de Saddam Hussein son numériquement bien moindres que celles de la courte guerre pour instaurer la démocratie (en dehors du fait que cette démocratie tarde à s'installer).
Je préfère ton'hypothèse maximaliste d'une civilisation avec un autre degré de conscience où la guerre n'aura même pas besoin d'être interdite. Où serait-elle étayée cette hypothèse ? Mais partout ! L'anthropophagie, les sacrifices humains, font partie de choses dont la prohibition est superfétatoire. Personne ne voudrait les perpétrer. D'autres choses ne sont pas proprement interdites, mas abolies, c'est à dire que leur légitimité est abrogée : l'esclavage, la peine de mort, même si ne pas encore partout. Des pratiques s'estompent par la suite peu à peu, pour rejoindre ce musée poussiéreux que j'aime à évoquer.
Certes, pour la guerre et pour le fait d'avoir des ennemis, la chose semble plus difficile.
Prend garde quand-même à l'argument comme quoi une société pacifié serait étouffante, les conflits seraient nécessaires... c'est un peu comme celui qui dit qu'il préfère aller en enfer au ciel pour ne pas s'ennuyer. Ou sa version chrétienne, affadie : que l'on peut sortir grandit des épreuves, même des deuils; des grandes maux on en tire de biens durables et profonds. Cela est vraie, mais si l'on ne prend pas garde, on arrive vite à la conclusion absurde comme quoi il faudrait désirer les malheurs pour avoir ces épreuves indispensables à notre croissance spirituelle. Désirer les malheurs est une contradiction formelle de la volonté.

10. Absurde ? Ah oui.vraiment ?
Ecrit par Gérard Tissier. 11-06-2010
C'est absurde » veut dire : « c'est impossible », mais aussi : « c'est contradictoire ». Si je vois un homme attaquer à l'arme blanche un groupe de mitrailleuses, je jugerai que son acte est absurde.( cf un dictionnaire, çà aide)
Je lis que Daniel juge certaines phrases qu'il va chercher tout seul dans l'évangile pour les qualifier d'absurdes ou vides de sens/. Il se trouve que depuis deux milles ans et encore maintenant, parmi un milliard de personnes, il en est de nombreux qui ne les trouvent pas "absurdes". Alors où est l'argument? Est-il d'autorité ou simplement implicite ?
Dire que quelque chose est plus ou moins incompréhensible (les textes du canon chrétien )ne dis rien à celui qui comprend quelque chose surtout si le sens, par son objet même, est ouvert du fait du cheminement qui le suppose dans l'acte de comprendre. Il n'y a pas de sens figé mais adéquation entre ce que je suis et ce que je comprends. Seul celui qui ne veut pas comprendre ne comprend rien. La raison a peu à voir là -dedans et les arguments puisque nous sommes dans l'ordre de la foi et de la réception d'un enseignement, d'une sagesse.

Je note par ailleurs que Daniel ne trouve pas, lui, absurde(je simplifie-pardon-)un temps de paix éternel et universel sous prétexte que kant,(je caricature)dans sa grande bonté, ne l'a pas jugé impossible (juché qu'il était sur la plus haute colonne du temple de la Raison). Soit. Paix éternelle au moins à son âme pour cette belle pensée.
Moi je crois, sur un autre registre, que l'agapé chrétienne préfigure ce temps là, (le Royaume aussi ) car selon Paul en son temps, elle suscitait une spontanéité d'un type nouveau, caractérisée certes par l'amour d'autrui mais aussi par l'absence de règles éthiques rigides au sein de l'attachement à un groupe. Cette forme d'amour-participation à la vie et de communion personnelle avec sa partie divine ( en Christos ) est étrangère à la conflictualité.

La raison, quant à elle,au contraire la conçoit et la suppose en nous par l'existence de la loi morale. Elle la nourrit par conséquent en termes de légitimité et de possibilité.
A y réfléchir, il me semble même que son idée ( celle de kant ou de Daniel ?) revient tout bonnement à considérer l'intérêt bien compris à son stade ultime et pire, irréversible. ( bref l'enfer et la fin de l'histoire comme le voit bien Pirmin)
Décidément chez mon collègue et ami Daniel, l'essence libérale de certains raisonnements est un marqueur puissant. Entre l'amour guerrier (ou absurde) et le commerce pacifiant,( que faire d'autre en raison ? ) il faut toujours et encore, choisir! Jouir ou aimer, s'aimer et en jouir dans l'éternité !

Quant Daniel affirme que " tendre l'autre joue" est un acte d'amour, il va un peu vite dans l'absurdité de l'explication.( je lui accorde miséricorde ) Comment ne voit il pas -comme Mathieu- qu'il ne faut pas avoir peur de subir une humiliation supplémentaire (en tendant l'autre joue) puisque le fait de ne pas riposter est une forme de supériorité face à un adversaire.

Bref, en matière d'absurdité, du poids des mots faisons bon usage car l'intelligence ne nous a pas attendus pour en juger. Respectons la pensée de ceux qui sont venus avant nous mettre de l'ordre dans les idées du monde.ils sont dans des temps de l'Esprit que nous ne saurions juger. Sans eux nous ne serions rien. Mais avec eux, nous sommes l'humanité.


11. La religion relie, mais sépare de ceux qui ne pensent pas pareil
Ecrit par Jules.LT. 11-06-2010
Il paraît quand même difficile de nier que la Bible est pleine de contradictions, i.e d'absurdité.
Si tant de monde y croit depuis 2000 ans, la sociologie l'explique très bien, vous avez même l'embarras du choix parmi les facteurs d'explication.
Comme pour la poésie, on peut en tirer de l'inspiration mais certainement pas des arguments.

En plus, le bagage d'histoire et de croyances qui l'accompagne sème facilement la discorde...

12. merci monsieur Jules
Ecrit par autofocus. 12-06-2010
Merci pour ces considérations stratosphériques qui nous ramènent à la densité de l'humain dans les profondeurs de son terre-à- terre. Simone Weil nous a-t- elle invité à choisir entre la pesanteur et la grace ? Je ne sais plus trop. Mais à fuir ceux qui ne comprennent que ce sur quoi il sont d'accord, certainement. Par bonté d'âme et par respect pour leur bonne volonté.

13. On se calme !
Ecrit par Daniel Ramirez. 12-06-2010
J’ai un peu du mal à comprendre l’animosité de Gérard (N°10), à la suite d’un article où il est question justement d’ennemi… à moins que le besoin d’avoir des adversaires pour s’inspirer et écrire - positionnements hostiles (je dénonce ceci, je m’insurge contre cela) - expliquent tout. Dans ce cas « l’ennemi est bête… », n’est-ce pas ?
Je ne sais pas où a-t-il lu, Gérard, que je qualifiais le christianisme d’absurde. Désolé, ce n’est pas moi, c’est Kierkegaard (il disait que c’était pour ça qu’il y croyait) et je ne l’ai même pas cité. Je te rappelle que parfois on m’a accusé ici de catholique thomiste, maintenant je serais antichrétien par excès de kantisme et sans doute, d’après toi, libéral. Merci pour les amabilités.
Lire avec attention les commentaires des autres est pourtant une courtoisie de base, mais je sais, la courtoisie n’est pas indispensable… On devrait pourvoir le faire alors par souci d’efficacité et de ne pas perdre son temps.
Ce que je qualifié d’absurde dans mon intervention N° 7, si on se donne la peine de la lire, est le fait de commander l’amour EN TANT QUE SENTIMENT, aussi bien pour l’ancien (« aimez votre prochain ») que pour le nouveau testament (« aimez vos ennemis »). C’est pourquoi j’interprète le fameux passage de Mathieu 5 comme un commandement de l’amour (agapé, justement) EN TANT QU’ACTE ; des actes d’amour ou des attitudes pratiques, comme le soin ou la sollicitude (le « bon samaritain », origine de l’éthique du Care ), le don, la générosité, le pardon. L’amour n’était pas dans cette conception un sentiment amoureux, mais des attitudes et des actes, nous sommes libres d’avoir des attitudes et d’agir, non pas d’avoir tels ou tels sentiments.
Je résonne plus avec cette inspiration chrétienne et Levinasienne, qu’avec un kantisme des normes et de procédures rationnelles ; c’est pourquoi je pense qu’il y a une place (hors récupération partisane) pour une éthique du « care ».
Seulement, je pense qu’il faut se garder des personnalités perverses et que là, la stratégie de l’autre joue ne peu fonctionner.
Il n’ya pas lieu à choisir dans l’absolu des options absolues. Même une éthique de guerriers, si elle induisait le respect de l’ennemi et des règles de la guerre honorable, cela me conviendrait en une certaine mesure. Mais aujourd’hui personne ne respecte ses ennemis ; le dénigrement et l’anéantissement est la norme, plus le mensonge, l’hypocrisie, la loi du plus fort, le mépris. Sinon cela fait longtemps que le conflit au proche orient serait réglé, sans besoin de monde idéal kantien ou règne des fins kantiano-marxiste.
Je cité plutôt la non-violence active de Gandhi, ou la désobéissance civile comme stratégies possibles, puisque il y a quelque chose du respect de l’autre qui est octroyé unilatéralement, mais qui ne se plie pas au dessein de l’autre. Les conflits, comme j’ai rappelé à propos de la contribution de Pirmin, ne disparaissent pas, mais sont réintégrés dans la sphère de l’humain, voire du civilisé, du civique.

14. Je respire mal dans la stratosphère; je préfère le plancher des vaches
Ecrit par Jules.LT. 13-06-2010
L'homme est grégaire. Il se regroupe en communautés pour trouver la sécurité et s'isole ainsi du reste de l'humanité. C'est ce qui fait qu'il y a un "nous" et un "eux". C'est la raison même de l'existence de "l'ennemi". C'est le pendant obscur de l'enracinement que prône Simone Weil.

A se regrouper selon des critères arbitraires, on construit des barrières avec le reste de l'humanité, quand les intérêts divergents en constituent déjà tant. Il me semble même que les appartenances communautaires sont au fond une construction destinée à donner une légitimité artificielle aux luttes pour des ressources et avantages bien matériels.

L'idéal serait d'élargir ce que nous considérons comme notre communauté jusqu'à englober l'humanité, mais les habitudes communautaristes sont trop fortement ancrées en chacun de nous.
Ouvrir les bras à ceux qui nous considèrent comme leurs ennemis, c'est le désastre assuré. Tendre la joue pour montrer comme on est supérieur, c'est un péché d'orgueil et de la provocation. J'aime beaucoup le principe de la non-violence active cité par Daniel, mais la realpolitik nous amène malheureusement souvent à bien plus de violence.

@ autofocus: Je fuis effectivement tout système qui se revendique comme mystérieux, ineffable ou quoi que ce soit d'autre qui signifie au fond "inaccessible au profane".

15. Pas si grégaire que ça...
Ecrit par Daniel Ramirez. 15-06-2010
Le véritable sens communautaire, Jules, est, certes la liberté de cultiver ses propres valeurs, sa langue, sa tradition, son héritage -je rappelle que des peuples entiers en sont privés- mais aussi de les remettre en question, de s’en libérer, de garder ce que l’on veut.
On ne peut conclure si rapidement au « repli communautaire »... d’ailleurs toute communauté n’implique pas « repli ». Un véritable « goût des autres » se développe lentement : engouement par les voyages, désir de dépaysement, envie de cuisines exotiques, apprentissage de plus en plus généralisé des langues, recul de l’indifférence pour le sort de peuples lointains, militantisme international (on a célébré Amnesty International, ce dernier dimanche au Café des Phares), justice pénale internationale, solidarité tiers-mondiste, alter-mondialisme, conscience écologique, éthique animale et je finirait par la « world music » (non pas la world cup, bien sûr !).
Tous ces mouvements ne se valent pas et je les mets en vrac, mais en tout état de cause on ne peut les ranger dans le repli sur soi ni dans le grégarisme. Ce sont des tentatives, parfois maladroites, parfois insuffisantes, mais réelles, d’élargissement de son propre champ de conscience. D’autres sont à naître, à inventer.
Il est toujours tentant de mettre en avant tout ce qui ne va pas, et évoquer le fond grégaire de l’humanité, son primitivisme. Je suis d’accord en générale, puisque comme certains l’on rappelé je pense que la guerre est à abolir et qu’elle ne fait pas partie du futur d’une humanité civilisée. Mais, justement, ces comportements que j’évoque ne correspondent pas au fond grégaire et primaire de l’homme, mais à sa vocation d’universalité, qui, certes, reste largement à se construire dans les faits et dont il ne suffit nullement de la proclamer dans les déclarations.
Lhomme n’est pas seulement bête, il ne croit pas toujours que l’ennemi est nécessaire pour se construire des remparts, des murs, des convictions confortables, parfois il pense aussi que l’altérité, la nouveauté, même l'étrangeté sont indispensables pour vivre mieux, plus humains, plus ouverts...
"les habitudes communautaristes sont trop fortement ancrées en chacun de nous", dis-tu. Et bien, pas en moi, je ne m'y reconnait pas. Suis-je si bizarre?

16. Quand même !
Ecrit par Caféphiliste. 18-06-2010
Ah oui, si l'homme ne marchait que par l'instinct grégaire, comme dans un troupeau d'idiots, on ne s'expliquerait pas le militantisme des droits de l'homme, ni les vocations charitables, ni les ONG, ni les écologistes. Il n'y aurait que des imbéciles heureux.

17. Grégarité
Ecrit par Jules.LT. 18-06-2010
Oh, l'instinct grégaire n'est pas moins noble que l'instinct de survie ou l'instinct de reproduction. Ça fait partie de ce que nous sommes, et c'est ce qui fait de nous cet "animal politique", c'est pas si mal.

L'universalisme progresse, et c'est une excellente chose, mais il me semble que c'est là une nouvelle communauté plus diffuse plutôt qu'une abolition des communautés. Une communauté ayant l'immense mérite d'avoir pour valeur centrale le décloisonnement des communautés, mais une communauté tout de même.

Je me demande simplement si la création de liens forts avec un groupe est indissociable d'un certain éloignement du reste, ce qui favorise l'incompréhension et l'hostilité. Il me semble en tout cas que c'est un prérequis pour qu'on commence à considérer un autre groupe comme "l'ennemi".

18. marginaux tolérés ?
Ecrit par d P. 19-06-2010
Tout le monde n'est pas grégaire, Jules, les plus grands artistes sont souvent de grands solitaires.
Et n'oubliez pas que les misanthropes, sans haine pour personne, ne considèrent personne comme un ennemi : ils connaissent tant les hommes qu'ils en arrivent tout simplement un jour au stade de l'indigestion totale.



19. Mais enfin...
Ecrit par Jules.LT. 19-06-2010
Désolé, mais à moins de ne pas être humains ces grands solitaires et vous-mêmes avez un instinct grégaire.
C'est ancré directement au fond de notre cerveau reptilien, on n'a pas vraiment le choix.
Ce désir de se rassembler et de se ressembler peut bien sûr être compensé par d'autres facteurs. La psyché humaine est complexe, ne vous inquiétez pas.

20. chacun son instinct de survie peut-être ? je ne sais pas....
Ecrit par d P. 20-06-2010
Je ne m'inquiète pas Jules , et je vous laisse à vos certitudes.
L'instinct de survie d'un grand navigateur que je connais fut de prendre la mer et de fuir des gens comme vous : son cerveau reptilien doit être croisé avec celui des mouettes ?
Enfin n'oubliez pas que les plus grands esprits monologuent, car ils ont toujours rencontré une opposition farouche des esprits médiocres.



 
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