"C'est bon pour le moral"

Débat du 11 juillet 2010 animé par Gunter Gorhan sur le thème « C’est bon pour le moral » 

« C’est bon pour le moral »... une phrase à mettre entre guillemets pour prendre une distance critique et échapper à la vacuité de son contenu philosophique ! Pourquoi avoir choisi un tel sujet ? Bien sûr il faisait chaud, et c’est le temps des vacances, alors… boire un petit verre, le soleil, ce soir je fais la fête (comme au Club Med’), c’est bon pour le moral. Et la consommation est un antidépresseur efficace. 

On a évoqué le plaisir, mais tout ce qui donne du plaisir est évidemment bon pour le moral. En même temps, le poser comme ça... ne donne pas vraiment le moral, qui se retrouve alors « dans les chaussettes » (a-t-on dit). 

Impossible d’évoquer des choses essentielles sans être aussitôt hors sujet. On a voulu spéculer sur l’homophonie entre le moral et la morale, en faisant l’hypothèse d’une étymologie commune entre les deux mots. Vérification faite, ils viennent du latin « mores », moeurs. Mais c’est l’un de ces nombreux cas où l’étymologie n’est d’aucun secours, les sens des mots étant trop éloignés. 

Ce sujet pouvait-il inspirer de riches réflexions, a-t-il laissé beaucoup de traces dans les esprits, a-t-il fait réfléchir longtemps après la fin du débat, comme Gunter lui-même affirme que tout débat philosophique devrait le faire ? C’est complètement improbable.

Plus d’une fois on a affirmé que tout sujet pouvait être philosophique. J’en suis moins que jamais convaincu. Il doit pouvoir renvoyer à une « grande question » : la liberté, la justice, le pouvoir, le désir, le beau, la vérité, la nature, l’histoire, etc., nous décentrer de nos subjectivités individuelles pour cesser de parler uniquement de soi, et participer à un universel. A défaut, ce sera la mort par asphyxie des cafés philo. 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Tout sujet peut être philosophique ?
Ecrit par urbaine. 16-07-2010
Merci, Alain, pour le courage d'être critique. Sinon, on serait dans la complaisance la plus néfaste.
Entièrement d’accord avec vous, c’est très pénible ces débats. Peut-on même parler de débats ? Avec des sujets comme ça on ne peut rien faire. On ne comprend pas comment l’animateur ne se rend pas compte. Ou alors, ça lui fait rien : on a l’impression qu’il s’écoute parler lui-même, avec sa moralisation permanente. Günter fait des discours de plus en plus longs sur la parole libre. Mais c’est le principe même du café-philo, non ? Si l’on vient au café-philo pour parler de la parole libre, n’est pas se regarder pédaler ?
Günter pense qu’une vague proximité de la morale avec « avoir le moral » justifierait un débat philo ? Histoire de changer de sujet, il suffit de suggérer qu'avoir le moral équivaut à la volonté, à donner un sens à sa vie. Rien que ça! Evidemment ça ne prenait pas.
Pour réveiller une salle plus qu’endormie, on a assisté à un échange sur… la pédophilie ! Quel rapport ? On n’a jamais compris, mais la parole doit être respectée, toute parole se vaut, etc…
Ce n’est peut-être pas la mort des cafés-philos mais c’est certainement les vacances de la pensée. Peut-être elle en a bien besoin, après tout.
Agnès

2. Quelques pistes...
Ecrit par Jules.LT. 16-07-2010
"C'est bon pour le moral" semble dire que que ce dont on parle est forcément bon, mais pourquoi vaut-il mieux "avoir le moral"? Avoir le moral, est-ce être heureux? C'est plutôt défini en creux par "ne pas avoir le moral", cet état de déchéance de la volonté allant jusqu'à la dépression.

Qu'est-ce qui est bon pour le moral? Étrangement, des individus dont la survie même n'est pas assurée peuvent avoir le moral pourvu qu'ils aient de la reconnaissance, de l'affection, etc.. Maslow est renversé!
L'envie qui semble la plus naturelle est de ne rien faire, mais l'activité est essentielle au moral.
Pourquoi l'antidépresseur, la soma à la "Le meilleur des mondes" nous est-elle si insupportable comme solution pour donner le moral à tout le monde?

Enfin bref, si le débat n'était pas bon ce n'était pas de la faute du choix du sujet...

3. On touche le fond
Ecrit par Caféphiliste. 16-07-2010
Aïe ! Cela devient désolant, en effet. Je suis navré mais Gunter radote, tout simplement. On l’a pourtant vu faire des bons débats, dans le temps. Mais il faut savoir se remettre en question.
On l’a tellement entendu répéter cette idée saugrenue comme quoi il prendrait « le sujet qu’il comprend le moins » ! Peut-on savoir d’où ça sort, ça ? Faut-il assumer donc que Gunter comprends mal ce que veut dire «c’est bien pour le moral » ? C’est pour déchiffrer cette énigme sans fond qu’il a choisi ce sujet ?
Depuis le début, des prétentieux attaquaient les cafés-philo en disant que c’était le « café du commerce ». Avec des débats comme ça on n’a rien à dire, ils ont raison. Et c’est triste.
On avait échappé à la coupe du monde. On n’a pas échappé au club méd.
Maintenant que j’y pense, au club méd. il y a peut-être des cafés-philo. Devinez qui serait l’animateur.
C’est qui est certain c’est que ce dimanche-là, même ceux qui sommes partis avant la fin, on n’avait pas le moral.
Si ce n'est pas le choix du sujet, Jules, c'est quoi qui explique ce débat assommant ?

4. quoi ou qui génère quoi?
Ecrit par Elke. 16-07-2010
C'est étonnant comment un debat peut générer des effets aussi différents! Dimanche, je n'avais pas du tout le moral dans les chaussettes. Est-ce la "faute" de l'animateur, du contenu ou du participant? Il m'arrive parfois de sortir irritée, frustrée. Pas ce dimanche. J'avais trouvé la conclusion assez intéressante. Moi, personnellement, j’ai vu dans le débat s’affronter deux façons d’avoir le moral : d’un côté la recherche d’un certain confort dans la négation momentanée des vicissitudes de la vie (dans le sens « boire un petit coup c’est agréable…) ou alors l’attitude, la posture du vivant à ne jamais se contenter avec le « définitif », à explorer ce qui pourrait advenir en cherchant à dépasser les limites personnels ou imposées dans un processus de croissance qu’on appelle vivre. On a là, si j’ai bien suivi la proposition de Günter, l’éternel dialogue féminin/masculin : se battre pour une noble cause , profiter de la pur joie d’exister. L’un n’empêche, heureusement, pas l’autre ! La meilleure façon de vivre, c’est de savoir intégrer les deux ! Il me semble… Là, ou je partage l'opinion du chroniqueur: la capacité de décentration est parfois bien faible au café des Phares. L'incapacité de s'écouter et d'accepter un point de vue différent est fréquent. Pour moi, l'intervention de Gunter semblait pertinent, même si un peu moins aurait sûrement été mieux.

5. "Un peu moins..."
Ecrit par Urbaine. 17-07-2010
« L’intervention de Günter », dites-vous « semblait pertinente ». Très intéressant! Mais on ne vient pas au café-philo pour une intervention de l’animateur qui pourrait sembler pertinente, mais pour un débat philosophique entre les participants. Le rôle de l’animateur est de faciliter l’émergence des idées d’un groupe et d’aider ce groupe à aller plus loin. Vous voyez, Elke, c’est bien plus difficile que de parler (beaucoup), d’autant plus qu’il se donne la parole quand il veut, le temps qu’il veut. Ca, c’est un détournement.
C’est pour ça que c’est difficile et que cela peut rater. Le manque d’idées dans un mauvais débat se ressent assez vite, je commence à connaître le mécanisme… l’animateur se rabat sur quelques habitués au discours bien rodé, et il parle, il intervient, sans cesse. Il se fait plaisir, il s’écoute parler.
Bien sûr, à vous, ce qu’il dit vous semble pertinent, car il a l’habitude de parler et une grande facilité (surtout pour citer des auteurs). Mais pour ça je préfère les conférences ; là, au moins c’est clair et il s’agit d’un chercheur qui a travaillé un sujet.
« La capacité de décentration est bien faible au café des Phares » dites-vous. Non, Elke, elle est bien difficile pour certains animateurs. Lissez d’autres comptes-rendus, ici même, vous verrez que la capacité de décentration est bien là. Il y a certains avec un travail conceptuel considérable, sur de sujets philosophiques complexes. C’est du vrai travail philosophique. Pour avoir été là, je sais que c’est ce que nous avons dit, nous tous, non pas l’animateur, mais avec l’aide de son questionnement. C’est la méthode socratique.
« Même si un peu moins aurait sûrement été mieux » reconnaissez-vous. Mais vous prenez de gants pour effleurer tendrement le dos de la cuillère. Il parlait tout le temps, Elke ; même si la pertinence on vous l’accordait, ce qui est loin d’être évident, cela n’est pas un café-philo, mais une causerie très décousue, où on donne à un individu (pourquoi ? pour son savoir ? Lequel ?) deux heures pour s’exprimer à volonté sur ces sujets de prédilection. En même temps la parole est distribuée aux autres d’une façon très encadrée et très limitée. Ca vous semble pas bizarre ?
On est en droit de critiquer le résultat, au moins, non ?

6. Le résultat
Ecrit par Elke. 17-07-2010
La qualité de l’animateur influe sur la production du groupe, je suis tout à fait d’accord. Il fait en tant que figure d’autorité la pluie et le beau temps. Ma bienveillance à son égard est peut être un peu excessive. La parole de celui qui détient une position d’autorité peut écraser celle qui cherche à émerger. Qui a plus le droit d’écraser : celle qui dit « arrête de toujours parler de la pédophilie ! » ou celle qui dit : toute parole est importante ? A force de dire son importance, il a étouffé le feu qu’il voulait protéger et c’est vrai qu’on peut le soupçonner d’avoir cédé à la tentation de peaufiner sa propre pensée que de rester au service du groupe. Je défends probablement un peu excessivement sa position du fait que j’avais fait récemment l’expérience d’un groupe qui avait mis ma parole sur l’index de l’inquisition et cela avait été très, très douloureux pour moi de trouver le soutien de personne. Cela avait plombé le travail de ce groupe pendant pas mal de temps. Mais quand-même : je m’interroge pourquoi il y a tant de personnes qui critiquent autant le contenu du débat par lui-même. Il a suivi, de mon point de vu, le mouvement habituel : un démarrage lent, puis d’une période de polémique, puis un vrai travail d’émergence d’une pensée nouvelle. Gestion de la frustration que le chef a tiré à soi tout le plaisir, c'est-à-dire celui de se produire, de parler? Le resultat, c'est par rapport à ce qu'on cherche. Qu'est-ce qu'on cherche en venant au café? Jamais une solution, j'espère!

7. Alain et aux autres
Ecrit par Gunter Gorhan. 17-07-2010
Alain et aux autres :


« [Le sujet choisi par l’animateur…] doit nous décentrer de nos subjectivités individuelles pour cesser de parler uniquement de soi, et participer à un universel. A défaut, ce sera la mort par asphyxie des cafés philo. « écris-tu en conclusion de ton commentaire du dimanche dernier aux Phares.
Je suis totalement d’accord avec toi. Mais n’est-ce peut-être pas toi qui, cette fois-ci, n’a pas voulu se laisser décentrer ?
Tu sais bien qu’il y a deux pièges (fuites) dans toute tentative de réfléchir vraiment. Hegel (mais bien d’autres après lui et sous d’autres formes) avait diagnostiqué la fuite dans l’universel abstrait, mieux nommé « le général » d’une part, et celle dans le particulier concret, d’autre part.
L’adepte exclusif de l’universel abstrait s’épanouit dans l’espace vide des grandes idées, il s’y sent parfaitement à l’aise, il peut faire des plans de dissert, citer des auteurs, il aime les méthodes et les techniques, bref se défendre (« résister » au sens psychanalytique du terme) contre sa propre vérité, contre son expérience tout à fait singulière dont il pense devoir à tout prix rester protégé. Il pense, raisonne, voire ratiocine, mais il ne peut s’engager vraiment car son cœur, ses affects, sa subjectivité passionnée (affectée) – moteurs de tout engagement - sont comme congelés, pétrifiés.
L’adepte exclusif du particulier concret, en revanche, se calfeutre dans une intériorité supposée et désirée intacte, une spiritualité pure dont Péguy, inspiré par Hegel, moquait la « belle âme » : c’est quelqu’un qui ne se salit pas les mains mais qui n’a pas de main. Il n’est (plus ou moins passionnément) engagé que dans la défense d’un narcissisme mortifère (du « château intérieure »), il craint avant tout l’universalisation de son expérience qui signerait la fin de sa pureté paisible et illusoirement harmonieuse…
Nos méditations philosophiques (le quatrième sens de « logos » étant le recueillement !) doivent aussi, je crois, nous aider à faire un auto-diagnostic de fuite existentielle – vers l’extérieur ou vers l’intérieur, sachant que nous tous penchons vers l’une ou vers l’autre et que la « vérité » existentielle (et donc aussi philosophique) réside dans la tension et l’articulation entre les deux ; d’où ma définition de la philosophie : prendre de la hauteur (universaliser) sans perdre pied (sans se couper de ses propres « tripes », de son expérience la plus singulière, la plus subjective possible).
Yannis Youlountas, autant poète que philosophe, l’exprime autrement : « L’humanité (l’universel) est une question à laquelle chacun (le particulier/singulier) est une réponse ».

8. Alain et aux autres (suite)
Ecrit par Gunter Gorhan. 17-07-2010
Voici mon commentaire de dimanche dernier (publié sur le site philo-paris.com, où il y a également un compte-rendu plus long et original, et avant mon propre texte) :
« C’est bon pour le moral »
J’espère ne pas être le seul à avoir vérifié l’étymologie de « moral » qui comme la morale vient du latin « mos » (mores), les mœurs. C’est justement en partie à cause de cette origine commune que j’ai choisi le sujet « C’est bon pour le moral ».
Quel rapport, en effet, entre » avoir le moral », au sens de « être en forme » avec la morale, l’ensemble des règles qui balisent nos comportements individuels et collectifs ?
Or, nos échanges nous ont acheminé vers la conclusion que, contrairement au bonheur, plutôt lié à un bien-être « tranquille », le fait d’avoir le moral est lié à une volonté, à une décision de se battre ; se battre pour survivre : le malade qui a bon moral a des meilleurs chances que celui qui l’a perdu (on fait faire, aux E.U., aux enfants malades de leucémie des psychodrames où ils doivent imaginer des combats entre les Bons et les Méchants, entre les cellules cancéreuses et les agents biologiques qui combattent les derniers. Il y a des résultats statistiquement significatifs). Ou se battre pour une « noble cause » ; le témoignage percutant d’une syndicaliste dans la salle a permis de rendre concret et vivant ce deuxième volet (collectif) du sujet.
N’y a-t-il pas une pression idéologique énorme aujourd’hui pour que nous échangions le « avoir le moral », au sens de donner un Sens à notre vie (individuelle et collective, définition de l’éthique) et de nous battre pour lui, contre une vision de bonheur, façon vacances club Med qui sape le moral ?
Mandela, dans sa prison sud-africaine, n’était probablement pas heureux, mais il avait su garder le moral. D’autres exemples de militants pour une noble cause – qui peut être également philosophique, religieuse, scientifique, artistique, voire amoureuse (je renvoie aux thèses d’Alain Badiou) - chacun a, j’espère, ses propres modèles d’une vie sensée qui seule est susceptible de nous permettre de garder le moral – malgré tout… »
Pour finir, je ne peux pas ne pas citer Marc Sautet qui a ouvert le premier café philo au monde, aux Phares, il y a un peu plus de 18 ans. J’espère qu’Alain (inquiet de l’avenir des cafés philo où des sujets tels que « C’est bon pour le moral » sont abordés) et les autres seront rassurés sur l’avenir des cafés philo où les animateurs évitent les sujets type bac de philo :
« Ensuite, et c’est l’essentiel, tous (souligné) les sujets sont susceptibles d’être traités de manière philosophique. La philosophie ne tient pas à ses sujets. Ce n’est pas une « matière » à enseigner ni un champ à cultiver, c’est un état d’esprit, une manière de faire usage de son intellect. Le philosophe n’a pas d’objet propre…Tout est donc objet de sa réflexion. Le néophyte n’a nul besoin de se faire une montagne des sujets propres à cette discipline. Il n’y en pas. Il n’y a pas de spécificité de l’objet de la philosophie : philosopher, c’est mettre en question, au sens banal de l’expression…
Le débat du dimanche illustre cette universalité. Que le « sujet » soit inattendu signifie que la philosophie s’exerce, stricto sensu, « à tout propos » et qu’en conséquence est accessible à tout individu de bon sens… » (Marc Sautet « Un café pour Socrate » qui est d’ailleurs en vente tous les dimanche matin aux Phares au prix coutant, 19 €).

9. démagogie
Ecrit par Alain. 17-07-2010
Ce qui est « bon pour le moral » et ce qui donne une raison de vivre, un sens à la vie, il me semble que ce n’est PAS DU TOUT au même niveau !! C’est justement pour cela que ce sujet me paraît impossible à traiter philosophiquement, sauf à lui donner une profondeur qu’il n’a pas.
Comme les anciens des cafés philo le savent, pour l’avoir entendu souvent !, Marc Sautet considérait en effet que tout sujet peut être traité philosophiquement. Pour moi c’est de la démagogie, tout comme le choix qu’il affectionnait d’un sujet qu’il « ne comprenait pas », ou qui jouait sur les mots, comme si cela promettait une aventure intellectuelle indépassable. Or c’est cela « penser, raisonner, voire ratiociner » (comme dit Gunter) : quel engagement dans un jeu de salon ? On se prend pour des apprentis sorciers, pour des alchimistes qui changent le plomb en or, pour Dieu ? D’ailleurs Marc Sautet jouait trop de la séduction pour m’inspirer entièrement confiance, et à l’époque j’ai même cessé de venir aux Phares.
A propos de l’universel abstrait, je n’ai pas la culture philo nécessaire pour cela, mais de toute façon les conditions n’étaient pas réunies pour réaliser le programme idéal de Gunter (commentaire 8). Cf. les critiques déjà faites de la chape de plomb ayant pesé sur le débat. D’autant plus dommage que ce n’était pas le cas dans le passé avec lui.

10. Démosophie (sagesse du peuple)
Ecrit par Gunter Gorhan. 18-07-2010
N’est-ce pas la tâche propre aux artistes et aux philosophes (non-pompiers !) et donc potentiellement de tout un chacun de donner de la profondeur à ce qui, à force d’usure du pratico-inerte, n’en a apparemment plus ?
Quant à la séduction du philosophe, je conseille de lire « Eloge de Socrate » de Pierre Hadot – par ailleurs un auteur décisif pour tous ceux qui s’intéressent ou participent à « la philosophie dans la cité ».

11. Ethique et internet
Ecrit par Gunter Gorhan. 18-07-2010
L’éthique et Internet

En effet, que signifie la demande d’Agnès Grün ? Que la vérité serait fonction de l’audimat ? Que la qualité d’un site serait fonction de ceux qui le visitent ?
En plus, toutes les manipulations sont possibles : il suffit de dire à ses copains de s’y rendre le plus souvent possible. Le même reproche a été fait par plus compétent que moi : Barbara Cassin « Google-moi ».
Une autre manipulation, voire perversion est facilitée (induite ?) par Internet. Il se peut, par exemple, qu’Agnès Grün soit une femme (ou un homme) qui se présente comme ami(e), à qui je fais peut-être la bise le dimanche matin et puis, hop, en rentrant à la maison, je me lâche et j’agresse sans prendre aucun risque. Est-ce possible de faire vraiment de la philosophie dans ces conditions ?
Peut-être Agnès Grün est par ailleurs violemment opposé(e) au voile intégrale et elle (il) ne se rend même pas compte de sa contradiction criante.
En tout cas ce fonctionnement pervers d’Internet (peut-être au nom de la liberté ? la liberté du pervers !) me donne froid dans le dos et il n’est pas étonnant que l’air du temps soit à la paranoïa généralisée. A qui faire, en qui en effet avoir confiance dans ces conditions ?
Pour mémoire et pour modèle quelques règles de bon sens en matière d’informatique de notre regretté webmaster Marc Goldstein et expert en matière informatique :

« 1) Ne répondre qu'aux personnes que l'on connaît [difficile à appliquer, G.G.]
2) Ne répondre qu'une seule fois (dire ce que l'on a à dire, point barre)
3) Passer en mode bilatéral (échanges de courriel ou de vive voix) pour la suite, si suite il y a.
[…]
En plus […] je m'applique deux autres règles, éthiques celles-là : n'écrire que des choses que je pourrais dire en face à la personne concernée [la deuxième est trop personnelle pour que je la cite ici, j’extrais ces lignes d’un mail reçu le 12 déc. 2008, G.G] »

12. Ethique et internet (corrigé)
Ecrit par Gunter Gorhan. 19-07-2010
Dans la troisième phrase manquent deux mots (importants):
Que la qualité d’un site serait fonction - "du nombre" - de ceux qui le visitent ?

13. La séduction c'est le diable ?
Ecrit par Roquette. 19-07-2010
Se méfier de la séduction est assez étonnant. Tout le monde ne possède pas cette grâce qui fait qu'on peut être écouté et aimé. Les commerçants, les professions libérales, les professeurs, les comédiens, les artistes fermeraient tous boutique s'ils n'avaient pas pour eux la séduction. Les grands penseurs sont des séducteurs. La pensée et l'être sont tout aussi importants : Derrida, Lacan etc. Séduction n'est pas synonyme de charlatanerie.
Hé oui, les beaux gosses et les belles femmes ont cet avantage : d'être écoutés même s'ils n'ont rien à dire. mais dans le cas de Marc Sautet, je crois qu'en plus du charme il avait la philosophie dans la peau et pas sur trois étagères.
C'est pas beau pour le moral l'aigreur.
L'amour rend beau.

14. Grace et séduction
Ecrit par Elke. 19-07-2010
Un lien évident qu'on n'a pas vu avant! Je suis entièrement d'accord avec la force séductrice des grands penseur qui ne sont à confondre avec les beaux parleurs.Mon faible va à Victor Hugo. Quel homme! Si j'avais pu le rencontrer de son vivant.... Lacan et Derrida, un peu moins pour moi. Trop cérébral à mon goût.

15. Ne répondre qu'une seule fois?
Ecrit par Caféphiliste. 19-07-2010
Très drôle: Gunter évoque une supposée 2e règle du regretté webmaster :"ne répondre qu'une seule fois". Sauf que Gunter est à 5 post sur ce seul échange! Forcement, il a été critiqué. Pour mémoire, le "regretté" Marc, justement, ne se privait pas du tout de critiquer les mauvais débats. Qu'aurait-il dit sur ce merveilleux échange sur un sujet "inattendu", selon Gunter ? Je parie qu'il aurait été plus sévère qu'Alain. Il ne suffit pas d'évoquer les idoles du passé, dont Marc Sautet, car n'est pas Marc Sautet qui veut. Une longue et ennuyeuse bêtise mal compensée par un exercice d'auto-admiration de l'animateur ne sont pas exactement la même chose que "l'inattendu".

16. Vite ? Non, je prends tout mon temps.
Ecrit par Roquette. 19-07-2010
Voile intégral ? Décidément c'est un mot bien à la mode. C'est petit. C'est assez inquiétant Qui vous dit que je suis une femme ? Je trouve Hannah Arendt très séduisante. Je n'ai pas de culture immense mais suffisamment pour discerner l'inculte complexé. Je dois dire que je regrette aussi l'humour de Carlos Gravito qui insufflait de la joie et ne jouait pas aux rabats-joie de service. Un homme séduisant.
Oui, c'est bon pour le moral, le zouc, les belles voix, l'éloquence, la danse, la philosophie.
Tout ce que je puis vous dire, c'est que je l'ai échappé belle de ne pas avoir commis la première fois avec vous. Ce serait à en demeurer sinistre tout sa vie.
Or la philosophie pour moi ressemble à la joie. On peut être amoureux d'un escargot et faire l'amour avec une boite aux lettres. Surtout la joie demande de l'effort du courage. Le courage c'est bon pour le moral et la morale. Non, je ne me déshabille pas devant un homme trop pressé. Il faut savoir attendre.


17. Pesanteur
Ecrit par Elke. 20-07-2010
Le débat ressemble de plus en plus à un combat de coq. Et si on s'attachait un peu moins aux personnes qu'au sens des mots? La joie est le chemin d'une moindre perfection vers une plus grande, a dit un homme illustre. J'ai gardé ce mot de Spinoza non parce que je veux épater la galerie, mais parce qu'un Monsieur, Michel Cabanac, l'a cité dans le context d'un travail sur la physiologie de la thermorégulation et a trouvé que le plaisir permettait à l'organisme de trouver le meilleur équilibre homéostatique possible. Le plaisir est un indicateur fiable quand il est en interconnexion avec tout le cerveau. Les rats à qui on donne l'occasion d'actionner leur centre du plaisir sans passer par le travail propre de leur cerveau, ces rats meurent. Donc, le plaisir est en lien avec le travail de la vie qui fait qu'une parole ne vaut si on se la fait sienne par le travail de réflexion et non par recherche de prestige.Il y a certains mots qu'on aime citer, non pour la gloire de leur "père", mais parce qu'ils disent quelque chose qui nous paraît vrai.

18. Ne pas se laisser abuser par la démagogie
Ecrit par urbaine. 20-07-2010
Merci Elke, c’est lucide de reconnaître que vous avez été peut-être trop bienveillante envers l’animateur. Cela produit un effet de contraste avec nous qui avons été critiques. Et cela peut vous paraître un peu violent. Par la suite tout devient exagéré. L’animateur en question et ses amis n’acceptent pas du tout la moindre critique, et cela peut ressembler à la fin à un combat de coqs. Il y a des gens à qui la polémique fait plaisir.
La bienveillance par contre est une qualité bien féminine, surtout quand nous nous attachons au gens, nous cherchons la qualité humaine, l’écoute. Je comprends bien ce que vous dites : les lieux où la parole est protégée et accueillie sont rares. Mais pour le café-philo c’est la base, c’est le minimum. Tous les animateurs veillent à protéger la parole à que le respect de personnes soit assuré. S’exprimer est après tout un risque, même s’il ne faut rien exagérer. Mais la bienveillance, Elke, ne doit pas nous empêcher la capacité de critique, surtout à nous les femmes. Elle est indispensable. Les hommes ont en général moins de mal à l’exercer.
Ce que je voulais dire à propos du café-philo est que c’est pas la peine de revendiquer la base comme si c’était l’aboutissement. Nous venons ici pour la philo, qui est recherche du sens et travail avec les idées, pas seulement échange de paroles, jeux de mots.
La philo au café c’est des jours avec et de jours sans. La démagogie consiste à parler de la base quand il n’y a pas d’aboutissement, quand c’est un jour sans. On aura alors tendance à sortir les bons lieux communs: que la parole circule, que l’expression soit accueillie, la démocratie, etc.
Ou alors des faux problèmes comme celui du choix d’un sujet soit disant inattendu, on parlera de la spontanéité, que c’est vivant, etc. Même si en vérité c’est nul et une bonne partie de la salle se rend compte.
Le problème est que d’autres jours c’est tout aussi vivant et spontané, mais il y a du contenu. Cela aboutit. Il y a un fil tendu d’idées qui nous concernent, un travail conceptuel qui nous sert vraiment à penser la vie. Ce n’est pas avec du bla bla que nous pouvons affronter la vie.
Comme disait Epicure, je crois, nous n’avons pas besoin d’une apparence de santé mais d’une vraie santé.
Je dirais pareil : nous n’avons pas besoin d’un semblant de philosophie, il ne nous sert à rien, nous avons besoin de vraiment de philosophie. C'est ça la joie ici. Comme vous dites avec Spinoza: le passage à une plus grande perfection. Mais il ne suffit pas de le déclarer pour que cela aboutisse. Il faut un travail sérieux.

19. Pour info
Ecrit par Alain. 20-07-2010
J'ai "dépublié" mon commentaire, auquel répond le commentaire 16 de Roquette qui du coup devient incompréhensible. J'aurais voulu seulement le rectifier mais c'est techniquement impossible. Heureusement, ce n'est pas partie la plus intéressante du débat...

20. Contenu
Ecrit par Elke. 21-07-2010
Il serait intéressant pour moi d'entendre en quoi le contenu du débat "c'est bon pour le moral" n'a pas satisfait les attentes des participants. Nous avons focalisé sur les qualités de l'animateur. Mais précisément: en quoi le contenu n'a-t-il pas satisfait? Je n'arrive pas bien à comprendre. Dire, "c'est nul", ce n'est pas forcément exercer une critique. Dans critique, j'entends "critères". Si je considère uniquement le sujet, il y avait de la dialectique dans le sujet(la morale, le moral). On pouvait y voir la tension entre l'individuel et le collectif. La discussion a tourné autour du rapport à la loi. Donc: les incrédiants d'un bon débat y étaient, non? Quels sont les critères qui vous font qualifier ce débat "nul"?



 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté

Il y a actuellement 1 invité en ligne

personnes ont visité ce site.