Malgré l'ignorance, il faut juger.

Bonjour à tous. Le sujet choisi par Gunter qui a animé ce  dimanche 1er aout  le café-philo des phares est : « Malgré notre ignorance, il faut juger ».

Je vous propose une analyse du sujet et je vous  laisse le choix du degré auquel la lire.

D’après les infos que j’ai glanées ici et là, il  semblerait que la conclusion consensuelle de ce café- philo soit, qu’en absence de faits ou d expériences  permettant d’asseoir son jugement  (l’état d’ignorance), le jugement repose alors sur un système de valeurs.

Je n’en sais pas plus sur le fait qu’il  faille  juger mais c’est vrai  que, pour les gens particulièrement ignorants-cela existe- on ne voit pas pourquoi ils ne pourraient pas juger.  Ce serait discriminatoire. Voire élitiste. Non ?

Personnellement  cette analyse me convient assez bien, vu que je  me demande quelque fois comment, et sur quoi, tel ou tel  jugement sur un sujet  peut s’exprimer (ce n’est pas méchant, mais bon, autant le dire, entre nous).

Un exemple frappant concerne  la question de l’ouverture des frontières, de l’économie ouverte etc. Pratiquement, tout le monde est pour. Comment se  fait-il qu’il y ait  tant de convictions  dans un jugement aussi ferme ? Eh bien, pour revenir par ce détour récurent   de ma part  au sujet,  c’est parce qu’il y a ici une valeur  puissamment active : l’ouverture. Elle  détermine le jugement et ce, malgré une relative ignorance de nos contemporains en matière d’économie.

Il apparait donc qu’une « méditation philosophique » (le souhait souvent exprimé  par l’animateur)  engagée sur une affirmation assez énigmatique donne un résultat rationnel. Encore qu’ ici  l'interprétation trouvée relève davantage de la psychologie sociale que de la philosophie. Mais pourquoi pas? Moi-même on me reproche la socio,la psycho etc.     

Il  me semble tout de même que l’on pourrait s’intéresser à de la philo Précisément ic. Je pense ici à Kant.  C’est lui  qui est l’ inventeur des "jugements synthétiques a priori".  Pour faire court, je résumerais la pensée de l’auteur de la critique de la raison pure en disant  que ces jugements sont issus de « l’intuition pure » et l’intuition pure – accrochez-vous- ..accroît nos connaissances. 

Donc, si contrairement à la logique, ( c’est aussi la thèse de Kant)  le jugement synthétique à priori accroit la connaissance, le simple fait de juger a priori ( donc sans connaître )nous rend moins ignorant.

 

Les jugements synthétiques (trop long à expliquer, pardon) et surtout « a priori» portent essentiellement sur trois domaines : *les mathématiques * la métaphysique * la morale. Pour cette dernière Kant à  postulé  par ailleurs une loi morale Cela ressemble bien à notre sujet et à la conclusion évoquée plus haut. Une prescription morale, vécue et intériorisée, rejoint une valeur  produite par la société, le collectif. Ainsi, en jugeant sans connaitre, mon jugement est conforme à du non-moi et il importe peu que je sois non -sachant et donc ignorant pour juger

Enfin, le sujet dit « malgré l’ignorance ». L’ignorance est ici un concept.C'’est  le non- savoir, le non connu.Elle est pleine d’un vide dont le contenu est infini et dont nous ne connaissons pas,  par nature, l’étendue. C’est  l’exact miroir du savoir et de toute la connaissance depuis la nuit des temps plus ce que nous ne saurons  jamais.

Oui mais, le vécu du concept - le particulier  de l’universel comme dirait Gunter -, n’est pas clos! Socrate le dit depuis longtemps : si j’ignore mon ignorance, au moins je sais  une chose, que je ne sais rien !

Le sujet devient alors : sachant que je ne sais pas, je juge quand même parce qu’il le faut. Pourquoi ? A priori je sèche mais je propose quand même un  joker : parce que je suis juré aux assises, qu’il n’y pas de preuves contre l’accusé et qu’on me demande de juger selon mon intime conviction.

Ceci dit, il reste dans la formulation de sujet une question résiduelle : le « malgré » (notre ignorance) .Encore une fois  je n’étais  pas présent au débat et donc, à la première phase qui consiste souvent à décortiquer le sujet sous tous ses angles. Mais je subodore ici, une approximation syntaxique dans l’énoncé. Ou plutôt, je dirais, un « word dressing  » une manière de faire joli, de faire  « sujet de philo.»

C’est clair que le «il faut »  balance bien avec « malgré »  alors que si on disait, « parce qu’on est dans l’ignorance, il faut juger »on ne comprendrait pas le « il faut » (qui suppose la notion de devoir, de résistance, de freins ou de dépassement, de sacrifice etc)

Mais peut-être que je complique tout ; d’ailleurs, j’ai un flash : le sujet veut juste dire : quand on n’a pas ceci ou cela, on fait avec ! A moins que le sujet ne soit une provocation (cela arrive l’autodérision étant à la mode) Par exemple : puisque nous venons aux phares pour juger (dire ce qu’il en est ou ce que nous pensons de ce qui est), et alors que, comme Socrate, on ne sait rien, il nous faut juger quand même. car sinon pourquoi on viendrait ? Logique. Non ?

En tous cas, moi je trouve que le plus dur c’est de comprendre les sujets. Ou plutôt de comprendre en quoi cela pose une question. Je pense aux nouveaux. On leur explique bien  qu’aux phares, on fait  de la philo  avec des sujets qu’on invente et que c’est mieux qu’à l’université ou au bac.D’accord,  mais moi, je trouve que cela dépend des dimanches Chacun ses goûts !

 Bon je vous laisse, je commence à fatiguer et j’ai du lait sur le feu.

 Gérard

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Malgré notre' ignorance nous faut'- il juger ?, Gunter' Gorhan
Ecrit par ROCA. 07-08-2010
Malgré notre' ignorance nous faut'- il juger ?, Gunter' Gorhan',

ignorer', être sourd, ignorer, rester sourd, ou ne pas' entendre ...
ce qu'on ne peut comprendre', ou savoir, ou connaître',
et ce dont' on ne peut, par soi-même', être ... maître',
ou Vivre ... L'inculture', ou prendre' une ... posture', ou prendre ...
parti, croire', un droit, et un devoir, en' objectivité, hors conditionnement,
intime ... conviction ... entraîne ... jugement, ici et maintenant, et non prochainement',
et, peut'- être', Autrement, un' Autre ... temps Venant, d'instinct en' intuition,
réflexe' en réflexion,
d'ignorance', illusion, en mystique ... Vision, que L'on soit paysan,
paysan du Danube', ou qu'on soit suffisant,
suffisant ... " rubiscube ", doute ... questionnement, sur notre ... jugement,
travail sur soi, son jugement, remise' en question, constamment,
de toute ... sa naïveté fondamentale ...
" tendre ... Vers La Vérité ..." " philosophale " ...
" ... de toute ... son' Âme " ... de Platon, La trame', en sachant dire ... "oui",
en sachant dire ... "non", que notre ... "oui" soit "oui",
que notre ... "non" soit "non" ... et transparents,
Lucides, Limpides, ou d'ignorant,
ou savamment,
nos jugements ! ... Gilles Roca,

Cas-fée-Philo des Phares, 1er' Août' 2010', ces-jours de Thermidor,
ignorant ... juge ... phare', indice ... d'or ! G R

2. Malgré notre ignorance, il faut juger
Ecrit par Jules.LT. 08-08-2010
Ayant proposé ce sujet, je vais essayer de clarifier ce que j'entendais par là.

Notre ignorance est un fait auquel on n'échappe pas, mais on peut l'admettre pour se comporter de manière un peu plus éclairée.
Notre jugement est perpétuellement actif. Sommes-nous seulement capables de ne pas juger?
Nos jugements affectent même notre manière de percevoir. Nos jugements sont derrière chacune de nos décisions et actions. On peut décider de "ne pas juger" sur un cas précis, mais c'est là une position (et pas toujours facile à tenir) basée sur des jugements. "Nous sommes condamnés à être libres" disait Sartres.

Face à la recherche de consensualité et au relativisme moral, dans quelle position cela nous met-il?
Comment affirmer des valeurs sans connaître la solidité de ce qui les fonde?
etc.

3. juger qui et quoi?
Ecrit par Elke. 14-08-2010
Il me paraît bien plus difficile de traiter d’un sujet qu’il soit philosophique ou non sans l’induction par la parole. Les mots écrits déclenchent moins le processus de penser, je trouve. Mais ils étayent mieux la pensée. C’est assez intéressant d’observer cela. La participation au café philo est parfois violent, éprouvant émotionnellement, mais toujours fécondant. Participer à la communication écrite peut apaiser alors parce qu’elle permet d’ordonner le « brouillon ». Là, puisque je n’ai pas participé au débat, c’est une démarche plus intellectuelle, plus à distance. J’ai du mal à m’y plonger.
Malgré l’ignorance, il faut juger.
Il faut : on l’a dit, le jugement s’impose malgré soi au cerveau : sans jugement, pas d’action. De toutes les comportements possible, il y en a que très peu qui puissent se frayer un chemin, appuyé en cela par un calcul invraisemblable de données. En tant qu’adulte, je suis capable de soumettre mon action à l’évaluation en comparant l’intention espérée et l’effet obtenu de mon action. Je me rends ainsi compte de certaines erreurs de jugement. Quand je faisais, je jugeais de faire « bien », au moins aussi bien que possible.
Puis-je partir du postulat que l’autre aussi fait « de son mieux possible » ? Comme évoqué plus haut : les critères de jugement, les échelles de valeurs, les priorités établies diffèrent d’une situation à l’autre, d’un réseau d’appartenance, d’une personne à l’autre. Le « mieux possible » peut être l’enjeu de survie ou l’optimisation d’une jouissance. Cela donne une légitimité bien différente aux actes.
Là, ou ceci pose problème, c’est quand le jugement concerne non le comportement propre, mais le comportement d’autrui. Faut-il vraiment « juger » le comportement de l’autre ? Ou alors pire : la valeur de l’autre ? Pour moi, le jugement devient « problème » à ce moment-là. Je peux signaler à l’autre l’effet de son comportement, mais de là me comporter en « juge »... On a mandaté des professionnels dans notre société pour « juger » de l’acceptabilité d’un comportement donné dans une société donnée. Cela empêche parfois de se parler simplement. Le voisin du palier apprend par le flic du commissariat que sa musique gêne le voisin qu’il n’a jamais vu. Ce n’est pas forcément sain. Le voisin a peut-être vécu toute sa vie en pavillon. Il ne s’est peut être pas rendu compte de la faible isolation de l’immeuble.

4. On peut aussi, ne pas juger
Ecrit par Daniel Ramirez. 15-08-2010
Je crois qu’il n’est pas seulement possible de ne pas juger, mais il est parfois nécessaire de suspendre son jugement (il y a une nuance entre les deux expressions mais elle n’est pas décisive ici). Pourquoi ? Justement parce que nous sommes dans l’ignorance. Mais dans ce cas – Elke a tout à fait raison de dire que l’action présuppose un jugement –, il faut aussi suspendre l’action ? Oui, aussi ; c’est ce qu’on appelle « principe de précaution ». Bien qu’il y ait des abus, lorsque nous sommes dans l’ignorance des conséquences de certains actes, particulièrement décisifs (en non pas de tous, car il est impossible de prévoir les conséquences de tout), se forcer à juger, sans preuves, dans son « intime conviction » comme le rappelle Gérard, est souvent se condamner à l’erreur.
Est-il possible, maintenant, dans l’absolu, de ne pas juger, c'est-à-dire ne pas suspendre son jugement mais suspendre (voilà que la nuance) l’exercice de sa faculté de juger ? Je répondrais encore oui. Ce que nous appelons, dans certains contextes culturels, la « méditation », dans d’autres, la « contemplation », consiste, en grand partie, à cela. Arrêter, non pas de penser - c’est la pensée qui s’exerce à ne pas penser – mais de juger. Se mettre dans un état où la perception devient pure perception ou la pensée devient pure pensée, c'est-à-dire la fixation d’une seule idée, et cela par quelque technique que ce soit, (respiration, mantra, zhikr, tai-chi, sa-zen, etc.).
Pourquoi faire ? Peut-être, mais sans doute n’est pas là le but dans lequel ces technique ont été élaborées, pour mieux se remettre à juger lorsqu’on le fera. C’est-à-dire avec une sérénité et un détachement de l’énergie émotionnelle que certaines situations induisent (on dit bien que la peur est mauvaise conseillère ou que la colère rend aveugle). Une mise entre parenthèse de notre activité de juger peut être salutaire, sinon salvatrice…
Je sais bien que ces expériences ne sont pas à la portée de tous mais c’est sans doute en grand partie parce qu’elles n’intéressent pas tout le monde. Car la mondialisation, qui n’a pas commencé hier, a du bon : un grand nombre d’expériences de vie sont disponibles pour tout citoyen moyennement cultivé mais surtout ouvert d’esprit. Cela nous permet de sortit parfois de nos références trop occidentales, même euro-centrées, évoquées assez logiquement ici : Socrate, Kant, etc.
In fine, l’état d’ignorance devrait, si nous sommes capables de nous arrêter parfois, nous conduire plutôt au désir de connaissance (pour suppléer à l’ignorance) qu’à l’urgence de juger, bien que juger dans l’urgence soit parfois nécessaire.
Certaines lois, par exemple, votées dans une urgence, souvent inventée de toutes pièces, sont un exemple de la dangerosité de notre trop facile acceptation de l’hypothèse selon laquelle « malgré l’ignorance, il faudrait juger ».

5. faculté de juger
Ecrit par Jules.LT. 02-09-2010
Merci Daniel. Je n'ai pas su le formuler ainsi sur le moment, mais j'entendais effectivement le mot juger comme exercice de notre faculté de juger. C'est ce jugement-là qu'il est quasi-impossible de suspendre.
La méditation est bien une possibilité, mais c'est un moment de soustraction du monde et il faut bien ensuite reprendre la vie.
Mon propos était moins prescriptif que factuel: malgré notre ignorance, nous jugeons. Nous ne pouvons pas vraiment y échapper. Il faut donc prendre conscience de notre ignorance pour rendre notre jugement plus juste. Chercher à combler les manques les plus importants et savoir donner leur juste valeur à nos jugements en fonction de la fragilité de ce qui les fonde.

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