Apprendre à vivre
Écrit par Carlos Gravito   
03-12-2006

Le premier entretien philosophique de décembre, conduit, le dimanche 3, par Gunter Gorhan au café des Phares, était : "Apprendre à vivre, ça veut dire quoi, au juste ?"

La chute d'Icare par Carlo SaraceniJe ne pourrai pas reproduire tout le débat, dissipé que j'étais par la présence, au service dans la salle, de Nadia avec son aigle sur le dos, tel une fleur du mal, sur les ailes duquel je me suis vu "à prendre" la vie comme elle vient et à monter vers la plus sublime des incandescences sans me biler des petits meurtres entre amis, d'en bas. Toutefois, il pleuvait dehors et c'est en raison de la chaleur du percolateur que, comme Icare, je me suis trouvé étalé cette fois au milieu de l'aréopage philosophique où Gunter demandait à Linda, à la suite de son intervention :

- De qui as-tu appris ça ?
- De personne, fut sa réponse, mais l'animateur insista :
- Pourquoi viens-tu ici, alors ?
- Pour te voir, fit Linda sans se démonter.

Cela fit beaucoup rire.

Il était déjà 11h45 et on se complaisait toujours donc dans la séduction : je pensai d'ailleurs que c'est justement l'appréciation de Pâris sur la beauté d'Hélène qui provoqua la guerre de Troie. Mauvais augure !

J'étais largué mais, voulant tout de même réagir à l'expression en exergue, je constatai sur le coup, ne pas me souvenir d'avoir entendu quelqu'un supplier: "Maître, apprend-moi à vivre" mais plutôt : "Maître, apprend-moi la vérité". D'autre part, j'ai plus souvent entendu dire à de vieilles barbes : "Je vais t'apprendre à vivre, vieux garnement" que de les voir oser proclamer: "Je vais t'apprendre la vérité", alors qu'il y a toujours des pontifes imbus d'une autorité usurpée qui les amène à prétendre en savoir plus que les autres dans le domaine de la conduite des existences.

Qui sait ? A la question, Popper répond que "l'on ne sait rien, on devine", et c'est à tâtons que l'on mène la vie. Vivre, c'est ce que chacun fait à sa façon et cette élasticité du présent, plus fabriqué que vécu, définit notre forme de pensée et la morale alors dégagée nous adapte à la réalité, fut-elle la plus odieuse. Si nous étions libres nous n'aurions plus besoin d'être et ce que l'on appelle liberté ne nous rend pas meilleurs ; elle n'est qu'un laisser passer pour tous nos comportements, jusqu'aux plus funestes.

Entre le charbon et le diamant, lequel choisir si tous les deux sont du carbone ? Notre apprentissage se fait par l'effet d'une série d'essais et d'erreurs et j'ai intérêt à en accumuler beaucoup pour progresser davantage ; d'un autre côté, ma conscience me dit de ne pas en faire, mais alors je n'avance pas. Bref, pour vivre, il est égal de se fourvoyer dans l'erreur et on ne sait pas ce que serait un monde sans elle parce que notre raison ne connaît pas la totalité.

Les valeurs universelles, dont chaque humanisme se réclame, sont le meilleur gage de soumission, dès qu'elles sont conformes à la raison, paradigme de ce qu'il faut être et étal de ce qu'il est permis d'avoir. D'être social par idiosyncrasie, l'homme glisse vers l'être gouverné par détermination.

Conclusion, nous n'avons pas la capacité de régler notre vie à l'aune de nos valeurs chimériques et menons notre existence jusqu'à la mort avec la même simplette conformité que celle de la colle qui colle et de la gomme qui gomme.

 

Écouter le débat : c'est ici.

Sujet connexe : Qu'est-ce qu'une vie bien remplie ?

 

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