Faut-il ?

débat du 26 septembre 2010 animé par Sylvie Pétin

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Cette fois, nous avons battu le record du sujet le plus court : « Faut-il ? ». Personne n’a cité son plus proche concurrent : « Doit-on ? », sans doute trop incarné, trop rond, tandis que le « il » impersonnel et sa voyelle aiguë créaient une sorte de vide, d’où l’évocation d’une transcendance au cours du débat.
L’auteure du sujet a expliqué que l’emploi récurrent de cette tournure dans les intitulés provoquait en elle un blocage, voire un malaise. Ses questions : D’où parle-t-on ? Qui parle (à travers moi) ?

Nous nous sommes attardés sur le caractère prétendu « très français » de cette tournure, mais c’était supposer bien hâtivement qu’elle n’a pas d’équivalent dans les autres langues et entraîner la nôtre, avec ceux qui l’utilisent, sur le terrain toujours glissant des stéréotypes. Le français, langue (et culture) de l’autorité, du pouvoir ? Grâce aux nuances subtiles de ses verbes modaux, le contre-exemple de l’anglais a pu apporter de l’eau à ce moulin : « must » exprime une obligation que l’on s’impose à soi-même, « have to » une obligation imposée de l’extérieur (« should » et « may » n’exprimant aucune obligation). Mais un simple examen de la réalité montrerait rapidement, je crois, les limites de ces spéculations. « It's a must », expression employée aux Etats-Unis, peut être très brutale. « Faut-il ? », une tournure française ? On a déjà eu « Mitterrand, une jeunesse française », décidément cette idée ne me plaît pas beaucoup.

Mais d’où vient donc ce « faut-il » ? De la religion, de la philosophie, de la politique, de l’individualisme ?... On a cherché l’étymologie du verbe, qui pour cette fois a été stimulante. « Faut » appartient à deux verbes, « faillir » et « falloir » qui signifiait en français médiéval manquer, faire défaut, ce qui a inspiré cette belle idée : « entre faillir et falloir, il y a l’espace du courage ».

La forme interrogative du sujet ne devait pas être oubliée ; elle prouve que nous sommes en démocratie car la liberté de l’autre est reconnue. Elle crée l’espace du politique en signifiant que je ne suis pas seul ; si je l’étais, je dirais : « Est-ce que je dois ?... » Curieusement, alors qu’elle n’implique littéralement rien de tel, « faut-il... ? » peut être interprétée comme une fausse question qui contient sa réponse négative, une injonction implicite à « penser par soi-même », à mettre en suspens la légitimité de l’autorité. Espace d’énonciation de la parole, du sujet, de la politique, de la démocratie.
Toutefois la question fondamentale, a-t-on affirmé, de cette dernière est « Faut-il penser ? », à laquelle Kant a déjà répondu : il faut « oser penser » pour être humain. Fidèle à elle-même, Sylvie a rappelé que, d’après Paul Ricoeur, une démocratie n’est possible que si tout le monde peut se dire « je suis capable de », ce qui implique l’estime de soi, l’estime de l’autre et d’être encadré par des institutions justes prenant en considération soi-même et l’autre.

Néanmoins cette forme interrogative, loin d’être transparente, a suscité des interrogations allant jusqu’au soupçon de manipulation. L’espace de liberté qu’elle semble ménager ne serait-il pas une supercherie pour faire accepter des injonctions, des obligations, des actes d’autorité à la légitimité douteuse ? Quel est donc mon rapport avec l’autorité, et avec moi-même ? En tant que femme, suis-je toujours assignée à la position de devoir répondre à l’attente de l’autre ? La neutralité grammaticale du « il » serait un leurre. (En français le genre neutre, très discret, existe mais il emprunte les formes du genre masculin : « il » impersonnel, « le » en pronom complément).
Malgré tout, il existe des formules beaucoup plus perverses pour enfermer l’autre dans une réponse programmée : « Ne faudrait-il pas... ? », « Ne croyez-vous pas que... ? » par exemple. Et le « je » qui « avance masqué » sur lequel pèse la suspicion a ses lettres de noblesse. Descartes, dont la devise était « Larvata prodeo », ne procédait pas autrement. « Au moment de monter sur ce théâtre du monde [...], j'avance masqué » (préambule des Cogitationes Privatae, 1619) pour déjouer la censure. Les contre-pouvoirs jouent aussi de la manipulation, qui est alors jugée légitime.

A contrecourant du cynisme ambiant qui plombe les rapports dans la « société », s’adresser à l’autre n’est pas nécessairement manipulateur ! Le « il » est teinté d’un « nous », la question ouvre bien au débat où chacun a droit de cité.
Ce « il » presque immatériel a pu être situé dans une dimension spirituelle. Qui fait la loi représente, au-delà du « je », du « tu » et du « nous », une transcendance, qu’on l’appelle « Dieu » ou autrement.
Plus philosophiquement laïque, « Faut-il ? » est « au coeur de ma délibération de sujet », c’est « un enjeu qui traverse toute la philosophie ». Je passe du faillir au falloir quand je choisis, je décide, j’agis. Le débat entre contingence et nécessité est sans fin et stérile, la nécessité est dans le réel.

Suivant l’idée qu’on se fait de la philosophie, on pouvait rester dans la grande généralité ou prendre en compte les différentes applications de la question. Le débat s’est inscrit dans la grande généralité, ce qui peut être vu comme un gage de qualité philosophique ou bien comme un appauvrissement. La question de la norme a été évoquée mais nous n’avons pas eu le temps de la traiter.

Pour finir, ne serions-nous pas (attention : fausse question…) davantage en manque de « il faut » que de « faut-il » ? « Il faut », de toute évidence, n’est pas une posture philosophique. Mais pour créer un mouvement (Gandhi) ou le porter (Martin Luther King, « I have a dream »), on ne s’arrête pas aux interrogations. Sans doute la question précède l’action, mais elle ne la remplace pas. Pour ce qui nous concerne, de quoi est né le café philo des Phares : d’un « faut-il » ou d’un « il faut » (s’engager dans l’aventure) ? Aujourd’hui il manque cruellement, pour le faire vivre avec son site, de volontaires qui cesseraient de venir en simples consommateurs et se diraient « I must do it ».

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. We can do it!
Ecrit par Elke. 05-10-2010
Beau texte que je décourvre lors de mon rituel inaugural du matin (consulter les messages.... )Effectivement: la pensée sans action n'a pas de sens.Mais vouloir faire bouger quelqu'un qui n'en a pas envie, c'est aussi peine perdu. Une blague juive raconte ainsi l'histoire d'une femme enceinte qui attendait désespérément son accouchement. Au bout de quelques mois de retard, le médecin introduit un de ses sondes qui permettent de filmer ce qui ce passe à l'intérieur, et il découvre que la femme portait deux bébés qui se disent: "Je vous en prie, après vous...."; "Mais non, après vous, voyons...." Une autre façon de considérer la passivité, c'est cette article qui est un peu difficile à lire, mais il m'a fait reconsidérer la notion action/inaction. Dans le jeux des forces en présence, le calcul n'est pas toujours facile à faire.
http://www2.cndp.fr/themadoc/mouvbrown/mouvbrown.htm

2. Faut'- il ? ... Sylvie Pétin
Ecrit par ROCA. 05-10-2010
Faut'- il ? ... Sylvie Pétin,

Faut'- il ... Falloir ? Faut'- il ... Faillir ? Faut'- il ... devoir ? Faut'- il ... nous dire ?,
conditionnel, impératif ... points de suspension ... sus'...pensifs ...
Fautifs ?, ... de manquer, Faire' défaut ? Faux ...tifs,
ou Vrais cheveux, coupés' en quatre ... pour penser, pour ...parler, pour Agir, non' Agir,
s' Abstenir ?, de peu, de beaucoup, il s'en Faut ... moi, je ... m' en ...joue, Faut'- il ?,
Un ...Faux, intox' ?, Vrai paradoxe ?, derrière' ce "il",
et, devant "nous", et, devons-"nous" devancer "il" ?, mettre' en' Avant Le "nous" ?,
demandons ... donc - Le "nous" !,
Faut'- il ... tuer Le "Faut" ?, Le Faucher ... dit La Faux ?, ce " paravent du Je " ...
qui cache ... notre ... Jeu ...
Le dire, c'est bien ... Le Faire, c'est mieux ...
Fatal, moyen ... Le choix, c'est mieux ...
Faut'- il ... La finitude ?, Fatalité,
La mort, ... Le choix, Finalité,
Élan, Envol, Essor ... La Vitale'- Attitude', et contingente ... Liberté,
La Vie, nécessité ...
c'est notre ... Volonté,
notre ... capacité,
" Prendre ... Le risque ... d'être [ humain ] ",
Ricœur, " L'homme' est' un risque' À ... courir ", ...
Le crocodile, Kofi Yamgnane', ... et La femme', À Le rattraper', À Le dépasser', ...
en', humain, chemin,
" Ose ... penser ! ", ...
Kant', ... Le dire,
Le Faire ... L'Être',
ose' Être ... Naître !, Gilles Roca,

Cas-fée-Philo des Phares, 26 septembre 2010', ces-jours de Vendémiaire, Faut'- il Les Phares ?, est-ce' un' indice ... de Lumière ?, G R

3. Faut-il un "il faut"?
Ecrit par Daniel Ramirez. 06-10-2010
Je ne peux qu'être en résonance avec la dernière phrase du compte-rendu d'Alain. Au risque de me répéter (mais d'autres font ça sans aucun souci), la passivité et l'attitude consumériste est devenue une véritable plaie doublée d'une tache aveugle, puisqu'on ne la voit pas, on passe son temps à critiquer... la passivité et le consumérisme! A partir de là tout une rhétorique de l'engagement, de l'action, pire, de l'éthique à n'en plus finir: ouverture à l'autre, souci de la vie bonne, les institutions justes, la démocratie, etc, etc...
Et moi dans tout ça, qu'est-ce que j'apporte ? Bof, on verra... Pour l'instant, on cause.
Alors, « faut-il »? On dirait que non, n'est-ce pas ? Il ne « faut » rien. Tout va bien. Quand rien ne "faut", dans le sens de faillir, de manquer, lorsque rien ne manque à l'être, c'est bien normal de ne rien faire.
Nous avons atteint un dégrée de sagesse dans l'acceptation métaphysique de l'être remarquable, même Parménide aurait été étonné, ne parlons pas de Sénèque ou Spinoza... nous sommes tous stoïciens! Qui l'aurait dit ?
Une remarque méthodologique par rapport au débat:
Par expérience, il y a souvent deux tentations (au-delà de la question de la généralité o la particularité dont parle Alain): l'une c'est de croire que l'étymologie ou l'analyse des mots pourra nous donner la réponse... cela est une aide (à condition de la faire sérieusement), une source de renseignements intéressants, mais rarement une destination. Il faut distinguer le questionnement philosophique de l'enquête linguistique et ne pas prendre celle-ci pour celle-là.
La deuxième tentation est la fuite. Je m'explique. Il y a un goût des café-philistes pour raccourcir certaines expressions interrogatives, qui, dépouillées ainsi de complément d'objet, donnent une impression énigmatique (ça fait philo). Un exemple, le sujet « A quoi bon? » ou « Qu'en est-il? ». Ce dernier (« Faut-il? ») à atteint les sommets dans cet exercice. (Mais on peut faire mieux. Je vous propose : "Qu'est-ce?", ou encore: "Quoi?", et après, comme Malevitch qui s'arrêta de peindre, on ferme le café-philo).
Soit; mais alors il faut s'en tenir. La tentation de la fuite -après avoir fait le malin– est celle de revenir en arrière et ajouter des compléments à la question dont on s'est amusé à lui en enlever. Exemple ici, transformer la question « Faut-il? » en « Faut-il penser? » ou encore mieux « Faut-il penser par soi-même? ». Horreur du vide? Facilité?
Une dernière question: en anglais on distingue aussi "ought" (« devrait » ou même « faudrait ») de "is" (c'est); ce sont les termes dont Hume se sert pour énoncer sa fameuse guillotine: il ne faut pas conclure à quelque chose comportant l'expression « devrait » (ce qui devrait être: ce « qu'il faut ») si on ne trouve pas déjà cette expression dans les prémices. La tradition a retenu la version de Weber : il ne faut pas mélanger des raisonnements de faits à des raisonnements de valeurs; ce qui est bien différent.
Pour revenir au sujet, s’en tenir à la question « Faut-il? » impliquerait être capable de la formuler répondre à un niveau métaphysique, à savoir, s’enquérir de s'il ne manque pas essentiellement quelque chose au monde... Autrement dit: Y a-t-il un "ought" qu'il nous « faudrait » ajouter au "is", à ce qui est du monde, et cela dans sa totalité d'être ? Soit en le transformant, soit en nous changeant nous-mêmes (voir sujet du 07/09/10), soit par la création ou tout cela ensemble. Que ce soit par la pensée, l'action, le langage ou les valeurs, est secondaire.
Une seule chose est sûre. La passivité prouve qu'on a déjà répondue à cette question métaphysique informulée. La réponse : non, il ne manque rien, c'et pourquoi il est équivalent de ne « s'attendre à » rien que de continuer à attendre sempiternellement (voir sujet du 29/09), quitte à convertir le café-philo en salle d'attente comme il a été dit, un lieu où nous nous nous demandons s'il ne faut pas un « il faut » pour répondre au « faut-il? » comme le suggère judicieusement Alain. Le cercle est parfait; mais le carré reste carré.

4. les questions, cela sert à quoi ?
Ecrit par gtissier. 07-10-2010
Je partage en grande part le commentaire de Daniel.et je me désole que l’on puisse distinguer un « il faut » d’un « faut-il », l’un participant de la philo et l’autre, pas.On sait depuis Weber et d’autres avant )qu’il faut bien
distinguer les jugements de valeurs des jugements de fait. Alors so what ? La philo ne poserait pas la question morale sous des questions objectivées ? Tout
serait dans le « faut- il ? » Y a-t-il une différence de valeurs entre faut- il et faut- il faire son devoir ?Qui ne voit ici que le devoir est dans le il faut ? ( hors d’une nécessité causale)
L’auteure du sujet a expliqué que l’emploi récurrent de cette tournure dans les intitulés provoquait en elle un blocage, voire un malaise. Ses questions : d’où parle-t-on ? Qui parle (à travers moi) ? Voilà un magnifique exemple de l’individualisme triomphant qui sévit dans les esprits jusqu’aux phares,où l’on pourrait au moins se poser une fois la question du « d’où viennent les sujets proposés ? »
Par ce sujet,nous sommes une fois de plus devant cette dérive qui consiste à mettre sur la table ce qui découle de la perte du lien et du sens propre à notre société. Non pas pour mieux comprendre comment le monde bouge et nous transforme (pour se se forger une autonomie éclairée), mais pour faire lien, le temps d’un café philo, autour de ce qui délie ! La philo devient celle de l’individu dans une société d’individus se posant la question en tant qu’individu. Anima triste mea !

Je lis dans le compte- rendu : « la forme interrogative du sujet ne devait pas être oubliée ; elle prouve que nous sommes en démocratie car la liberté de l’autre est reconnue » Alors, la démocratie ce serait moi et l’autre, chacun étant libre par lui même de voir le « il faut » à sa porte. Les droits et les devoirs, cela parle encore ? Claude Lefort vient de mourir. Lui qui voyait la démocratie comme lieu vide du pouvoir ne verra pas jusqu’où la profondeur de cette vacuité nous conduira car on a jamais vu de sociétés survivent à leur civilisation ( construite autour de valeurs et non pas seulement de.. reconnaissance !).

Alors, bien sûr qu’à la question « faut-il » répond le « que dois-je ? » Et la question « que dois- je faire qui en découle ( pour faire sens ) est la question « morale » par excellence.( pardon du gros mot)

Depuis que Dieu est mort, elle est devenue la plus personnelle qui soit, celle qui renvoie au sens de ce que nous faisons, à notre vie en tant qu’œuvre de singularité. Compte Sponville, dans son excellent « le capitalisme est –il moral » nous dit « Si Dieu n’existe pas, il n’est plus question d’abandonner ni d’attendre quoi que ce soit :il devient urgent de nous interroger sur ce que nous nous permettons ou pas. » Et oui, la question du faut- il ( le devoir) devient celle des limites dans la société de individus.
J’ajoute que sa dimension morale reste celle du désintéressement et non celle celle de l’ego se posant des question s d'égo.Il s’agit pour l'Homme porteur de sens ( sa spiritualité) de sortir de l’enfance et en un mot, du :la liberté c’est ce qui ne m’empêche pas.
Si le politique est vide depuis Claude Lefort,l’individu, lui l’est depuis Platon. Compte Sponville, je reviens à lui, termine son ouvrage par cette phrase : « que l’histoire ou l’économie ne soient pas morales, en quoi cela nous dispense-t-il, nous, d’essayer de l’être ?En voici là une vraie question ! Mais faut-il nous la poser le dimanche matin ? Tout est là.




5. ...pourquoi faut-il fauté ?
Ecrit par Georges. 08-10-2010
L'homme, il faut qu'il faute pour se demander par la suite...pourquoi faut-il fauté ?!...cela veut dire que le carré a pris en otage le cercle, de là l'ex-pression la quadrature du cercle.

par Georges de Bruxelles / Geo Brux Belg

6. passivité et consumérisme
Ecrit par Elke. 09-10-2010
J’entends dans les derniers commentaires quelque chose de l’ordre du refus de « faut-il » au bénéfice du « il faut ». Une certaine impatience de voir le monde tel qu’il est actuellement et non comme on voudrait qu’il soit. De ne pas entendre ce qu’on aimerait entendre. Passivité/activité, individu/collectif : ce sont des concepts qui prennent sens dans la circularité. Le son émerge du silence, la forme du fond… Dimanche n’est pas un jour d’action, et c’est justement dans la suspension de l’action que peut émerger la pensée qui fait agir les jours de la semaine. La passivité peut prendre de formes multiples, l’hyperactivisme en est une. Agir pour ne pas sentir, pour ne pas avoir peur de la faille. Comme la souris (ou était-ce une grenouille ?) dans son pot de lait pour laquelle le miracle a eu lieu : l’agitation a transformé le lait en beurre. Pour moi, la question « faut-il » reste essentiel pour garantir une démocratie possible qui n’est jamais acquise puisqu’elle émerge du débat jamais clos. « Il faut » sans « faut-il » enferme. Pour rendre justement possible, cher Gérard, la négociation toujours à renouveler des droits et des devoirs des uns envers les autres. La mise en question du « droit » à la retraite est un exemple parlant. La génération Mai 68 défend son « droit » à la retraite. qui va de pair avec le « devoir » des jeunes envers leurs aînés… Le papy boom est la génération par excellence qui a mis au banc les aînées, les has been, et qui va maintenant revendiquer le devoir des jeunes de nourrir les vieux pendant 40 ans…
Je lis dans le faisceau d’argumentation de Daniel : « La passivité prouve qu'on a déjà répondue à cette question métaphysique informulée. La réponse : non, il ne manque rien… » Pour moi, la passivité ne « prouve » rien mais constitue un état plus qu’une preuve, un état d’incapacité (momentané ou non) d’agir. Pour pouvoir agir, il y a besoin d’un certain contexte : avoir accumulé assez d’énergie, et trouver un vis-à-vis pour agir. Quelqu’un ou quelque chose en face qui prend, qui répond, qui réagit, qui reçoit, qui renvoie. Un ne transforme jamais rien sans l’appui du dehors. Réagir au discours de celui qui est là le dimanche, à l’état qu’il occupe, c’est peut-être une façon d’alimenter sa capacité d’agir en semaine, qui sait ? L’émergence des prises de parole dans le mouvement philo le montre bien : pour certains, la prise de parole en public est impossible. Ils viennent pour écouter. D’autres parlent pour parler, pour avoir l’expérience peut être d’être écouté, qui sait, au moins une fois par semaine. Mais sont-ils écoutés pour autant ? D’autre, dans une posture peut être plus militant, viennent avec un désir d’influencer le monde… Tous, avec des motivations aussi divergentes, viennent et peuvent se parfaire dans l’art d’écouter l’autre qui impose une certaine décentration de soi, et c’est à cet entraînement auquel convie la philosophie, je pense. La passivité ambiante de notre société vient du fait que nous manquons d’expériences concrètes d’une prise en compte de notre parole, de notre participation active au processus communicationnel dans le sens de l’agir communicationnel d’Habermas. Attention : ne confondons pas réponse et solution ! Répondre, c’est réagir à, formuler un « feed back ». Or, combien de discours disparaissent puisque personne ne les relève, même le dimanche ? Certains discours sont si morne, si « ennuyeux », mais ce sont peut-être justement ces locuteurs-là qui auraient besoin d’être « relevé ». Le courage de l’animateur peut alors consister à « couper » le discours atone et de tenter de provoquer, convoquer une parole plus vivant qui se cacherait derrière. Mais comment c’est délicat : couper sans blesser, tout en ayant le courage de heurter, bousculer. Parfois, l’animateur coupe ce qu’il ne peut entendre, et il coupe ainsi parfois dans la chair vive. Là aussi, il est un « faut-il » est plus fécond qu’un « il faut ».

7. faire la morale
Ecrit par Alain. 12-10-2010
Ma remarque finale était un appel pour dire qu’une vie associative est à la fois basée sur le volontariat et sur l’existence de volontaires pour la faire exister. A défaut, elle risque tôt ou tard de s'épuiser et de disparaître, et je me demande souvent si elle a un sens, une raison d’être, si elle ne fait pas illusion quand elle tient par des bouts de ficelles, quand il n'y a pas le contexte d’une implication collective.
Cela dit je pense que ce n’est pas le rôle du philosophe de donner des leçons de morale aux gens (a-t-on besoin de lui pour cela ?) ; hélas, c’est celui qu’on fait jouer trop souvent à la philosophie, la tirant ainsi du côté de la religion, dont on n’a pas besoin pour avoir une morale ! Kant, sauf erreur, a défini les conditions d’une morale sans en prescrire aucune, à tel point que la morale qu’on se prescrit ainsi à soi-même peut ne pas correspondre à celle de la société. Voilà une vraie position philosophique, appartenant à un ensemble (une loi ne vaut que si elle est universalisable) qui paraît irrécupérable par un individualisme primaire ou une idéologie réactionnaire.
La passivité et le consumérisme sont-ils d’ailleurs à traiter de ce point de vue, comme s’ils correspondaient à un défaut de sens moral ? C’est faire peser sur l’individu la responsabilité de tout ce qui le dépasse dans la situation, personnelle et collective, où il se trouve. Je devrais entrer dans d’autres considérations, mais cela devient trop long.

8. Faut-il le dire ,ou pas?
Ecrit par Gérard Tissier. 13-10-2010
A la question faut-il que je mange, la réponse est: oui, il faut que je mange ( sinon ..) A la question faut-il que je
veille sur des enfants si on me les confie ? La réponse est " oui, je dois" ( les deux ordres du jugements qui précède l'action).Et à la question "que dois- je faire ? la réponse vient de la loi morale qui est en en nous ( d'où l'impression que la morale ne sont pas des règles imposées mais vient telle que nous la vivons , ou croyons la vivre, de l'intérieur.(cf Kant)
A mopn humble avis ces considerations sur la passivité n'ont pas de sens au regard du « faut -il » car on ne répond pas : » non il faut que je ne fasse rien. » On ne réagit pas à la question posée.L’inaction n’a jamais été une parole dont l’être puiise surgir en tant qu’il fonde l’acte moral dans son désinteressement..

Dans un café-philo, il me semble que la passivité est chez ceux qui ne répondent pas à la question de peur de parler de morale precisément puisque c’est LA question ( faut il /je dois)Soit parce que cela ne parle plus en eux soit parce qu'ils restreignent la vie à la dimension du faire ou du ne pas faire ( le just do it pragmatique et libéral ).
Je me réserve le droit d’etre authentique et de dire qu'il est dommage que le mot « devoir » n'ait pas été exploré dans ce débat, Preuve s’il en est que nous sommes sortis de la période du politique et de celle de la morale pour entrer dans celle du non sens. A quoi bon agir puisque « le faut-il est devenu abscons,décalé et qu’il ne convoque à rien. L’ère du vide a -t-on écrit depuis bientôt longtemps.Nous y sommes et nous ne le voyons plus.

Et puis il y a ceux qui se taisent prudemment car il y a toujours un enfonceur de portes ouvertes qui confond morale et injonction et qui dit du haut de son ego " qui es- tu toi qui me dit "il faut".Statistiquement cela se conçoit mais le pire est que les mêmes savent faire la différence - pour les autres- entre la philosophie, la religion et des analyses qu'ils sont seuls à partager tant la confusion qui les traverse prend l'allure d'une tâche aveugle irrémédiablement close à la sensibilité des autres

Mais comme dit le poète,

9. Mektoub
Ecrit par Daniel Ramirez. 15-10-2010
Un exemple de passivité, Gérard: on propose aux gens de participer au choix du sujet, autrement d'être un peu plus actifs dans son investissement pour le café-philo, de le construire tan soit peu en amont.
Et rien (ou presque). On se contente de continuer comme avant. On vient, comme ça, on verra... Changer? Ah non!
Pourquoi? Parce que rien de plus n'est perçu comme manquant, il ne "faut" rien, il suffit avec ce qu'on a. C'et pour ça que je suggère qu'il s'agit là d'une profession de fois stoïcienne, non avouée, peut-être même non consciente, une sorte de fatalisme métaphysique non formulé. Mektoub, je crois que l'on dit, non?

10. générosité
Ecrit par Alain. 15-10-2010
Je n'ai pas l'impression de faire de la philosophie en disant cela, mais je crois à un extraordinaire manque de générosité, tout simplement. Un individualisme de consommateur, et ce sentiment de ne pas avoir besoin de l'autre, ce qui est une grave illusion... mais nous avons la sécu pour (presque) tous.
Je ne veux pas me lancer là-dedans, mais historiquement il y a dans la "société civile" française une terrible et dangereuse faiblesse, qui se traduit aussi par une absence de civisme qui pourrit la vie au quotidien. Une démocratie adulte n'est pas possible dans ces conditions, ce qui ne va pas sans une culture d'affrontement et de conflit, l'incapacité de concevoir intelligemment des réformes.
Mais encore une fois tout cela s'analyse par l'Histoire, et faire la morale ce n'est pas de la philo.

11. faut il ? peut on échapper au devoir?
Ecrit par Alex. 17-10-2010
n'y a t il pas une autre facon de faire les choses que de les faires par devoir?
la question faut il manger n'a pas de sens pour celui qui a faim,elle est déplacée, il ira manger s'il le peut non pas parcequ'il le faut mais parcequ'il en a envie ; poue ce qui de manger on peut donc substituer le devoir à l'envie
qu"en est il de l'amour? faut il aimer ses enfants, sa femme?
peut on seulement aimer par devoir?je ne crois pas que le véritable amour puisse trouver sa dans une aliénation, dans une obligation; ; l'amour est un don gratuit qui ne se commande pas. un commandement d'amour a quelque chose d'absurde; la encore la question n'a pas de sens ; la question ,ne se pose pas, ou si elle se pose c'est qu'il y a un problème.j'aime mes enfants naturelleme,t sans m'en sentir obligé; la question faut il est absurde; pou aimer vraiment pour désirer et faire le bonheur de l'autre j'ai besoin d'être libre.
a la question faut il ? ma réponse est NON
et OUI malgré moi à la question faut il payer ses impots !

12. Aimer
Ecrit par Elke. 17-10-2010
Aimer, c'est plus une posture qu'une action et je suis d'accord: l'amour ne peut se prescrire. Mais en tant que posture, elle subit l'influence de notre volonté. Je peux aborder une posture de bienveillance et d'ouverture face à l'autre si je le veux. Mais aimer, ce n'est jamais si automatique qu'on veut bien le croire: quelle mère (porteuse pourtant du paradigme mythique de l'amour désinteressée) n'a jamais hai ses enfants?

13. Changement de règles
Ecrit par Elke. 18-10-2010
J'aurais aimé pouvoir assister dimanche au premier débat nouvellement organisé aux règles "brutalement" changé. Encore une preuve de notre égoïsme, de notre passivité que de ne pas avoir répondu à l'appel du changement au quart de tours? Ce changement de règles n'est pas anodin, surout dans un contexte de "querelle des chefs" que j'ai pu observer, qui n'ont vivsiblement plus les mêmes attentes en venant animer le groupe.Je ne connais pas les motivations qui ont abouti à ce changement. Mais parfois, j'ai l'impression qu'on procède à une nouvelle législation pour courcircuiter le conflit latent qui travaille les fondations "institutionnelles". Proposer un sujet d'avance, le travailler? Faut-il imposer un sujet pour gagner du temps? La question aurait mérité un débat public. Le groupe a une vie, il vit de la possibilité que chacun puisse s'exprimer, et j'ai toujours aimé de pouvoir trouver dans la liste des sujets proposés un fil conducteur qui montre bien que nous vivons tous dans la même société, que nous sommes tous travaillé par les mêmes contraintes.A proposer un sujet d'avance, d'en faire un travail quasi scolaire: c'était une attente non adaptée au contexte du café philo qui est un contexte dominicale, ne l'oublions pas. J'ai hâte de trouver les commentaires concernant cet évènement.

14. Nouveaux horaires, non pas nouvelles règles.
Ecrit par Daniel Ramirez. 18-10-2010
Fausses pistes, Elke. Mais vous avez raison de dire qu'il aurait fallu réagir. Rien n'est plus navrant que l'acceptation toute soumisse des directives non expliquées (nous l'avons pourtant expliqué de vive voix au café-philo).
Mais le changement d'horaire nous a été imposé par la nouvelle direction de l'établissement, qui est, comme tout bistrot, un commerce... pour des exigences de rentabilité (nécessité d'organiser le déjeuner).
Deuxième fausse piste, la question du sujet, qu'il faut délier totalement de la question de l'horaire, ne constitue en rien une nouvelle règle; c'était une exception, "pour gagner du temps", justement: je craignait des nombreux retardataires non informés...
Pour info :
Dans une très grande majorité cafés-philo de France et bien au delà de la Navarre, le sujet est toujours rigoureusement annoncé d'avance. Au Phares, ce n'est pas la norme. Par tradition, nous le laissons à l'imprévu, comme Marc Sautet le voulait. Mais rien ne nous empêche de varier, de proposer, d'expérimenter. Souvent, des invités préfèrent un sujet d'avance. Nous avons fait parfois des "disputations" (un dispositif de débat de positions oui et non avec une partie de la salle qui s'oppose à une autre), sujet annoncé, évidemment... Dans le café-philo du Forum-104, nous votons le sujet (non annoncé); nous avons fait des débats à partir d'un texte, à partir d'une image, sans parler du ciné-philo...
Bref, la question de la procédure selon laquelle on choisit le sujet n'est pas pour nous un problème. Le problème est, justement, le choix du BON sujet. Et vous n'avez peut-être pas repéré la nuance (importante) entre un thème générale et un sujet de débat (formulé avec précision).
Au cas où vous penseriez que j'aurait voulu ma rassure en connaissant le sujet par avance pour "le travailler", bien que cela puisse être vrai pour certains, c'est vraiment ne pas me connaître. Ce qui, en revanche, est bien normal.
Amicalement
Daniel

15. Le bon sujet?
Ecrit par Elke. 18-10-2010
J'avais réagi à votre intervention un peu plus haut: "Un exemple de passivité, Gérard: on propose aux gens de participer au choix du sujet, autrement d'être un peu plus actifs dans son investissement pour le café-philo, de le construire tan soit peu en amont." Pour le reste, n'ayant pas été présent le dimanche précédant,je ne pouvais savoir. Non, je n'ai pas pensé que vous auriez eu à vous rassurer en connaissant le sujet d'avance: je connais assez votre aisance dans le domaine pour pouvoir avoir une idée aussi farfelu.Pour le changement d'horaire, j'avais deviné. Pour le changement de règle concernant le sujet, l'argument "gain de temps" me semble pas le meilleur. Le temps "est". Il contient le notre qui s'écoule, imperturbablement. Une goutte de vie après l'autre. On n'en perd jamais, et on en gagne jamais. La question, c'est comment l'utiliser le mieux possible. Qu'est-ce qu'on gagne à proposer d'emblée un sujet? Ou qu'est-ce qu'on évite? Question qui est bien en lien avec la motivation de l'animateur, non? Et le "bon sujet" évoque la même question: bon pour qui?

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